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Critique de ScarlettA


La prison suscite de la peur pour le grand public, il s'agit de privation de liberté. Par ignorance, nous imaginons la violence, nous réclamons à grands cris l'emprisonnement des "coupables", mais sans trop chercher à savoir ce qui s'y passe, comment les détenus y vivent. Nous ne cherchons pas vraiment à savoir si les conditions de détention pourraient être améliorées, la société ayant tendance à laisser la prison et ses occupants à la marge.

Maintenant, imaginez. Vous grandissez dans une famille en Polynésie française. Vos ainés ont travaillé dur, mais les conditions difficiles de la vie font qu'ils ne peuvent vous payer des études. Votre famille est pauvre, vous quittez tôt l'école pour aider vos parents. Les effets de la colonisation française, des essais nucléaires, sont encore bien présents. Vous êtes envoyés dans la famille de votre père, de votre mère, ce sont des tantes, des oncles, des grands-mères qui vous élèvent à la dure. Vous tombez dans la délinquance, vous tentez de vous en sortir.

Un jour, vous êtes jugés au tribunal, mais en français, langue que vous maitrisez très mal. Alors vous dites "oui" à tout, de guerre lasse, sans trop comprendre ce qui se passe.
Vous allez en prison. Elles sont sursaturées. On vous demande d'accepter votre peine, mais vous comparez vos condamnations entre détenus, comme vous avez le sentiment de ne pas avoir pu vous défendre correctement, vous ressentez une injustice. Comment accepter votre condamnation? Comment porter votre peine?

On vous dit que la prison sert également à préparer les détenus à la sortie, pour la réinsertion. Alors vous faites des taches qui ne vous serviront à rien lorsque vous sortirez.
Vous avez porté la honte à votre famille par votre incarcération, les liens familiaux sont rompus. A la sortie, personne ne voudra vous accueillir. Les entreprises préfèreront embaucher quelqu'un qui ne sort pas de prison. On vous donne 84 euros par mois durant votre détention, ce qui ne vous permet pas d'épargner pour la suite.

Vous êtes de bonne volonté, mais comment éviter la récidive dans ces conditions?

Cet essai est poignant. Il y a des choses à faire pour améliorer la vie en prison en Polynésie française. Comprendre le contexte de la colonisation, le parcours de vie des détenus, tous assez similaires.
Aider les familles les plus démunies pour ne pas que les enfants quittent l'école trop tôt.
Comprendre que le français, rendu obligatoire assez récemment finalement, n'est pas encore bien compris par la nouvelle génération. Pourquoi ne pas systématiquement proposer un traducteur lors des jugements?
L'idée glissée par un surveillant, d'instaurer un quota pour les entreprises pour embaucher des détenus à leur sortie de prison, est assez bonne il me semble.

Il y a des choses à faire. Mais il faut une volonté politique. il faut une compréhension sociétale de la situation. Ce livre la transcrit très bien. Bravo aux auteurs pour leur travail, et pour l'avoir rendu lisible pour le grand public!

Je suis sortie de ma zone de confort avec cet essai, mais je ne le regrette pas. Ce livre m'a fait réfléchir sur ma vision de la prison, j'ai appris beaucoup de choses, notamment sur la colonisation française en Polynésie.

Je remercie Babelio et les éditions "Au vent des îles" pour l'envoi de ce livre, gagné lors d'une masse critique.



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