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EAN : 9782253934882
264 pages
Le Livre de Poche (02/03/2022)
4.25/5   609 notes
Résumé :
14 août 2018. Tess part vers la Toscane, où elle doit rejoindre pour les vacances sa fille Sienna et l’oncle de celle-ci, Sacha. Mais alors qu’elle fait étape chez sa meilleure amie à Gênes, un effroyable grondement ébranle la maison, et tout s’écroule au-dessus d’elle. Une longue portion du pont de Gênes vient de s’effondrer, enfouissant toute la zone. Tess est portée disparue.

Lorsque Sacha apprend la catastrophe, c’est tout leur univers commun qui ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (161) Voir plus Ajouter une critique
4,25

sur 609 notes
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Yvan_T
  22 septembre 2021
Ayant beaucoup aimé son premier roman (« La Chambre des merveilles »), adapté au cinéma, je me suis attaqué à son dernier roman, qui s'inspire de la tragédie du pont de Gênes, qui s'est écroulé en 2018, faisant énormément de victimes, dont beaucoup de familles qui étaient sur la route des vacances…vers le soleil.
Le 14 août 2018, Tess rend visite à son amie Francesca à Gênes. Une escale, avant de rejoindre sa fille de neuf ans, Sienna, et son compagnon, Sacha, en Toscane. Lorsque Sacha apprend que le pont Morandi vient de s'écrouler à Gênes, c'est également une vie bâtie sur des mensonges qui vient de s'effondrer…
En racontant les liens qui se tissent entre un père et une gamine qui n'est pas la sienne, « Vers le soleil » livre des personnages foncièrement humains et particulièrement touchants. Tout comme Sacha, le lecteur adopte immédiatement cette petite fille espiègle et rayonnante et tremble avec Sacha, au fil des secrets qui remontent progressivement à la surface et menacent de détruire ces liens qui ne sont malheureusement pas de sang.
À l'instar de « La Chambre des merveilles », Julien Sandrel part d'un drame et de sujets douloureux pour finalement livrer un roman « feel-good » rempli d'amour et de légèreté, qui nous emmène vers la lumière…comme promis dès le titre de l'ouvrage. Cette fois-ci, l'auteur y ajoute également une petite dose de suspense concernant le sort des victimes de cette catastrophe et les choix qui s'imposent à Sacha afin de protéger la petite Sienna.
« Vers le soleil » est également une invitation au voyage, vers le soleil de l'Italie, dont l'auteur est originaire. de Gênes à Sienne, en passant par Venise, le lecteur part à la rencontre de personnages hauts en couleur, tels que Chiara, Francesca et Livio, et s'imprègne de cette atmosphère chaleureuse qui réchauffe le coeur autant que le soleil.
Alors certes, le roman est probablement un brin trop court et certaines ficelles un peu trop grosses, mais cela ne m'a pas empêché de passer un excellent moment de lecture !
Lien : https://brusselsboy.wordpres..
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sylviedoc
  11 septembre 2021
Notre vie est jalonnée de commémorations d'événements heureux et tragiques, aujourd'hui c'est l'un des plus affreux de ces dernières décennies qui est "à la une" de l'actualité : les attentats-suicides du 11 septembre 2001 qui ont causé notamment l'effondrement des Twin Towers à New-York, avec les conséquences que l'on connaît.
Pourquoi évoquer ce drame ici ? Déjà pour honorer la mémoire des victimes de ces attentats, ainsi que de toutes les autres (on est aussi en plein procès des attentats de 2015 à Paris, pour rappel), mais également parce que ce roman s'articule autour d'une autre catastrophe, qui n'est pas due à des terroristes mais résulte quand même d'erreurs humaines : l'effondrement du pont Morandi, à Gênes le 14 août 2018 qui a causé 43 morts.
Sacha est acteur, il galère entre petits cachets et boulots précaires quand il rencontre Tess à la terrasse d'un café. Ils sympathisent, et quelque temps plus tard elle lui propose un "job" de comédien atypique, mais bien rémunéré : il s'agit d'incarner une "figure masculine" auprès de sa fillette Sienna, née prématurément et qui a gardé certaines fragilités au bout de 6 ans, dont une absence d'odorat et de goût. D'abord sceptique, il finit par accepter de passer quelques après-midi par mois en compagnie de Sienna.
Après un bond de trois ans dans le temps, nous retrouvons Sacha qui entre-temps est devenu "l'oncle" fictif de Sienna, et dont les liens avec Tess ne sont plus exactement ceux d'employé à employeur... Nous sommes en août 2018, Sacha et Sienna s'apprêtent à partir ensemble pour des vacances en Toscane, Tess est censée les rejoindre dans quelques jours après un crochet par Gênes pour revoir sa meilleure amie. Vous voyez venir la suite...
L'histoire est émouvante, on est vite "happé", surtout qu'un certain suspens plane sur le sort de Tess, coincée dans la cave de son amie avec Livio, le fils de celle-ci, au moment du drame. Mais c'est surtout le dilemme qui se pose à Sacha qui m'a interpellée. Faut-il dire la vérité à Sienna, ou attendre d'être fixé définitivement sur le sort de sa mère, et continuer les vacances comme si de rien n'était ? Je ne vous révélerai pas l'option choisie par Sacha, juste qu'elle m'a laissée un peu dubitative.
J'ai beaucoup aimé l'écriture au présent, très immersive, on suit vraiment les différents protagonistes comme si l'on était avec eux, leurs sentiments sont bien exprimés, et même si je n'ai pas toujours été d'accord avec les décisions prises j'ai ressenti beaucoup d'émotions en les accompagnant. Par contre certains aspects disons "légaux" ne m'ont pas semblé très crédibles, je me suis demandé si l'auteur avait vraiment bien approfondi ses recherches. Après, je ne suis pas spécialiste en droit de la famille ! Mais c'est ce qui m'a empêché de mettre une note plus haute. J'ai néanmoins passé un très bon moment avec ce roman très lumineux malgré la tragédie qui en est l'argument.
Petite pensée pour toutes les victimes d'attentats, de négligences humaines ou de catastrophes naturelles...
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hcdahlem
  09 mars 2021
«Tu es le soleil de ma vie»
Julien Sandrel nous revient avec un quatrième roman en quatre ans. «Vers le soleil» est tout aussi réussi que les précédents et démontre avec beaucoup d'émotions à la clé qu'on choisit sa famille!
Depuis le succès de son premier roman La chambre des merveilles, paru en 2018, Julien Sandrel nous offre tous les ans un nouveau livre. Avec La vie qui m'attendait et Les étincelles, il a à chaque fois exploré un univers différent, mais il a aussi à chaque fois trouvé le scénario bluffant, la situation qui entraine le lecteur à partager de fortes émotions en suivant des personnages qu'il n'a plus envie de lâcher.
Disons-le d'emblée, Vers le soleil ne déroge pas à la règle. Toujours fort générateur d'émotions, il ajoute même cette fois une tension digne du meilleur des polars.
Cela commence par une rencontre à la terrasse d'un café parisien. Sacha, le narrateur, aimerait oublier ses petits boulots et percer enfin comme comédien. Mais pour l'instant, il fait surtout de la figuration, comme dans ce Malade imaginaire où il a un petit rôle. Très vite, il n'écoute plus ses partenaires, car il est subjugué par une femme attablée un peu plus loin. Et si sa tentative d'approche est plutôt maladroite, il parvient tout de même à laisser son numéro de téléphone à Tess, la belle inconnue.
Contre toute attente, elle va le rappeler pour... lui proposer un rôle. Les médecins lui ont conseillé d'entourer sa fille malade de figures paternelles, elle qui est née prématurément et sans père. D'abord incrédule, Sacha va accepter et s'inventer un rôle de tonton. Et cette fois, il a un premier rôle qu'il remplit à merveille.
Au fil des ans, il est de plus en plus présent et va finir par accepter de partir avec sa nièce en vacances en Toscane. Tess les rejoindra après une visite à Gênes chez son amie Francesca. Nous sommes le 14 août 2018 et Francesca vit avec son fils au pied du pont Morandi.
Alors que Sacha passe un bon moment avec sa nièce au parc aquatique, une longue portion du pont s'effondre, écrasant la maison de Francesca, qui parviendra à fuir. Les autres occupants sont portés disparus et ne répondent plus au téléphone.
Sacha ne veut pas affoler Sienna et décide de ne rien lui dire. Mais ce dilemme n'est rien à côté de ce que lui apprend Francesca sur Tess. Victime de violences conjugales, elle a fui son pays et changé d'identité, Sophie Moore devenant Tess Moreau, après que Tom, son compagnon, ait été arrêté avant qu'il ne mette ses menaces de mort à exécution.
«Sacha, tu sais que je suis une incorrigible optimiste, alors ce que Je pense intimement, c'est que Tess ne mourra pas. Mais je suis aussi une pragmatique. J'ai appris à envisager le pire. Sacha, si Tess mourait, non seulement tu n'aurais aucun droit sur Sienna, mais la police remonterait la piste Sophie Moore, tôt ou tard. Les parents de Tess découvriraient l'existence de Sienna, et deviendraient ses tuteurs officiels. À moins que...
Mon Dieu. J'ai compris ce qu'elle s'apprête à dire. Je formule moi-même la suite, d'une voix blanche.
— À moins que Tom ne comprenne que Sienna est sa fille, et n'en demande la garde.»
En prenant la route pour Capalbio et le Jardin des Tarots de Niki de Saint-Phalle avec Sienna, on imagine tout à la fois le flot d'émotions et la difficulté à continuer à faire comme si de rien n'était. D'autant que l'étau se resserre. Comme le lui apprend sa logeuse, Sienna est désormais recherchée par la police. Alors qu'à Gênes, il n'y a aucun signe de vie des victimes, Sacha doit prendre la fuite. Parviendra-t-on à sauver Livio et Tess? Sacha réussira-t-il à échapper à la police? Quand faudra-t-il dire la vérité à Sienna? Comment la parenté de Sophie Moore va-t-elle réagir? Tels sont désormais les enjeux de ce roman que Julien Sandrel mène tambour battant, comme à son habitude.
Entre les mots d'enfant et les combats des adultes, entre l'envie d'un cocon protecteur pour la petite fille et les drames qui ont frappé sa mère, le romancier choisit d'aller, envers et contre tout, Vers le soleil.

Lien : https://collectiondelivres.w..
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Supermaman64
  14 mars 2021
Sacha tombe sous le charme de Tess et lui laisse ses coordonnées dans l'espoir de la revoir. Il ne se doute pas qu'elle le contactera pour l'embaucher, encore moins pour ses talents d'acteur.
Une jolie histoire qui tire sur ma corde sensible de maman...
Évidemment j'y ai versé des larmes. Les émotions sont très bien passées!
Ce joli roman est court, sans doute un peu trop à mon goût. J'ai totalement adopté la petite Sienna et adoré le personnage de Sacha.
L'histoire manque d'un tout petit quelque chose pour être un coup de coeur mais j'ai tout de même beaucoup aimé.
Cet événement est une tragédie et Julien Sandrel a su en parler avec justesse et empathie.
Ce roman est une belle réussite
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coquinnette1974
  25 octobre 2021
J'ai enfin pris le temps de lire Vers le soleil de Julien Sandrel, que j'avais acheté à sa sortie.
14 août 2018. Tess part vers la Toscane, où elle doit rejoindre pour les vacances sa fille Sienna et l'oncle de celle-ci, Sacha.
Elle fait étape chez sa meilleure amie à Gênes quand un effroyable grondement ébranle la maison, et tout s'écroule au-dessus d'elle. Une longue portion du pont de Gênes vient de s'effondrer, enfouissant toute la zone. Tess est portée disparue.
Lorsque Sacha apprend la catastrophe, c'est tout leur univers commun qui vole en éclats. Tous leurs mensonges aussi.
Car Sacha n'est pas vraiment l'oncle de cette petite fille de neuf ans : il est un acteur, engagé pour jouer ce rôle particulier quelques jours par mois, depuis trois ans..
Il s'est tellement attaché à Sienna et à sa maman qu'il n'a pas l'impression de jouer un rôle. de dangereux secrets refont surface..
Que doit faire Sacha ? Enlever cette petite fille avec qui il n'a que des liens de coeur ? Ou la perdre pour toujours ?
Vers le soleil est un très joli roman, très touchant, avec une histoire simple mais bien traitée.
J'ai beaucoup aimé les personnages que j'ai trouvé attachants.
Tess a décidé d'engager Sacha trois ans auparavant pour lui créer une famille. Sacha voit donc Sienna plusieurs fois par an. Il apprécie autant la mère que la fille et prend plaisir à être l'oncle de la petite fille, oubliant son rôle. Il n'est pas son oncle de sang mais son oncle de coeur. Toutefois la fillette ignore le mensonge. C'est une enfant spéciale, très sensible. Elle est attachante et hyper touchante. J'ai aimé sa personnalité, sa façon de voir certaines choses. C'est une chouette gamine :) Quand il apprend la catastrophe, Sacha se rend compte que leur mensonge (à lui et Tess) peut faire des dégâts. Alors son but est de protéger Sienna, coûte que coûte.
Tess quand à elle est une femme qui a des secrets, de lourds secrets. Elle n'a pas tout dit à Sacha et nous découvrons la vérité au fil de l'avancée du roman.
La catastrophe du pont de Gènes est bien traitée, il n'en fait pas trop.
Vers le soleil est un ouvrage qui m'a plu même si j'ai un peu moins accroché qu'avec les précédents romans de l'auteur.
C'est un joli livre, rempli de bons sentiments, mais je me doutais un peu de cette fin. Et certains passages ne sont pas toujours crédibles, ça m'a paru un peu trop facile par moment.
Malgré tout, j'ai apprécié ma lecture et je garderais un souvenir ému de cette petite fille.
Je vous le recommande, et je le note quatre étoiles :)

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critiques presse (2)
LeJournaldeQuebec   17 mai 2021
Ce roman inspirant, où il est question de liens puissants et de secrets dangereux, montre à quel point la vie ne tient parfois qu’à un fil.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LeParisienPresse   26 mars 2021
Alors que son premier roman, le best-seller «la Chambre des merveilles», est adapté au cinéma, son dernier, «Vers le soleil», s’est installé parmi les meilleures ventes.
Lire la critique sur le site : LeParisienPresse
Citations et extraits (59) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   09 mars 2021
INCIPIT
« Le pont de Gênes, également appelé pont Morandi, est un édifice à haubans mis en service en 1967, afin de permettre à l’autoroute A10 – dite « autoroute des fleurs » – de franchir le val Polcevera, entre les quartiers de Sampierdarena et Cornigliano.
Le 14 août 2018 à 11 h 36, une longue portion du pont de Gênes s’est effondrée.
Le bilan définitif de la catastrophe, établi cinq jours plus tard, fait état de quarante-trois morts et seize blessés.

SACHA
Trois ans auparavant
Je m’appelle Sacha.
J’ai trente ans, j’habite à Paris, je suis comédien, et c’est en référence à Guitry que ma mère m’a nommé ainsi. Voilà pour ma biographie légèrement enjolivée, la version curriculum vitae.
Dans la vraie vie, j’habite une chambre de bonne Porte de La Chapelle, mon prénom résulte de l’adoration de feu ma génitrice pour Sacha Distel, j’essaie d’être acteur mais finis le plus souvent figurant.
Alors puisqu’il faut bien manger et que je ne suis pas allé très loin dans les études, j’exerce tout un tas d’activités : dès lors qu’on ne me demande pas de tuer quelqu’un, je suis assez peu regardant. J’ai été, en vrac, et dans le désordre : baby-sitter, jardinier, guide touristique improvisé pour touristes chinois, serveur, livreur, distributeur de prospectus, promeneur de chiens, participant à des sondages rémunérés (jusqu’à ce que les instituts s’en aperçoivent), homme de ménage, téléconseiller. On m’a même déjà payé pour faire la queue à la place de quelqu’un – oui, ça existe vraiment. Je pourrais essayer de me stabiliser, prendre un job et le garder, mais cela signifierait la fin de mes rêves de théâtre, et je ne suis pas prêt à y renoncer.
Je n’ai jamais connu mon père, et ma mère est morte quand j’avais quatorze ans. D’une overdose, dans la chambre d’hôtel d’un comédien un peu connu qu’elle aimait trop, au point de laisser son fils unique dîner seul, se coucher seul, se débrouiller seul. Je crois qu’on peut dire que je suis un vieux routier de la solitude. J’ai appris dans la douleur à quel point se lier à quelqu’un pouvait rendre malheureux, alors je ne m’attache pas. Je ne me sens bien que dans l’éphémère.
C’est sans doute pour cela que je voue une passion aux représentations fugaces de présents fantasmés : le théâtre bien sûr, mais aussi les haïkus, ces courts poèmes japonais qui visent à dire et célébrer l’évanescence des choses. On est parfois surpris quand je récite un haïku, ça ne colle pas avec ce que je dégage, apparemment : avec mon mètre quatre-vingt-cinq et mon allure sportive, on s’attend plutôt à m’entendre parler de boxe ou de football – les gens sont pétris de préjugés.
*
Lorsque je l’aperçois pour la première fois, je suis dans un café, au cœur du Xe arrondissement de Paris. Elle est en grande conversation avec une amie, à quelques mètres de moi. Sa grâce, son port de tête de danseuse, sa peau diaphane, ses grands yeux clairs mélancoliques, tout en elle aimante mon regard.
Je sors d’une représentation du Malade imaginaire, dans lequel je tiens le rôle ô combien gratifiant d’un apothicaire muet, je suis avec un groupe de collègues comédiens, mais je ne les écoute que distraitement, car j’observe cette inconnue du coin de l’œil. Quand son amie l’embrasse et quitte le bar, elle reste seule, quelques instants. J’hésite. Je n’aborde jamais une femme de cette façon. Éphémère n’est pas synonyme d’inconséquent, et je n’aime pas l’idée que l’on puisse me prendre pour un dragueur. Mais je ne peux pas faire autrement. Quelque chose en elle m’attire irrésistiblement. Si je n’y vais pas, je le regretterai.
Je prends une grande inspiration, et mon courage à deux mains. Un frisson parcourt mon corps, lorsque je m’élance vers elle. Je l’aborde, lui propose un verre, qu’elle refuse poliment. Je propose une verveine, elle refuse en souriant. Je propose de l’épouser, elle refuse en éclatant de rire. Sa beauté est encore plus évidente, à cette distance réduite. Elle me fixe étrangement, je prends ses œillades pour des encouragements… jusqu’au moment où elle m’assène « vous avez du noir, là », en désignant une coulure le long de ma joue droite. Et merde, j’avais oublié que j’étais encore maquillé. Je saisis l’occasion pour entamer une vraie conversation, elle continue de sourire, mais soudain son visage se crispe. Elle me lance un « je dois y aller, désolée… », rassemble ses affaires, dépose de la monnaie sur la table, se dirige vers la sortie. Comme si un mécanisme d’autodéfense venait de se mettre en branle, lui intimant l’ordre de fuir, sur-le-champ.
Je ne peux pas la laisser partir comme ça. J’attrape une serviette en papier, y note mon numéro de téléphone et improvise un pseudo-haïku :
Sacha – avec ou sans mascara
J’anime vos soirées, vos bar-mitsva,
votre vie.
(Rayer les mentions inutiles.)
Je cours dans la rue, lui tends la missive. Elle me regarde comme si j’étais un extraterrestre. Elle rit de nouveau, se saisit du bout de papier, puis s’éloigne.
À cet instant, je pense sincèrement ne jamais la revoir.
Pourtant, quelques semaines plus tard, je reçois un coup de fil inattendu. Elle me propose un rendez-vous, et ajoute un mystérieux : « Ce que j’ai à vous demander n’est pas banal. »
Que peut donc avoir à me dire cette belle inconnue ? Ayant une imagination fertile, je me prends à envisager différents scénarios – la plupart sexuels, il faut bien l’avouer… Ma curiosité est en tout cas aiguisée.
Il est prévu que nous nous retrouvions dans le même café, au bord du canal Saint-Martin. La fébrilité avant un rendez-vous amoureux n’est pas l’apanage des femmes, contrairement à ce que nous ont inculqué des siècles d’histoires de princesses-qui-mettent-des-plombes-à-se-pomponner et de princes-séduisants-sans-effort-ni-artifice. J’essaie différentes tenues… mais je décide d’opter pour la sobriété : jean brut et T-shirt blanc fluide. Je conserve une barbe de trois jours – qui me donne un air plus adulte –, et je coiffe-décoiffe ma chevelure noire aux boucles difficilement domptables.
En sortant du métro République, je prépare mes répliques – chassez l’acteur, il revient au galop. J’hésite à tenter la carte de l’humour, et puis je me dis que ça a plutôt fonctionné lors de notre première rencontre, alors pourquoi pas ? Juste avant d’entrer dans le bar, j’extrais de mon sac à dos de survie professionnelle de quoi ajouter une petite touche personnelle à mon look. Je sais bien qu’en me déguisant, je gagne en assurance : je me sens plus sûr de moi dans un costume de comédien.
J’ouvre la porte, et l’aperçois tout de suite. Aussi lumineuse que dans mon souvenir. Et elle… il lui est impossible de me rater.
— J’ai pensé que sans la coulure noire sur le visage vous risquiez de ne pas me reconnaître. Bonjour, mademoiselle. Je ne sais même pas comment vous vous appelez.
Elle observe en souriant ma joue barbouillée, ma presque révérence. Elle est surprise, amusée, c’est visible. Mais elle bride ses réactions. Elle se lève pour m’accueillir, et me tend la main. Mode formel, donc. J’ai tout à coup un peu honte de ce maquillage noir qui me barre le visage. Je me rends compte que, loin de briser la glace, cette approche clownesque a peut-être créé une distance entre nous. Quel con.
— Je m’appelle Tess. Vous, c’est Sacha, c’est bien ça ?
J’acquiesce pour la forme, tout en sortant un mouchoir et un démaquillant.
— Tess, vous avez un léger accent…
— Je suis anglaise, mais je vis en France depuis longtemps.
Elle parle un français parfait. Le seul indice de son origine étrangère, c’est sa manière de prononcer, quasiment à l’identique, les sons « en » et « on ».
Elle continue, imperturbable.
— Sacha, je vais aller droit au but. Vous m’avez dit être comédien, et vous avez mentionné le nom du théâtre dans lequel vous jouiez le soir de notre rencontre. J’ai fait une recherche sur vous sur le web… et comment dire ? J’ai remarqué que votre carrière d’acteur comporte… quelques périodes creuses. Ne le prenez pas mal… mais je me suis dit que vous cherchiez peut-être un complément de revenu.
— Je ne le prends pas mal, mais comme entrée en matière vous avouerez qu’on a connu plus sympathique qu’une analyse critique de CV…
— Pardon, je ne voulais pas… Pardon, vraiment.
Elle baisse les yeux. Semble désolée. Sincèrement. Maladroite, désolée, désuète aussi dans sa façon de se tenir, dans ses gestes, dans ses mots. Un certain charme nineties, accentué par cette pince de collégienne qui orne sa chevelure dorée. Elle m’attire, sans que je puisse vraiment me l’expliquer.
Je lui souris, l’encourage à poursuivre, tout en finissant de me démaquiller.
— Sacha, j’ai un travail à vous proposer. Rémunéré, bien sûr.
Elle plante ses yeux dans les miens. J’y décèle une ombre, troublante, singulière, qui s’estompe vite. C’est étrange, cette sensation, alors même que son regard est très bleu. L’espace d’un instant, j’ai cette image de romance bas de gamme qui me traverse : ses yeux sont pareils à des lacs. Ça a l’air idiot dit comme ça, mais ils en ont la couleur et la profondeur, à la fois translucide et opaque, attirante et inquiétante. Elle prend une grande inspiration, puis se lance.
— Sacha, j’aimerais que vous soyez le père de ma fille.
Je la regarde avec des yeux ronds. Et un sourire mi-amusé, mi-lubrique. Elle se rend compte de l’absurdité des mots qu’elle vient de prononcer, et éclate de rire.
— Je suis maladroite, ça n’est pas ce que je voulais dire !
Elle continue de glousser quelques secondes. Lorsqu’elle rit, des petites rides apparaissent au coin de ses yeux, allongeant son regard. Quel âge a-t-elle ? Je dirais vingt-sept, vingt-huit ans, soit deux ou trois ans de moins que moi. Elle s’éclaircit la voix, boit une gorgée d’eau, se reprend.
— J’ai une fille de six ans. Elle s’appelle Sienna. C’est une enfant… particulière. Elle traverse une passe difficile. Je travaille beaucoup, elle est souvent seule, j’ai essayé de l’inscrire à des activités, au centre de loisirs, mais elle n’y est pas heureuse. La psychologue scolai
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hcdahlemhcdahlem   09 mars 2021
Sacha, tu sais que je suis une incorrigible optimiste, alors ce que Je pense intimement, c'est que Tess ne mourra pas. Mais je suis aussi une pragmatique. J'ai appris à envisager le pire. Sacha, si Tess mourait, non seulement tu n'aurais aucun droit sur Sienna, mais la police remonterait la piste Sophie Moore, tôt ou tard. Les parents de Tess découvriraient l'existence de Sienna, et deviendraient ses tuteurs officiels. À moins que...
Mon Dieu. J'ai compris ce qu'elle s’apprête à dire. Je formule moi-même la suite, d’une voix blanche.
— À moins que Tom ne comprenne que Sienna est sa fille, et n'en demande la garde. p. 94
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CharlyyPhoenixCharlyyPhoenix   07 juin 2021
-Est-ce qu'ils ont parlés de l'anatidaephobie, dans ton émission ?
-Non, c'est quoi ?
-C'est la peur qu'un canard te regarde.
Elle éclate de rire.
-T'es sérieux ? Ça existe vraiment, ça ?
-En tout cas plein de gens croient ! En vrai ça n'existe pas, c'est un truc inventé par un dessinateur américain, mais c'est tellement énorme qu'il y a plein de sites sérieux qui l'ont repris. Moi, j'adore visualiser la scène du canard qui observe méchamment, et du gars terrorisé à côté...
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CroquignolleCroquignolle   09 décembre 2021
Je m'appelle Sacha.

J'ai trente ans, j'habite à Paris, je suis comédien, et c'est en référence à Guitry que ma mère m'a nommé ainsi. Voilà pour ma biographie légèrement enjolivée, la version curriculum vitae.

Dans la vraie vie, j'habite une chambre de bonne Porte de La Chapelle, mon prénom résulte de l'adoration de feu ma génitrice pour Sacha Distel, j'essaie d'être acteur mais finis le plus souvent figurant.
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BRAEMBRAEM   12 mars 2022
Je n'aime pas les parcs aquatiques. Le seul point positif, c'est que les smartphones ne résistant que très moyennement à l'eau, les êtres humains 2.0 que nous sommes se retrouvent sans moyen de distraction qu'une vieille conversation. Et ça, c'est extraordinairement dépaysant. Au parc aquatique, les gens se parlent, rient, n'interrompent pas leurs conversations par des regards automatiques jetés vers leurs objets. Ils sont dans la vraie vie. Serrés comme des sardines à l'huile de bronzage, mais dans la vraie vie.
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