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EAN : 9782368906286
672 pages
Éditeur : Le Passeur (11/10/2018)
4.68/5   14 notes
Résumé :
On n’imagine pas caractères plus dissemblables, conceptions de la vie plus différentes et rapports à la littérature plus divergents que ceux de George Sand et Gustave Flaubert.

Pourtant, leur correspondance est l’une des plus belles qui soient et apporte un éclairage indispensable sur leurs oeuvres et leurs démarches artistiques. Son intérêt est multiple : tant pour l’histoire littéraire que pour la connaissance des idées philosophiques, esthétiques e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
SaveurLitteraire
  07 mai 2021
Gustave Flaubert et son monument, Madame Bovary… avalé avec difficulté en Terminale, disséqué par un enseignant passionné, face à une classe dubitative. Si l'histoire m'avait autant ennuyé qu'affligé, la plume, elle, a su se faire une place dans mon coeur. C'est ainsi que les correspondances de Flaubert se retrouvent en ma possession, par ma soif de curiosité sur un auteur assez fascinant ; et si je n'ai pas encore pu lire les oeuvres de George Sand, ce moment d'intimité passé avec ces deux écrivains classiques saura bien attiser ma curiosité sur les titres de chacun.
Tu aimes trop la littérature, elle te tuera est une correspondance qui s'étend sur de longues années, à la plume plutôt qu'à l'ordinateur, d'une écriture à l'encre plutôt qu'au clavier. Une amitié dont nous n'avions pas forcément connaissance, franche et pure, le reflet du genre d'amitié que l'on ne retrouve pas à notre époque moderne. Avant d'en venir aux correspondances, une préface d'une trentaine de pages nous introduit aux deux noms et au contexte, aux liens qui unissent ces personnes. Je n'aurais donc qu'un regret pour cette lecture : avoir lu la préface avant de débuter, car elle en dit beaucoup ; considérez-la plus comme un résumé de toute la correspondance que comme une préface d'introduction.
Comme pour tout ouvrage théorique, toute brique de témoignage, de non-fiction, il vaut mieux ne pas chercher à tout lire en une fois, privilégiez peut-être une autre lecture et alternez pour apprécier à sa juste valeur ce gros pavé de 600 pages ! Qu'y a-t-il à en dire, d'ailleurs ? Ne connaissant que la plume de Flaubert, j'en retrouve avec un sourire de nostalgie les nombreux aspects dont avait parlé mon enseignant de Terminale, la douleur que l'écriture de Madame Bovary a suscité chez son auteur, et quelques unes de ses réflexions sociales. C'est aussi l'occasion de découvrir George Sand, une femme de lettres à qui l'on doit des chefs d'oeuvres !
Le plus intéressant à noter dans ces correspondances, outre le fait qu'elles aient duré aussi longtemps, outre le fait qu'on ait accès à autant de lettres et de billets, c'est… le respect qu'ils ont l'un pour l'autre, un respect sans borne malgré les nombreuses différences qui les séparent. Leur amitié n'est jamais entachée par les profondes divergences d'opinions qui les animent. Tous deux savent écouter l'autre, tout en faisant valoir leur point de vue, si l'on en juge par les longs billets passionnés qui s'étendent au fil des années. La mauvaise humeur ne dure jamais entre eux.
Les deux correspondants sont des plumes avant tout, aussi nous ne serons pas étonnés de lire des échanges sur des problématiques de style et de création ; Tu aimes trop la littérature, elle te tuera en est remplie, pour notre grand plaisir ! C'est comme s'il s'agissait des coulisses de grands auteurs classiques, des sujets qui intéresseront peut-être les jeunes plumes que nous sommes. Loin de s'arrêter aux affaires de création, les auteurs parlent également de leur vie et de leurs difficultés, de leurs convictions ; une véritable mine d'informations s'ouvre à nous, de quoi en apprendre plus intimement sur la France des années 1870, principalement, et les moeurs, la mentalité, qui s'en ressentent. Bien évidemment, des différences entre nos deux époques, mais tout de même, un intérêt très fort pour cette partie de l'Histoire du pays.
Enrichissant moment d'échanges amicaux et tendres, où chacun appelle l'autre avec des surnoms affectueux, des boutades rigolotes, une telle dynamique qui s'en dégage… alors, certes, ça sera une lecture longue et parfois fastidieuse, nous ne lisons pas de la fiction après tout, alors n'hésitez pas à lire autre chose en même temps, pour varier les plaisirs et ne pas vous lasser, car la brique en vaut la peine !
Lien : https://saveurlitteraire.wor..
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LiseLuceLisent
  06 octobre 2019
Cette correspondance ravira ceux qui aiment la littérature et s'intéressent à la "petite fabrique d'écriture". Flaubert et Sand échangent leurs points de vue sur le style : il est un graal pour Flaubert qui vit, solitaire et souvent maussade, à Croisset alors que Sand donne à la littérature une place secondaire. C'est un élément de sa vie, certes, important, mais moins que le bonheur que lui procurent sa famille et sa maison de Nohant.
On croise au fil des lettres les frères Goncourt, Théophile Gautier, des éditeurs honnis, des directeurs de spectacle (car les deux font jouer des pièces et cette activité semble indispensable à leurs revenus!)
Je me suis régalée. Un bijou à garder sur sa table de chevet, avec des marque-pages pour y revenir ensuite.
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biblivore56
  11 avril 2020
Tout d'abord, j'ai entendu parler de ce livre dans une émission littéraire, puis, mon oeil a été attiré par la couverture chez mon libraire préféré. Là le dilemme, ça ne va pas être un peu lourd, les échanges entre madame Bovary et la petite Fadette ? Et puis tant pis je me lance !
Et au final, qu'il est attendrissant ce vieux réac un peu ronchon et au coeur de guimauve. Surtout quand il se fait gronder par cette vieille dame, grand mère adorable.
Les échanges sur la période de la Commune de Paris ne manque pas de piment. J'ai lu ces échanges en parallèle avec la bio de Flaubert (celle de Michel Winock) et un livre d'histoire sur cette période tourmentée de notre histoire.
Je conseille sans modération même à ceux qui font encore des cauchemars en pensent aux dissertations sur madame Bovary ou l'éducation sentimentale.
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critiques presse (1)
LeMonde   27 décembre 2018
Les centaines de lettres échangées entre les deux écrivains entre 1866 et 1876, l’une des correspondances les plus stimulantes qui soient, paraissent pour la première fois en poche.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
AlzieAlzie   19 mars 2021
Flaubert à Sand

Dieppe, 11 mars 1871

Chère Maître,
Quand se reverra-t-on ? Paris ne m'a pas l'air drôle ? Ah ! dans quel monde allons-nous entrer ! Paganisme. Christianisme, Muflisme, voilà les trois grandes évolutions de l'humanité. Il est triste de se trouver au début de la troisième.
Je ne vous dirai pas ce que j'ai souffert depuis le mois de septembre ! Comment n'en suis-je pas crevé ? Voilà ce qui m'étonne ! Personne n'a été plus désespéré que moi. Pourquoi cela ? J'ai eu de mauvais moments dans ma vie, j'ai subi de grandes pertes, j'ai beaucoup pleuré, j'ai ravalé beaucoup d'angoisses. Eh bien, toutes ces douleurs accumulées ne sont rien, je dis rien [du] tout, en comparaison de celle-là. Et je n'en reviens pas ! je ne m'en console pas ! Je n'ai aucune espérance.
Je ne me croyais pas progressiste, et humaniste, cependant. N'importe, j'avais des illusions ! Quelle barbarie ! quelle reculade ! J'en veux à mes contemporains de m'avoir donné les sentiments d'une brute du XIIe siècle ! Le fiel m'étouffe ! Ces officiers qui cassent des glaces en gants blancs, qui savent le sanscrit et se ruent sur le champagne, qui vous volent votre montre et vous envoient ensuite leur carte de visite, cette guerre pour de l'argent, ces civilisés sauvages me font plus horreur que les Cannibales. Et tout le monde va les imiter, va être soldat ! La Russie en a maintenant 4 millions, toute l'Europe portera l'uniforme. Si nous prenons notre revanche, elle sera ultra-féroce. Et notez qu'on ne va penser qu'à cela, à se venger de l'Allemagne ! le gouvernement, quel qu'il soit, ne pourra se maintenir qu'en spéculant sur cette passion. Le meurtre en grand va être le but de tous nos efforts, l'idéal de la France !
Je caresse le rêve suivant : aller vivre au soleil, dans un pays tranquille !
Attendons-nous à des hypocrisies nouvelles : déclamations sur la vertu, diatribes sur la corruption, austérité d'habits, etc., cuistrerie complète !
J'ai actuellement à Croisset quarante Prussiens. Dès que mon pauvre logis (que j'ai en horreur maintenant) sera vidé et nettoyé j'y retournerai, puis j'irai sans doute à Paris, malgré son insalubrité. Mais de cela je me fiche profondément !
Amitiés aux vôtres, et tout à vous.
Votre vieux troubadour

Gve peu gai !

(p. 375 - 376)
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AlzieAlzie   22 mai 2021
[...] C'est si discret, un livre ! C'est muet, cela dort dans un coin ; cela ne court pas après vous. C'est autrement modeste que la musique qu'il faut entendre, bonne ou mauvaise, et même que le tableau, qui flambe ou qui grimace sur la muraille. - Vous voulez absolument le lire ? Donc, vous voulez aller à Carthage... Eh bien ! vous y voilà. Vous ne vous y plaisez guère ? Je le comprends. Vous avez peur, dégoût, vertige, indignation ? Donc, le voyage a été fait. Le narrateur n'a pas menti, et si les cheveux vous dressent à la tête, c'est qu'il est à la hauteur de son sujet, c'est qu'il est de force à vous dépeindre vigoureusement ce qu'il a vu.
Mais vous avez le coeur sucré, comme disent nos paysans d'ici. Il vous fallait du bonbon et on vous a donné du piment. Vous pouviez rester à votre ordinaire : que diable alliez-vous faire à Carthage ?
J'ai voulu y aller, moi, je ne me plains de rien. Je me suis embarquée depuis ma petite serre chaude dans le cerveau de l'auteur. C'est aussi facile que d'aller dans la lune avec le ballon de la fantaisie ; mais, en raison de cette grande facilité et de cette certitude d'arriver en un clin d'oeil, je ne me suis pas mise en route sans faire mes réflexions et sans me préparer à de grands étonnements, à de grandes émotions peut-être. J'en ai eu pour mon argent, comme on dit, et maintenant, je pense comme tous ceux qui descendent les hautes cimes : je me dis que je ne voudrais pas retourner y finir mes jours, mais je suis fort aise d'y avoir été [...]. (Annexes, p. 641)

George Sand, La Presse, 27 janvier 1863
(Article paru en défense de Salammbô)
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AlzieAlzie   28 mai 2021
Flaubert à Sand,
mercredi 3 (décembre 1872)

Pourquoi publier (par l'abominable temps qui court) ? Est-ce pour gagner de l'argent ? quelle dérision ! Comme si l'argent était la récompense du travail ! et pouvait l'être ! Cela sera, quand on aura détruit la spéculation. D'ici là, non ! Et puis, comment mesurer le Travail ? Comment estimer l'Effort ? Reste donc la valeur commerciale de l'oeuvre. Il faudrait pour cela supprimer tout intermédiaire entre le Producteur et l'acheteur. Et quand même cette question est insoluble. Car j'écris (je parle d'un auteur qui se respecte) non pour le lecteur d'aujourd'hui mais pour tous les lecteurs qui pourront se présenter, tant que la langue vivra. Ma marchandise ne peut donc être consommée maintenant, car elle n'est pas faite exclusivement pour mes contemporains. Mon service reste donc indéfini, et par conséquent impayable. Pourquoi donc publier ? Est-ce pour être compris, applaudi ? Mais vous-même, vous, grand George Sand, vous avouez votre solitude. Y a-t-il maintenant, je ne dis pas de l'admiration ou de la sympathie, mais l'apparence d'un peu d'attention pour les oeuvres d'art ? Quel est le critique qui lise le livre dont il ait à rendre compte ? (p. 482)
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AlzieAlzie   01 mai 2021
L'homme qui a conçu et achevé la chose a toutes les aspirations et les ferveurs d'un grand artiste. [...] Je sens donc là une oeuvre complètement originale, et là où elle me surprend et me choque, je ne me reconnais pas le droit de blâmer. [...] En effet, est-on bien autorisé à étourdir d'avertissements et de conseils un homme qui gravit une montagne inexplorée ? Toute oeuvre originale est cette montagne là. Elle n'a pas de chemin connu. L'audacieux qui s'y aventure cause un peu de stupeur aux timides, un peu de dépit aux habiles, un peu de colères aux ignorants. Ce sont ces derniers qui blâment le plus toutes les hardiesses. Qu'allait-il faire sur cette montagne ? Qui l'y obligeait ? Qu'en rapportera-t-il ? A quoi bon gravir les cimes quand il y a plus bas de la place pour tout le monde, et des chemins de plaine si carrossables ? Mais quelques-uns pourtant, parmi ces ignorants, aiment ces sommets, et, quand ils n'y peuvent aller, ils aiment ceux qui en reviennent. je suis de ceux-là, moi.

Georges Sand à propos de Salambô
Dans La Presse du 27 janvier 1863

(Préface, p. 9 et Annexes p. 639-640)
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AlzieAlzie   29 mai 2021
Sand à Flaubert
Nohant, 29 novembre 1872

[...] C'est comme ça et c'est tout simple. Du moment que la littérature est une marchandise, le vendeur qui l'exploite n'apprécie que le client qui l'achète, et si le client déprécie l'objet, le vendeur déclare à l'auteur que sa marchandise ne plaît pas. La république des lettres n'est qu'une foire où on vend des livres. Ne pas faire de concession à l'éditeur est notre seule vertu, gardons-là et vivons en paix, même avec lui quand il rechigne, et reconnaissons aussi que ce n'est pas lui le coupable. Il aurait du goût si le public en avait. (p. 479)
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Vidéo de George Sand
Flaubert : itinéraire d'un écrivain normand Stéphanie Dord-Crouslé Éditions Gallimard Collection Découvertes Gallimard Hors série mars 2021
Portrait de G. Flaubert (1821-1880), de sa jeunesse en Normandie à ses nombreux voyages, en passant par son amitié avec E. Zola, G. de Maupassant ou G. Sand. Son oeuvre est évoquée ainsi que ses sources d'inspiration, ses divertissements mondains ou encore sa relation avec L. Colet. ©Electre 2021
https://www.laprocure.com/flaubert-itineraire-ecrivain-normand-stephanie-dord-crousle/9782072930317.html
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