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Maurice Toesca (Éditeur scientifique)
EAN : 9782253003748
279 pages
Le Livre de Poche (22/05/1973)
3.85/5   1884 notes
Résumé :
Dans le pays, on l'appelait la petite Fadette, car elle avait la taille d'un farfadet et les pouvoirs d'une fée. Comme sa grand-mère, elle guérissait les hommes et les animaux. Landry, l'un des jumeaux de la ferme voisine, tombe amoureux d'elle. Mais l'amour d'une sorcière est mal vu dans cette famille, et il rend malade de jalousie Sylvinet, l'autre "besson."
Après La mare au diable, et François le Champi, c'est le troisième roman champêtre de George Sand. E... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (114) Voir plus Ajouter une critique
3,85

sur 1884 notes
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isabelleisapure
  10 février 2019
Qu'il est bon de se plonger, ou plutôt de se replonger dans ce délicieux roman champêtre de George Sand.
J'ai découvert cette lecture il y a bien longtemps et je n'ai pas oublié l'émotion ressentie alors.
Qu'allais-je en penser aujourd'hui ? Cette écriture délicieusement désuète riche de mots empruntés au patois berrichon, aurait- elle le même charme à mes yeux ?
C'est toujours avec une légère inquiétude que j'ouvre un livre dont je garde un souvenir lumineux.
« La petite Fadette » a réussi à me transporter à nouveau au pays de l'enfance.
J'ai aimé y retrouver les jumeaux, Landry et Sylvinet, des bessons comme on dit dans le Berry lorsque deux enfants se ressemblent tellement que seule leur mère parvient à les distinguer.
Les garçons nés dans une famille aisée aiment courir dans la campagne, s'occuper des animaux mais par-dessus tout être ensemble.
Lorsque l'heure viendra de les séparer, Landry devant partir travailler dans une ferme du voisinage, ce sera bien difficile, surtout pour Sylvinet qui découvre la jalousie.
L'histoire prend un nouveau tour avec l'arrivée de « La petite Fadette », sauvageonne, en bute aux moqueries et autres méchancetés des garnements du village, elle n'est pas en reste pour distribuer les coups et autres quolibets.
Ce roman au charme intemporel est à la fois une histoire de partage et de complicité entre deux frères, une magnifique et tendre histoire d'amour, mais aussi une formidable peinture de la vie des paysans dans le Berry du 19ème siècle.
A lire et à relire !

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si-bemol
  26 avril 2019
La Mère Sagette, qui a mis au monde les deux bessons – Sylvinet et Landry – avait bien pris soin de mettre les parents en garde : « Par tous les moyens que vous pourrez imaginer, empêchez-les de se confondre l'un avec l'autre et de s'accoutumer à ne pas se passer l'un de l'autre (…) ; si vous ne le faites pas, vous vous en repentirez grandement un jour. » Hélas… Élevés l'un avec l'autre et de la même façon, collés l'un à l'autre depuis l'enfance, « deux empreintes d'un même dessin », toujours ensemble et ne vivant que l'un pour l'autre, les années passant ils forment un couple d'inséparables et, en dépit de quelques infimes différences physiques et de tempéraments dissemblables, ne sont plus que le reflet l'un de l'autre, un miroir qui à lui-même fait écho.
Lorsqu'on les sépare enfin, à l'âge de quatorze ans, Landry partant travailler chez un paysan des environs, il est déjà trop tard, au moins pour Sylvinet qui, d'inconsolable, très vite devient jaloux : jaloux de voir son frère s'adapter assez facilement ailleurs, jaloux de le voir nouer des amitiés autres que la sienne, jaloux qu'il soit capable de vivre sans lui et d'avoir « à part de lui un moment d'aise et de tranquillité ». de fil en aiguille, de petites querelles en mouvements d'humeur et accès de bouderie, la jalousie maussade de Sylvinet installe peu à peu entre les deux bessons un début de discorde. Et c'est au sein de ce couple formé par la nature, renforcé par une éducation inappropriée, mais où la belle harmonie commence à se troubler, que vient un jour s'immiscer la petite Fadette…
Plus qu'un roman, « La petite Fadette » est un conte nourri des croyances et des superstitions – toujours en vigueur à l'époque – des campagnes profondes et plus particulièrement du Berry, terre fertile en légendes où ce que l'on appelle « le petite peuple » (lutins, gnomes, fées, ondines…) occupe une place de choix. La petite Fadette, mi-femme, mi-enfant, à mi-chemin de la sorcière et de la fée, est directement issue de ce « petit peuple » dont on ne sait trop s'il faut l'honorer ou le fuir tant ses pouvoirs sont inquiétants, étranges et ambigus. Face à ce couple de jumeaux, doubles inversés l'un de l'autre, figures incomplètes d'un même être, elle joue – comme souvent la sorcière et plus généralement la femme dans la littérature et dans les contes – le rôle d'un catalyseur permettant à un être, ici physiquement dédoublé, de se révéler enfin à lui-même et, fort de son identité retrouvée, de poursuivre sa quête... A condition qu'il accepte de payer son obole à la fée.
A ce titre, « La petite Fadette » est un roman initiatique qui manie avec habileté les archétypes des légendes et des contes et s'avère infiniment plus profond et plus riche que ce que son apparence de petit récit champêtre plus ou moins destiné à la jeunesse pourrait laisser penser. L'analyse psychologique est fine, la construction intelligente et comme toujours l'écriture de George Sand – émaillée ici, mais sans outrance, d'un peu de patois berrichon – est de grande qualité. J'ai pris beaucoup de plaisir à la relecture de ce texte riche de symboles et de significations cachés que je n'avais certainement pas perçus lors de ma première lecture enfantine. Une relecture intéressante grâce à laquelle j'ai passé un bon moment.
[Challenge MULTI-DÉFIS 2019]
[Challenge solidaire 2019 – Des classiques contre l'illettrisme]
[Challenge HOMMAGE A NOTRE-DAME DE PARIS]
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aaahhh
  17 août 2012
Très émouvant, troublant et d'une grande force, "La petite fadette" est un grand roman dont le style et l'histoire simple mettent en valeur la puissance.
J'ai lu ce beau texte de George Sand pendant mon adolescence, ce qui explique je pense, mon engouement et le plaisir que j'ai eu à le découvrir. Nombre des thèmes évoqués correspondent en effet à cette période de la vie et les jeunes femmes en devenir, même plus de cent ans après l'écriture du livre, pourront s'y reconnaitre et y retrouver leurs émois. Mais je pense que ce serait faire erreur que de cloisonner cette lecture aux jeunes filles, car il y a quelque chose dans ce roman, qui dépasse les frontières d'âge et de sexe. Quelque chose d'éternel, comme la beauté de la nature, la puissance du désir et la force immuable du temps... Ce quelque chose m'a vraiment marquée alors et je garde de ma lecture un sentiment déroutant de découverte et de reconnaissance. Je le recommande chaudement!
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PiertyM
  26 mars 2014
Sans pour autant être le meilleur roman de George Sand, La petite Fadette est une belle histoire qui met en relief toutes les moeurs drastiques de la société de l'époque, et pire dans le monde champêtre où les choses sont encore bien dures, le plus souvent entachées d'ignorance.
Ce livre est comme un miroir où chaque personnage se mire pour essayer de découvrir son identité...
L'histoire tourne autour de deux frères jumeaux qui, une fois séparés, ont de la peine à vivre l'un sans l'autre. Landry s'en remet un peu plus facilement, c'est lui qui est parti alors que Sylvinet, resté à la maison, joue aux jeux du faux malade pour s'attirer tous les projecteurs.
Parallèlement, on suit la transformation de façon progressive de la petite fadette, la petite-fille de la vielle Fadet, réputée sorcière, ce qui ternira l'image de la petite fadette. Elle sera traitée de sorcière surtout qu'elle est laide et malpropre...Mais cela n'empêchera pas à Landry, selon une promesse faite à la fadette de danser avec à plusieurs reprises lors d'une fête de l'église au vu et au su de tout le monde malgré les multiples railleries de l'assistance et même des provocations à l'encontre de la petite fadette...
Une histoire d'amour va naître entre les deux, une histoire d'amour qui va résister à tous les mauvais vents amicaux ou familiaux, ces mauvais vents qui sont propices à la chute de cette société...
Mais quand la rejetée, transformée et devenue fortunée, mettra à découvert son intelligence et son esprit de grandeur, elle deviendra alors source de solution pour la famille Barbeau...
Bien que le début soit rempli de beaucoup de détails qui ralentissent un peu trop le rythme, mais le plaisir a été bien au rendez-vous en lisant ce livre!!!
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mumuboc
  26 octobre 2021
"Presque toujours, il faut que l'un des deux périsse pour que l'autre se porte bien."
On connaît le goût de la Dame de Nohant pour la campagne et la vie champêtre mais également les
histoires et légendes qui parcourent les lieux. Dès l'introduction l'auteure s'adresse à un ami en Septembre 1848 et déçue par la politique, préfère se replonger dans ses contes champêtres pour retrouver la foi en l'humain.
"Mais les hommes ont empiré, et nous comme les autres. Les bons sont devenus faibles, les faibles poltrons, les poltrons lâches, les généraux téméraires, les septiques pervers, les égoïstes féroces (p5)."
C'est dans ce contexte que George Sand écrit ce court roman, pour soigner ses blessures morales dans lequel elle met en scène une famille aisée où l'arrivée des bessons (qui par extension donneront leur nom à leur demeure : la Bessonnière) va apporter bonheur mais également tourments quand ceux-ci, élevés à l'identique, partageant tout jusqu'à leur lit, vont devenir des jeunes gens dont les caractéristiques quelles soient physiques ou morales, vont différer. L'un, Landry, est fort, aimable, calme et raisonnable, l'autre se révèlera plus tourmenté, jaloux, ne voulant être que l'être unique et aimé de son frère.
"Il a une surabondance d'amitié dans le coeur, et, pour l'avoir toujours portée sur son besson, il a oublié quasiment son sexe, et en cela, il a manqué à la loi du bon Dieu, qui veut que l'homme chérisse une femme plus que père et mère, plus que frères et soeurs. (p129)"
George Sand fait de son héroïne, la petite Fadette, celle qui va provoquer la scission entre les jumeaux, révélant leurs véritables personnalités, les accentuer et apporter le trouble dans la famille de ceux-ci. Mais sous les haillons et la crasse (ne jamais se fier aux apparences) une "belle personne" apparaît, aussi belle et parfaite que Landry peut l'être. Ils étaient faits pour se rencontrer et s'aimer. Mais c'est sans compter sur les rumeurs du village et les symptômes que développe Sylvinet quand il comprend que la jeune fille risque de lui ôter ce qu'il avait de plus cher : l'amour de son besson.....
"Mais le don de nature n'est point une fable, puisque la petite Fadette l'avait, et qu'avec si peu de leçons raisonnables que sa grand'mère lui avait données, elle découvrait et devinait, comme qui invente, les vertus que le bon Dieu a mises dans certaines herbes et dans certaines manières de les employer. Elle n'était point sorcière pour cela, elle avait raison de s'en défendre ; mais elle avait l'esprit qui observe, qui fait des comparaisons, des remarques, des essais, et cela c'est un don de la nature, on ne peut pas le nier. (p109)"
Installez-vous au coin du feu et écoutez George Sand évoquer à travers cette histoire non seulement un conte d'amour mais également l'histoire d'une famille, les Barbeau, qui n'a pas voulu écouter les mises en garde de la sage-femme, ayant une longue expérience et le bon sens, recommandations que la mère, sûre de son amour maternel, s'est empressée de passer outre :
"Enfin, par tous les moyens que vous pourrez imaginer, empêchez-les de se confondre l'un avec l'autre et de s'accoutumer à ne pas se passer l'un de l'autre. Ce je vous dis là, j'ai grand'peur que vous le mettiez dans l'oreille du chat ; mais si vous ne le faites pas, vous vous en repentirez grandement un jour. (p16)"
C'est un roman sur les sentiments : amour, jalousie mais également les différentes catégories sociales d'un village avec ceux qui ont réussi et ont du bien, les arrangements entre eux pour des mariages prospères (l'intérêt n'est jamais bien loin) et la mise à l'écart de ceux qui ne possèdent rien, dont on fait pourtant usage pour leurs capacités à soigner, mais qu'une réputation de sorcellerie colle à la peau. 
Ici la Fadette est finalement le plus beau personnage : c'est celui de l'intelligence, de la patience et de l'amour inconditionnel. Elle offre presque un visage de sainte, priant pour le repos des âmes disparues, se dévouant à Dieu et non au Diable, n'hésitant pas à aider son prochain sans rien en attendre en retour. George Sand en fait une héroïne dotée de toutes les qualités : patience, abnégation, bon sens etc.... 
Sylvinet est l'élément perturbateur, celui qui empêche l'amour d'exister car seul l'amour attendu de son frère lui importe, tombant dans les fièvres dès que le rapprochement entre les amoureux devient évident, sa mère cédant à tous ses agissements de crainte de le perdre.
On retrouve le parler et les traditions rurales, les croyances et superstitions dans ce joli roman fort agréable à lire et offrant un déroulé avec quelques rebondissements et révélations qui permettent de tenir l'attention et une sorte d'attente du dénouement. George Sand y glisse quelques références et ressentiments sur l'époque révolutionnaire et les événements qui se déroulent à Paris ainsi que son regard sur la souffrance d'un peuple qui perd espoir. 
Certes il y a de la morale, la femme est, à travers la petite Fadette, reconnue comme la plus sensée et celle qui trouve les remèdes au mal dont souffre Sylvinet (merci Madame),  fait preuve plus de psychologie que de remèdes d'ailleurs, pour y parvenir. Il y a un petit côté désuet par le langage mais également l'omniprésence de la religion mais j'ai eu plaisir à passer quelques moments au coin du feu à écouter une de nos grandes dames de la littérature française mettre dans les plateaux de la balance un amour filial dangereux et un sentiment amoureux pur et loyal. J'y ai retrouvé le même plaisir que lors de la lecture du roman d'Alain Fournier, le grand Meaulnes, mais sans le côté mystérieux régnant dans ce dernier.
J'ai  beaucoup aimé parce que c'était la lecture idéale pour la saison et par rapport à mon lieu de lecture, au milieu de la nature, avec la nostalgie de ces histoires que l'on se transmettait dans les familles de génération en génération et qui comportait malgré tout une idée, un message....
Lien : https://mumudanslebocage.wor..
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Citations et extraits (183) Voir plus Ajouter une citation
CielvariableCielvariable   11 mai 2013
C’est à la suite des néfastes journées de juin 1848 que, troublé et navré jusqu’au fond de l’âme par les orages extérieurs, je m’efforçai de retrouver dans la solitude, sinon le calme, au moins la foi, si je faisais profession d’être philosophe, je pourrais croire ou prétendre que la foi aux idées entraîne le calme de l’esprit en présence des faits désastreux de l’histoire contemporaine ; mais il n’en est point ainsi pour moi, et j’avoue humblement que la certitude d’un avenir providentiel ne saurait fermer l’accès, dans une âme d’artiste, à la douleur de traverser un présent obscurci et déchiré par la guerre civile.
Pour les hommes d’action qui s’occupent personnellement du fait politique, il y a, dans tout parti, dans toute situation, une fièvre d’espoir ou d’angoisse, une colère ou une joie, l’enivrement du triomphe ou l’indignation de la défaite. Mais pour le pauvre poète, comme pour la femme oisive, qui contemplent les événements sans y trouver un intérêt direct et personnel, quel que soit le résultat de la lutte, il y a l’horreur profonde du sang versé de part et d’autre, et une sorte de désespoir à la vue de cette haine, de ces injures, de ces menaces, de ces calomnies qui montent vers le ciel comme un impur holocauste, à la suite des convulsions sociales.
Dans ces moments-là, un génie orageux et puissant, comme celui du Dante, écrit avec ses larmes, avec sa bile, avec ses nerfs, un poème terrible, un drame tout plein de tortures et de gémissements. Il faut être trempé comme cette âme de fer et de feu pour arrêter son imagination sur les horreurs d’un enfer symbolique, quand on a sous les yeux le douloureux purgatoire de la désolation sur la terre. De nos jours, plus faible et plus sensible, l’artiste, qui n’est que le reflet et l’écho d’une génération assez semblable à lui, éprouve le besoin impérieux de détourner la vue et de distraire l’imagination, en se reportant vers un idéal de calme, d’innocence et de rêverie. C’est son infirmité qui le fait agir ainsi, mais il n’en doit point rougir car c’est aussi son devoir. Dans les temps où le mal vient de ce que les hommes se méconnaissent et se détestent, la mission de l’artiste est de célébrer la douceur, la confiance, l’amitié, et de rappeler ainsi aux hommes endurcis ou découragés que les mœurs pures, les sentiments tendres et l’équité primitive sont ou peuvent être encore de ce monde. Les allusions directes aux malheurs présents, l’appel aux passions qui fermentent, ce n’est point là le chemin du salut : mieux vaut une douce chanson, un son de pipeau rustique, un conte pour endormir les petits enfants sans frayeur et sans souffrance, que le spectacle des maux réels renforcés et rembrunis encore par les couleurs de la fiction. Prêcher l’union quand on s’égorge, c’est crier dans le désert. Il est des temps où les âmes sont si agitées qu’elles sont sourdes à toute exhortation directe. Depuis ces journées de juin dont les événements actuels sont l’inévitable conséquence, l’auteur du conte qu’on va lire s’est imposé la tâche d’être aimable, dût-il en mourir de chagrin. Il a laissé railler ses bergeries, comme il avait laissé railler tout le reste, sans s’inquiéter des arrêts de certaine critique. Il sait qu’il a fait plaisir à ceux qui aiment cette note-là, et que faire plaisir à ceux qui souffrent du même mal que lui, à savoir l’horreur de la haine et des vengeances, c’est leur faire tout le bien qu’ils peuvent accepter : bien fugitif, soulagement passager, il est vrai, mais plus réel qu’une déclamation passionnée, et plus saisissant qu’une démonstration classique.
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Malahide75Malahide75   17 avril 2014
On me l'a dit assez souvent pour que je le sache ; et, en voyant combien les gens sont durs et méprisants pour ceux que le bon Dieu a mal partagés, je me suis fait un plaisir de leur déplaire, me consolant par l'idée que ma figure n'avait rien de repoussant pour le bon Dieu et pour mon ange gardien, lesquels ne me la reprocheraient pas plus que je ne la leur reproche moi-même. Aussi, moi, je ne suis pas comme ceux qui disent : Voilà une chenille, une vilaine bête ; ah ! qu'elle est laide ! il faut la tuer ! Moi, je n'écrase pas la pauvre créature du bon Dieu, et si la chenille tombe dans l'eau, je lui tends une feuille pour qu'elle se sauve. Et à cause de cela on dit que j'aime les mauvaises bêtes et que je suis sorcière, parce que je n'aime pas à faire souffrir une grenouille, à arracher les pattes à une guêpe et à clouer une chauve-souris vivante contre un arbre. Pauvre bête, que je lui dis, si on doit tuer tout ce qui est vilain, je n'aurais pas plus que toi le droit de vivre.
+ Lire la suite
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MoonBearMoonBear   21 novembre 2018
"...j'aurais pu leur nuire, car si je sais des choses pour faire du bien, j'en sais aussi pour faire du mal; et pourtant je n'en ai jamais fait usage; je ne connais point la rancune, et si je me venge en paroles, c'est que je suis soulagée en disant tout de suite ce qui me vient au bout de la langue, et qu'ensuite je n'y pense plus et pardonne (...) Quant à ne prendre soin ni de ma personne ni de mes manières, cela devrait montrer que je ne suis pas assez folle pour me croire belle, lorsque je sais que je suis si laide que personne ne peut me regarder. On me l'a dit assez souvent pour que je le sache; et, en voyant combien les gens sont durs et méprisants pour ceux que le bon Dieu a mal partagés, je me suis fait un plaisir de leur déplaire, me consolant par l'idée que ma figure n'avait rien de repoussant pour le bon Dieu et pour mon ange gardien, lesquels ne me la reprocheraient pas plus que je ne la leur reproche moi-même. Aussi, moi, je ne suis pas comme ceux qui disent: Voilà une chenille, une vilaine bête; ah! qu'elle est laide! il faut la tuer! Moi, je n'écrase pas la pauvre créature (...) et si la chenille tombe dans l'eau, je lui tends une feuille pour qu'elle se sauve. Et à cause de cela on dit que j'aime les mauvaises bêtes et que je suis sorcière, parce que je n'aime pas à faire souffrir une grenouille, à arracher les pattes à une guêpe et à clouer une chauve-souris vivante contre un arbre. Pauvre bête, que je lui dis, si on doit tuer tout ce qui est vilain, je n'aurais pas plus que toi le droit de vivre."
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MetaphoreMetaphore   10 juin 2012
Il est vrai que le bon dieu m’a faite curieuse, si c’est l’être que de désirer connaître les choses cachées. Mais si on avait été bon et humain envers moi, je n’aurais pas songé à contenter ma curiosité aux dépens du prochain. J’aurais enfermé mon amusement dans la connaissance des secrets que m’enseigne ma grand-mère pour la guérison du corps humain. Les fleurs, les herbes, les pierres, les mouches, tous les secrets de la nature, il y en aurait eu bien assez pour m’occuper et pour me divertir, moi qui aime à vaguer et à fureter partout. J’aurais toujours été seule, sans connaître l’ennui ; car mon plus grand plaisir est d’aller dans les endroits qu’on ne fréquente point et d’y rêvasser à cinquante choses dont je n’entends jamais parler aux personnes qui se croient bien sages et bien avisées.
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facteur84facteur84   11 août 2010
C'est bon d'être fort et leste ; c'est bon aussi de n'avoir peur de rien, et c'est un avantage de nature pour un homme. Mais pour une femme trop est trop, et tu as l'air de vouloir te faire remarquer. Aussi on te remarque, on te taquine, on crie après toi comme après un loup. Tu as de l'esprit et tu réponds des malices qui font rire ceux à qui elles ne s'adressent point. C'est encore bond 'avoir plus d'esprit que les autres ; mais à force de le montrer, on se fait des ennemis. Tu es curieuse, et quand tu as surpris les secrets des autres, tu les leur jettes à la figure bien durement, aussitôt que tu as à te plaindre d'eux. Cela te fait craindre, et on déteste ceux qu'on craint. on leur rend plus de mal qu'ils n'en font. Enfin, que tu sois sorcière ou non, je veux croire que tu as des connaissances, mais j'espère que tu ne t'es pas donnée aux mauvais esprits ; tu cherches à le paraître pour effrayer ceux qui te fâchent, et c'est toujours un assez vilain renom que tu te donnes là.
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