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EAN : 9782757830048
216 pages
Éditeur : Points (20/09/2012)
3.47/5   49 notes
Résumé :
Un livre de combat, de joie, de lucidité aussi, sur un monde où la soumission n'est pas une fatalité. C'est l'histoire d'un homme qui, à plusieurs reprises dans sa vie, choisit de partir, et de tourner le dos à ce qui ne répond pas à sa soif de liberté. Il s'appelle BW. Adolescent, il part en solex sur les routes de France. On appelle ça une fugue. Sa passion, c'est la course sur 800 mètres. Il gagne un championnat national, mais la discipline d'une Fédération l'éto... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
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tilly
  29 septembre 2009
Bernard Wallet (BW), le compagnon de Lydie Salvayre, a créé et dirigé les éditions Verticales, après avoir travaillé chez Denoël et Gallimard. L'édition, la littérature, les voyages, ont été sa vie. Un mauvais jour, il perd la vue. Comment un couple, elle écrivain et lui éditeur, réussit-il à traverser une épreuve pareille ? D'une opération chirurgicale à l'autre, du fond de son obscurité, l'éditeur commence à parler, à délivrer ses secrets de jeunesse, ses noirs souvenirs enfouis, et l'écrivain prend des notes, les transcrit, leur donne forme, les reliant petit à petit à ce qu'elle sait de lui depuis qu'elle partage sa vie. Au bout de la nuit, BW retrouvera une vue suffisante pour lire :
"Nous lirons donc, Nous y emploierons le temps qui nous reste à vivre"
J'ai mis roman dans le titre de mon billet, parce que l'auteure elle-même emploie le terme en quatrième de couverture :
"Ce livre, écrit à vif, est le roman de cette traversée."
C'est un roman d'amours : amour de la fuite (fugue adolescente, voyages lointains et solitaires, ruptures), amour de la course à pied (records d'athlétisme), amour des hauteurs (sommets himalayens), amour des bêtes (sauf les chiens), amour du voyage (les odysées : Turquie, Iran, Afghanistan, Inde, Cachemire, Népal, Irak Syrie, Liban), amour du risque (Beyrouth 1978 dont il garde les stigmates, au sens propre), amour de la littérature (la vraie), etc.
On le sait bien, toutes les amours ne sont pas des amours heureuses, et pire que tout : les histoires d'amour finissent mal en général. Les ruptures, ça aussi c'est son trip à BW. Pas le genre à être planté, c'est lui qui se trisse. Enfin ça c'était avant Lydie. Sans que cela soit écrit vraiment, on ressent dans la narration que depuis vingt-cinq années qu'ils se connaissent, il s'est apaisé, socialisé, domestiqué. Ce sont aussi de petites touches de complicité conjugale, des annotations quotidiennes, des moqueries et des petites piques répétitives, qui émaillent les récits monologués de l'éditeur-routard et adoucissent (féminisent) la violence du compte rendu des expériences qu'il a vécues, parfois extrêmes, insupportables.
A un moment, à l'occasion d'une digression, LS jusqu'ici très en retrait, mêle tout à coup sa voix à celle de BW, prend la parole et passe devant lui ! C'est pour dire qu'au moins sur un point, ils se ressemblent ! LS analyse abondamment leur commune maladresse à s'exprimer en public et conclut :
"Comment se défait-on de cette inaptitude ? Notre amour démesuré pour les grâces de l'écrit serait-il le revers triomphant de notre balourdise orale ? Son remède ? Sa vengeance ?
Possible. Possible."
Loué soit ce handicap dont souffrent le personnage et son auteur. D'autres nous auraient balancé un épais document-témoignage-de-vie mal ficelé, re-writé à partir de la captation audio d'entretiens impersonnels avec un journaliste stressé, et publié sous la couverture illustrée d'un ciel plein de cerf-volants. Tout le contraire de BW.
Je termine cette chronique par des extraits qui illustrent les motifs du renoncement à l'édition de Bernard Wallet. Ils sont terribles, clairvoyants, déchirants, et tout à fait en ligne avec ce que Marc-Edouard Nabe écrit de son côté, sur un autre ton et avec d'autres moyens, c'est tout.
"[...] BW vomit la tiédeur et, par-dessus tout, la tiédeur littéraire, qu'abondamment l'on nous prodigue, s'énerve-t-il, avec laquelle on nous gave, avec laquelle on nous compisse, avec laquelle on nous conchie. Mais parce que (voix forte et mains nerveuses), mais parce que nous le voulons bien, parce que nous voulons bien que la littérature crève au profit de cette tiédasserie qu'on ose appeler littéraire et qui en est sa caricature et, de plus, sa pire ennemie.
Tu es fâché ?
Je déplore, dit BW avec humeur, que les grosses structures d'édition littéraire ne sachent rompre avec les causes du malaise. Je déplore qu'elles se comportent de façon aussi démodée.
Démodée ?
Qu'elles continuent de sacrifier la qualité (qui est l'avenir de la littérature et sa raison d'être) sur l'autel de la finance (qui est sa raison de crever).
Je déplore, ajoute-t-il qu'elles n'aient trouvé, en fait, d'autre issue que le désastre.
Qu'appelles-tu désastre ?
J'appelle désastre, dit BW dont la colère monte, j'appelle désastre ce phénomène qui organise nationalement ou mondialement le plébiscite d'un livre en s'appuyant sur sa médiocrité. J'appelle désastre (crescendo) cette pratique qui constitue à mesurer la force bouleversante d'un roman à sa force de pénétration dans les supermarchés. J'appelle désastre (rinforzando) le règne exclusif du livre dit lisible et l'écrasement complet du livre illisible, pour reprendre les paroles de Roland Barthès."
Et plus loin, sur le génie littéraire :
"Tu vas m'objecter, dit BW qu'on ne peut plus arrêter, tu vas m'objecter que certains écrivains publiés par mes soins ont obtenu quelque succès. Petites victoires avant la déroute à venir, dit BW, décidément fort pessimiste ce matin. Mais ceux que le public s'entête à ignorer ? Mais les cinglés, mais les rétifs, mais ceux qui vont trop loin, ou à rebrousse-poil, ou contre, ou qui se montrent insoucieux par orgueil ou révolte (deux traits qui souvent, paraît-il, se combinent), qui se montrent insoucieux de l'opinion commune et de l'esprit du temps ?
Je sais déjà ce que tu vas me rétorquer. Qu'il n'y a que deux ou trois génies par siècle, et que cela suffit. Je suis loin d'en disconvenir. Mais il y faut une condition : c'est que le système en place permette de découvrir ces deux ou trois génies au milieu du fatras général. Or le travail de découvreur est un travail coûteux. Lent et coûteux. Trop lent et trop coûteux, sans doute aux yeux de nos comptables. Et il se trouve que c'est le mien. (Pensivement.) Que ce fut le mien."
Une dernière phrase enfin, pour taguer Bernard Wallet :
"Je veux des malheurs nouveaux."
Lien : http://tillybayardrichard.ty..
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fertiti65
  22 juin 2019
J'ai trouvé ce livre dans une boîte à livres. Je n'avais jamais lu de livre de Lydie Salvayre. BW est Bernard Wallet son compagnon de vie. Il est éditeur aux éditions Verticales. Il perd brutalement l'usage de ses yeux. C'est dans l'urgence que l'auteure va collecter ses souvenirs de jeunesse, ses voyages à travers le monde car il est avide de découvrir ce qui se passe au-delà de nos frontières. C'est un être passionné et secret à la fois.
J'avoue avoir moyennement aimé. Certains passages sont vraiment intéressants d'autres beaucoup moins. Je l'ai, néanmoins fini et contente de l'avoir terminé.
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carre
  02 décembre 2011
B W (pour Bernard Wallet) ancien éditeur chez Verticales perd la vue du jour au lendemain, Lydie Salvayre sa compagne raconte les souvenirs que l'homme aimé lui dicte au fil de l'évolution de sa maladie. Un récit juste et touchant qui montre que l'amour peut-être un antidote aux accidents de la vie.
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nath45
  19 août 2019
Un très beau portrait de BW, un grand voyageur, un amoureux de la littérature, il en a fait son métier éditeur entre autre. Lydie Salvayre nous donne à lire dans une biographie, non plutôt une conversation écrite entre mari et femme, les souvenirs tumultueux de Bernard Wallet dans une langue magnifique, le plaisir des mots. J'ai très souvent souri, trouvé un plaisir jubilatoire à cette lecture. L'écriture est rythmée, parfois exaltante.
Une belle lecture pour les passionnés de la littérature et des voyages.
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Guz
  10 octobre 2016
BW – Lydie SALVAYRE – SEUIL (2009)
BW est un homme excessif. Il est né en colère. Il aime marcher, escalader -l'Himalaya entre autres-, les femmes mais ce qu'il aime le plus au monde reste la littérature. La littérature vraie.
Après une vie intense, il créé à 50 ans sa propre maison d'édition : Verticales. Il n'est pas du tout d'un tempérament à se plier aux lois du Marché qui commencent à dominer l'Edition et quitte ce milieu une dizaine d'années plus tard. La recherche de la bonne littérature est longue et coûteuse.
A 62 ans il est frappé par un décollement de la rétine et après sa toute première opération (d'autres vont suivre), il est obligé de rester dans le noir sans bouger. Sa compagne, Lydie SALVAYRE , toute en amour et tendresse le fait parler. Elle lui fait parler de sa vie extraordinaire : une vie faite de voyages. Des voyages qui vont le pousser à 22 ans vers l'Est. Sur son chemin se trouve l'Afghanistan, le pays qu'il a aimé et dont la destruction ultérieure l'a heurté, profondément. Il parle de ses voyages effectués comme journaliste en Irlande pendant le conflit Nord Irlandais ou au Liban comme représentant de Gallimard en 1978. Ce qu'il a vécu et vu là-bas ont blessé son âme pour toujours. le plus douloureux pour lui est le décalage entre ce qu'il a vécu et l'idée que ses amis bien-pensants parisiens se font de cette guerre, de loin.
De quoi est fait un homme ? de quoi est fait un homme passionné ? D'où vient-il ? Quels sont ses ressorts ? Quelles sont ses contradictions ?
Cet homme trouve au moins une chose positive dans la vieillesse qui s'approche:
« Redevenu amateur et profane, redevenu dilettante tout entier voué à son diletto il lui reste, intact, l'amour des livres, mais délesté du fardeau d'avoir à les bien vendre, et complètement débarrassé de leurs églises. Et s'il s'adonne encore à quelques dévotions (Lichtenberg, Lautréamont, Destutt de Tracy et quelques autres), il s'y adonne désormais en solitaire.
Sur ce point, vieillir n'est pas mal, dit BW.
C'est bien le seul, ajoute-t-il. »

PS : BW est issu d'une famille pauvre. le blouson en simili cuir confectionné par sa mère lui fait tellement honte qu'il l'enlève et le cache dans la cage d'escalier d'un immeuble se trouvant sur le chemin de son école et le récupère le soir au retour. C'est ce blouson qui surgit sur le dos d'Olympe dans « Les Belles Âmes ».

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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
mandarine43mandarine43   02 octobre 2011
[ Incipit ]

Je pars.
Toujours il dit Je pars, je me tire.
Il aime le mouvement de partir. Il se fout de l’endroit à atteindre, ce qu’il aime c’est partir, c’est déclarer qu’il part. Il dit qu’il va écrire, un jour, l’éloge de la fuite. Cet éloge lui paraît d’autant plus justifié qu’il a appris, hier, que le verbe partir, en espagnol, signifiait aussi partager.
Il a toujours sur lui un passeport à jour pour passer les frontières. Prêt à fuir.
Il n’y a pas trente-six solutions quand l’ennemi menace, dit BW, mi-rieur mi-sérieux : soit mettre les voiles, soit l’attaquer de front (cette dernière solution requérant un attirail et des forces plus lourdes). Toute autre est malvenue.
BW est un guerrier. Plus tard, je dirai en quoi.
BW est un tendre.
Il pleure la mort de Fausto le chat.
Encore aujourd’hui, il pleure sa mort.
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isabiblioisabiblio   23 juin 2010
Je me trouve pris en tenaille entre la génération de ceux pour qui la réussite financière venait couronner (et quelquefois longtemps après) la qualité d'un texte, et la génération de ceux pour qui la qualité d'un texte est immédiatement jugée à son triomphe financier. [...] et lorsque je rappelle aux jeunes écrivains qu'il fut une époque (héroïque) où la finance ne dictait pas le choix des éditeurs, ils me regardent comme une vieille barbe, un inadapté, un ringard.
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nath45nath45   19 août 2019
On dit que le léopard meurt avec ses taches. Je mourrai de la même façon. Avec mes taches. Pissant sur moi peut-être, pardon de déparer la beauté du vieillir, tout désarticulé peut- être, tout égrotant, tout mal foutu, la pine pantelante, la bouche édentée, mais un livre à la main, Bon Dieu de Bon Dieu, un livre à la main et la page cornée pour en poursuivre la lecture in pardisum. (Page 192)
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nath45nath45   07 août 2019
Car vivre c’est quitter, pas d’autre issue pour l’homme ... Car vivre c’est quitter père et mère et tout ce qui nous lie jusqu’à nous étrangler. Vivre c’est se quitter, c’est savoir être soi et échapper à soi, c’est savoir être soi et un autre que soi, on n’est un homme qu’à cette double condition, c’est le philosophe qui le dit. (Page 38)
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claraetlesmotsclaraetlesmots   02 août 2016
Cruelle, violente, voluptueuse, vivifiante, raffinée, grinçante, raffinée, ravageuse, légère, légère, radieuse, délicate, ironique, la littérature nous secoue, elle nous fait mal, elle nous brûle, elle nous caresse, nous revigore, nous désespère, elle nous élève, dit BW hésitant, mais est-ce bien le mot ? en tout cas, elle nous rend à nos forces, à nos foudres, à nos failles, elle nous renvoie à nos dilemmes, à nos impasses, à nos enfers, et dans le même temps, nous en arrache et nous emporte bien au-dessus de nous.
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Vidéo de Lydie Salvayre
Lydie Salvayre vous présente son ouvrage "Marcher jusqu'au soir" aux éditions Stock. Entretien avec Sylvie Hazebroucq.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2305002/lydie-salvayre-marcher-jusqu-au-soir
Note de musique : free music archive
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