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ISBN : 2070786854
Éditeur : Gallimard (03/01/2008)

Note moyenne : 4.08/5 (sur 349 notes)
Résumé :
Les narrateurs sont deux frères nés de mère algérienne et de père allemand.

Ils ont été élevés par un vieil oncle immigré dans une cité de la banlieue parisienne, tandis que leurs parents restaient dans leur village d'Aïn Deb, près de Sétif. En 1994, le GIA massacre une partie de la population du bourg. Pour les deux fils, le deuil va se doubler d'une douleur bien plus atroce : la révélation de ce que fut leur père, cet Allemand qui jouissait du titre... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (81) Voir plus Ajouter une critique
andman
  29 août 2015
Parlant de l'Holocauste le philosophe Emmanuel Levinas a eu un jour cette phrase remarquable : “La disproportion entre la souffrance et toute théodicée se montra à Auschwitz avec une clarté qui crève les yeux”.
Depuis soixante-dix ans, beaucoup d'écrivains ont exprimé leur ressenti sur les camps de la mort. Ainsi le témoignage bouleversant de l'italien Primo Levi sur le quotidien du plus grand camp de concentration et d'extermination nazi a mis en évidence le degré de folie du Troisième Reich, “la Solution finale” élaborée dans le plus grand secret surpassant en horreur tout ce qu'on pouvait imaginer à l'époque.
Lorsqu'il se lance dans la rédaction du roman “Le village de l'Allemand”, Boualem Sansal a certainement à l'esprit l'envie d'apporter, comme ses illustres aînés, sa pierre à l'édifice du devoir de mémoire, l'envie que d'une génération à l'autre jamais on n'oublie ce que fut la Shoah.
L'écrivain algérien n'a pas choisi par hasard d'insérer au cœur de son roman le magnifique poème de Primo Levi “Si c'est un homme” et d'y ajouter des vers de sa composition. Comme dans une course de relais, ce poème sert en quelque sorte de témoin entre le miraculé d'Auschwitz et l'auteur contemporain, tous deux pareillement horrifiés et fascinés par la logistique de la formidable organisation militaro-industrielle nazie.
Si “Le village de l'Allemand” traite longuement de cet univers concentrationnaire, il souligne aussi avec force l'émergence depuis vingt-cinq ans d'une nouvelle forme de barbarie : l'intégrisme islamique qui ne cesse de prendre de l'ampleur en Afrique du Nord mais aussi dans les banlieues des villes européennes.
L'assassinat par le GIA, le 24 avril 1994, de bon nombre des habitants d'un petit village algérien est l'événement qui dans le roman sert de lien entre ces deux totalitarismes ; parmi les victimes figure en effet un ancien ingénieur chimiste promu capitaine dans la Waffen-SS et passé en 1945 au travers les mailles du filet tendu par les alliés. Depuis plus de trente ans, Hans Schiller y vivait paisiblement sous un nom d'emprunt aux côtés de son épouse.
“Le village de l'Allemand” est un roman à deux voix dans lequel le lecteur découvre alternativement le journal de Rachel et de Malrich Schiller qui depuis leur adolescence habitent en banlieue parisienne dans la proche famille.
Comment vivre normalement, comment vivre tout court, lorsque l'on apprend par le plus grand des hasards que son père manipulait à Auschwitz le fameux Zyklon B, le gaz que des millions de juifs inhalèrent ?
En prise avec l'Histoire, ce roman de Boualem Sansal publié en 2008, par sa construction et par la gravité des thèmes abordés, ne laisse aucun répit au lecteur. L'auteur rappelle avec courage que la bête immonde toujours feint le sommeil aux portes des démocraties, sans cesse à l'affût de la moindre brèche par laquelle s'engouffrer. Puissent ces dernières ne jamais baisser la garde !


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Eve-Yeshe
  01 décembre 2015
Il m'est très difficile de parler de ce livre. Je l'ai terminé, il y a plus d'une semaine et c'est une claque. J'ai presque peur de l'abîmer en en parlant… J'en étais environ, aux deux tiers quand les attentats de Paris ont eu lieu et j'ai eu besoin de faire une pause, car la sidération m'empêchait de lire, de me concentrer. Il y a un avant et un après.
J'ai beaucoup aimé l'histoire de ces deux frères issus d'un curieux mélange, un père Allemand, une mère Algérienne. Comment une vie (des vies en l'occurrence) peut basculer quand Rachel, en se rendant à Aïn Deb pour se recueillir sur la tombe de ses parents, découvre qu'ils figurent « sur la liste sous des noms différents, quoique conformes à la réalité ? Majdali est bien le nom de jeune fille de ma mère et Hassan le prénom que mon père s'était donné en se convertissant à l'Islam. Pourquoi son nom a-t-til été remplacé par son prénom ? En fait tout simplement, pourquoi le nom Schiller n'apparaît-il pas ? » .
On leur a enlevé leur identité, comme s'il n'y avait plus de traces de leur passage et il va découvrir que son père était en fait un monstre.
Ce livre est bien construit, l'auteur alternant le journal de Malrich et celui de Rachel, et l'hommage bouleversant rendu, au passage, à Primo Levi dont l'auteur cite un extrait de « si c'est un homme » complété par quelques vers rajoutés par Rachel. P 78-79
Tout m'a plu, l'histoire, l'Histoire et la façon dont Boualem Sansal, sa perception de l'horreur du nazisme, la comparaison avec le terrorisme en Algérie, fin des années quatre-vingt : comment un pays sous le joug d'une dictature communiste, athée par définition, a pu devenir islamisée en voulant ouvrir des mosquées pour un retour aux sources de la culture du pays est passée sous la coupe des islamistes. On peut parler de peste brune, (les chemises brunes des SS) et de peste verte, comme la couleur de l'Islam transformé en islamisme. Il n'est pas question dans le livre d'une peste rouge (la dictature communiste qui a précédé est déjà plus loin)
Comment réagit-on quand on apprend que son père était un Waffen SS qui a participé à l'élaboration du Zyclon B, à l'organisation de la Shoah, et qu'il a réussi à s'enfuir, via les réseaux habituels pour les criminels de guerre et , via l'Egypte, se retrouver dans les rangs du FLN, (ses talents sont utilisés comme ceux de Barbie et autres comparses dans les dictatures d'Amérique latine) et à vivre avec cela sans culpabilité. Les fautes du père, la culpabilité vont s'effondrer sur Rachel, qui va étudier tout ce qu'il pourra trouver sur cette période de l'Histoire, revenir sur les lieux pour comprendre…
Comment vivre quand on est le fils d'un « bourreau » ? Peut-on même survivre ? En fait, on sait dès la première phrase que Rachel est mort, et que Malrich reconstruit la quête.
Ce livre pose la question de l'identité car les deux frères se retrouvent entre deux cultures, mais pour Malrich, on pourrait presque parler d'une prise de conscience de qui il est réellement, et on le voit progresser, grandir, se documenter aussi, lire comme son frère, alors qu'il était en échec et que la vie glissait sur lui… Il fait le lien entre peste brune et peste verte, de façon lucide car l'assassinat de Nadia sous la houlette d'un Imam intégriste lui a déjà ouvert les yeux. Sa vie va prendre un sens…
Je pars un peu dans tous les sens en rédigeant ma critique, car l'émotion est toujours là, en le feuilletant pour relever des extraits à partager…
C'est le premier roman de Boualem Sansal que je lis et je sais que je vais tout dévorer. « 2084 » est dans ma liste depuis sa sortie, mais maintenant j'ai peur de le lire, car je suis pessimiste de nature, dit mon entourage, réaliste selon ma propre analyse et je redoute justement le scénario qu'il y décrit…
Il faut lire ce livre, il est extraordinaire, bouleversant ...
Coup de coeur donc.
Note : 9,5/10

Lien : http://eveyeshe.canalblog.co..
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enjie77
  01 novembre 2018
« Mon Dieu, qui me dira qui est mon père !»
Ce roman superbe est un cri de détresse et en même temps il alerte, il dénonce avec force, la haine, le fanatisme, les atrocités, les mécanismes de destruction, qu'engendre toute idéologie qui prend parfois l'apparence d'une religion et qui puise sa légitimité dans la haine de l'autre, la manipulation psychologique. Il conçoit ainsi une fiction qui relie trois évènements dramatiques, la Shoah dont on ne parle pas en Algérie, les massacres perpétrés par le GIA et la main mise des fondamentalistes sur certaines cités des banlieues.
La fiction s'articule autour des deux journaux intimes écrits par deux frères de père allemand et de mère algérienne qui sont restés au pays, l'Algérie, confiant leurs fils à des parents dans l'espoir qu'ils puissent poursuivre leurs études.
Il y a l'aîné, Rachel : contraction de Rachid, Helmut et le second, Malrich : contraction de Malek, Ulrich. Deux frères bien différents, l'un ingénieur, marié à Ophélie, totalement vampirisé par son travail dans une multinationale et l'autre, gosse d'une cité sensible de la banlieue parisienne qui traîne avec les copains.
Tout commence le lundi 25 avril 1994 à 20 heures au journal télévisé :
« Une nouvelle tuerie en Algérie ! Hier soir, un groupe armé a investi un village ayant pour nom Aïn Deb et passé tous ses habitants au fil du couteau. Selon la télévision algérienne, cet énième massacre est encore l'oeuvre des islamistes du GIA…. ».
Rachel ne s'est jamais senti concerné par l'Algérie mais il décide de partir pour se recueillir sur la tombe de ses parents. A Aïn Deb, il retrouve la maison familiale dans laquelle, il découvre une malle et en ouvrant celle-ci, pour son plus grand malheur, c'est la boite de Pandore qu'il ouvre !
Rachel découvre le passé de son père, ingénieur comme lui, nazi convaincu, qui a conservé fièrement son livret militaire, ses médailles. Son père qui bénéficiait du titre honorifique au sein de son village de "moudjahid" était un bourreau qui avait mis ses capacités au service du IIIème Reich.
Alors commence une descente aux enfers qui va le mener de Sétif à Auschwitz aidé en cela par le livret militaire de son père. Revenu d'Auschwitz, Rachel se suicidera en pyjama rayé, tondu, gazé par sa voiture. Hanté par cette question « Sommes-nous comptables des crimes de nos pères, des crimes de nos frères et de nos enfants ? le drame est que nous sommes sur une ligne continue, on ne peut en sortir sans la rompre et disparaître » (page 54).
La lettre par laquelle, il transmet son journal intime à Malrich, est d'une telle force dramatique mais aussi d'une grande beauté dans sa rédaction qu'il me semble n'avoir jamais lu des pages aussi poignantes. A travers cette lecture, on ressent le questionnement obsessionnel de Boualem sur l'être humain et sur la Shoah.
« Ma mort ne répare rien, elle est un geste d'amour ».
Ce roman est remarquable et notable dans sa construction. Deux livres cette année auront retenu mon attention par une construction hors des sentiers battus c'est « Retour à Lamberg » et celui-ci.
Cette fiction à caractère historique, philosophique, initiatique est inspirée d' une histoire vraie. C'est au cours d'un déplacement professionnel qu'un village attire l'attention de Boualem Sansal par son aspect propre, ordonné. En posant des questions, il apprend que ce village est appelé « le village de l'allemand », qu'il a été dirigé par un ancien nazi, exfiltré à la fin de la seconde guerre mondiale en Egypte puis mandaté par l'Algérie pour former des militaires au sein de l'Armée Nationale de Libération. A l'Indépendance, il obtient la nationalité algérienne et se convertit à l islam.
Boualem a une plume qui transperce le coeur tant l'évocation est puissante, son écriture est précise, limpide, son vocabulaire est foisonnant, profond, un vrai travail d'orfèvre. Dans le journal de Rachel il donne toute sa puissance et là, je me suis trouvée totalement fascinée par le style, je découvrais un grand écrivain, en même temps, je sombrais avec Rachel, je me suis immergée dans la névrose de Rachel, quelle détresse mais heureusement, la voix de Malrich avec son français imparfait venait trancher le lien qui me retenait à Rachel.
Doit-on tout dire à ses enfants ? Boualem est comme Stefan Zweig, on plonge dans les méandres de la psyché humaine.
Il y a un passage ou Rachel, arrivé à l'école d'ingénieur de son père à Francfort, envisage la façon dont les chimistes ont élaboré le Zyclon B. L'écriture se fait chirurgicale, froide, pour mieux dénoncer l'industrialisation du génocide. Elle est effrayante mais toujours percutante, d'une efficacité redoutable.
Le portrait de chaque frère est très bien dessiné avec ses complémentarités. de cette atroce révélation, l'un sombrera, portant sur ses épaules tous les crimes de son père, alors que l'autre en fera une quête de Vérité, bien décidé à témoigner. le témoignage de Rachel sauve Malrich : lui qui a failli sombrer dans la haine, endoctriné par des fondamentalistes, comprend alors ce à quoi il échappe en reprenant l'enquête de son frère, il ouvre les yeux sur tout ce qui enferme.
Cette lecture m'a ébranlée à la fois par son sujet, par la douleur qui émane des écrits de Rachel mais aussi par la découverte d'un auteur doté d'un immense talent et d'un immense courage. Monsieur Boualem Sansal, je suis admirative, vous avez le don d'écrire.
En écrivant ce commentaire, je pense à Asia Bibi. J'aimerais tellement que la France lui ouvre les bras mais je pense aussi au courage de ces trois juges de la Cour Suprême du Pakistan qui maintenant sont sous le coup d'une fatwa.
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Nastie92
  02 février 2015
Dans ce court roman, Boualem Sansal aborde de nombreux thèmes (le fanatisme, la culpabilité, la lâcheté, la responsabilité...) et ne mâche pas ses mots. Il nous bouscule, nous interpelle, nous surprend et nous pousse à réfléchir.
Ce que j'ai particulièrement aimé, et qui donne une force accrue au récit, c'est le contraste entre un fond oppressant et une forme lumineuse à travers la prose magnifique de l'auteur. Boualem Sansal nous offre des phrases et des paragraphes entiers totalement bouleversants à la fois par leur style et leur contenu. Du grand art.
Les deux frères dont on suit les récits alternés ont des histoires et des caractères bien différents, et l'auteur réussit parfaitement à les distinguer et à les faire s'exprimer chacun à sa façon. On se glisse tour à tour dans leurs pensées, on s'interroge, on vibre, on vit.
Créer un parallèle entre le nazisme et l'islamisme est plutôt audacieux, surtout de la part d'un écrivain algérien dont le livre n'a pas dû plaire à tout le monde. Son texte, datant de 2008, est courageux, et les événements de janvier 2015 lui donnent hélas une nouvelle légitimité.
Boualem Sansal écrit en en-tête : "... il y a des parallèles dangereux qui pourraient me valoir des ennuis. Je m'en fiche, ce que j'avais à dire, je l'ai dit, point, et je signe : Malrich Schiller", mais ces mots qu'il met sous la plume de son personnage ne sont-ils pas tout simplement de lui ?
Suivez la quête de la vérité menée par les frères Schiller, elle est bouleversante, et vous serez emportés comme je l'ai été par ce roman magnifique, riche par les thèmes abordés et les interrogations qu'il soulève.
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latina
  14 mars 2015
Une douleur atroce coule coule coule le long des pages du journal de Rachel, l'ainé des frères Schiller.
Un étonnement effroyable, une colère immense, une peur terrible explosent des pages du journal de Marlrich, le cadet des frères Schiller.
C'est qu'ils viennent d'apprendre une nouvelle qui perturbe leur vie : leur père, Hans Schiller, marié à une Algérienne, était un nazi spécialiste en chimie, donc...vous avez compris. le rendement dans la destruction, la rigueur dans l'inhumanité etc. Inutile d'expliquer.
Et Rachel n'en peut plus de se sentir le fils d'un homme mauvais, qui n'a jamais jamais manifesté de regret. « Ce qui fait mal, ce qui rend dingue, c'est ce silence obsédant, ce brouillard qui m'étouffe aujourd'hui ». Rachel n'en peut plus, et se suicide. « le Mal l'a fasciné, l'a retourné contre lui-même. », dit son frère qui essaye de comprendre.
Rachel s'est détruit lentement, s'est délité, a quitté sa femme et son métier, en allant sur les pas de son père : il le suit, à 40 ans de distance, en Allemagne, en Egypte, et finalement en Algérie, où il a terminé sa vie en compagnie de sa mère, aimé et respecté par tous, et puis égorgé par les islamistes avec tous ceux de leur village. Et Rachel n'a qu'une solution pour demander pardon à toutes les victimes de son père : mourir comme elles.
Et puis il y a Malrich, jeune arabe des cités, plein de vie et de tchatche, qui se plonge dans le journal de son frère après sa mort symbolique. Malrich écarquillé par l'effroi. Malrich révolté. Malrich talonné par les islamistes de sa cité, qui voudrait être libre. « Quand je vois ce que les islamistes font chez nous et ailleurs, je me dis qu'ils dépasseront les nazis si un jour ils ont le pouvoir. Ils sont trop pleins de haine et de prétention pour se contenter de nous gazer. »
Pourquoi pourquoi pourquoi le Mal ? Comment vivre avec ça ? Comment encore espérer ?
Les 2 frères Schiller, par leur humanité, atteignent le sublime.
Chaque mot de ce roman, pensé, pesé, s'est enfoncé en moi et a imprimé sa marque.
Une douleur infinie, une peur féroce, un étonnement monstrueux...
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Citations et extraits (83) Voir plus Ajouter une citation
clodermerclodermer   18 février 2019
Ainsi vont les grandes calamités, ça couve dans les entrailles de la terre, un jour ça se fissure dans un coin, un soir ça grince quelque part dans l'édifice, on soupçonne une possible ruine, on commence à croire que ça peut sauter d'un moment à l'autre, et le temps de se donner une raison d'espérer, tout à coup, patatras, tout est à terre. Et une immense colonne de douleur monte vers le ciel.
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clodermerclodermer   18 février 2019
Chacun se disait en lui-même : C'est ainsi, nous n'y pouvons rien. Et tous, en silence, déjà soulagés, nous avons vu nos compagnons remonter dans le camion et partir vers l'inconnu. Je lui ai dit en hoquetant : Mimed, ce n'est pas le mektoub, c'est nous le problème.
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enjie77enjie77   30 octobre 2018
Ainsi vont les grandes calamités, ça couve dans les entrailles de la terre, un jour ça se fissure dans un coin, un soir ça grince quelque part dans l'édifice, on soupçonne une possible ruine, on commence à croire que ça peut sauter d'un moment à l'autre, et le temps de se donner une raison d'espérer, tout à coup, patatras, tout est à terre Et une immense colonne de douleur monte vers le ciel. Puis tombe le silence et quelque chose qui ressemble à un vide colossal. On est hébété, écrasé, éreinté, amputé de sa dignité, puis on sombre dans la prostration, dans l'autisme, plus près que jamais de la fin. J'en étais là et même plus loin, dans la noirceurs absolue, le 9 de l'échelle de Richter et pour autant que l'on voit quoi que ce soit dans les grands abîmes, j'étais seul. Seul comme personne au monde. Dans les moments de lucidité, je me disais que mon tourment venait de ce que j'étais un drôle de rêveur, un pauvre débile arrivé dans un monde de cauchemars renouvelés, avec l'idée d'une vie simple, élégante, perpétuelle. Mais le plus souvent, à l'instar de ce cher Adolphe devant son absinthe mortifère, je ne me disais rien, le rêve, la vie, l'harmonie, la simplicité étaient des mots qui n'avaient pas de sens pour moi. Avais je le droit de les utiliser sachant combien mon père les avait bafoués? Ma position est étrange. J'étais dans la peau et le quotidien squelettique d'un déporté qui attend la fin et j'étais dans la peau de mon père, jaloux de son sacerdoce, qui apporte la fin. Les deux extrêmes étaient réunis en moi pour le pire. Comme les mâchoires d'un étau fermé.


Page 147 (La plume de Boualem démontant les mécanismes psychologiques du fils de l'allemand. Percutant!)
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Nastie92Nastie92   18 mai 2015
D'une manière générale, je fatigue avec ces peuples qui se veulent à la hauteur de leur réputation. L'Italien se montre exubérant et insiste alors qu'on ne lui demande rien, l'Espagnol s'oblige à monter sur ses ergots seulement parce qu'on lui demande des nouvelles de sa soeur, le Polonais s'en jette six de plus quand on lui crie stop, l'Arabe se cabre et tire le sabre alors qu'on le félicite pour sa sobriété légendaire, et que dire de l'Anglais qui se drape dans le flegme quand on lui signale que ses vêtements ont pris feu. Les Algériens dont je suis pour moitié me chagrinent avec leur façon de se poser en rois de l'hospitalité alors qu'ils ont fait de leur beau pays le plus inhospitalier du monde et de leur administration la plus repoussante qui soit sous le soleil de Satan. Quant à nous, les Français, n'en parlons pas, nous sommes tout à la fois. C'est notre côté universaliste, si je puis dire.
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Nastie92Nastie92   02 février 2015
Après le boulot, je suis passé à la librairie. Un livre à récupérer. [...] Le libraire avec lequel je partage des atomes crochus, me le tendit avec une petite malice dans l'oeil : "C'était le livre par lequel il fallait commencer vos recherches", m'a-t-il dit. C'était vrai. Je n'y avais pas pensé. Pressé que j'étais par l'horreur, j'ai commencé par la fin, le procès de Nuremberg, et de fil en aiguille je suis remonté aux origines, la recherche des criminels de guerre, la découverte des camps, le débarquement, la guerre elle-même, la crise politique, etc. Jusqu'à l'origine. Et l'origine était bien ce livre. Lorsque, quinze jours auparavant, je l'avais demandé au libraire, il avait secoué la tête et m'avait dit : "Mmm ! Difficile à trouver, il est interdit. Je vais essayer, sinon, il faudra voir avec les bouquinistes... je vous donnerai des adresses." Finalement, il l'a déniché, ce livre par lequel le plus grand drame du monde s'est abattu sur nous. Sur moi. Mein Kampf.
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Raconter l'histoire Ma tasse de T : interview de Boualem Sansal pour son roman le train d'Erlingen ou La métamorphose de Dieu.
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