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EAN : 9782890469884
125 pages
Éditeur : Ecrits des Forges (01/09/2006)

Note moyenne : 4/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Salah Al Hamdani, poète, écrivain et homme de théâtre français d’origine irakienne, est né en 1951 à Bagdad. Opposant à la dictature de Saddam Hussein, il commence à écrire en prison politique en Irak vers l’âge de 20 ans. C’est parce qu’il est touché par l’œuvre d’Albert Camus qu’il choisit la France comme terre d’exil. A Paris depuis 1975, il devient l’auteur de plus de trente ouvrages littéraires (roman, poésies, nouvelles et récits) écrits et publiés en arabe ou... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
ATOS
  27 février 2017
Le retour, angoisse du retour. Une particule d'inachevé sous les mâchoires de l'histoire.
Férocité d'un monde qui oblige l'arbre à taire sa foret, beauté du monde qui permet à l'hêtre de toucher le saule. Chercher sa maison comme on fouille sa mémoire sous les cendres.
« J'ai promis de ne livrer à personne ma colère ».
Il faut tenir sa promesse, alors il faut s'élever, s'éployer sur les scènes du monde.
Écrire aussi. Parler. Se confier. Partager.
Construire, travailler, assouplir son cuir d'homme , jouer, imaginer, rencontrer, créer , aimer.
Et puis un jour, à la porte d'une maison, voir, entendre un retour possible.
Il faudra tenter. Il faut quitter la chambre d'exil. Embrasser son front d'orphelin.
Un proverbe malien dit qu'on n'est pas orphelin lorsque qu'on a perdu ses parents mais lorsqu'on a on a perdu l'espoir. C'est peut être vrai.
Les guerres sont des navires fantômes qui vous plantent leurs épines dans les pores.
Les guerres finissent, mais elle ne meurent jamais.
Il faut parfois des centaines d'années lumières pour que les crimes sortent de la tête des hommes.
Nous n'avons qu'une vie pour les détester.
« Dans le creux du miroir » on pleure sa vie. La plus fragile partie de soi.
Celle qu'on a laissé au loin, jamais au lointain.
C'est une ombre qui vous dessine certains soirs et qui vous signe de sa main .
Cicatrice, cicatrice d''une lettre, d''un manque, d''une musique d''une lumière qui peut à tout instant venir défoncer les portes, .
Un appel du passé peut suffire à pétrifier le regard du présent.
Le temps ouvre des tombeaux et révèle la source.
« Je redescends à l'intérieur de moi même ». ,
«  à une distance de regret dans une valise l'oubli cherche à sortir ».
Le coeur, sous la chemise, la chemise dans une valise, les mots dans le livre , voici les paroles de l'exil. Voici aussi celle du retour.
Puisqu'il n'y a « rien pour couvrir la peau de ces jours dont on a ôté le coeur ». Rien, aucun dieu. Les nerfs écorchent les jours, dénervent les heures. A l'intérieur le cri progresse. « mes yeux rampent sous la terre ».
La lanterne de la nuit fait signe à l'attente du jour.
«  Ce soir il y aura en moi des villages en vrac sortis du ciel ».
Mémoire refuge, mémoire asile, mémoire retour, ...route, tunnel.
Souvenirs en tiroirs. Une lueur dessinée sur un vase suffit à projeter toutes les images.
Les lignes de la vie conservent le parfum de leur enfance.
C'est ce qui leur donne force, et c'est ce qui permet à l'arbre de reprendre racine, de retrouver un peu d'espoir
La terre se craquelle, on marche, on chuchote, les disparus reviennent.
Mais il faut rester vivant face à la tyrannie des chiens.
Il faut «  déshonorer le drapeau des assassins »,
Le lointain ne rend pas sourd. Il affûte l'acuité de la douleur.
«  J'ai deviné derrière les cris du vent les meurtres dissimulés de l'ombre. »
Comment alors partager «  les instants consommés par le silence »,
comment dire à cet enfant «  les années perdues » ?
Mais on sait que la parole viendra contre « l'alliance des ignorants et de la solitude ».
Rendre sa confiance à l'avenir, serrer la main de l'enfant pour renouer les fils de l'histoire.
L'exil a son langage .
« je vous écris de mon exil, je vous écris sans jasmin, ni couleur ».
L'exil n'est pas une victoire, le retour est un vertige.
L'exil tisse une deuxième peau.
Renter alors.
Dépendre les jours. Vider les lieux. Laisser, une nouvelle fois, derrière soi.
Puisque rentrer c'est aussi quitter. La peau se déchire. Cela parait impossible.
« N 'oubliez pas de fermer derrière vos jours, les volets de vos amours, de plier le jardin, d'arracher les saisons, de sillonner le ciel, de tirer sur la lune, de bousculer les étoiles.Puis une fois arrivés au pays , prenez tout et oubliez moi. » .
L'exil est un risque, le retour une inconnue. La-bas que reste t il encore ? Peut être les yeux de la mère ?
« Bagdad loin de son corps s''appuie sur mon épaule sur le temps et l'âge et et ainsi nous serrons nous l'un contre l'autre ».
La mémoire elle n'est jamais en exil. Elle garde. Elle garde les odeurs, les visages, les peurs, la colère.
« cet enfer peut revenir
le vieil assassin s'est déguisé en faux résistant
comme avant il tue à l'aube ce qu'il reste de nos songes ».
L'exil est un traumatisme. le retour également.
Les fantômes sont prisonniers de la mémoire.
Ils ne connaissent pas l'exil.
L'instant du retour est à présent là.
« la maison avait changé d'adresse
ma photo avait changé de place
la table avait été pliée derrière la porte
la chaise de mon père, aussi,
seul le vieux tapis fleurissait le sol
Je t 'ai trouvé enfin
dans un jardin nu
avec ton grand châle noir
l'esprit en dérive
enfilée dans tes prières
l'âge cousu sur le visage
J'ai cru serrer un palmier agonisant
Puis dans mes bras,
J'ai reconnu ma mère. »
Bagdad,... 02 avril 2004.
Puis le retour devient solitude.
«  l'éxilé est toujours seul au monde, avec des mots à regrets, son amour blessé, il est un cri dans un hiver, un soldat inconnu qui défie les salauds ».
Le retour s'est creuser encore l'empreinte de ses pertes.
« J'écris des ruines de ma nausée telle une mère du haut de sa douleur ».
Mais il faut bercer le ciel , traverser la frontière, tenter de donner un peu de paix à sa mémoire .
« J'ai promis de ne livrer à personne ma colère ».
« J'ai bu ton ciel jusqu'à mon cri ». ... » :
« De Bagdad ici, nous vous disons que nous sommes vivants !  ».
Après tant de doutes, de jours, d'années, de poussières, après la peur, après toutes ces lueurs, ces regards, on reconnaît la raison de son coeur.
«  l'amour s'apprend à mesure de la vie de la haine des hommes et de la mort aussi ».
L'amour est le seul rivage possible.
«  mais j'ai encore un soupir en triant nos victimes un fardeau à tirer avec mes ailes, comme le remords de l'absence pour toi ma ville perdue près du cimetière ».
Astrid Shriqui Garain
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Vidéo de  Salah Al Hamdani
"Bagdad, c'est une ville qui produit des poètes, depuis des siècles. Ce n'est pas par hasard si on a des poètes qui ont bouleversé la poésie arabe."
Salah al Hamdani, qui a notamment publié deux recueils aux Éditions Bruno Doucey, évoque son rapport à son pays d'origine et à l'écriture poétique dans cette conférence menée à l'Université permanente de Nantes. Il revient notamment sur la genèse du livre "Bagdad-Jérusalem, à la lisière de l'incendie", écrit avec le poète israélien Ronny Someck et publié en 2012 aux Éditions Bruno Doucey.
Toutes les infos ici : https://bit.ly/2yxRLDD
Réalisation © Thibault Grasset.
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