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Critique de melbee


melbee
  05 avril 2018
Tony Sandoval, auteur mexicain, est né en 1973. Son univers bien particulier entre onirisme, poésie, ironie et mélancolie font de lui un dessinateur et un conteur d'histoires à part, une sorte de mélange de Tim Burton, de Mc Kean, de Miyazaki et de Lewis Carroll. Près de 10 albums ont déjà été traduits en France, notamment dans la collection Calamar des éditions Paquet. Déjà remarqué en 2007, grâce à le cadavre et le sofa, puis en 2012 avec la réédition en intégrale des deux tomes de Nocturno, c'est cette même année que son album Doomboy fut choisi pour figurer dans la Sélection Officielle du 39ème Festival International de Bande Dessinée d'Angoulême.

Cet auteur encore peu connu en France (et pas assez reconnu) revient - toujours chez Paquet (Calamar) - avec le serpent d'eau, une fable onirique et fantasmagorique où se côtoient les sentiments (l'amitié) et la mort : deux thèmes chers à l'auteur. Ici à nouveau on ne fait plus la différence entre la vérité et le rêve, la réalité et la fiction.

Première page : un garçon blessé sort de l'océan... Puis l'histoire se déplace sur la brune Mila qui nage sous l'eau, lorsqu'elle entend un avertissement lui annonçant qu'il y a un « serpent d'eau » … de peur, elle sort de l'eau et rencontre alors la blonde Agnès qui lui a fait une farce. C'est sur cette amitié naissante et l'admiration de Mila pour l'intrépide, l'indépendante et intrigante Agnès que débute notre histoire. Mila est subjuguée par les dents d'Agnès (p.17) : « elles te plaisent [...] ce sont pourtant des fantômes ! » de retour chez elle, Mila pense à Agnès, se dispute avec ses parents et rêve d'un mystérieux lieu aquatique sous l'océan...

Le lendemain, les deux jeunes filles se retrouvent pour faire peur à une famille de touristes lors d'un pique-nique avec un masque de lapin pour Mila et de renard pour Agnès (p.30) : « suis-moi ! Maintenant nous sommes des animaux. Moi je suis un renard et toi un serpent d'eau avec un masque de lapin ! » dit Agnès en riant. Après avoir volé une partie du pique-nique de la famille, Mila veut voir le sourire d'Agnès, elle lui demande d'ôter son masque et cette dernière lui répond (p.32) : « Pourquoi ? Tu aimes les filles ? » (p.34), une magnifique planche pleine page avec le visage d'Agnès apparait, on la voit croquer dans une pomme, son visage est encerclé dans une grande case crayonnée et ovale, telle une Eve proposant la pomme à Adam, on pense également à Alice aux pays des merveilles avec son visage innocent, ou à la méchante reine de Blanche-Neige qui offre sa pomme empoisonnée à la douce jeune fille... Dans les quatre coins de la page des "enluminures" ont été ajoutées, en haut un renard entouré de crânes, en bas un crâne surplombé d'un scarabée... Agnès ramène Mila chez elle à l'approche de l'orage, dans sa chambre, elles s'embrassent, mais Agnès est prise de douleurs au ventre, et vomit une horrible pieuvre noire qui lui réclame de l'emmener à la mer... Mila s'enfuie alors en courant sous la pluie (p.45).

Dans cette première partie, les couleurs utilisées sont très sombres voire noires au tout début, puis elles sont plutôt claires au moment où les deux jeunes filles se rencontrent. Lorsqu'elles jouent ensemble, les couleurs prennent même une tonalité plutôt pastel et le ciel est d'un beau bleu lumineux. Puis, vient le temps de l'orage qui assombrit tout, parallèlement à l'histoire qui elle aussi se noircit. Les cases sont crayonnées et encrées, le découpage devient irrégulier, on joue nous aussi avec Agnès et Mila.

La deuxième partie commence par une pleine page complètement différente (p.47) : il n'y a plus de case du tout, le dessin est moins travaillé, et l'encre colorée s'évanouie en tâches qui s'affadissent. C'est la fin de l'été, le début de l'automne, la fin des vacances et des lamentations. Mila voit un jeune garçon qui l'attend (p.55), il lui ramène son vélo, c'est Julien, le frère d'Agnès. A partir de là, les cases se reforment comme dans la première partie, mais ici les angles sont droits et non arrondis comme avant, c'est le retour à la réalité. le frère d'Agnès apprend une chose étonnante à Mila, une information qu'elle a du mal à croire… (Non, je ne ferai pas de spoiler). (p.61), les cases sont très sombres et on bascule dans le côté Fantastique de l'histoire…

Dans la troisième et dernière partie (p.67), Mila ne peux s'empêcher de penser à Agnès (p.69 et 70) : « Je n'arrête pas de penser à elle… /… et à ses dents fantastiques. » Mila retrouve Agnès et la suit, elle veut tout comprendre. (p.77), Agnès lui raconte ses souvenirs, de ce qui s'est passé quand elle avait 5 ans... Ici, il y a encore un changement graphique pendant le récit. Les cases sont floues, comme effacées et les couleurs claires dans un ton pastel. Mila décide d'aider Agnès et le poulpe qui court un grand danger. Elles s'enfoncent dans la forêt. Agnès porte un panier, on pense bien sûr au conte le Petit Chaperon rouge.

(p.86), elles arrivent auprès d'une grande fontaine creusée dans la roche, les couleurs se sont assombries comme la journée décline. Elles s'endorment et le Fantastique prend de nouveau le relais. Mila s'enfonce dans l'océan avec les « dents » d'Agnès. Ces dernières revêtent leur armure (p.97) : « Nous sommes prêtes pour le combat ». Pendant ce temps, des squelettes s'approchent des deux jeunes filles endormies. Un combat épique commence. Visuellement, les couleurs sombres laissent la part belle au sang rouge qui ruisselle de la fontaine (p.103). On se croirait presque dans un combat du Seigneur des anneaux. Mila doit absolument sauver le poulpe, elle se dirige donc avec lui vers la mer, mais là d'autres ennemis les attendent, le combat reprend de plus belle. (p.124), « Nous sommes morts… /comme la lumière des étoiles mortes. » Un événement Fantastique voire magique se produit alors… Mila et Agnès se réveillent, des « fleurs écarlates » sont apparues au pied de la fontaine durant la nuit. Les jeunes filles rentrent chez Agnès… Nous avons ici affaire à un évènement surprenant... Rêve ou réalité, fugue, mort, enlèvement, disparition, fantôme, magie, folie…, on ne saurait distinguer le faux de la vérité. (p.136), Mila reconnait : « de toute façon, il y a de la magie dans l'air aujourd'hui. »

Le récit se termine. J'espère ne pas vous en avoir trop dit, à vous de découvrir le fin mot de ce conte fantasmagorique, un peu noir il est vrai, qui est suivi d'un cahier graphique. Une histoire sur l'adolescence, l'amour et l'amitié parfois, drôle, parfois morbide mais qui ne laisse pas indifférent.

Une histoire graphique qui vous hantera des jours durant et un auteur talentueux à (re)découvrir et à suivre.

@fantastique @onirisme @tonysandoval @leserpentdeau @calamar @paquet @conte @adolescence
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