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Jean-Michel Mariou (Préfacier, etc.)Dominique Blanc (Traducteur)
ISBN : 2864329212
Éditeur : Verdier (06/04/2017)

Note moyenne : 4/5 (sur 3 notes)
Résumé :
La publication en Espagne de ce roman inédit d’Ignacio Sánchez Mejías, au début de l’année 2010, a constitué un véritable événement. Retrouvé dans des archives non encore classées par Andrés Amorós, essayiste et critique littéraire de renom, qui travaillait alors sur la biographie du torero poète et dramaturge, L’Amertume du triomphe ajoute une facette supplémentaire aux talents multiples d’Ignacio Sánchez Mejías : ainsi donc le torero célèbre, le dramaturge, le jou... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (4) Ajouter une critique
SZRAMOWO
28 mai 2017
L'amertume du triomphe ou la tauromachie vue de l'intérieur.
Merci aux Editions VERDIER et à BABELIO pour l'envoi de cet ouvrage dans le cadre de la dernière masse critique. Il constituait mon premier choix.
En nous racontant l‘histoire de José Antonio le fils du régisseur d'Albento devenu matador sous le pseudonyme d'El Niño de Albento, Ignacio Sánchez Mejías puise dans ses propres souvenirs.
Ignacio, fils de médecin, refusa la trajectoire sociale que lui trace sa famille, quitte l'Espagne pour le Mexique, revient dans son pays pour devenir le matador que l'on connait, atypique et téméraire, menant une carrière avec le soutien du public, mais contre l'hostilité du monde taurin et les médias, qui ne voient pas en lui un esthète de l'art tauromachique. Les critiques sont vives, souvent acerbes.
On retrouve tout cela, servi par une écriture simple directe et sincère, dans l'Amertume du triomphe.
José Antonio est fils d'un régisseur, ami du Señorito, Manolo, le fils des propriétaires du domaine où travaille son père. élevé par la Marquise comme un deuxième fils :
Au collège, Manolo établit la différence entre ce «frère» au domaine et les autres enfants fils de famille comme lui. Il déclare sans sourciller à son nouvel ami Joaquín Sotomayor, le fils du marquis del Águila :
«José-Antonio est le fils d'un domestique de chez moi et est ici à mon service. C'est pourquoi je lui ai rappelé ce qu'apparemment il avait oublié.»
José Antonio sera marqué à vie par cette trahison. Il s'enfuit. Décide de quitter la sécurité du domaine de Albento, où il sera toujours le fils du régisseur, pour accéder à la gloire.
«Il se souvenait avec horreur de la vie de la valetaille au domaine, et plus d'une fois, quand il songeait que pourrait arriver le moment où il devrait abandonner ses amis pour se livrer aux travaux des champs, car c'était là son destin, il ressentait une grande tristesse.»
El Niño de Albento n'est jamais un héros que face au taureau. En dehors de l'arène, malgré les démonstrations de ferveur du public, il sera toujours le fils du régisseur pour ceux qui tirent les ficelles et détiennent le pouvoir :
« La foule, par vagues, entoura le torero au pied du wagon-lit. José Mari, qui l'accompagnait dans son voyage, monta le premier et, alors que le matador se disposait à faire de même, les acclamations éclatèrent comme un rugissement :
Vive le meilleur torero d'Espagne !
Vive le Niño de Albento (...)»
Il ne peut compter que sur deux personnes, Espeletas, son valet d'épée qui tente en vain de le mettre en garde contre la superficialité de ceux qui l'entourent, et son ami José Mari.
Mais Jose Antonio ne veut rien savoir, s'accrochant à son rêve malgré les rebuffades. Quand il revient en demi-Dieu au domaine de Albento pour une sélection de taurillons, la marquise lui laisse le champ libre, lui accordant comme à son propre fils le titre de Señorito et ordonnant à son bouvier :
« Demain (...) dès que le Señorito José Antonio arrivera (...) donne lui les registres et qu'il dirige la sélection.»
Mais l'arrivée de Manolo, brise le charme, il n'hésite pas à mettre en cause les décision de José Antonio :
«Moi, ce que je sais, répondit le Señorito en colère, c'est que ce veau est à moi et qu'ici on fait ce qui me plait.»
L'histoire racontée est classique. Elle illustre la schizophrénie d'une société tournée vers la réussite mais refusant d'intégrer ceux qui y parviennent par leur propre voie les ramenant à leurs origines plébéiennes.
Longtemps en Espagne, la tauromachie a fait office à la fois d'ascenseur social et d'opium du peuple pour reprendre une expression galvaudée.
Adulé du public, Jose Antonio est honni par les instances officielles tauromachiques, son style est vilipendé par les journalistes, et surtout, les propriétaires des grands domaines, éleveurs de taureaux de combats reconnaissant son talent de sélectionneur, mais à condition qu'il reste sélectionneur de taureaux et surtout ne s'avise pas de séduire une de leurs filles, la belle Marilinda à propos de laquelle la Marquise lui conseille :
«Il faut oublier tout ça, José Antonio ! (...) de plus, c'est impossible. Son père n'y consentira jamais (...)»
Un livre court, inachevé, écrit avec passion, un concentré d'Espagne, l'histoire d'un homme qui voulut s'envoler.
L'amertume du triomphe pourrait se résumer à cet air connu :
« C'est vous le torero ? Continuez ! »
Lien : http://desecrits.blog.lemond..
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viduite
29 mai 2017
L'amertume du triomphe est un très bref roman. Une curiosité de bibliophile, une petite pépite de celui dont le nom est surtout resté dans les mémoires pour le poème que lui a dédié son ami Garcia Lorca. Roman inachevé , joliment elliptique et cruelle en connaissance de cause. L'amertume du triomphe est une belle découverte.
Évitons d'abord toute prévention : ce livre sur la tauromachie, écrit par un torero, ne nécessite aucune connaissance particulière, voire aucune afficíon. Les lecteurs sensibles ou effarés par ce rite sacrificiel d'une violence obscène et dérangeante pourront s'aventurer dans ce récit sans longue description de mise à mort. Sans doute pas sans risque.
Impossible de ne pas évoquer ici la comparaison de Leiris à une littérature considérée comme une tauromachie quand l'auteur parvient à y introduire ne serait-ce que l'ombre de la corne d'un taureau. Par un sorte de curiosité bibliophile, de celle qui ne déplairait pas à Marías, il paraît loin d'être impossible que Leiris ait vu Sanchez-Mejias à l'oeuvre.
Tout ceci ne nous apprend rien, hormis que l'auteur semble s'engager intégralement dans ce texte intense. Poétique si le terme n'était pas si galvaudé. Finalement, il est bon de ne rien savoir de sa vie. Découvrir ainsi à nue l'humiliation, le désir d'une revanche sociale, les velléités d'une reconnaissance seulement par des indifférents et surtout, comme l'indique, ce titre magnifique : l'amertume du triomphe. Au fond, si la littérature est à l'image de la tauromachie c'est sans doute que cet art de la parade, ce réflexe de l'appréhension, fonctionne sur les mêmes mesquines manipulations. Difficile de ne pas penser ici à Un dernier verre au bar sans nom.
Ce court récit décrit l'inutilité du succès rencontré par José Antonio, le personnage principale, dans des arènes successives qui s'avèrent aucunement terrain de vérité. La langue de Sanchez-Mejias se dote alors d'une certaine précision classique mais doublée par la sensualité d'une précision dans les impressions. Fils du régisseur d'un grand domaine, José Antonio grandit avec le fils de la marquise avant de subir la réprobation de sa position sociale. La scène de l'internat est magnifique et sans insistance. Une forme de délicatesse pour cet enfant aussi parfaitement rendu que le climat social d'une Espagne campée dans l'immuable.
Les réputations sociales devraient être concédées par la société elle-même après analyse de la vie de chacun. Et, si elle agissait avec justice, elle donnerait au plus grand effort la plus grande récompense.
L'amertume du triomphe est animée par une saine colère. Le torero n'est pas reconnu car il ne cède pas aux sirènes des instances en place. Les compromissions d'une carrière dont il ne méconnaît aucunement la vanité. Si dans cet unique essai, Sanchez-Mejitas mérite l'épithète de romancier c'est par sa capacité à saisir ce vide intérieur, la vanité de nos vies qui tous nous frappe.
Avec une mélancolie discrète et tenace (si ce n'est là une contradiction dans les termes), le romancier montre surtout que son héros connaissait d'avance la vanité de ses efforts. Il revient sur les terres, empruntées nécessairement, de son enfance. Le fils du domaine l'humilie. La marquise, égoïste déesse tutélaire, le conduit vers un amour impossible. Le roman se clôt ainsi. Son inachèvement se pare alors d'une indéniable beauté. Une façon, qui sait, de ne pas reconduire, l'amertume du succès.

Lien : https://viduite.wordpress.co..
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cate33
01 juin 2017
Reçu dans le cadre de la masse critique Babelio. Merci au site et à l'éditeur de m'avoir fait parvenir ce livre.
Je suis aficionada et l'été, j'aime prendre le chemin des arènes. Et ce livre parle justement de la vie d'un torero. Nous allons suivre son accession, ses doutes, ses succès, ses amours. Un beau texte qui décrit la vie autour et dans le monde taurin. de belles pages sur ce milieu, si particulier. Ce texte parle très bien des protagonistes de ce mundillo : les toreros, les hommes de main, les impresarios, les propriétaires d'élevage, les journalistes et bien sûr les aficionados. Ces pages nous parlent aussi d'un homme, fils du régisseur d'une grande exploitation. Il va devenir l'ami du fils de la propriétaire mais la lutte des classes existe toujours, malgré son succès dans les arènes. Un texte autobiographique, puisque Ignacio Sanchez Mejias fut torero et ami de Garcia LLorca qui lui a dédié l'un de ses plus beaux poèmes. J'ai aimé ce livre car j'aime ce milieu mais c'est aussi un beau texte littéraire avec des pages de réelle poésie. Il décrit très bien la société espagnole, le monde de la presse, des éleveurs. Les voyages en train pour rejoindre les arènes sont le prétexte à des conversations philosophiques sur la vie, sur les amours, sur l'amitié. Des chapitres d'un roman inachevé qui nous entraînent dans la vie et les pensées d'un torero. Un beau texte littéraire avec une très belle traduction de Dominique Blanc.
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gromit33
01 juin 2017
Je suis aficionada et l'été, j'aime prendre le chemin des arènes. Et ce livre parle justement de la vie d'un torero. Nous allons suivre son accession, ses doutes, ses succès, ses amours. Un beau texte qui décrit la vie autour et dans le monde taurin. de belles pages sur ce milieu, si particulier. Ce texte parle très bien des protagonistes de ce mundillo : les toreros, les hommes de main, les impresarios, les propriétaires d'élevage, les journalistes et bien sûr les aficionados. Ces pages nous parlent aussi d'un homme, fils du régisseur d'une grande exploitation. Il va devenir l'ami du fils de la propriétaire mais la lutte des classes existe toujours, malgré son succès dans les arènes. Un texte autobiographique, puisque Ignacio Sanchez Mejias fut torero et ami de Garcia LLorca qui lui a dédié l'un de ses plus beaux poèmes. J'ai aimé ce livre car j'aime ce milieu mais c'est aussi un beau texte littéraire avec des pages de réelle poésie. Il décrit très bien la société espagnole, le monde de la presse, des éleveurs. Les voyages en train pour rejoindre les arènes sont le prétexte à des conversations philosophiques sur la vie, sur les amours, sur l'amitié. Des chapitres d'un roman inachevé qui nous entraînent dans la vie et les pensées d'un torero. Un beau texte littéraire avec une très belle traduction de Dominique Blanc.«
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Citations & extraits (3) Ajouter une citation
cate33cate3301 juin 2017
Quand l’humanité aura atteint un tel degré de civilisation qu’il ne restera plus aucune cruauté alors il sera temps de parler de supprimer les corridas. Mais tant que les êtres humains parleront tranquillement du nombre d’hommes, que chaque nation peut tuer à un moment déterminé, parler de la corrida est ridicule. Conférence à Columbia university (NYC) 1929
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cate33cate3301 juin 2017
Sans la vie, seules comptent nos grandes espérances. Si, pour satisfaire l’une d’entre elles, tu dois traverser des buissons de ronces qui te déchirent la peau, quelle importance ? La douleur passe et les blessures guérissent. Tu finis même par être heureux en contemplant les cicatrices. Il faut s’en tenir à son idée et faire de réussite une question de vie ou de mort. Qu’importent les ronces et les combats, et les dangers, et les souffrances. (p55)
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cate33cate3301 juin 2017
Quand vous voyez quelque chose que vous ne pouvez pas atteindre, même debout, en levant la main le plus haut possible, continuez votre chemin, sans perdre votre temps à la regarder, parce que si on la regarde, on a la limitation de l’attraper et pour y arriver, y faut sauter, et celui qui saute perd souvent l’équilibre, et c’est la dernière chose qu’un homme doit perdre dans cette vie. (p 88)
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