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EAN : 9782070418060
464 pages
Éditeur : Gallimard (11/04/2001)
3.5/5   65 notes
Résumé :

Le roman de Boualem Sansal s'ouvre sur une grande et puissante description de la petite ville de Rouiba, non loin d'Alger. Là, comme partout en Algérie, on peut mesurer la métamorphose des villes et la métamorphose des hommes que ces trente dernières années ont transfigurés tragiquement.

Après trente ans justement, Abdallah, un modeste ouvrier agricole parti travailler en France, de retour enfin au pays, ne reconnaît plus ni la terre, ni les ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
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andman
  12 septembre 2015
Publié en 1999, “Le serment des barbares” est sans doute le livre qu’il faut avoir lu pour comprendre le degré de détresse dans lequel se trouve le peuple algérien en cette fin de siècle.
Entraînée au fil des décennies dans une spirale infernale qui l’a conduite à la guerre civile, prise entre le marteau intégriste et l’enclume d’un pouvoir corrompu, l’Algérie, malgré d’indéniables atouts économiques, n’a pas réussi à concrétiser les espoirs que laissait augurer l’indépendance de 1962.
Avec lucidité, Boualem Sansal dépeint son pays au bord du chaos où la peur semble la chose la mieux partagée. Attaché à ses racines, il s’interroge sur les conséquences sociologiques d’une arabisation forcée et d’une omniprésence du pouvoir religieux. En homme de lettres pétri de culture, il disserte avec verve sur le quotidien nauséeux de ses compatriotes victimes d’un système autoritaire gérant le pays sans réelles perspectives.
S’ils se fient à la quatrième de couverture, les amateurs de roman policier en seront pour leur frais. L’enquête poussive d’un flic désabusé sur l’assassinat à l’arme blanche d’un retraité un peu louche est certes en arrière plan du roman mais n’en constitue pas l’intérêt principal.
“Le serment des barbares” aux idées si fécondes est le premier roman de Boualem Sansal qui aujourd’hui encore vit reclus dans sa maison de Boumerdès sur la côte algérienne. Avec pour seules armes sa plume et son courage, il n’a de cesse de dénoncer l’islamisme comme le totalitarisme du 21ème siècle.
L’actualité lui donne raison. Les cohortes de réfugiés sillonnant les routes européennes ne sont-elles pas une des conséquences abominables de ce barbarisme aux multiples ramifications ?
Oui il y a urgence à prendre pleinement la mesure des écrits précurseurs et alarmistes de Boualem Sansal !

P.-S. : Boualem Sansal était l’invité d’Anne Sinclair ce matin sur Europe1 à l’occasion de la parution de son dernier livre “2084” ; voici le lien permettant de l’écouter :
http://www.europe1.fr/emissions/l-interview/boualem-sansal-linterview-integrale-2513851
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oiseaulire
  03 décembre 2020
Ce roman, à travers une enquête menée par un vieux policier proche de la retraite sur un double assassinat, nous dresse le portrait d'Alger pendant la "sale guerre" des années 1990 à 1998. Deux décennies de gestion socialiste ont appauvri le pays et démantelé les infrastructures industrielles. L'économie est exsangue : industrie sinistrée, agriculture mal gérée, la pauvreté règne en maître ainsi que la corruption et l'analphabétisme. Les hommes sont sans scrupules, brutaux et empreint d'une religiosité de surface sans relation avec une quelconque moralité ; les femmes sont asservies et maltraitées, presque animales. Les enfants errent, miséreux. L'agglomération d'Alger et ses quartiers périphériques ne sont plus qu'un terrain vague encombré de détritus et de squelettes d'usines abandonnées.
L'armée, dès le début de 1992 a mis fin au processus démocratique qui allait porter le Front Islamique du Salut au pouvoir. Ce dernier est interdit et contraint de rentrer dans une clandestinité violente qui se transforme rapidement en guerre civile. Les attentats ciblent d'abord les policiers et fonctionnaires, représentants du régime usurpateur, puis peu à peu ensanglantent toute la population civile qui subit d'effroyables pertes et une pauvreté galopante.
Le commissaire est terrassé par le chagrin de voir son pays mis en coupe réglée par des militaires et des religieux sans scrupules et adeptes des pratiques mafieuses les plus sordides. Il subit la pression de ses supérieurs désireux de clore l'enquête au plus vite : le FIS, ou n'importe laquelle des autres organisations terroristes qui pullulent sur le territoire, est un coupable tout désigné ; et comme ce coupable-là ne craint pas la mort, il est difficile à appréhender : inutile donc de s'attarder dans des recherches qui pourraient s'avérer dangereuses.
Malgré les mises en garde de sa hiérarchie, notre enquêteur s'entête à poursuivre des investigations qui le mènent à un cimetière chrétien, où il note de bien étranges allées et venues. Que va-t-il découvrir ?
Ce roman est servi par une écriture riche, trépidante dont le style s'apparente au réalisme hystérique. Il n'est pas toujours de lecture aisée. Ce qui le caractérise c'est l'apparente jubilation avec laquelle Boualem Sansal dépeint cette traversée des horreurs, qu'il a connue et qu'il a choisi de rendre truculente pour la tenir à distance, tant on devine qu'il partage le désenchantement du policier enquêteur.
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JeanPierreV
  18 février 2015
Le roman d'un écorché vif
Un vieux flic algérois à quelques mois de la retraite enquête sur un double assassinat à Alger. Un homme riche a été sauvagement exécuté de plusieurs balles tirées dans les jambes, de 2 balles dans la tête et de 2 coups de poignard au coeur. Un vieil homme, ancien ouvrier agricole, ayant émigré en France et revenu au pays, a été égorgé dans sa masure pendant son sommeil.
Il n'y a pas de lien apparent entre ces 2 affaires
Sur fonds de roman policier Boualem Sansal dresse un réquisitoire contre l'Algérie, son histoire. La corruption de l'Etat, des élites, l'islamisme partout présent, la détresse des algériens, les relations troubles entre les dirigeants et les assassins islamistes…..
Chaque chapitre, chaque point de son enquête permet d'aborder un aspect de cette décadence : le secteur du bâtiment, les hôpitaux, ("L'hôpital de Rouiba n'est pas seulement une usine en faillite, un lupanar clandestin, un marché noir. C'est un merdier pour les vivants qui s'y aventurent et le plus malencontreux des enfers pour qui y trépasse. La santé n'a pas sa place dans cet enfer.") mais aussi la police, la place donnée aux femmes… toute la société est malade, gangrénée par l'islamisme : "Ils ont toujours un verset pour justifier la dictature"
Le dégout de l'auteur s'exprime au travers de mots et de phrases, précises, trop précises parfois jusqu'à la nausée.
Il creuse, creuse dans la boue, la fange, sans trouver la fin
Un énorme travail d'écriture qui très vite fait passer le coté policier du livre au second plan, ce coté policier est un prétexte pour dénoncer les turpitudes, la noirceur de l'Algérie. Tout est noir et corrompu, rien ne trouve grâce aux yeux de l'auteur.
On ressent l'amour de l'auteur pour son pays, son désespoir devant sa situation actuelle née d'un long passé, celui de la colonisation, de la politique de la France lors de la décolonisation, de la terreur engendrée par l'islamisme et l'Islam qui gangrènent l'Algérie.
Mais parfois cette longueur dans les descriptions, cette noirceur devient lassante, On a l'impression que rien ne pouvait arrêter sa rage, sa hargne
J'avais aimé Boualem Sansal dans "Le Village de l'Allemand" et je me faisais une joie de le retrouver; Je n'ai pas retrouvé tout ce plaisir ….sans doute du fait de la noirceur toujours présente, de descriptions trop longues et parfois un peu obscures.
Mais je ne regrette pas la découverte de cet autre aspect de cet auteur censuré dans son pays l'Algérie ….on comprend pourquoi.
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fanfan50
  13 avril 2016
C'est le premier livre que Boualem Sansal a écrit et édité et pour moi, c'est presque une déception ! J'aurais dû le lire en premier car il est pâle à côté de son dernier paru 2084 ou le Village de l'Allemand.
L'auteur y décrit à la perfection les rouages de l'administration de son pays, la transformation de son village paisible, Rouiba, en un lieu ingrat plein de constructions inachevées... et sa description de l'hôpital et de ceux qui y vivent ou y meurent est atroce de réalisme.
Son étude du cimetière chrétien d'Alger est aussi très réaliste - "pour les rapatriés, il est au coeur de leur mémoire" et ils aimeraient qu'il soit bien entretenu, ce qui n'est pas vraiment le cas.
J'ai eu du mal à suivre le flic dans ses pérégrinations car c'est noyé dans un discours phraseux mais bon, j'ai quand même réussi en lisant très en diagonale.
Je peux vraiment affirmer que cela n'a rien d'un polar et c'est plutôt une critique assez forte du régime, du pays, de ses habitants...
C'est un gros livre mais il aurait dû être relu, et corrigé, allégé de tout ce verbiage, ou alors c'est ce qui fait son charme à la manière de James Joyce quand il écrivit Ulysse.
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charlottelit
  24 mars 2013
éloges mérités pour un livre magnifique et une langue poétique et ciselée ; vocabulaire très riche ; ce peuple est trompé, affamé, spolié comme bien d'autres hélas
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
fanfan50fanfan50   13 avril 2016
Connais-tu l'histoire de ce sultan qui un jour décida d'aller voir ce qui se passait dans son royaume ? La nuit tombée, il se déguisa en mendiant et vint s'asseoir au coin d'une rue. Quel ne fut pas son étonnement lorsqu'il vit ses sujets circuler à tâtons alors que tous portaient une lampe... éteinte ! Le lendemain, il convoqua son vizir et lui demanda l'explication de cette nouvelle coutume. Le vizir répondit sans rougir : "ô maître adulé, depuis longtemps l'huile se fait rare, aussi les gens n'en usent-ils qu'avec parcimonie, ce qui est une bonne chose". Peu satisfait de cette révélation, le sultan fit secrètement appeler un sujet et lui posa la question en ajoutant que s'il lui venait à l'esprit de mentir, il aurait la tête tranchée. L'homme avoua : "ô suprême majesté aimée d'Allah, il est vrai que l'obscurité de la nuit est grande et ta lumière aveuglante mais si nous n'allumons pas nos fanaux de route pour rejoindre nos demeures c'est pour ne pas voir ce qui, à la faveur de la nuit, se passe dans ton royaume." Le sultan apprit que dans ses terres sévissaient les quarante maux du monde, mais ce qui le désola à pleurer des larmes de sang c'est que les gens qui subissaient cette déchéance préféraient ne pas la voir plutôt que de la regarder et d'agir pour la faire disparaître. Lorsqu'un royaume est pourri, ses sujets ne le sont jamais moins. Les gens sont ainsi, mon ami ; quand ils savent, ils se taisent. Ils ne parlent que pour applaudir. Quand on ne connaît pas sa situation ou qu'on refuse de la regarder, où peut-on trouver la force de la corriger ? Quand on a accepte le mensonge pour vérité, ne sommes-nous pas déjà morts ? N'est-ce pas ce qui nous arrive ?
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haiterhaiter   07 mars 2013
«Tout est douteux à Rouiba, son opulence autant que sa prétention d'être le poumon économique de la capitale. L'agriculture est un vice qui n'a plus de troupes. L'industrie bricole dans le vacarme et la gabegie. Les rapports d'experts le proclament ; mais qui les lit ? Le commerce est mort de mort violente, les mercantis lui ont ôté jusqu'à la patente. À ceux qui s'en inquiètent, des nostalgiques de la mamelle socialiste ou des sans-le-sou, les bazaris jurent que c'est l'économie de marché et que ça a du bon. Leurs complices du gouvernement, qui ont fini de chanter la dictature du prolétariat, apportent de l'eau à leur moulin en discourant jusqu'à se ruiner le gosier. Et si le Coran, le règlement et la pommade sont de la conversation, ce n'est pour ces camelotiers ruisselant de bagou qu'artifices pour emmancher le pigeon et boire son jus. Soyons justes, on ne saurait être commerçant florissant et se tenir éloigné de l'infamie ; l'environnement est mafieux, le mal contagieux ; un saint troquerait son auréole pour un étal [...] Les rapports avaient prévu la dérive ; mais qui les a lus ?
Ainsi était Rouiba ; il y a peu.»
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oiseaulireoiseaulire   10 novembre 2020
Des chiens efflanqués, inquiétants avec leur pelage en forme de balai usé, jouent aux terroristes ; (...) pour un rien, ces bâtards font un raffut de tous les diables et ne savent plus réfréner leur passion ; la nuit, la monotonie de leur concert présente le travers d'aggraver le sommeil de l'habitant et d'attirer les mauvais garçons qui voient dans leur manie la découverte d'une couverture. Des chats gras et soyeux les ignorent sans cacher leur mépris. Ils trônent sur des montagnes de caisses distraites des entrepôts de l'Etat ; elles attendent, sous une bâche vermineuse, que la pénurie courant sème la panique dans les souks pour aller s'y déverser et rafler le bonus.
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fanfan50fanfan50   13 avril 2016
Le cimetière connut des périodes fastes et des périodes noires. La chose se décidait à Alger et à Paris, selon que les négociateurs s'entendaient ou pas sur le traitement des contentieux opposant les deux pays depuis les accords d'Evian. Pour un contrat, c'était un piège en bonne et due forme ; trente années après le divorce, nous voilà ruinés et avec plus de nostalgiques que le pays ne comptait d'habitants et plus de rappetout qu'il n'abritait de colons. Celui de l'entretien des cimetières chrétiens en Algérie, peu connu du public, n'en est pas le moins important. Pour les rapatriés, il est au coeur de leur mémoire. Ainsi, tour à tour, ces lieux furent-ils délaissés, saccagés, souillés, squattés, puis, sur un ordre d'Alger, vidés, nettoyés, restaurés, et régulièrement inspectés.
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JeanPierreVJeanPierreV   18 février 2015
La tournure d'esprit du musulman overdosé est de se croire indispensable et de plus, comptable agréé par le Créateur de ce qui vit et périt ici bas. C'est une vie énigmatique, et dangereuse pour le passant qui ne fait que passer dans la vie. A ces gens il manque un boulon et c'est dans les ossements qu'ils le cherchent. Ils regardent la vie comme un dû à la mort et en Dieu ils voient un liquidateur de comptes (P. 24)
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Videos de Boualem Sansal (61) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Boualem Sansal
Reconnaissable au premier coup d??il grâce à son immense baobab coloré, le salon africain vous fait découvrir la richesse de la littérature du continent noir en mêlant des auteurs encore méconnus à des écrivains réputés. Et c?est également au salon africain qu?a lieu chaque année la remise du prix Ahmadou Kourouma.
Autour du thème « Les chercheurs d?Afriques », les romanciers et essayistes invités reviennent sur les blessures du continent, mais aussi sur ses gloires, sa grandeur et ses aspirations.
Outre les hôtes vedettes de cette édition 2019, Maryse Condé, Prix Nobel « alternatif » 2018 et le rappeur Abd al Malik qui présente son livre/album le jeune Noir à l?épée (Présence africaine/Musée d?Orsay/Flammarion) inspiré de l?exposition du Musée d?Orsay « le modèle noir de Géricault à Matisse », sont annoncés Abubakar Adam Ibrahim, Eugène Ebodé, Mia Couto, Françoise Vergès, Adame Ba Konaré, Elizabeth Tchoungui, Boualem Sansal, Beyrouk, Clemente Bicocchi, Jean Bofane, Tania de Montaigne, Armand Gauz, Ndèye Fatou Kane, Henri Lopes ou Bessora.
Plus d'infos sur https://salondulivre.ch
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