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ISBN : 202051057X
Éditeur : Seuil (04/09/2001)

Note moyenne : 3.14/5 (sur 39 notes)
Résumé :
Finis le Lubéron ou l'Ile de Ré, complètement dépassées les Seychelles ou la Réunion. Le dernier chic en matière de tourisme c'est d'aller voir les pauvres dans leurs banlieues. C'est ce que propose un "tour operator" qui emmène ses clients en car d'une cité des environs de Paris à un squat milanais en passant par Bruxelles, Cologne et Berlin. Chacun des participants a ses propres motivations plus ou moins honorables... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
ChristopheM
  28 novembre 2014
La société de tourisme Real Voyages organise un « road trip » particulier pour les bourgeois en quête de sensations fortes. À la recherche d'un autre monde. Un ailleurs qui leur apporterait des sueurs froides. Qui les bousculerait dans leur quotidien confortable. Et c'est de Paris à Turin qu'ils trouveront cette dimension glauque à chaque halte dans une grande ville européenne contenant sa cité de la peur, son quartier des pauvres. La fracture sociale génère des conflits d'idéaux. Elle est la source des tensions dans ce petit groupe peu commun. Un parcours qui révèle des personnalités aussi laides qu'attirantes.
Ce livre est une satire. Une blague amère. La caricature d'un discours humanitaire.
L'ironie dessine la carte des mépris et des incompréhensions entre les différents protagonistes. Les clichés du riche et du pauvre, et donc des idéaux qui les séparent.
Il raisonne. L'écho. de toute part.
Conscient de l'ampleur européenne de l'inégalité dévoilée dans le livre, je m'en suis tenu à des images spontanées qui me sont apparues furtivement dans les médias français — sur la toile internet et à la télévision pour être précis. Cela était d'autant plus étonnant que je n'avais pas pour habitude de suivre scrupuleusement les sorties acclamée des érudits. Au fil de la lecture, ce sont les échos des mots d'Éric Zemmour le « Porte-voix des classes populaires » (Figaro15/11/14) ; de Laurent Obertone (écrivain) qui tire la sonnette d'alarme en livrant son « Orange mécanique » (Ring édition 2013) ; du récent retour du feu Étienne de la Boétie discourant sur la servitude volontaire (dans l'hebdomadaire « 1 » de cette semaine) ; de Natacha Polony à propos de son recueil de chroniques « Ce pays qu'on abat » (Plon 2014) ; qui apparaissaient en toile de fond.
Tous les débats, les critiques, les chroniques, les livres, les émissions télévisées, les « j'accuse » et les « indignez-vous » sont pour moi des entreprises extrêmement intelligibles, médiatisées et impulsives. Des idées mises aux enchères telle la légendaire bourse à la criée au sein des différentes bourses du monde entier. Je perçois des enjeux énormes dans un langage codé qui m'est étranger. Je vois juste des égos gonflés à bloc. Des marchands me vendant du slogan « Arrêtons-la misère, que diable ! ». Ils sont comme Odile B, tous « torturés par l'idéal social ».
Je me suis retrouvé dans « Les belles âmes ». Non pas que je considère mon âme comme immaculée mais parce qu'une grosse partie de ma vie est celle qui rejoint la catégorie des cas sociaux. J'ai habité dans un appartement social à Molenbeek-St-Jean (Bruxelles) pendant un peu plus de dix ans et j'ai retrouvé tous les clichés. Madame Guitou, la concierge, les miséreux, les volontaires, les démissionnaires, les délinquants, etc. La simplicité de la politique du quartier : « soutenons-nous et ailleurs démerdez-vous », ou encore « chacun ses problèmes ».
C'est vrai. Il existait aussi des rêveurs incontestés ou mieux des jeunes étudiants d'une volonté inébranlable qui réussirent dans la plus prestigieuse école de commerce de Bruxelles — des exceptions, mais des exemples intéressants. Pour le plaisir de l'accompagnateur qui est « convaincu qu'on peut faire évoluer les esprits grâce au savoir et à la culture ». Comme quoi. Certains trouvent la force d'opérer des choix constructifs. Tout le monde n'était pas à plaindre. Il n'y avait pas de cars de touristes riches à souhait venus pour s'extasier devant l'inconnu. Il y avait plutôt des visites de groupe d'étudiants, d'architectes, d'ingénieurs et de la police bien sûr. Certains ne souhaitaient rien, d'autres espéraient quelque chose.
Le relief de l'histoire, c'est une vérité. le constat de l'ignorance généralisée. le déni de l'écart qui existe entre un Jason (banlieusard je-m'en-foutiste) et madame Odile B (oratrice caractérielle) par exemple. Une condition humaine malade dans un monde au bord de la surchauffe, presque hystérique tellement tout va si vite. Prenez l'exemple du temps du récit qui s'étale sur cinq jours. Jours durant lesquels les acteurs connaissent quatre phases comportementales. J'y reviendrais juste après ceci : cette période est similaire à celle qui considère une information dépassée après un « buzz » phénoménal. Environ une bonne semaine. Ensuite, le sujet se consume. le temps passe. La cacophonie diminue. le tempo ralentit. L'écho est devenu un souvenir vague. Jusqu'à la prochaine fois.
La fin du roman. La simulation d'un essoufflement. Il n'y a pas de final succulent, pugilat à la clé malgré les confrontations verbales musclées. L'enthousiasme a juste disparu. Fin des quatre phases, jouissance de l'accompagnateur – encore : « Il sait que se succèdent quatre phases chacune marquée d'un pic : une phase d'enthousiasme humanitaire, une autre de dépression cyclonique de la conscience, suivie de près d'une phase purement catastrophique, qui précède, à l'arrivée, une phase de lâche soulagement. La séquence est algébrique ».
Entre temps, les intéressés s'éloignent, embrouillés par les concepts. D'ailleurs se sentent-ils concernés ? Est-ce leurs fautes ? Dirait le dramaturge (prêtre défroqué). Un brouhaha sur lequel tout le monde n'est pas d'accord.
Voilà ce que représentent pour moi les touristes, les jeunes, le chauffeur, les bas quartiers, le car roulant à travers l'Europe. Un mouvement, du bruit, puis du silence.
J'ai été impressionné par le jeu de langage. Une navigation entre le registre soutenu (pour l'accompagnateur, l'écrivain, pour la narratrice elle-même) au familier (liaison entre le parler écrit et l'oral ; pour tous. Un langage moins raffiné pour Jason, le chauffeur, Olympe ou madame Guitou et la concierge ; afin de mieux différencier la classe sociale) avec aisance. Une figure de style qui revient souvent – parmi la multitude : l'anaphore, la répétition qui marque l'attachement de l'auteur envers le personnage « Olympe ». de plus, Lydie Salvayre participe au récit puisqu'elle intervient avec le pronom personnel « je » et donne ses impressions sur les personnages (la nostalgie qu'elle aura à l'égard d'Olympe) et sur la trame de l'histoire. le tout dans un genre complexe, l'ironie. Cela dénote une impressionnante maitrise des techniques d'écriture et un talent pour captiver l'attention du lecteur. Cette façon de procéder lui permet d'insister sur le poids de la dénonciation. Ce partage sonne comme une confidence à propos de l'hypocrisie humaine, des impressions qu'ont tout un chacun sur la condition de la population en difficulté. L'auteure donne une voix à ceux qui n'en ont pas ou plus.
C'était, à mon sens, marcher sur une crête au bord d'un gouffre que de proposer une telle histoire. Ce n'est pas le genre de récit que j'affectionne et pourtant, je n'ai pas eu la nausée. Ce fut un « réel voyage ». Un pont entre le fossé qui sépare les exclus des privilégiés. Une surprise et une découverte très intéressante.
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Guz
  10 octobre 2016
LES BELLES ÂMES – Lydie SALVAYRE – SEUIL (2000)
Que propose Real Voyages ? Des périples à travers l'Europe des démunis ! Car les touristes des classes moyennes ou aisées cherchent des sensations fortes.
Le programme a deux axes : montrer à ces touristes « un échantillonnage varié autant qu'exhaustif des différents spécimens des pauvres ». L'autre axe prévoit « d'y aller progressivement : d'abord les pauvres présentables, puis moins présentables jusqu'aux épaves … ».
Qui sont ces touristes d'un genre si particulier ? Il y a un homme d'affaires et sa femme, il y a un homme de gauche et sa femme, un écrivain célibataire, une journaliste (à Gloria), célibataire elle aussi, etc. Des « belles âmes », quoi ! Il y a aussi l'animateur, l'accompagnateur, le chauffeur et Olympe. Olympe, une jeune métisse qui se bat comme elle peut pour survivre malgré tant de laideur. A la fin du livre, nous pensons que la société entière devrait veiller sur les êtres comme elle. Mais on ne le fait pas. On les visite, c'est plus commode. Jusqu'à ce que …
La visite débute dans une cité grise de banlieue parisienne et l'étape suivante est le quartier le plus pauvre de Bruxelles : Molenbeek. (Tiens, tiens …)
Les travers de chaque personnage (visiteur ou visité) sont vus par l'oeil vigilant de Lydie SALVAYRE et rendus par son écriture ironique. L'humour noir est à son comble. Cela nous fait rire (jaune) presque à chaque page tant les situations et les échanges entre les personnages sont cocasses :
« Mlle Faulkircher est en proie à une exaltation égalitaire qui va durer ce que durent les roses : aux moins deux bonnes journées. Les plaisirs altruistes constituent des passe-temps délicieux. »
« … On lui sert une tasse d'une propreté douteuse. Ca va lui coller une de ces nausées ! Moralité : il n'est pas toujours aisé de paraître démocratique ».
« Mme Pite ne vaut pas un clou sur le marché sexuel, qui, de tous les marchés est le plus impitoyable ».
Les portraits au vitriol nous saisissent tant ils sont vivants.
Finalement, je me dis que les personnages des « Belles Âmes » ne sont pas si fictifs que ça car, si nos dirigeants européens avaient pu porter la même attention que Lydie SALVAYRE à l'état de l'Europe, depuis bien longtemps, (ce livre a été publié en 2000, donc avant même le 11 septembre 2001) – les terribles événements que nous vivons aujourd'hui n'auraient pu survenir, faute de raisons comme Molenbeek, par exemple.
«Je pressens le déclin de l'Europe et le froid à venir, déclame-t-il, (ici c'est l'accompagnateur, ancien séminariste qui parle) ça le reprend. Et bien qu'historiquement parlant nous n'en soyons qu'à ses débuts, dit-il, sa fin déjà s'annonce dont je distingue les présages. Car l'Europe impensée, l'Europe répudiée, l'Europe crucifiée, l'Europe de la honte et de la perdition, l'Europe qui pourrit, empue et sombre dans l'indifférence de tous, l'Europe qui meurt librement de misère dans une Europe libre, cette Europe-ci, mesdames, messieurs, est la vérité de l'autre, la riche et sourde et arrogante Europe. … Et si nous n'y mettons pas fin, le malheur de cette Europe-ci signera le malheur de l'Europe tout entière et le malheur du monde. J'ai regret à le dire. »
Et voici les réactions des visiteurs qui l'entendent :
- « Encore des divagations apocalyptiques !
- La barbe !
- Ce type ne ferait-il pas partie d'une secte ? »
Lydie SALVAYRE est-elle voyante comme Mila ? Non, elle est tout simplement lucide. Et nous ?
Alors, que fait-on maintenant qu'on a perdu beaucoup de temps ? A écouter nos politiques de tous bords, à part une ou deux associations, pas grand monde ne semble proposer de bonnes solutions !
«L'amer savoir celui qu'on tire du voyage » a dit Flaubert.
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ADAMSY
  25 mars 2015
Un circuit touristique original est proposé : la visite des quartiers les plus pauvres d'Europe. le récit est à prendre évidemment au second degré et il vaut mieux passer la seconde pour ce voyage. On y décrit la pauvreté et ce qu'elle engendre : bêtise, fainéantise, violence, sexe et propos souvent écoeurants.
De l'autre côté, un petit groupe de voyeurs. Chacun a une bonne raison d'être là : l'un écrit des livres, l'autre cherche la rencontre... Des liens se créent entre eux et la pauvreté est une occasion de débattre, d'échanger et de mieux se connaître. Finalement, ils oublient vite et cherchent avant tout à se montrer le plus attrayant possible. Chacun se vend ou se concentre sur sa petite personne. Qui est finalement le plus écoeurant ? A vous de juger.
Le cynisme m'a amusé au début puis je me suis lassée des propos inutiles et les intrigues amoureuses entre touristes ne sont pas des plus passionnantes.
Il fallait quand même y penser... le sujet est bien traité.
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Val78
  05 novembre 2014
C'est un drôle de roman qui raconte le voyage de "touristes" chez les pauvres. Un tour de l'Europe des cités et des squats, voyeuriste et dérangeant. Il y a bien des visites du Bronx, pourquoi pas un voyage dans une cité défavorisée ?
Celui-ci laissera des traces autant chez les organisateurs/ accompagnateurs que chez les touristes qui finissent par ne plus se supporter et trouver leurs fractures.
Je ne sais pas si j'ai aimé ce livre. en tous cas le sujet et le point de vue valent la lecture.
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Sebthos
  15 avril 2017
Un petit tour chez les pauvres...
Visiter les quartiers les plus pauvres de l'Europe, voilà le programme de ce tour-operator un peu spécial qu'est Real Voyage. Un roman d'une ironie mordante, au discours souvent décousu afin de saisir le côté grotesque de ce projet. On y reconnaît le style truculent de Lydie Salvayre, et il est irrésistible !
26/02/2015
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
Francharb3Francharb3   10 novembre 2014
Il est à préciser que Real Voyages, l'agence qui organise ce périple à travers l'Europe des démunis, a prévu un programme à la fois vertical et longitudinal. Le programme longitudinal consiste à présenter aux touristes un échantillonnage varié autant qu'exhaustif des différents spécimens de pauvres. Quant au programme vertical, il conseille d'y aller progressif : d'abord les pauvres présentables, puis les moins présentables, puis les encore moins présentables, jusqu'aux derniers des derniers, jusqu'aux épaves dont la seule vision vous dégoûte de vivre.
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ZalvecZalvec   23 juin 2015
Ce qui est sûr, c'est que les touristes aisés ne veulent plus voir la misère.
Plus du tout. Car la misère les attaque.
La misère a ceci d'ennuyeux qu'elle attaque ceux qui la voient.
La misère est méchante. Très.
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ADAMSYADAMSY   22 mars 2015
En amour rien n'est laid. Ce qui peut se dire aussi : l'amour transfigure tout ce qu'il touche. Mais peut-il transfigurer une cave humide et froide en hôtel cinq étoiles ? La question reste posée.
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CVialatteCVialatte   10 juillet 2017
Odile B. est blonde, fébrile, atrabilaire, fulminante, éruptive, amère, militante, agressive, écumante, maigre, intransigeante, éphectique, oblate, susceptible, absolue, sentencieuse, irascible, intempestive, affligée d'un léger goître (d'où sa nervosité et son idéalisme) et fâcheusement péremptoire. Du soir au matin, elle bout.
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Videos de Lydie Salvayre (36) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Lydie Salvayre
Prix Goncourt 2014 pour « Pas pleurer », Lydie Salvayre publie un nouveau roman jubilatoire et profondément humain : « Tout homme est une nuit », aux éditions du Seuil. Un ouvrage où la figure de l'étranger est de nouveau centrale, qui interroge la notion d'altérité et que décrypte pour vous l'auteure ; accompagnée d'Enki Bilal, d'Alice Ferney et Denis Jeambar.
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