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EAN : SIE320415_269
Mons, Editions du Cerisier (30/11/-1)
4/5   10 notes
Résumé :
Préface de Tony Boriello - Prix Charles Plisnier 1987

Les noces truculentes de deux cultures dans un langage libérateur. Avec la romance napolitaine dans la grisaille du coron et les odeurs d’olive, d’ail et de tomate qui s’attardent sur le terril quand le soleil veut bien s’y accrocher.
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
petronie
  07 novembre 2013
L'arrivée des italiens en Belgique, fin des années 50. L'histoire véridique est vécue et racontée par un petit garçon italien. C'est parfois à mourir de rire et parfois à grincer des dents. Ce livre me touche particulièrement parce que je suis italienne et je vis près de la région où se déroule l'histoire.
On retrouve la cantine des italiens, on se souvient du langage italo-belge inventé par les enfants belges et italiens, des disputes entre les italiens de différentes régions d'Italie, des enfants qui détruisent en 1 minute le travail d'un vieil italien qui se cassait le dos à faire pousser des légumes sur les terrils.
Il s'agit néanmoins du drame de l'émigration. Et l'histoire pourrait être la même actuellement pour les slaves, trucs et autres étrangers qui changent de pays par la force des choses.
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paulotlet
  15 juin 2011
Girolamo Santocono est né à Morlanwelz, une cité minière du Hainaut, en Belgique. Ses parents sont arrivés d'Italie en 1946 suite à l'accord belgo-italien qui devait servir à importer de la main d'oeuvre pour les mines de charbons. Paysans pauvres de Sicile, les nouveaux arrivants ne se doutaient pas de ce qui les attendait. Logements minables dans des baraquements construits par les Allemands pour les prisonniers de guerre, travail éprouvant, accueil méfiant; rien ne leur fut épargné.
En 1985, Santocono animait une émission sur une radio locale, Radio Canal du Centre. Il racontait avec beaucoup d'humour et de tendresse son enfance à l'ombre des terrils et les relations difficiles avec les Belges. Cette chronique a eu tellement de succès qu'elle est devenue un livre, souvent réédité depuis.
Loin du régionalisme étriqué, l'ouvrage de Santocono propose, à travers des anecdotes souvent drôles, une réflexion sur le racisme et sur notre rapport à l'autre. On est frappé de lire que de nombreux préjugés dont sont aujourd'hui victimes les population d'Afrique du Nord ont été véhiculés à propos des Italiens il y a quarante ans.
Aujourd'hui, le Centre est passé à autre chose, les mines ont fermé, les enfants de ces mineurs sont députés, ministres, organisateurs de spectacles, fonctionnaires ou entrepreneurs.
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carnetdelecture
  22 avril 2014
Rue des italiens nous plonge donc au coeur de la Belgique des années 50 sous l'angle de vue italien puisque le narrateur n'est autre que le fils d'un mineur, que nous suivrons tout au long de son enfance.
L'écriture est proche du langage oral et donne l'impression qu'un ami nous raconte l'histoire de sa famille en toute simplicité mais en maniant parfaitement l'humour et la dérision. Et si le roman est basé sur le discours d'un enfant, le regard du sociologue n'est jamais très loin et l'auteur décortique certains phénomènes ou comportements (racisme, discrimination…) en tentant de leur donner une signification, en référence à l'Histoire ou aux personnages importants de l'époque. D'ailleurs, et c'est ce qui fait aussi l'intérêt de ce roman, on sent que le thème de l'immigration italienne en Belgique a fait l'objet d'une importante recherche documentaire de la part de Girolamo Santocono.
Un roman intéressant pour son incursion dans l'histoire belge mais aussi pour le plaisir que cette écriture populaire procure.

Lien : http://carnetdelecture.skyne..
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
paulotletpaulotlet   16 juin 2011
Je me rappelle qu'en fin de sixième, on nous a demandé ce que nous comptions faire plus tard. Dans notre classe, en particulier dans les sections B et C, la majorité se destinait à l'école technique ou à l'usine. Franco, Nino, Rosario voulaient devenir électriciens; Joseph et Pippo mécaniciens; Arturo et Peppe menuisiers et puis les autres qui ne savaient pas. Moi, en accord avec la sentence que mon père avait rendue des années plus tôt, j'ai répondu que je voulais devenir médecin. Stupeur! Notre brave instituteur a failli s'étrangler. Il s'attendait à tout sauf à ça, le pauvre. Il m'a expliqué, le premier moment de surprise passé, que pour ce faire, il allait me falloir de longues études très chères et surtout il allait me falloir être très intelligent. En tous cas, beaucoup plus que je ne l'étais. J'ai trouvé ses arguments tout à fait acceptables mais ça n'a pas été l'avis de mon père quand je les lui ai rapportés. Il a piqué une de ces crises bleues où tous les saints du Paradis sont devenus cocus et toutes les saintes putains: "Porco Diavolo! C'est moi qui décide si mon fils est intelligent ou non! s'il doit aller à l'école jusqu'à cinquante ans pour devenir dottore, eh bien il ira jusqu'à cinquante ans!"
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charlinepielquincharlinepielquin   17 avril 2021
En fait, parmi les longues listes des malheurs que l'immigration déversait sur sa tête, celui que ma mère considérait être le plus terrible à supporter - la véritable déchéance humaine - était sans aucun doute le fait qu'elle ne pouvait pas s'habiller avec raffinement. Donc, dans cet ordre d'idées, un départ pour Charleroi était pour elle une occasion exceptionnelle de sortir sa garde-robe. C'est pourquoi elle préparait à chaque fois le voyage très soigneusement et longtemps à l'avance.
Pourtant, ce jour-là, rien n'avait annoncé un départ. Pas même le bain obligatoire. Et lorsqu'on m'a dit qu'on partait voir les Zii de Charleroi, j'ai tout de suite compris que quelque chose ne tournait pas rond.
C'était un après-midi en plein milieu de la semaine, mon père n'avait pas été travailler. Il avait passé toute la matinée, avec d'autres hommes, chez Pépino a écouter la radio et à déchiffrer des journaux qu'on avait ramenés de Morlanwelz :"Qu'est-ce qu'il dit?"
- Aspetta, tu vois bien que je lis !
- Il dit qu'il y'a 2 à 300 morts !

Un silence étouffant c'était installé dans la pièce. Un de ces silences ou tout le monde attend, comme une bouée de sauvetage ou que quelqu'un l'interrompe très vite tant il te prend à la gorge. La fumée de plusieurs paquets de Mervil répandait une odeur âcre et piquante qui faisait pleurer les yeux de certains.

- Ma allez, qu'il exagère toujours ! … S'il fallait croire tout ce qu'il raconte !

- Mais qu'est-ce qu'on est venu faire ici !

- On donne des noms?

- Non! Mais il dit qu'il y'a beaucoup d'italiens.

- Moi, je retourne au pays !… Je ne reste plus ici !

- Il y'a quelqu'un qui a des parents là-bas?

- Moi, j'ai un beau-frère.

Voilà pourquoi on partait subitement à Charleroi.

1956, Marcinelle, le Bois du Cazier. Une mine s'écroule entraînant avec elle 263 mineurs dont plus de 200 sont italiens. C'était au mois d'août et je ne me souviens plus s'il y'avait du soleil ce jour-là.
Toutes les sirènes des charbonnages de la région se sont mises à gémir. l'Etoile est restée silencieuse ce jour-là. Une voiture nous a déposé à Marcinelle. C'était la première fois que je montais dans une voiture. J'ai trouvé cela très gais.
Tout au long du trajet, j'ai vu défiler devant moi des paysages noirs, des maisons sombres, des trams livides et des gens consternés.
Les sirènes de trois camions de pompiers qui passent à toutes vitesse stoppent la voiture.

Lorsque qu'on s'est arrêté une deuxième fois, nous sommes arrivés.

Mon oncle était sain et sauf. Nous l'avons trouvé sur le pas de la porte attendant je ne sais qu'elle venue présidentielle. Il m'a semblé très vieilli. A peine étions-nous entrés qu'il s'est mis à nous raconter, comme s'il voulait s'excuser d'être encore en vie.

Je n'ai plus qu'un vague souvenir de ce qui s'est passé par la suite, mais je peux dire que quelque chose avait changé à l'Etoile. Pendant plusieurs jours, les sujets de conversations tournaient tous autour de la catastrophe et on parlait de retour au pays. Pas mal avait déjà pris la décision de rentrer, d'ailleurs.

La bande de gosse de la cantine maigrissaient à vue d'oeil. Toto, mon meilleur copain a disparu un jour, tout comme Sanson et Scugnizze … Ils avaient suivi leur père qui allait reprendre, comme si rien ne s'était passé, l'élevage des cochons ou la culture des olives. La Belgique deviendrait pour eux un souvenir parmi tant d'autres, une parenthèse de plus.
Et toi, papa, pourquoi n'es-tu pas retourné aussi? Pourquoi n'es-tu pas allé reprendre ce métier de barbier qui sent si bon le savon et l'eau de toilette?
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paulotletpaulotlet   15 juin 2011
En fait, tu vois, si je me coupe des bouts de doigts, c’est pour ne pas perdre la tête !… Tu vois, le danger, c’est la résignation. Le danger, c’est quand tu laisses le sort te tomber dessus comme les saisons d’une année. Tu vois, tu supportes et puis tu t’habitues et tu finis par trouver normal que la vie soit comme ça. Ton cerveau se vide et dans la tête, t’as plus que de la polenta. Et moi, la polenta, je l’aime dans l’estomac, pas dans le crâne !…
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SatyasaibabaSatyasaibaba   22 juillet 2012
C'était aussi un homme tranquille qui se réfugiait dans le silence comme d'autres dans un lit douillet. Il disait toujours : "Si tu dis quelque chose qui soit plus beau que le silence, alors parle. Sinon, tais toi !"
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petroniepetronie   09 novembre 2012
"nous sommes les fils de personne et les chiens de tout le monde"
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