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Critiques sur Retour à Lemberg (25)
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kielosa
  03 octobre 2017
Ce qui m'a le plus surpris en lisant "Retour à Lemberg" c'est qu'un juriste international avec la stature d'un Philippe Sands puisse être en même temps un aussi excellent narrateur. En effet, le premier chapitre, où il raconte la recherche de son grand-père, se lit comme un suspense. Pourtant ce grand-père, Leon Buchholz (1904-1997), n'est pas James Bond et Lemberg-Lviv-Lwów, a beau être la plus grande ville d'Ukraine occidentale, n'est pas non plus une île de rêves dans les Caraïbes par exemple. Toujours est-il qu'au cours des premières 100 pages, j'ai été cloué à mon fauteuil, n'entendant même pas le concert de miaulements de mes félins qui avaient faim.

En plus, Philippe Sands, né en 1960, a l'art de restituer une réalité et un passé, comme s'il avait été un témoin oculaire. Même s'il appelle parfois un Stefan Zweig et surtout un Joseph Roth à la rescousse.

Pour éviter tout malentendu, il convient de signaler, qu'outre un récit captivant, cet ouvrage est important dans la mesure où l'auteur nous présente 2 juristes exceptionnels, hélas, peu connu du grand public, qui ont pourtant joué un rôle déterminant pour rendre notre monde un peu plus vivable. Raphael Lemkin (1900-1959) a forgé le terme "génocide", tandis que Hersch Lauterpacht a introduit la notion juridique de "crime contre l'humanité".
Deux concepts absolument révolutionnaires. On a beau être sceptique et dire oui mais...regardez tous ces abus des droits de l'homme, ces despotes à la Erdogan, ces fouteurs de guerre comme fiston Bush, ces maîtres de l'arbitraire comme tsar Poutine etc. Cela est bien vrai, mais pour reprendre une belle formule de Philippe Sands lui-même "Doing nothing is not an option", les contributions de Lemkin et Lauterpacht constituent, à mes yeux, des pas de géants.

Ce sont effectivement ces termes juridiques qui ont permis, en 1946, de condamner à Nuremberg une fine équipe de hauts dignitaires nazis et des années plus tard, la création de la cour pénale de la Haye pour crimes de guerre, comme en ex-Yougoslavie. Je me permets, à ce propos, de vous renvoyer à ma critique récente de l'ouvrage de Carla del Ponte "La Traque, les criminels de guerre et moi" Cette Suissesse a été procureur général de ce tribunal de 1999 à 2007. Que les États-Unis n'en font partie est regrettable, mais se comprend aisément, ils ont trop de candidats pour être jugés, tels Henry Kissinger et le bombardement du Cambodge, fiston Bush et l'invasion de l'Irak, son vice-président et businessman Dick Cheney - ex-PDG du Groupe Halliburton qui a rafflé un contrat de 7 milliards de $ en Irak, sans appel d'offre - et son valeureux ministre de la défense Donald Rumsfeld etc. Et ce n'est sûrement pas sous l'intelligente gestion de Trump que cela risque de changer.

Justement à propos de ce trio Bush, Cheney et Rumsfeld, les héros de la "War on Terror" avec tous ses excès, Philippe Sands a publié un autre ouvrage remarquable : "Torture Team: Rumsfeld's Memo and the Betrayel of American Values", que l'on pourrait traduire par : L'Équipe de torture : le mémo de Rumsfeld et la trahison des valeurs américaines. Dans ce livre, l'auteur offre les resultats de sa sérieuse enquête sur les tenants et aboutissants du mémo criminel, signé Rumsfeld du 2-12-2002, qui permettait 18 techniques de tortures sur des prisonniers, interdites par les droits de l'homme, mais appliquées scandaleusement à Guantanamo et Abou Ghraib entre autres.

Ce qui est absolument incroyable c'est qu'aussi bien Lemkin que Lauterpacht soit originaire de la capitale de l'ancienne province orientale de l'Empire austro-hongrois, appelée la Galicie. Endroit où est né son propre grand-père. Ce qui a permis à l'auteur de mener des investigations, de visiter les lieux et de rencontrer bon nombre de témoins intéressants. Je ne vais pas résumer ces épisodes multiples, mais m'arrêter un bref instant à sa rencontre avec Niklas Frank, le fils de l'ami, l'avocat d'Hitler et plus tard son gouverneur-général de la Pologne occupée. Niklas avait 7 ans lorsque son abominable père fut jugé et pendu à Nuremberg en octobre 1946. Il y a 5 ans, j'ai lu l'ouvrage qu'il a publié sur ce père, qui m'a énormément impressionné, car c'est exactement ce que le titre en allemand "Der Vater : Eine Abrechnung" , Mon père : un règlement de comptes, indique, un jugement lucide, sans la moindre concession. À Sands, d'ailleurs, il a déclaré : "Mon père était juriste ; il savait ce qu'il faisait." (p. 25).

Je ne peux que vivement recommander cet ouvrage qui est instructif, captivant, agréablement écrit et richement illustré. Avec un grand bravo pour Philippe Sands, la traductrice Astrid von Busekist et l'éditeur Albin Michel.

Lorsqu'on est un peu découragé par tout ce qui se passe de sinistre et malsain sur notre planète, il peut être réconfortant de penser à des vrais héros comme Lemkin et Lauterpacht, à une Carla del Ponte qui s'est courageusement engagée et aux hommes de grande valeur, tel Philippe Sands, qui continuent imperturbablement leur lutte pour un monde meilleur.
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enjie77
  28 septembre 2018
Brillant, d'après moi, c'est l'adjectif qui convient à cet ouvrage qui n'est ni un roman ni un essai. Brillant parce qu'il parvient à fixer l'attention d'un large public sur deux concepts de droit qui, pour les non initiés, représente une performance d'auteur, brillant l'idée de mêler son histoire personnelle à l'histoire collective de la Shoah et à l'évolution du droit et d'une grande consistance intellectuelle de par son contenu.

Je connaissais, comme la plupart d'entre nous, les termes « génocide » et « crime contre l'humanité » mais j'ignorais totalement la genèse de ces deux expressions et de leurs auteurs, Raphaël Lemkin et Hersch Lauterpacht.
Tout dans ce livre interpelle : notamment les circonstances qui ont amené Philippe Sands, avocat franco britannique de renommée internationale, professeur d'Université, à enquêter sur le procès de Nuremberg et sur l'origine de notre système de droit international.

L'observation que j'ai du monde qui m'entoure m'a amenée à penser que le hasard n'existe pas et j'aime cette phrase « Lorsque l'élève est prêt le maître se lève ». Je m'explique :

Philippe Sands reçoit une invitation de l'Université de droit de la ville de Lviv en Ukraine. Cette ville portait le nom de Lemberg sous l'empire austro-hongrois, Lwow lorsqu'elle fut incorporée à la Pologne après la première guerre mondiale, sous les soviétiques au début de la seconde guerre mondiale, elle devint Lvov, puis redevint Lemberg sous l'occupation allemande pour devenir une ville ukrainienne Lviv - (j'ai d'ailleurs mis en ligne une citation sur l'histoire d'un banc qui n'a jamais changé de place mais plusieurs fois de nationalités)!

Curieusement, Philippe Sands découvre que cette ville de Lviv n'est autre que Lemberg d'où est originaire son grand père maternel, Léon Buchholz. Pour échapper aux nazis. Léon s'est enfui et comme tous les rescapés de la Shoah, il n'a jamais fait le récit de son histoire d'avant son arrivée en France. Quoi de plus naturel pour Philippe Sands que de vouloir profiter de ce voyage pour en savoir plus sur ses origines. Et fait tout aussi extraordinaire, lui, avocat très investi dans le droit international, il découvre que l'université de droit de Lviv à donner naissance à deux grands juristes qui ont marqué à jamais le droit international : Hersch Lauterpacht et Raphaël Lemkin. Comment résister à un tel clin d'oeil du destin. Delà s'ensuit une enquête sur le passé de cette ville, déchirée, malmenée, par les guerres, la découverte d'une communauté de vie entre les familles Buchholz, Lemkin et Lauterpacht jusqu'au procès de Nuremberg et aux débats d'idées qu'ont suscité la naissance des concepts « Génocide » et « Crime contre l'humanité » : débats qui sont toujours d'actualité.

C'est passionnant. Je connais bien l'excitation qui peut saisir une personne en quête de ses racines. La généalogie est palpitante, quand on y met le doigt, on y laisse la main puis le bras. J'avoue avoir envié Philippe Sands d'avoir pu se rendre sur place. Voir les lieux, les sentir, les ressentir, imaginer ses aïeux s'animer sous ses yeux, c'est une part de soi-même qui prend vie, c'est enfin sortir de l'abstrait, du flou, du lointain.

A la communauté de destin des familles Buchholz, Lemkin, Lauterpacht, vient s'ajouter le portrait du « Boucher de Pologne » Hans Frank, gouverneur de Pologne, dont le fils, Nicklas Frank est devenu l'ami de Philippe Sands, et qui a écrit un best-seller très controversé sur son père dans lequel, il règle ses comptes et que je comprends (c'est le même sang qui coule dans ses veines) ! A cet effet, j'ai trouvé un reportage sur « The Times of Israël » intitulé « Quand un fils ne peut admettre les crimes de son père ». En revanche, Horst von Wachter, fils d'Otto von Wachter, gouverneur nazi de Galice, cherche par tous les moyens à réhabiliter son père malgré les preuves irréfutables.

La partie du livre consacrée au procès de Nuremberg m'a particulièrement captivée même si certains passages, notamment le témoignage de Samuel Rajzman, sont difficiles. Je me suis trouvée à applaudir mentalement le procureur en chef américain Robert Jackson, ou le procureur britannique Shawcross ou Maxwell Fyfe.

J'ai une affection pour Raphaël Lemkin qui s'est tellement démené, au détriment de sa santé, pour faire reconnaitre son concept. Il se promenait avec une valise contenant tous les décrets nazis afin d'apporter la preuve du « génocide ». Il a fait un travail titanesque et page 233 du livre, Sands relate toutes les mesures relevées par Lemkin dans dix sept pays occupés afin d'éliminer les juifs, les tsiganes, les handicapés (les homosexuels hélas étaient passés sous silence !).

Toute la lecture de cet ouvrage reste dans un style fluide, vivant, passionnant. Ce livre a été désigné « meilleur livre de l'année 2017 » dans la catégorie « non fiction – livre narratif de l'année » lors des British Book Awards.
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krzysvanco
  19 août 2018
L'auteur, avocat spécialisé dans la défense des droits de l'homme, a mis six ans à écrire ce livre et cela se sent.
Il a fait un travail de recherche très poussé, exploitant tour à tour toutes les pistes qui s ouvraient à lui.

Tout est parti d'une conférence qu'il devait donner à Lviv (actuellement en Ukraine, connue tour à tour sous les noms de Lemberg, Lwòw, Lvov, Lemberg à nouveau, puis Lviv) en 2010 sur les notions de génocide et de crimes contre l'humanité.
La préparant, il découvre que Raphaël Lemkin et Hersch Lauterpacht, les deux premiers à utiliser ces termes ont étudié dans cette ville, dont était originaire son grand-père, Léon Buchholz.
A Lviv, personne ne semble connaître ce fait. Une étudiante lui fait remarquer que ce serait dû à ce qu'ils étaient juifs et elle lui suggère de s'intéresser à son grand-père.
Il ne savait rien de l'histoire de celui-ci, Il l'a connu alors qu'il était établi à Paris, savait qu'il était né à Lemberg et avait étudié à Vienne mais rien d'autre : celui-ci ne racontait rien de sa jeunesse, rien de sa famille, rien de la ville où il avait vécu. « C'est compliqué, ce n'est pas important » disait-il en réponse aux questions.

Le livre retrace d'abord l'histoire de la ville de Lviv.

Le livre s'attache ensuite aux découvertes que fait Philippe Sands sur la vie de son grand-père, sur son séjour à Lemberg. Les premiers éléments proviennent de vieilles mallettes bourrées de papiers et de photos de Léon que détenait la mère de l'auteur. Au départ de ces quelques bribes du passé, Philippe Sands va s'efforcer de reconstituer l'histoire de Leon Buchhholz par des visites aux archives de Lviv, par des visites des lieux où il avait habité, ainsi que des visites à Zólkiew d'où était originaire la mère de Léon. Il reconstitue ainsi toute la famille de son grand-père. Celui-ci part à Vienne au début de la première guerre, il y exploite un commerce de liqueurs, il fera encore un dernier séjour à Lemberg en 1923.
Hitler prend le pouvoir en Allemagne, et en 1938 envahit l'Autriche. Léon obtient le droit de quitter le pays.
L'auteur reconstitue le sort de la famille de Léon, hormis son épouse et sa fille qui le rejoindront à Paris, tout le monde sera exterminé.

Philippe Sands reconstitue ensuite l'histoire de Hersch Lauterpach puis de Raphaël Lemkin dont les familles seront également décimées. Il s'attache à leurs travaux juridiques aboutissant pour Lauterpach à la création de la notion de cime contre l'humanité. Et pour Lemkin, à la notion de génocide.
Ces deux notions seront au coeur des débats lors du procès de Nuremberg.

Un chapitre important est consacré à Hans Frank, gouverneur général de la Pologne occupée et à son implication personnelle dans l'application de la solution finale.

Le livre s'attache ensuite au procès de Nuremberg et au jugement aboutissant à la pendaison de Hans Frank.

Le petit aperçu que je donne ici du livre est totalement insuffisant, chaque chapitre est en effet dense et comprend de nombreuses pages. le livre en compte près de 600.
Je crains que mon résumé puisse faire apparaître ce livre ardu et sec, ce que je ne voudrais pas que vous pensiez !
Le livre se lit avec intérêt et ne se lache pas.
L'auteur nous fait participer à ses recherches et cela donne au livre un suspense certain.
J'ai véritablement été captivé par ce récit riche à de nombreux points de vue : j'ai subjugué par la recherche méticuleuse de l'auteur parfois au départ d'indices paraissant au départ ne pouvant mener nulle part; j'ai beaucoup appris sur la ville de Lemberg, sur la distinction faite en droit entre les crimes contre l'humanité et le génocide, selon que l'on se place au niveau de l'individu ou au niveau d'un groupe.

Je le répète : Retour à Lemberg fut pour moi un livre important, et qui s'est lu avec facilité et grand plaisir.
Lisez-le !
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oran
  24 septembre 2017
Philippe Sands, né en 1960, franco-britannique , juriste international de renom, spécialisé dans la défense des droits de l'homme, intervient, notamment, auprès de la Cour internationale de Justice, de la Cour de justice des Communautés européennes…, Il s'est, notamment, investi dans les dossiers concernant l'ex-Yougoslavie, le Rwanda, le Congo, la Libye, l'Afghanistan, la Tchétchénie, l'Iran, la Syrie …
Compte tenu de son renom, il fut convié, il y a quelques années, à donner une conférence à l'université de droit de Lviv, en Ukraine. Cette ville a porté le nom de Lemberg, quand elle était autrichienne, Lvov, en polonais, Lwow, en russe. (Une ville hautement symbolique des différentes dominations et tourments qui s'en suivirent qu'elle connut tout au long des siècles)
Cette invitation va lui donner l'occasion de plonger dans le passé occulte de sa famille et de découvrir les liens étroits existant entre sa famille maternelle et plus particulièrement son grand-père Léon Buchholz, natif de Lemberg, Hersch Lauterpacht (1897-1960), professeur de droit international, originaire de Zolkiew, près de Lemberg, Raphael Lemki (1900-1959), procureur et avocat, résidant à Lemberg à partir de 1921, et Hans Frank 1900-1946), ministre du IIIème Reich, avocat préféré du chancelier. Alors qu'il est Gouverneur général de Pologne, c'est dans cette ville, alors qu'il est de passage, qu'il annonce , la mise en place de « la solution finale ».
La destinée de ces personnages s'imbrique étrangement et étroitement, et Sands va mener une longue enquête minutieuse, pour tenter de découvrir un peu plus de la vie cachée de son aïeul mais aussi de ce sombre passé où Buchholtz, comme Lauterpacht et Lemki ont perdu une grande partie de leur famille .
Son grand-père ne lui avait rien révélé de son histoire, mais petit à petit Sands va aussi découvrir et comprendre pourquoi il a choisi, peut être inconsciemment, de s'investir professionnellement dans le droit , de défendre les opprimés de la Terre.
Au cours de ses investigations, il fera la connaissance du fils du « bourreau de la Pologne » , Niklas Frank , qui avait sept ans au moment de l'exécution de son père, après le procès de Nuremberg. C'est une lecture bouleversante, un témoignage exceptionnel où se mêle l'Histoire et le Droit et qui permet de mieux appréhender les notions de « crime contre l'humanité » et « génocide ».

Le 28/09/17, La Grande Librairie a convié Philippe Sands.
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Dixie39
  23 mars 2018
Que nous ayons des droits en tant qu'individus et que ces droits ne puissent être bafoués par le gouvernement du pays où nous vivons, nous paraît aujourd'hui allant de soi. C'est l'inverse qui ne l'est pas et nous fait nous insurger, aujourd'hui, contre certains pays où dirigeants au vu de l'actualité du monde : Qui ne s'est pas inquiété pour le sort d'Asli Erdogan, citoyenne turque ? Qui ne s'est pas demandé de quelles armes juridiques la communauté internationale pouvait disposer pour régler certains conflits dans le monde impactant dramatiquement les civils, et quelles étaient leurs réelles portées ?

Et pourtant, ces droits et les revendications qui en découlent sont encore bien récents et fragiles.

Il y a encore quelques décennies, prévalait partout dans le monde l'entière souveraineté de l'État : libre d'emprisonner, tuer, discriminer ses membres, sans avoir aucun compte à rendre… Beaucoup de pays considèrent encore de nos jours que leur souveraineté est au-dessus de tout, et autant aimeraient que le droit international ne sorte pas du monde des idées.

"Avons-nous perdu le sens de l'histoire ? Les États veulent-ils vraiment "reprendre le contrôle" ? Une telle reprise du contrôle entraînerait-elle le retour du droit de traiter les citoyens, ou les étrangers, comme il leur plaît, sans qu'ils soient contraints par le droit international ou obligés par la fidélité aux engagements donnés ?"

C'est cette transition et cette lutte pour inscrire dans le droit international, la notion de crime contre l'humanité, et de façon plus difficile encore, celle de génocide, que nous raconte Philippe Sands, juriste spécialisé dans les droits de l'Homme. Là où Retour à Lemberg est original, c'est que cette trame est soutenue par le récit haletant qu'il nous fait des parcours individuels des membres de sa famille (juifs et donc soumis aux lois raciales nazies) et de la ville de Lviv, berceau de ses origines. Il nous embarque littéralement dans cette (en)quête qui va durer plus de six ans. Six années où son chemin va croiser et mettre en perspective les destins passés ou présents de gens aussi divers que Hersch Lauterpacht et Raphael Lemkin (créateurs des notions de crime contre l'humanité et de génocide), Niklas Frank (fils du gouverneur-général de la Pologne occupée qui fut un ami et fidèle d'Hitler), les accusés et témoins du procès de Nuremberg en passant par l'histoire de ses grands-parents et de sa mère, sans oublier Miss Tilney.

"Ce qui nous hante apparemment, ce ne sont pas seulement les morts, ou les vides que laissent en nous les secrets des autres, ce sont aussi leurs histoires."

De nombreuses photographies illustrent son propos et Philippe Sands nomme, date, cite, inscrivant sans relâche les événements qui font, non seulement sens, mais nous touchent profondément car l'écrire, c'est en laisser trace, ne pas permettre qu'ils s'effacent et que nous les oublions. Et le lire, c'est aussi comprendre pourquoi il n'est jamais vain de connaître nos devoirs et se battre pour nos droits, afin de ne pas un jour avoir à se battre pour nos vies...
Lien : https://page39web.wordpress...
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ChtiBaboun
  12 novembre 2017
Comme il est dit sur la couverture du livre par John le Carré , Retour à Lemberg est un livre monumental.
Quelle prouesse à réalisé Philippe Sands pour mêler son histoire personnelle à l'histoire de l'Europe Centrale entre 1930 et 1945 et en nous faisant connaitre les concepteurs du "crime contre l'humanité " et du "génocide"
Philippe Sands est un juriste et avocat international travaillant entre autre pour La Cour Pénale Internationale de la Haye.
Dans le cadre de son métier il est invité à donner une conférence à LVIV , ville de 700 000 habitants actuellement dans l'Ouest de l'Ukraine.
Cette ville de Lviv est un roman à elle toute seule.
Elle a subi tous les soubresauts qu'a vécu l'Europe Centrale entre 1880 et 1945.
Au gré des conflits et des déplacements de frontière , cette ville s'est appelé Lemberg - Lvov- Lwov ou Lviv.
Elle été polonaise - allemande- austro hongroise - russe.
Le peuple de cette ville à lui aussi subi ces soubresauts de l'histoire
Vous pouviez naître allemand , devenir russe puis polonais.
Invité à cette conférence à Lviv , Philippe Sands s'est rappelé que son grand père maternel Léon Buchholz était né à Lviv.
Voila qui lui donne envie de marcher sur place dans les pas de son grand père et de connaitre les détails de sa vie
c'est le point de départ d'un thriller historico politique à couper le souffle.

7 ans de recherche ont permis à Philippe Sands de mener une enquête remarquable mêlant sa propre histoire à celle du monde
Il découvre que les inventeurs des concepts de crime contre l'humanité et de génocide sont nés dans la région de Lviv et ont travaillé à l'université de Lviv. Peut -être ont ils côtoyé son grand père.
Il va découvrir que derrière les silences de son grand père et de sa mère Ruth , c'est toute l'histoire juive des exils ,pogroms et camps de concentration qui est tue.
Il va être face à Niklas Frank , fils du chef nazi Hans Frank chef du gouvernement général c'est à dire des régions de Pologne et de Galicie où vivait son grans père Léon Buchholz.
Il va être confronté à la réalité de ce peuple juif qui de départ en exil est la proie du Troisième Reich . Que de pages poignantes !
Cette enquête revient aussi longuement sur le procès de Nuremberg et sur les difficultés à faire valider les notions de crime contre l'humanité et génocide.
Le procès de Nuremberg reconnaîtra le crime contre l'humanité.
Pour la notion de génocide il faudra attendre des années supplémentaires.
Néanmoins Hersch Lauterpacht et Raphael Lemkin , concepteurs du crime contre l'humanité et du génocide sont aussi à leur façon les concepteurs du TPI de la HAYE et grâce à eux depuis une vingtaine d'année des états et des hommes peuvent être poursuivis pour ces 2 motifs.

Ce qui est remarquable dans ce livre , c'est l'apparente facilité pour Philippe Sands à nous transmettre ce flots d'informations
La lecture est fluide et facile.
Dès le début du livre Philippe Sands vous emmène avec lui.
Ce livre devient addictif.
Tout au long des 450 pages on ressent aussi l'humanité et l'empathie de Philippe Sands. Ceux sont des accompagnants hautement importants quand il est question de la Solution Finale et de la disparition d'un Peuple.

Un livre à lire absolument

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ivredelivres
  10 février 2018
Ceci n'est pas un roman pas plus qu'un livre facile à lire. Si comme moi vous n'avez qu'un vernis de connaissances juridiques vous aurez un petit effort à faire mais vous en serez récompensé.
Voilà un récit fascinant et surprenant.
Philippe Sands est juriste international spécialiste des Droits de l'homme et c'est dans le cadre de son travail qu'il assiste à une conférence à Lviv en Ukraine.
Lviv ou Lwów ou Lemberg, selon les différentes dénominations, dans la province de Galicie. Une de ces villes qui ont été successivement polonaises, russes, allemandes et retour dans l'autre sens. Une de ces Terres de sang dont parle Timothy Snyder. Dans cette ville une seule chose sera intangible : la ségrégation, la spoliation et le massacre des juifs.
Il découvre surtout que dans cette ville sont nés ou ont vécu, dans les années 1920/1930 son grand-père Leon Buchholz seul survivant de sa famille, Hersh Lauterpacht et Raphael Lemkin deux brillants penseurs du droit international
Trois hommes, trois juifs qui ont été mêlé chacun à leur manière à la réflexion, la rédaction et l'application de deux concepts de droit en vigueur aujourd'hui et que tout le monde connait : le Crime contre l'humanité et le Génocide.
Le livre se centre sur trois pôles :
le premier c'est une enquête familiale autour de Leon Buchholz et son épouse Rita, qui connurent les déplacements entre la pologne, l'Empire Austro-hongrois, la France, au gré des guerres et conflits, en fonction des menaces qui pesèrent sur eux et qui terminèrent leur vie à Londres.
Une photo, une adresse, un nom de rue, un bulletin scolaire, les horaires des chemins de fer : tout est bon pour creuser le passé mais en bon avocat P Sands cherche des preuves.
On retrouve ici l'émotion ressentie à la lecture des Disparus de Daniel Mendelhson.
Le second pôle est une enquête sur les deux juristes juifs d'origine qui vécurent à Lemberg et chacun de leur côté tentèrent de développer le droit international en matière de droits de l'homme : l'un milita pour la reconnaissance du concept de Crime contre l'humanité, l'autre pour la notion de Génocide
Nous voyons poindre leur vocation, leur parcours intellectuel et personnel. Raphael Lemkin et Hersch Lauterpacht, ont vécu et étudié dans la ville de Lviv et assisté à des conférences du même professeur de droit, Juliusz Makarewicz.
Deux hommes très différents, dont l'apport fut déterminant.

Philippe Sands clarifie les deux concepts du droit qui s'appuient l'un sur les droits individuels des personnes et l'autre sur le droit des communautés et des groupes. Ces notions dont aujourd'hui on admet qu'elles dépassent celle de souveraineté d'un état mais qui mirent du temps à s'imposer et qui aujourd'hui encore donnent lieu à bien des débats.
Au procès de Nuremberg américains et anglais étaient opposés à introduire la notion de génocide, peut-être en partie par crainte de se voir mis en cause dans sa politique coloniale pour la Grande Bretagne et pour son aptitude à fermer les yeux sur les pratiques du Klu Klux Klan pour l'autre.
Enfin Philippe Sands oriente son travail vers Hans Frank, le Gouverneur général de la Pologne occupée.
Hans Frank, l'amateur d'art, l'homme qui adorait la musique mais qui dit à Curzio Malaparte avec qui il s'apprête à boire un verre de vin de Bohème
« Tu peux boire sans crainte, mon cher Malaparte; Ce n'est pas du sang juif. »
Les pages sur Hans Frank sont difficiles, son fils Niklas est devenu un ami de l'auteur et est d'une sévérité absolue envers son père et sa mère qui elle aussi joua un rôle fort dans la dérive nazie de son mari.
Juriste de formation il fut à l'origine des lois qui ont institutionnalisé l'antisémitisme en Allemagne et il fut un des premiers à subir la justice pénale internationale en matière de Crime contre l'humanité.
Son procès est le point culminant du livre puisqu'il rassemble tous les protagonistes du livre.



Un livre qui m'a passionné même si il est parfois exigeant.

Sands est un important avocat des droits de l'homme, il a été impliqué dans le procès de l'extradition du dictateur chilien Augusto Pinochet par exemple. Il parvient à rendre sa recherche et son enquête très vivantes, sa verve narratrice tient le lecteur en attente d'une façon qui s'apparente à une quête policière.

A travers sa famille, Sands fait un tableau des familles juives qui à l'époque vécurent dans des pays où le danger les guettait, qui vécurent la fuite et l'expatriation forcée, les recommencements dans un nouveau pays.
Il met aussi l'accent sur ces héros anonymes, modestes, oubliés, comme Mrs Tilney qui permit à la mère de l'auteur de faire le voyage entre Vienne et Paris.
J'ai aimé le portrait de ces trois hommes (excluons Franck évidement) par forcément très sympathiques mais qui furent portés par une foi inébranlable en une certaine idée de la justice alors même qu'ils étaient dans l'ignorance de ce qui était advenu à leur famille.
Ils ont marqué de leur empreinte la législation et surtout éveillé la conscience des peuples et des dirigeants.
Un livre qui demande un peu de temps que vous ne regretterez pas.
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michdesol
  21 janvier 2018
Plus qu'une enquête ce livre est une quête formidable et émouvante.
Une quête des origines, une tentative a priori désespérée de faire sortir de l'oubli la famille de l'auteur victime du nazisme en Galicie.
On pense ici au livre de Daniel Mendelsohn, "Les disparus".
Mais, au delà de la quête, c'est aussi la réflexion d'un juriste sur la responsabilité des dirigeants. C'est sur ce point que le livre pèche un peu, perdant de sa tension, quand il s'attarde dans des bien des pages sur les fondements juridiques des termes de "crime contre l'humanité" et "génocide".
A noter l'excellente traduction d'Astrid von Busekist.
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lolols28
  03 mars 2018
Magnifique, très bien fait!! il y a de tout, entre l'histoire de la famille, ses drames et autres et l'histoire de ceux qui ont "fait l'après" nazisme, très documenté, tout en restant lisible, un grand livre
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Villebard
  24 octobre 2017
La lecture m'a rappelé le livre “Les disparus” de Mendelssohn paru il y a une dizaine d'années sur un sujet voisin, la quête des disparus dans l'Holocauste. Je crois me souvenir d'un souffle plus puissant dans “Les disparus”, peut-être à cause d'un centrage plus explicite sur la mémoire familiale.
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