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Jacques Le Brun (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070392589
Éditeur : Gallimard (14/02/1995)

Note moyenne : 3.15/5 (sur 41 notes)
Résumé :
En un temps où peintres, sculpteurs et musiciens trouvaient leur inspiration dans l'Antiquité païenne autant que dans la Bible, Fénelon, dans Les Aventures de Télémaque, peignait en tableaux enchanteurs ce qu'on appelait la fable, les dieux de la mythologie et les héros homériques. Loin de contredire le christianisme dévot et la spiritualité du pur amour de l'archevêque de Cambrai, l'Antiquité était, comme elle avait été chez Poussin et comme elle était chez Couperi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
5Arabella
  12 avril 2019
Homme d'église (archevêque de Cambrai depuis 1695), brillant théologien, Fénelon n'était pas vraiment destiné à devenir romancier, à une époque pendant laquelle le roman était peu considéré, voire déconsidéré ; jugé futile, et même pernicieux. Mais Les aventures de Télémaque inaugurent un genre, le roman pédagogique, dont le but est d'instruire, d'éduquer, grâce à un contenu attrayant (on parlerait aujourd'hui de « ludique » sans doute). En effet, Fénelon est depuis 1689 précepteur du duc de Bourgogne, le petit fils de Louis XIV, dont le destin était d'être un jour le roi de France.
Et c'est pour son élève que Fénelon se lance dans l'écriture d'une série de fictions pédagogiques comme des fables ou des dialogues des morts qui mettent en scène des personnages célèbres. Les voyages de Télémaque seront l'aboutissement de cette entreprise d'éducation par la fiction.
L'oeuvre aurait était composée vers 1694-1695 ; le duc de Bourgogne avait à l'époque environ 12 ans. Elle était destinée à l'illustre élève de Fénelon, et non pas à la publication. Elle ne paraîtra qu'en 1698 partiellement et en 1699 en entier. Fénelon a mis cette publication sur le compte d'un domestique, qui chargé de copier le texte, s'en serait emparé et l'aurait vendu à une libraire. le contenu inquiète les autorités qui saisissent le texte en cours de parution en France ; la totalité ne sera imprimé qu'à La Haye avant de revenir circuler en France, et de provoquer un large écho, qui se poursuivra tout au long du XVIIIe siècle. En 1699 Fénelon était tombé en disgrâce, à cause de ce qu'on a appelé « la querelle du quiétisme » ; parti dans son archevêché, il n'assurait plus les fonctions du précepteur de l'héritier royal.
Les aventures de Télémaque sont censées nous narrer ce qui est arrivé au fils d'Ulysse, parti à la recherche de son père à la fin du chant IV de l'Odyssée et qu'il retrouvera au chant X : Fénelon imagine des voyages, un apprentissage, que Télémaque va effectuer grâce à la présence bienveillante et vigilante de la déesse Athéna, qui se dissimule sous les traits de Mentor, un ami d'Ulysse. En 24 livres, Fénelon nous promène autour de tout le bassin méditerranéen, fait observer de nombreux mythes, des modes de gouvernement, des organisations sociales, rencontrer de nombreux personnages… Des événements ne manquent pas dans le voyage : guerres, tempêtes, interventions divines… Les aventures de Télémaque sont une sorte de condensé de l'Odyssée, de l'Iliade, de l'Enéide.
Différents objectifs pédagogiques sont recherchés par l'ouvrage. Déjà familiariser, donner le goût de la culture antique, base de la culture humaniste. Mais il s'agit aussi de faire ressortir les bonnes façons de gouverner pour un souverain, c'est une leçon de gouvernance politique à destination d'un prince. Et au final, une morale chrétienne émerge, tout homme, fut-il roi, n'est rien auprès de Dieu ; son soucis principal doit être une obéissance aux lois divines.
Les leçons de Fénelon en matière politique ont eu une résonance forte : il condamne en effet une façon de vivre somptuaire et dispendieuse du souverain, fait ressortir tous les effets néfastes de la guerre. le bon souverain est au service du bien être de son peuple, et doit être soumis de façon absolu aux lois. Les contemporains y ont vu une critique forte de Louis XIV, identifié par de nombreux commentateurs à Pygmalion, le mauvais roi par excellence.
Tout cela peut sembler terriblement austère et compliqué, mais Les aventures de Télémaque, écrit pour un jeune adolescent, sont avant tout un livre plein de charmes et de rebondissements, varié et très bien composé, pour que ses leçons restent plaisantes et agréables à lire. Et Fénelon écrit merveilleusement, dans la belle langue du XVIIe siècle, élégante et souple. Il ne faut donc pas hésiter à se lancer dans cette lecture, à la fois moment de détente et de réflexion, même si quelques siècles ont passé et que d'autres conceptions et analyses de la société ont vu le jour.
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Commenter  J’apprécie          200
NMTB
  16 juin 2016
Télémaque c'est un peu le Tintin du dix-huitième siècle. Accompagné de son fidèle Mentor (qui n'est pas un chien, mais la déesse Minerve qui le protège et lui prodigue de sages conseils, dissimulée sous les traits de son précepteur), il parcourt la mer Méditerranée à la recherche de son père Ulysse, comme celui-ci la parcourt pour retrouver sa patrie. Il y a une évolution dans ses aventures homériques (certaines platement moralisatrices, d'autres plus intéressantes) et on peut assez facilement les distinguer, en leur donnant des titres à la façon d'Hergé :
Du livre premier au livre troisième, qui pourrait s'intituler « Télémaque en Orient », le héros visite l'Egypte et la Phénicie, il y constate que les bons et les mauvais rois se succèdent, ce qui permet à Fénelon de comparer les bonnes et les mauvaises façons de gouverner. Car, il faut le rappeler, il a écrit Les aventures de Télémaque avant tout pour éduquer son illustre élève : le duc de Bourgogne, le petit-fils de Louis XIV, dauphin de France, âgé alors d'une dizaine d'années.
« Télémaque dans les îles de l'illusion », du livre quatrième au livre septième, raconte ses aventures en Crète, mais surtout sur l'île de Chypre, l'île de Vénus dont il se fait une ennemie acharnée en refusant de la glorifier, et puis sur l'île de Calypso à laquelle il échappe grâce à une vertu plus affirmée qu'Ulysse. L'amour et les femmes sont les deux grands sujets de cette partie et le prêtre Fénelon se montre sans pitié pour eux. Il n'a pas assez de mots pour condamner le « cruel amour », l'« amour empesté », « ce honteux tyran » qu'il assimile à la luxure et la débauche. Quant aux femmes, tout au long de ce roman, elles ne sont que la source du malheur des héros de la Grèce antique, Phèdre, Clytemnestre, Déjanire, etc. Il n'y a que la chaste et invisible Pénélope qui trouve grâce à ses yeux.
Dans « le roi de Salente », du livre huitième au livre onzième, Télémaque rencontre Idoménée, le roi d'une colonie grecque sur la côte de l'Italie. Presque toutes les autres aventures de Télémaque vont se passer à cet endroit précis (le talon de la botte d'Italie), où Fénelon opère une savante mythification de l'Histoire de ce pays et des peuples qui l'habitaient, tout en faisant des allusions évidentes au règne de Louis XIV. Idoménée, qui n'est pas un mauvais roi, s'est laissé entraîner dans une guerre contre tous ses voisins, il est entouré de mauvais conseillés et gère mal sa cité en construisant de magnifiques bâtiments mais en laissant l'économie partir à vau-l'eau. Bref, tout ce qu'on a pu reprocher à Louis XIV et tout ce que lui-même regrettera sur son lit de mort en donnant ses derniers conseils à Louis XV (d'après ce que rapporte Saint-Simon dans ses Mémoires) : « Mon enfant, vous allez être un grand roi ; ne m'imitez pas dans le goût que j'ai eu pour les bâtiments, ni dans celui que j'ai eu pour la guerre ; tâchez, au contraire, d'avoir la paix avec vos voisins. Rendez à Dieu ce que vous lui devez ; reconnaissez les obligations que vous lui avez, faites-le honorer par vos sujets. Suivez toujours les bons conseils, tâchez de soulager vos peuples ; ce que je suis assez malheureux pour n'avoir pu faire. » Fénelon, à travers Mentor, y développe ses idées politiques, économiques, sociales, avec une place prépondérante donnée à l'agriculture.
Pour les chapitres suivants, je n'ai pas trouvé de titre satisfaisant, avec une bonne « tintinitude ». Disons « La guerre et l'enfer ». Non pas que Fénelon pense que la guerre soit toujours un enfer – pacifiste face aux guerres de conquête, il trouve quand même des vertus dans le combat et les guerres défensives – mais dans ce passage qui ressemble beaucoup plus à l'Iliade qu'à l'Odyssée, Télémaque se bat avec des alliés contre un ennemi commun et il connait la gloire militaire, et d'un autre côté, dans un chapitre intercalé, il part à la recherche de son père dans les enfers. Fénelon, en comparant les rois au Tartare et ceux aux Champs-Elysées, en profite encore pour donner des leçons de morale, sur la manière vertueuse de gouverner.
Et cela continue dans « le retour de Télémaque », la dernière partie. En passant par Salente, avant de revenir sur Ithaque, Mentor donne ses derniers conseils à Idoménée et Télémaque, toujours en insistant sur la vertu.
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chartel
  13 septembre 2007
Cette oeuvre est assez pénible à lire en raison des longues et interminables digressions morales de l'auteur qui avait pour objectif d'éduquer un jeune prince héritier. On ne peut s'empêcher d'y voir une critique du pouvoir royal de son époque à savoir celui du « grand » Louis XIV. Mais cette critique n'a pas pour but de remettre en cause le système lui-même. Aucun sous entendu révolutionnaire derrière cette oeuvre. Juste un rappel à l'ordre moral pour un roi qui abuse de son autorité. Fénelon ne souhaite surtout pas dérégler la mécanique monarchique basée sur la soumission des masses envers une minorité souveraine et toute puissante. Il est à peine plus modéré que l'absolutisme de la haute noblesse. Mais si l'on tente d'oublier la morale chrétienne particulièrement irritante et agaçante, on pourra y voir des préceptes que l'on tentera de méditer, qui seront à penser et non à s'approprier comme « justes » et « bons » ou « pertinents ».
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Liver
  09 août 2013
Passer outre les réserves que l'on pose à ce type de texte "classique" pour découvrir un modernisme surprenant dans cette "revisitation" de la civilisation et de la morale antique. Les niveaux de lecture en sont donc variés: de la critique de la France de Louis XIV à la description d'un paradis antique en passant par des considérations éducatives. Un style fluide à l'antique.
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Limoncella
  27 mars 2015
La grandeur est comme certains verres qui grossissent tous les objets.
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
NMTBNMTB   16 juin 2016
Souvenez-vous, ô Télémaque, qu’il y a deux choses pernicieuses, dans le gouvernement des peuples, auxquelles on n’apporte presque jamais aucun remède : la première est une autorité injuste et trop violente dans les rois ; la seconde est le luxe, qui corrompt les mœurs.
Quand les rois s’accoutument à ne connaître plus d’autres lois que leurs volontés absolues, et qu’ils ne mettent plus de frein à leurs passions, ils peuvent tout : mais à force de tout pouvoir, ils sapent les fondements de leur puissance ; ils n’ont plus de règles certaines, ni de maximes de gouvernement ; chacun à l’envi les flatte ; ils n’ont plus de peuple, il ne leur reste que des esclaves, dont le nombre diminue chaque jour. Qui leur dira la vérité ? qui donnera des bornes à ce torrent ? Tout cède ; les sages s’enfuient, se cachent, et gémissent. Il n’y a qu’une révolution soudaine et violente qui puisse ramener dans son cours naturel cette puissance débordée : souvent même le coup qui pourrait la modérer l’abat sans ressource.
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NMTBNMTB   12 juin 2016
Nous nous ferons gloire d’être toujours ignorants et barbares, mais justes, humains, fidèles, désintéressés, accoutumés à nous contenter de peu, et à mépriser la vaine délicatesse qui fait qu’on a besoin d’avoir beaucoup. Ce que nous estimons, c’est la santé, la frugalité, la liberté, la vigueur de corps et d’esprit ; c’est l’amour de la vertu, la crainte des dieux, le bon naturel pour nos proches, l’attachement à nos amis, la fidélité pour tout le monde, la modération dans la prospérité, la fermeté dans les malheurs, le courage pour dire toujours hardiment la vérité, l’horreur de la flatterie. Voilà quels sont les peuples que nous t’offrons pour voisins et pour alliés. Si les dieux irrités t’aveuglent jusqu’à te faire refuser la paix, tu apprendras, mais trop tard, que les gens qui aiment par modération la paix sont les plus redoutables dans la guerre.
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5Arabella5Arabella   05 avril 2019
Cet homme paraît faire tout ce qu'il veut ; mais il s'en faut bien qu'il ne le fasse. Il fait tout ce que veulent ses passions féroces. Il est toujours entraîné par son avarice, par sa crainte, par ses soupçons. Il paraît maître de tous les autres hommes ; mais il n'est pas maître de lui-même, car il autant de maîtres et de bourreaux qu'il a de désirs violents.
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chartelchartel   14 septembre 2007
O que les rois doivent prendre garde aux guerres qu’ils entreprennent ! Elles doivent être justes ; ce n’est pas assez : il faut qu’elles soient nécessaires pour le bien public. Le sang d’un peuple ne doit être versé que pour sauver ce peuple dans les besoins extrêmes. Mais les conseils flatteurs, les fausses idées de gloire, les vaines jalousies, l’injuste avidité qui se couvre de beaux prétextes, enfin les engagements insensibles entraînent presque toujours les rois dans des guerres où ils se rendent malheureux, où ils hasardent tout sans nécessité, et où ils font autant de mal à leurs sujets qu’à leurs ennemis.
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chartelchartel   13 septembre 2007
Les hommes sont tous frères et ils s’entre-déchirent : les bêtes farouches sont moins cruelles qu’eux. Les lions ne font point la guerre aux lions, ni les tigres aux tigres ; ils n’attaquent que les animaux d’espèce différente : l’homme seul, malgré sa raison, fait ce que les animaux sans raison ne firent jamais.
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François de FÉNELON– Les Aventures de Télémaque, 10-18
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