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Béatrice Didier (Éditeur scientifique)
ISBN : 2253036536
Éditeur : Le Livre de Poche (15/10/1990)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 31 notes)
Résumé :
George Sand a tout fait dans sa longue existence travailler d'arrache-pied, voyager, aimer, enfanter.
Elle milita aussi avec fougue pour un monde meilleur. Les personnages de ce roman, paru en feuilleton dans un journal socialiste, veulent vivre et aimer sans considération d'argent ni de classe sociale. Cela aurait pu être un roman à thèse, c'est une merveilleuse histoire d'amour. Le meunier épousera la riche fermière et la comtesse, son étudiant pauvre. En t... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Cath36
  30 avril 2015
Ma très chère amie (me permettrez-vous de vous appeler ainsi, bien qu'un bon siècle nous sépare)
Voici que, berrichonne d'adoption, je vais depuis quelques temps sur vos traces, de Nohant que je connais bien jusqu'à La Châtre et Sarzay où j'espère sans cesse vous retrouver. (Il y a encore trente ans on pouvait encore se perdre dans la Vallee-Noire, ainsi que vous le dites dans vos oeuvres et cela m'est arrive quelquefois.)
Et voici que récemment j'ai découvert ce charmant petit moulin d'Angibault, près de Montipouret, que vous aviez vous-même découvert par hasard avec vos enfants, et où vous situez en partie l'action d'un merveilleux roman à la fois social et champêtre, l'autre partie se situant dans cette forteresse impressionnante de Sarzay qui domine de sa haute taille et de ses quatre tours votre chère Vallée-Noire. Prise d'envie de lire ce livre que je ne connaissais encore point, je le dévorais en trois jours, le coeur et l'esprit palpitants aux heurs et malheurs de ses personnages. Un bon et brave meunier amoureux d'une jeune fille de famille plus riche que la sienne, une aristocrate renonçant à sa fortune pour l'amour d'un jeune homme fuyant la richesse, un métayer digne des Rougon-Macquart, bref un roman qui dénonce l'argent, prône la générosité la loyaute et la simplicité du coeur tout en faisant l'éloge du partage et de la bienveillance envers autrui, à l'image de la grande et bonne dame que vous étiez.
Et quelle écriture ! Riche en vocabulaire et en expressions berrichonnes, fluide et ample, précise et concrète sans oublier d'être romantique, un régal pour le coeur et pour les yeux.
Ah si le monde avait suivi vos idéaux ! Me recueillant quelquefois sur votre tombe dans ce joli parc de Nohant où vous reposez si bien parmi les vôtres (alors que des cuistres parisiens voudraient vous en enlever pour vous mettre au Panthéon) je me disais que vous pourriez bien vous y retourner dans cette tombe, si vous pouviez voir ce que l'humanité devient. Cet argent que vous avez tant dénoncé, défendant la valeur du travail et du partage, fera sa perte et la notre avec.
En vous remerciant, chère amie de tout ce bonheur et de toute cette sagesse que nous apportent vos livres, je vous prie de bien vouloir croire à mon respect et à mon admiration la plus profonde et vous supplie de bien vouloir veiller sur nous de là où vous êtes. Encore mille fois mercis.
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SZRAMOWO
  03 janvier 2018
Ce qu'en disait l'auteure elle même
Ce roman est, comme tant d'autres, le résultat d'une promenade, d'une rencontre, d'un jour de loisir, d'une heure de far niente. Tous ceux qui ont écrit, bien ou mal, des ouvrages d'imagination ou même de science, savent que la vision des choses intellectuelles part souvent de celle des choses matérielles. La pomme qui tombe de l'arbre fait découvrir à Newton une des grandes lois de l'univers. À plus forte raison le plan d'un roman peut-il naître de la rencontre d'un fait ou d'un objet quelconque. Dans les oeuvres du génie scientifique, c'est la réflexion qui tire du fait même la raison des choses. Dans les plus humbles fantaisies de l'art, c'est la rêverie qui habille et complète ce fait isolé. La richesse ou la pauvreté de l'oeuvre n'y fait rien. le procédé de l'esprit est le même pour tous.
Or, il y a dans notre vallée un joli moulin qu'on appelle Angibault, dont je ne connais pas le meunier, mais dont j'ai connu le propriétaire. C'était un vieux monsieur, qui, depuis sa liaison à Paris avec M. de Robespierre (il l'appelait toujours ainsi), avait laissé croître autour de ses écluses tout ce qui avait voulu pousser : l'aune et la ronce, le chêne et le roseau. La rivière, abandonnée à son caprice, s'était creusé, dans le sable et dans l'herbe, un réseau de petits torrents qu'aux jours d'été, dans les eaux basses, les plantes fontinales couvraient de leurs touffes vigoureuses. Mais le vieux monsieur est mort ; la cognée a fait sa besogne ; il y avait bien des fagots à tailler, bien des planches à scier dans cette forêt vierge en miniature. Il y reste encore quelques beaux arbres, des eaux courantes, un petit bassin assez frais, et quelques buissons de ces ronces gigantesques qui sont les lianes de nos climats. Mais ce coin de paradis sauvage que mes enfants et moi avions découvert en 1844, avec des cris de surprise et de joie, n'est plus qu'un joli endroit comme tant d'autres.
Le château de Blanchemont avec son paysage, sa garenne et sa ferme, existe tel que je l'ai fidèlement dépeint ; seulement il s'appelle autrement, et les Bricolin sont des types fictifs. La folle qui joue un rôle dans cette histoire, m'est apparue ailleurs : c'était aussi une folle par amour. Elle fit une si pénible impression sur mes compagnons de voyage et sur moi, que malgré vingt lieues de pays que nous avions faites pour explorer les ruines d'une magnifique abbaye de la renaissance, nous ne pûmes y rester plus d'une heure. Cette malheureuse avait adopté ce lieu mélancolique pour sa promenade machinale, constante, éternelle. La fièvre avait brûlé l'herbe sous ses pieds obstinés, la fièvre du désespoir !
GEORGE SAND.
Nohant, 5 septembre 1852.
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Marcelline
  19 octobre 2012
De George Sand, je ne connaissais que La petite fadette, lu quand j'étais beaucoup plus jeune, son lien très fort avec le Berry et son histoire d'amour passionnée avec Alfred de Musset.
Je termine aujourd'hui le meunier d'Angibault et j'avoue que j'ai beaucoup aimé. Une fois de plus, cette découverte d'un classique de la littérature française m'a surprise, ravie et fait passer un excellent moment.
Ici, sur fond de Berry profond du 19ème siècle, il est question d'argent et de classes sociales, mais aussi et surtout d'amour! L'amour avec un A majuscule, celui qui, justement, brave toutes les conventions établies et ne fait que réunir des coeurs assortis et qui rêvent d'absolu.
Marcelle est une comtesse amoureuse de Lémor, étudiant sans le sou qui préfère renoncer à cette passion plutôt que de grimper dans l'échelle sociale grâce à elle.
Grand-Louis, le meunier d'Angibault, est amoureux de la jeune et fraîche Rose, à laquelle il ne peut prétendre du fait de la cupidité du père de celle-ci qui ne voit, dans le mariage de ses enfants qu'un moyen d'augmenter encore son magot.
Ajoutez à cela la Bricoline, soeur aînée de Rose, devenue folle pour avoir été séparée de son amant quelques années plus tôt, et qui fait planer sur le récit une ambiance sombre empreinte de sorcellerie...
Sans oublier l'oncle Cadoche, mendiant tellement attachant, dont les apparitions permettent à l'auteur quelques pointes d'humour...
De nombreux personnages attachants, donc, et, alors que tout le roman ne se déroule que sur quelques jours, beaucoup de rebondissements jusqu'au dénouement final... qui n'intervient véritablement qu'à la dernière page...
Vraiment, une histoire que j'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir, tant par l'intrigue que par l'écriture de l'auteur qui, contrairement à ce que je pouvais appréhender en abordant cet écrivain classique, non seulement ne m'a pas ennuyée une seconde mais m'a tenue en haleine jusqu'à la dernière ligne!
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aouatef79
  13 août 2016
" le meunier d'Angibault "est un roman social et champêtre de Georges Sand
le thème majeur et dominant dans ce récit est l' Amour avec un grand A !
et les autres thèmes qu' on peut évoquer sont : l' argent, la fortune, la cupidité
l' arrogance de la classe nantie envers les classes basses, la générosité, le par-
-tage, la modestie ...
Dans ce livre, on remarque l' amour de l' auteur pour la campagne, la nature , la vie simple des habitants et surtout l' amour de Mme
Sand pour sa région natale, le Berry, c' est à dire la Normandie, région chère à son coeur .
Dans un premier cas, il l' amour partagé entre la jeune veuve, Marcelle
Blanchemont, une aristocrate, et le jeune Henri Lémor, de condition modeste. Marcelle élève, aussi un fils, Edouard. L' amour et le milieu social
leur permettra-t-il de s' unir et former une famille ?
Dans un deuxième cas, il y a le meunier, Grand-Louis qui est amoureux
de la jeune Rose, fille du fermier d' Angibault. Leur union se concrétisera-t-
elle ?
On a là , un très beau roman d amour avec une histoire émouvante
et charmante racontée par Une Grande Dame qui sait parler de l' amour
car sa vie est riche des histoires d' amour. Bonne lecture à tous .
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fanfan50
  11 avril 2015
De même que Marcelline (qui est la première à avoir mis une citation sur ce livre), je ne connaissais de George Sand que "La Mare au Diable", "La petite Fadette" et "François le Champi" lus dans mon adolescence, adorés mais vite oubliés.
Je suis tombée par hasard sur celui-ci à ma bibliothèque. C'est sans doute le titre qui m'a plu car j'ai pressenti que ce serait un bon roman de terroir.
Mais c'est plus que cela ! Et je ne regrette pas mon choix.
Le roman est riche : une double intrigue amoureuse : Marcelle et Henri ; Rose et le Grand-Louis, des personnages fouillés et très réels (M. Bricolin, le fermier - M. Tailland, le Notaire, le mendiant Cadoche jusqu'à la jument Sophie), et comble du romantisme : un château délabré et sa propriétaire, la jeune baronne de Blanchemont, ruinée.
Mieux : un trésor enfoui dans un pot de fer tout en pièces d'or sonnantes et trébuchantes !
Une héroïne simple que Marcelle, la châtelaine, qui a dit au meunier la première fois qu'ils se sont vus que son bonheur serait d'avoir une petite maison propre, avec du chaume dessus et des pampres verts tout autour, dans le genre de la sienne : une chaumière et un coeur mais le tout n'est absolument pas mièvre.
Dire qu'à sa parution au dix-neuvième siècle, ce roman est apparu comme un ouvrage de théorie sociale d'inspiration rousseauiste.
S'il y a beaucoup de réflexion théorique sur la société et la paysannerie telle qu'elle était au sortir de la Révolution française, ce n'est pas pesant et j'en retiens plus une sorte de marivaudage entre les intervenants, beaucoup de romantisme dans cet ouvrage ancré dans la terre berrichonne et toutes ces fêtes lors des foires ou organisées par M. Bricolin, le fermier du château où tout le monde danse la bourrée aidé en cela par le son de la cornemuse. C'est enjoué et c'est plaisant. Une bonne distraction.
Bien sûr le roman est aussi hanté par la pauvre Bricoline, la soeur aînée de Rose, qui est dérangée. C'est un élément un peu fantastique dans le roman : la folle erre dans la lande - et elle aura, elle aussi, sa part à jouer dans le drame paysan et cela donnera lieu à une splendide description : "elle (la folle) traversa la flamme avec la prestesse d'une salamandre, et gravit le petit escalier en spirale qui conduisait aux combles"...
Le roman est riche et me donne envie de lire un autre ouvrage de Sand : "Consuelo" peut-être !
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
fanfan50fanfan50   11 avril 2015
- C'est l'héritage des rapines féodales de ses pères. C'est le sang et la sueur du peuple qui ont cimenté leurs châteaux et engraissé leurs terres.
- C'est vrai cela ! mais l'argent ne conserve pas cette espèce de rouille. Il a le don de s'épurer ou de se salir, suivant la main qui le touche.
- Non ! dit Lémor avec feu. Il y a de l'argent souillé et qui souille la main qui le reçoit !
- C'est une métaphore ! dit tranquillement le meunier. C'est toujours l'argent du pauvre, puisqu'il lui a été extorqué par le pillage, la violence et la tyrannie. Faudra-t-il que le pauvre s'abstienne de le reprendre, parce que la main des brigands l'a longtemps manié ! Allons nous coucher, mon cher, vous déraisonnez ; vous n'irez pas à Blanchemont. Moins que jamais j'en suis d'avis, puisque vous n'avez que des sottises à dire à ma chère dame ; mais, par la cordieu ! vous ne me quitterez pas que vous n'ayez renoncé à vos... attendez que je trouve le mot... à vos utopies ! Est-ce cela ?
- Peut-être !" dit Lémor tout pensif, et entraîné par son amour à subir l'ascendant de son nouvel ami.
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SZRAMOWOSZRAMOWO   03 janvier 2018
Une heure du matin sonnait à Saint-Thomas-d’Aquin, lorsqu’une forme noire, petite et rapide, se glissa le long du grand mur ombragé d’un de ces beaux jardins qu’on trouve encore à Paris sur la rive gauche de la Seine, et qui ont tant de prix au milieu d’une capitale. La nuit était chaude et sereine. Les daturas en fleurs exhalaient de suaves parfums, et se dressaient comme de grands spectres blancs sous le regard brillant de la pleine lune. Le style du large perron de l’hôtel de Blanchemont avait encore un vieux air de splendeur, et le jardin vaste et bien entretenu rehaussait l’opulence apparente de cette demeure silencieuse, où pas une lumière ne brillait aux fenêtres.

Cette circonstance d’un superbe clair de lune, donnait bien quelque inquiétude à la jeune femme en deuil qui se dirigeait, en suivant l’allée la plus sombre, vers une petite porte située à l’extrémité du mur. Mais elle n’y allait pas moins avec résolution, car ce n’était pas la première fois qu’elle risquait sa réputation pour un amour pur et désormais légitime ; elle était veuve depuis un mois.

Elle profita du rempart que lui faisait un massif d’acacias pour arriver sans bruit jusqu’à la petite porte de dégagement qui donnait sur une rue étroite et peu fréquentée. Presque au même moment, cette porte s’ouvrit, et le personnage appelé au rendez-vous entra furtivement et suivit son amante, sans rien dire, jusqu’à une petite orangerie où ils s’enfermèrent. Mais, par un sentiment de pudeur non raisonné, la jeune baronne de Blanchemont, tirant de sa poche une jolie et menue boîte de cuir de Russie, fit jaillir une étincelle, alluma une bougie placée et comme cachée d’avance dans un coin, et le jeune homme, craintif et respectueux, l’aida naïvement à éclairer l’intérieur du pavillon. Il était si heureux de pouvoir la regarder !
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aouatef79aouatef79   13 août 2016
Il n' est guère de plus beaux sites en France. La végétation,
vue en détail, n' y est pourtant pas d' une grande vigueur.
Aucun grand fleuve ne sillonne ces campagnes où le soleil
ne se mire dans aucun toit d' ardoise.Point de montagnes
pittoresques, rien de frappant, rien d' extraordinaire dans
cette nature paisible .
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fanfan50fanfan50   11 avril 2015
Il avait dépassé le joli hameau de Mers que la lune n'était pas encore levée. La vapeur fraîche qui, dans la Vallée Noire, même durant les chaudes nuits d'été, nage sur de nombreux ruisseaux encaissés, coupait de nappes blanches qu'on aurait prises pour des lacs, la vaste étendue qui se déployait au loin. Déjà les cris des moissonneurs et les chants des bergères avaient cessé. Des vers luisants semés de distance en distance dans les buissons qui bordent le chemin furent bientôt les seules rencontres que put faire le meunier.
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fanfan50fanfan50   11 avril 2015
"Vos terres et celles de votre fils, dit Bricolin qui a tout avantage à inquiéter Marcelle, rapportent deux pour cent. Vous payez les intérêts de vos dettes quinze ou vingt pour cent ; avec les intérêts cumulés, vous arriverez promptement à augmenter sans fin le capital de la dette."
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