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EAN : 9782379412370
73 pages
L'Arbre vengeur (16/02/2024)
4/5   2 notes
Résumé :
Brusque inondation. La rivière s’affole, déborde, déferle et dévaste. Un homme juché sur le toit de sa maison, voit passer dans le flux furieux, des voitures, des animaux, des murs, jusqu’à des tombes. Emporté comme le reste, le cercueil en bois de rose de sa mère apparaît soudain. Sans réfléchir il plonge, s’y accroche et se met à dériver avec lui, balloté par les flots. Entraîné vers l’inconnu, son esprit vagabonde et lui inspire des visions, sa mémoire s’embrouil... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
— Maman les petits bateaux —

Ce n'est pas un petit livre mais un livre court (74 pages étroites) et profond : on s'y noierait. D'une phrase sauvée du flux de l'actualité inondée (« J'ai vu aussi passer des cercueils »), François Salvaing nous embarque sur ses rapides. Il a le sens du rythme, fait cascader de longues phrases qui vous entraînent comme au manège.

Un roman bonsaï ? Un récit, incline l'Arbre vengeur (éditeur dont c'est le 300e volume). D'accord pour un récit, en ce qu'il annonce filer droit, sur un plongeon. Roulez tambour : « Car l'averse, si l'on m'autorise à répéter ce terme lénifiant, ne ressembla pas au début de cette sonate de Beethoven où quelques notes gouttes d'abord figurent la timide avant-garde des trombes à venir. Non, tout de suite, ce fut une canonnade, qui, de toute la soirée, de toute la nuit, et des soixante-douze heures suivantes, ne se démentit pas, et sembla même sans cesse s'amplifier. »

Le village de Saint-Éliacin y passe, jusqu'au cimetière. Réfugié sur son toit, le narrateur plonge à la poursuite du cercueil de bois rose de sa mère. Il plonge, comme l'auteur : « Les romanciers, paraît-il, se lancent parfois dans des histoires dont ils ignorent où elles les mèneront […] C'est à peu près ce que j'ai fait, cette nuit-là, en plongeant dans l'Ardelle. »

Juché sur le cercueil, avec sa mère, retrouvée, qu'il refusait de son vivant « d'aider à passer », il descend l'Ardelle et remonte en saumon le cours de sa vie — jusqu'à en crever ? « Une mort va me sauver de la mort, ainsi pensé-je. »
Ne pas se laisser aller, reprendre le cours, jusqu'aux origines, avant-çà et au-delà, tressant au fil de l'eau passé et présent, l'histoire familiale, les rêves d'Amérique, les vies amputées (qui ne sont pourtant pas condamnées à boiter), le vieux fond maritime colonial et la tragédie sur les esquifs des migrants... La vie, les vies, les amours coulent comme la Seine d'Apollinaire sous son pont Mirabeau, et le narrateur se demande aussi avec Rutebeuf : « Que sont mes ami[e]s devenu[e]s. »

Finalement ça ne file pas si droit, pas seulement : ça godille, ça sinue, ça surprend.

P.-S. : Dans Tandis que j'agonise (Faulkner), « Ma mère est un poisson », affirme un fils. Et en effet, le cercueil que les frères veulent faire traverser est emporté par la crue. François Salvaing y-a-t-il songé ?
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
J'ai fermé les yeux, j'étais parvenu à ce point où la réalité cesse de fasciner et d'accabler, et où l'on ne cherche plus qu'à l'oublier, à la dissoudre.
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