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EAN : 9791041415588
168 pages
Points (19/01/2024)
3.33/5   75 notes
Résumé :
Comment se faire un nom ?
Comment émerger de la masse ?
Comment s’arracher à son insignifiance ?
Comment s’acheter une notoriété ?
Comment intriguer, abuser, écraser, challenger ?
Comment mentir sans le paraître ? Comment obtenir la faveur des puissants et leur passer discrètement de la pommade ? Comment évincer les rivaux, embobiner les foules, enfumer les naïfs, amadouer les rogues, écraser les méchants et rabattre leur morgue ? ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
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Paraître ou ne pas être ?
Parcoursup propose des milliers d'orientations mais pas un seul cursus ne répond à l'ambition des nouvelles générations : avoir du succès. On peut trouver des cursus pour à peu près tout, de toiletteur pour poisson rouge à épilateur de poils dans la main (DRH), mais pas un diplôme ne délivre les clés du succès. Appelez le serrurier ou Passe-partout.
Lydie Salvayre, dans sa grande mansuétude et sa plus élégante férocité, répare cet oubli et propose un manuel d'arrivisme qui est pour un Narcisse ambitieux, ce que les 4 accords Toltèques sont aux mamans pandas qui tricotent en position du lotus.
Avec le sourire en coin et la plume acérée, la romancière résume l'époque en expliquant aux naïfs que le bonheur ne passe plus par le travail ou la vie de famille mais par le succès. Ce dernier correspond de moins en moins souvent à la reconnaissance d'un talent ou d'un dur labeur. C'est bien trop fatiguant, trop lent, pour un résultat incertain. Et le problème de la postérité, c'est qu'on passe souvent à côté de son vivant. Un selfie devant sa tombe ne flatte pas trop son compte Instagram. Non, le succès est passé du stade de la reconnaissance à celui d'objectif impatient.
Lydie Salvayre dresse les portraits de fameux spécimens, de la bookstagrammeuse siliconée et Dubaïsée, à l'homme influent qui n'est riche que de son fric jusqu'à diverses variétés d'écrivains adeptes de mondanités qui partagent tous la même appétence pour la mise en scène de soi.
Avec la finesse d'un auteur de bibles de développement personnel et de psychologie positive, la romancière enrichit ses profils de concepts et de conseils magistraux sur l'art de paraître, la meilleure façon d'écraser son prochain, de privilégier les amitiés utiles ou fuir l'effort et toute contrariété.
La romancière n'en est pas à sa première oeuvre misanthrope puisqu'elle avait déjà prodigué « Quelques conseils utiles aux élèves huissiers » dans un précédent ouvrage ou un « Petit traité d'éducation lubrique » qu'on peut trouver dans un angle mort de librairie. Si, si, celui qui brûle les yeux et qu'on feint toujours d'ignorer.
Côté succès, Lydie Salvayre, pour laquelle je ne sais jamais où il faut placer les y, a eu la notoriété laborieuse jusqu'à son Goncourt De circonstance, comme l'a titré de façon peu aimable un journal au moment de son attribution. Cela fait quand même plus de quarante ans qu'elle écrit avec bonheur pour un public fidèle dont je fais partie même si je dois concéder quelques lectures adultères.
Cet « irréfutable essai de successologie » dont l'ironie du titre devrait suffire à satisfaire tous les mauvais esprits, est une petite merveille revigorante qui se moque des paillettes en toc.
J'aurai aimé qu'elle s'attaque à d'autres totems mais les trompettes de la renommée attirent beaucoup de variétés d'embouchés.
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Après avoir tourné la dernière page de ce livre, je l'ai jeté au loin et j'ai repris le maquis.
En cela, j'ai suivi les conseils de son autrice, Lydie Salvayre.
Cet "irréfutable essai de successologie" est paru en janvier 2023 aux éditions du "Seuil".
Mais qu'est-ce donc que la "successologie" ?
On connaîssait la "potachologie" inventée dans les années 60 par les deux scientifiques - ô combien vulgarisateurs ! - qu'étaient Cabu et Goscinny.
Mais in fine que peut-il bien se cacher derrière le terme de "successologie" ?
C'est une science nouvelle, sur laquelle Jean-Paul va s'appuyer pour tendre du jarret, pour pousser du coude, pour relever la tête, bref, pour devenir quelqu'un.
L'expérience semble avoir démontré, qu'après avoir été imprégné suffisamment de "successologie", Jean-Paul, dont personne n'avait jamais entendu parler auparavant, est devenu l'homme providentiel, celui que la bonne fortune et le talent ont daigné montrer du doigt.
Que Dieu me savonne et que Jacques Higelin me pardonne !
Mais si vous voulez être prêts pour 2023, il va falloir être en place.
Finis les à-peu-près !
On a été trop cool, trop libéral, trop laxique ...
Hold tight ! Hold tight ! Hold tight !
Lidye Salvayre est une exploratrice de la socio, une aventurière des grandes et mornes plaines du comportement de ses contemporains.
Comment se faire un nom, et le faire briller aux mille feux de la réussite ?
Comment émerger de la masse, et s'arracher de son insignifiance ?
Tout un programme !
Ce serait le plus vieux rêve du monde.
Mais de quel monde ?
Celui que décrit Lidye Salvayre existe-t-il ailleurs que derrière l'écran de la télévision ?
C'est celui que l'on y entrevoit les soirs de désespoir où, faute de n'avoir plus rien à lire, on va jusqu'à se faire les dernières étiquettes du frigidaire, le manuel de montage du dernier meuble entré dans la maison.
Les portraits brossés, dans cet "irréfutable essai de successologie", le sont à grands coups de palette.
La caricature est dressée en effigie.
Il y a tir groupé sur quelques ambulances attardées d'un monde vain qui ne sait même pas qu'il n'existe plus.
Et, ce livre que j'avais attrapé pour rire, ou tout au moins pour sourire, a des accents d'aigreur qui évoquent des règlements de compte et des mises à mort trop faciles.
Est-il vraiment charitable de se moquer à ce point de l'inculture lorsqu'elle est érigée en spectacle ?
L'influenceuse, les types d'écrivains, les critiques littéraire, et cetera et cætera ...
Et puis, quel drôle de rapport que celui que Mme Salvayre entend entretenir ici avec ses lecteurs qui sont alternativement, et peut-être dans le désordre, hélés comme ses agneaux, ses candides, ses bichons, ses taurillons et même par quelques autres affectueux petits noms d'oiseaux.
Mme Salvayre, la lectrice sexagénaire de Cauvigny-sur-Orge ne vous remercie pas !
Le karcher est-il soluble dans la citation ?
N'est-il pas un peu naïf de ne découvrir le "réseautage" qu'en 50ème page ?
Autant de questions que me pose et de réflexions que m'impose cet "irréfutable essai de successologie" qui, pour n'être peut-être pas aussi irréfutable que ça, n'en est pas moins un moment de lecture aussi agaçant que son époque, aussi bien écrit qu'inévitable dans cette même époque.
Le code-barre a ses raisons que la raison ignore !
Au final, ce livre dégage une vision de la littérature qui n'est pas la mienne et d'un monde qui m'est étranger.
Je l'ai lu entre sourire et grimace, étonnement et incrédulité.
Ce qui n'est déjà pas si mal, convenons-en mes lapereaux.
Du reste, when I come home late at night
I get my favorite dish, fish !
C'est vous dire ...

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Lydie Salvayre serait-elle passé à l'ennemi, à savoir les nombreux et apparemment prolifiques auteurs qui grenouillent dans le rayon développement personnel ?

Le doute est permis... Elle va en effet s'employer à convaincre ses lecteurs de laisser tomber leurs vieux préjugés. L'époque est à l'arrivisme le plus décomplexé, il faut donc apprendre à surfer sur cette vague si l'on souhaite devenir une célébrité.

Dans ce pamphlet, qui évite tout "name dropping", Lydie Salvayre règle leur compte aux influenceurs de tout poil qui règnent sur les réseaux sociaux, et aussi à quelques grands patrons qui restent influents dans les media traditionnels.

Ce court essai ne m'a pas pourtant pas paru tenir entièrement la distance. C'est sûrement par ce que j'ignore presque tout du monde des agités du clic qui se mettent en scène dans des vidéos virales.

Lire (y compris des choses légères) me paraît beaucoup plus essentiel que passer des heures à grappiller des infos croustillantes sur le net.

Je dois toutefois convenir que les goûts des plus jeunes changent. Je consulte régulièrement le site editstat pour voir ce qui se vend le plus en librairie et je me rends compte que j'ignore tout de beaucoup des titres qui sont cités dans cette liste. Je suppose que ces ventes en masse venues de nulle part sont en effet initiées par du "buzz" sur les réseaux sociaux...
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Les moeurs de ce siècle

Tout à la fois pamphlet et pastiche, cet essai de Lydie Salvayre nous propose toutes les recettes pour avoir du succès. Né d'une saine colère, ce petit bijou d'ironie vacharde est admirablement bien ciselé.

Il serait bien dommage de suivre l'ultime conseil de Lydie Salvayre, «jetez au loin ce livre», tant sa lecture est réjouissante. Avec son humour vachard, sa grande érudition et son sens de la formule, son essai vaut vraiment le détour.
S'il ne faut pas hésiter à se plonger dans cet « Irréfutable essai de successologie », c'est d'abord parce que nous avons affaire à un ouvrage littéraire, à un style inimitable, à des phrases ciselées.
Ensuite, parce que ce panorama de notre société, qui fait la part belle au superficiel et à la course à la notoriété, est une mise en garde qu'il ne faut pas négliger. Car qui peut affirmer qu'il n'a jamais vu son visage se refléter dans ce miroir aux alouettes? N'a jamais cédé à la facilité en s'abrutissant devant une émission de télé racoleuse ou en se noyant dans les réseaux sociaux avec une belle collection d'émojis à la clé.
En forçant le trait et en nous encourageant à pousser le bouchon encore plus loin, Lydie Salvayre nous suggère qu'il y a sûrement mieux à faire, même si les miettes butinées sur les réseaux sont «bien plus faciles à digérer qu'un pavé de 600 pages».
Construit comme un vrai-faux manuel de développement personnel, le livre nous propose ses recettes en intertitres et en caractères gras, nous offre la conduite à tenir, le tout complété de quelques remarques très loin d'être anodines.
Bien entendu, ce guide est accompagné de portraits bien sentis de ces champions toutes catégories du succès, à commencer par l'influenceuse qui fait son miel des réseaux sociaux. Suivront le capitaine d'industrie en homme influent, toute une série d'écrivains – un milieu que Lydie Salvayre connaît fort bien, des débutants aux tueurs – les critiques et bien entendu, l'homme politique qui n'est pas avare lui non plus de flagornerie et de compromissions.
On pense bien entendu aux moralistes qui depuis Horace en passant par Rabelais et La Bruyère ont su railler avec talent les moeurs de leurs confrères et de la Cour qui se pressait autour des monarques. On y ajoutera Jonathan Swift qui a soufflé à Lydie son titre en proposant en 1699 un Irréfutable essai sur les facultés de l'âme.
Du coup, comme l'a si bien écrit Frédéric Beigbeder dans Le Figaro, «le retour de Lydie Salvayre à la satire est une bonne nouvelle: si elle a envie de stigmatiser le milieu littéraire, cela prouve qu'il existe encore. (…) Son Irréfutable essai de successologie est absolument réjouissant de bout en bout. On en prend tous plein la gueule.» Dans la bibliographie de l'écrivaine, il vient se placer dans la lignée de Quelques conseils utiles aux élèves huissiers (1997) et Portrait de l'écrivain en animal domestique (2007), mais aussi pour la vivacité du style à Rêver debout (2021).
Alors non, il ne faut vraiment pas jeter au loin ce livre à la langue si férocement chatoyante, aux citations habilement semées, à la mauvaise foi si brillamment mise en scène. Il faut le lire et le relire. Car alors nous ferons partie d'une caste bien particulière, celle des «lecteurs véritables», infime partie de la population «qui n'a pas le cerveau saturé d'informations incessantes et sans lien les unes avec les autres» mais garde «un contact intime, direct, charnel, avec les oeuvres littéraires».


Lien : https://collectiondelivres.w..
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Toujours aussi jouissif de lire cette écrivaine au style acerbe et unique. Elle nous croque les écrivains qu'elle connaît bien et que l'on pourrait classer aussi par catégorie. Cela pourrait être drôle si la réalité n'était pas là à nous rappeler comment les réseaux sociaux nous ont fait changer pour devenir si cons.


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critiques presse (7)
LeMonde
23 janvier 2023
Le propos en est simple, qui part d’un constat d’évidence : le succès est aujourd’hui le seul critère, semble-t-il, pour juger de la qualité d’une vie ou d’une œuvre. Il se mesurerait exclusivement par le nombre de likes d’un post ou les chiffres de vente d’un livre, qui empêcheraient toute autre manière de concevoir l’idée de réussite…
Lire la critique sur le site : LeMonde
SudOuestPresse
19 janvier 2023
Dans un essai truculent, Lydie Salvayre décoche des flèches acides sur les imposteurs de tout milieu en mal de célébrité. Jouissif de la première à la dernière ligne
Lire la critique sur le site : SudOuestPresse
OuestFrance
16 janvier 2023
Précisons que cet essai parodique, avec ses rubriques, ses citations, ses conseils, son style, serait à mourir de rire s’il n’était pas si vrai !
Lire la critique sur le site : OuestFrance
NonFiction
09 janvier 2023
Lydie Salvayre nous invite avec cet essai à éviter les écrivains et écrivaines à succès...
Lire la critique sur le site : NonFiction
LaLibreBelgique
06 janvier 2023
Avec une ironie décapante, Lydie Salvayre, détaille les intrigues utiles à la conquête du succès.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeFigaro
06 janvier 2023
La romancière, lauréate d'un prix Goncourt, postule dans son nouveau livre que sans succès un écrivain n'existe pas.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LesInrocks
03 janvier 2023
Dans Irréfutable essai de successologie, sous couvert de livrer ses conseils pour réussir au pays des écrivain·es, l'autrice signe un pamphlet drôle, acide et politique.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
Il est devenu, aujourd’hui,
tout à fait superflu de lire,
je puis vous l’affirmer sans la moindre nostalgie.
Nos cerveaux saturés d'informations incessantes et sans lien les unes avec les autres, ne disposent, en effet, que d'une part réduite d'attention aux œuvres littéraires. Et le nombre de lecteurs véritables, je veux dire de lecteurs ayant un contact intime, direct, charnel, avec elles, ne représente plus qu'une infime partie de la population.
Tous les autres dont vous êtes, j'ose l’espérer, se satisfont fort raisonnablement des miettes qu'ils butinent sur les réseaux, bien plus faciles à digérer qu'un pavé de 600 pages.
Ce qui ne les empêche pas d'exhiber, comme on le fait d’un trophée, l'ouvrage qu'ils ont commandé sur Amazon sans avoir pris la peine de l'ouvrir.
Cela, mes amis, représente un progrès vertigineux dans l’histoire des hommes. p. 140
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"Fatiguée de ce monde je demande à mourir, lassée de voir qu'un homme intègre doit mendier quand à côté de lui des nullités notoires se vautrent dans le luxe et l'amour du public, qu'on s'amuse à cracher sur la sincérité, que les places d'honneur sont pour les plus indignes, qu'on offre des corps vierges à des désirs brutaux, qu'on couvre d'infamies le juste diffamé, qu'un fort devienne infirme au pouvoir du difforme, que l'art est bâillonné sous un règne arbitraire, que des singes en docteurs décident du génie, qu'un être simple et vrai est traité de stupide, que le bien asservi est esclave du mal...
Fatiguée de tout ça, je veux quitter ce monde sauf que si je me tue, mon amour sera seul." William Shakespeare
Sonnet LXVI
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Définition du succès
Le succès est le remède universel longuement recherché pour guérir du malheur.
Si je place cette définition en tête du présent chapitre, c’est que trois raisons m’ont conduite à cette formulation que j’estime très vraie et très incontestable.

1. La première, tirée d’un grand nombre d’observations, me permet d’avancer que :
le succès embellit,
le succès anoblit,
le succès bonifie,
le succès enhardit,
le succès purifie,
et vous lave des bassesses, mesquineries et saloperies commises par le passé, car :
Le succès possède d’excellentes facultés détergentes.
Le succès vous confère l’estime, la considération et le respect, et fait de vous l’ornement de votre famille, son joyau, son trésor, son magot.
Le succès, de surcroît, vous confère indéniablement du sex-appeal, ce qui m’amène à affirmer que :
Le succès est aphrodisiaque.
Le succès, en accordant de la valeur et du brillant à tous vos gestes et paroles, en vous apportant la consistance dont vous étiez privé, en vous faisant apparaître sous un jour plus avantageux, vous dote, par là même, d’une haute idée de vous-même, satisfait exquisément votre ego, congédie du même coup vos soucis parasites, et décuple ainsi les facultés de votre esprit.
Le succès a aussi ce pouvoir, injustement ignoré, de vous rendre bon, serviable et même charitable. Parfaitement !
Le succès, en enrageant la concurrence, vous vaut un certain nombre d’ennemis dont l’existence, c’est attesté par nos plus brillants neurologues, constitue un excitant remarquable pour vos facultés mentales, qu’il fouette et revigore tout à votre avantage.
Enfin et surtout, le succès immunise contre la mort.

En résumé, le succès, par un phénomène que je n’hésiterai pas à qualifier de transsubstantiation, fait passer pour intelligent l’individu le plus con, pour séduisant le plus moche, pour aimable le plus odieux, pour honnête le plus malhonnête et pour immortel le plus piètrement mortel.
Autant de prodiges qui me permettent d’inférer que ce ne sont plus désormais ni l’art, ni la politique, ni les anciennes croyances qui déterminent notre présent.
C’est, sans contredit, le succès.
Le succès est la nouvelle religion.

2. La deuxième raison, et non la moindre, est que le succès, infailliblement, enrichit.
D’où il s’ensuit que, dans cette nouvelle religion, c’est aux riches, mes anges, que le ciel est promis.

Nous savions depuis longtemps que l’argent gouvernait le monde, et que :
Seuls les imbéciles créent pour une autre raison que l’argent,
ainsi que l’affirma le très pertinent Samuel Johnson dans son Art de l’insulte et autres effronteries.
Mais il est tout à fait nouveau que, loin de s’opposer à son règne ou de coupablement s’y résoudre, le genre humain, avec une unanimité et une ferveur sans égales, s’y plie désormais avec délice, exaltant ses bienfaits et claironnant ses vertus.
Le monde a beau changer, les désirs des humains demeurent invariables et limités à cinq, écrivait Euryloque. Pour ma part, je place au premier rang ce désir religieux d’être riche et célèbre.

Il suffit, du reste, de visionner quelques clips de rappeurs américains mondialement connus, pour constater que l’époque n’est plus aux pudeurs virginales devant la suprématie de l’argent et les money makers.
Si tu m’parles fric, j’suis toujours en déclic, chante Pussy Dundee.
Et son refrain fameux J’veux prendre d’l’oseille jusqu’à l’infini, ouais ouais, est devenu le cri de ralliement de la plupart d’entre eux.
Quant à l’expression de leur douleur mâtinée de révolte, elle se marie admirablement yeah yeah avec les bagouses en diamant qu’ils exhibent à chaque doigt, et les grosses chaînes en or qui ornent leur poitrine.

Je ne donnerai qu’un exemple : la fortune d’Ultra Love évaluée à ce jour à 1 milliard de dollars. Tu mesures frérot ! de la beuh à la pelle ! une Rolex pour chaqu’ jour ! une Ferrari qui fonce ! et une pute à gros luc qui t’suce sur ordre ! le paradis sur terre !
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(Les premières pages du livre)
Nos esprits les plus hautement spéculatifs ont découvert l’existence de milliers d’exoplanètes, identifié les traces d’un ankylosaure vieux de 168 millions d’années, établi que la vitesse de la lumière était de 299 792 458 mètres par seconde, mis au point des parapluies biplaces, des perruques pour chien, des protège-moustache, des masques antigloutons, des porte-glace à piles, et mille autres merveilles.
Mais nul encore n’a tenté de se lancer dans l’analyse sérieuse et approfondie des meilleurs moyens pour parvenir au succès !
Pourquoi tant d’intelligence gaspillée par des cerveaux admirables pour élucider des choses de bien moindre importance ?

Pourquoi un tel domaine, dont les lois déterminent le bonheur des hommes (ainsi que leur fortune), n’a-t-il pas été traité avec le sérieux qui convient ?
Pourquoi un aussi scandaleux mutisme ? Pourquoi une telle inconséquence ?
Pourquoi, pourquoi ?
Allons-nous plus longtemps demeurer dans cette coupable ignorance qui a réduit à la misère les individus les plus méritants ?
Non, non et non ! Cela est proprement inadmissible.
Je me propose donc de remédier à cette grave lacune en me lançant, avec l’audace d’un Christophe Colomb, dans l’exploration de ce continent ignoré, afin de répondre à ces hautes questions qui tourmentent le genre humain depuis que le monde est monde :
Comment se faire un nom ?
Comment émerger de la masse ?
Comment s’arracher à son insignifiance ?
Comment s’acheter une notoriété ?
Comment intriguer, abuser, écraser, challenger ? Comment mentir sans le paraître ? Comment obtenir la faveur des puissants et leur passer discrètement de la pommade ? Comment évincer les rivaux, embobiner les foules, enfumer les naïfs, amadouer les rogues, écraser les méchants et rabattre leur morgue ? Comment se servir, mine de rien, de ses meilleurs amis ?
Par quels savants stratagèmes, par quelles souplesses d’anguille, par quelles supercheries et quels roucoulements gagner la renommée et devenir objet d’adulation ?
Car se distinguer du reste des humains, être quelqu’un, quelque chose, apparaître au JT de 20 heures, avoir sa photo dans le journal, rêver de devenir une star, convoiter les honneurs et les applaudissements, bref désirer de briller aux yeux du plus grand nombre constitue la passion la plus archaïque et la plus universelle qui soit en ce bas monde.

Grâce à cet irréfutable essai qui, je le présume en toute modestie, licenciera définitivement l’ancienne politique, réinventera les lois de la morale, et m’assurera une admiration universelle, grâce à cet irréfutable essai, disais-je, je donnerai à cette passion la place qu’elle mérite : la première.
Je défricherai pour vous, mes agneaux, les voies encombrées et semées d’embûches qui mènent à la réussite, et vous prodiguerai les conseils nécessaires pour vous empêcher de tomber dans les nombreuses chausse-trapes qui guettent tous les jeunes aspirants à la gloire, et vous aider à être au top, très important ça, d’être au top.
Mais avant que d’aller plus loin dans mon projet que je n’hésite pas à qualifier de salvateur, il me semble important de vous donner une définition précise du succès tel que je le conçois.
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Règle 3 : Flatter le goût du grand nombre, lui servir bien rôties ses idées préconçues, les assaisonner d’une louche de bons sentiments, d’un peu de sel gaulois et de quelques olives, voilà qui fait sa félicité.
Faire montre de trop d’esprit, de trop de mordant, de trop d’impertinence, de trop de hardiesse, est regardé comme inquiétant, générateur de troubles, et dangereux à l’ordre social, lequel s’efforce de contenir les colères d’un peuple affreusement imprévisible.
Je vous conseille donc vivement de ne point tomber dans ce travers.
N’oubliez pas que votre public se recrute presque entièrement dans la classe dite moyenne et supérieure, laquelle est en parfait accord avec les valeurs dominantes, et a ce faible courage d’éviter soigneusement tout courage véritable susceptible de lui porter tort.
C’est, elle, mes très chers, qui se plaît à vos productions. C’est elle qui fabrique vos succès et vous dispense les honneurs auxquels ardemment vous rêvez.
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Vidéo de Lydie Salvayre
Cette rencontre est organisée par la bibliothèque Denis-Diderot de Bondy, étape #1 du parcours de lecture "Vivre en marche avant" avec Lydie Salvayre, organisé dans le cadre du festival Hors limites 2022.
La rencontre sera ponctuée de lecture de la comédienne Marilyne Canto.
Le programme complet du parcours : https://www.hors-limites.fr/index.php/edition/2022/parcours-litteraires
Peu d'oeuvres romanesques contemporaines dialoguent aussi explicitement avec le patrimoine littéraire que celle de Lydie Salvayre. Explicitement (lorsqu'elle rend hommage aux grands anciens que sont Saint-Simon, Virginia Woolf ou Georges Bernanos) ou implicitement, lorsqu'elle décide d'écrire dans cette langue française du XVIIIe siècle à la fois majestueuse et pleine d'angles, d'ombres et de chausse-trappes. Avec l'autrice, nous nous demanderons à quoi lui sert cet héritage : à soulever le présent comme on use d'un décapsuleur? À trucider notre temps – qui serait moins glorieux ou moins enthousiasmant? À le farcir, pour en relever la saveur?
Dans la soute à bagages : "La conférence de Cintegabelle" (Seuil, 1999) ; "Sept femmes" (Perrin, 2013) ; "Pas pleurer" (Seuil, 2014) ; "Rêver debout" (Seuil, 2021)…
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Lydie Salvayre

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