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Nathalie Castagné (Traducteur)Angelo Pellegrino (Auteur de la postface, du colophon, etc.)
ISBN : 2878582152
Éditeur : Viviane Hamy (09/09/2005)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 367 notes)
Résumé :
Il était une fois une enfant, Modesta, née le 1er janvier 1900, dans un monde frustre et rapidement englouti... Non, L'Art de la joie résiste à toute présentation. Roman d'apprentissage, il foisonne d'une multitude de vies. Roman des sens et de la sensualité, il ressuscite les élans politiques qui ont crevé le XXe siècle. Ancré dans une Sicile à la fois sombre et solaire, il se tend vers l'horizon des mers et des grandes villes européennes... " Pourquoi faut-il lire... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (60) Voir plus Ajouter une critique
Ambages
18 juin 2016
« Les couleurs viennent du coeur, les pensées du souvenir, les mots de la passion. »
Un livre assez impressionnant. Il ébouriffe dès les premières pages. La narratrice, Modesta, raconte une grande partie de sa vie, ses drames, ses rencontres, ses ''enfants'', ses coups de coeur, qu'ils soient sentimentaux, littéraires, idéologiques. On sent la présence, au travers de cette histoire qui s'étale sur plusieurs décennies, de la pensée de l'auteur, Goliarda Sapienza, son histoire personnelle, ses combats, ses rêves et espoirs durant toutes ces années difficiles qu'a connues l'Italie.
Elle y parle un peu de sa mère, Maria Giudice :
« - Vous ne connaissez pas Angelica Balabanoff ? Je croyais que vous la connaissiez, c'est une grande amie de Maria Giudice.
Non, je en l'ai pas connue. Elle est belle comme Maria ? »
Elle y parle de l'amour :
« ...parce que les sens suivent l'intelligence et inversement, il me semble qu'on tombe amoureux parce qu'avec le temps on se lasse de soi-même et on veut entrer en un autre. (...) entrer en un « autre » inconnu pour le connaître, le faire sien, comme un livre, un paysage. Et puis, quand on l'a absorbé, qu'on s'est nourri de lui jusqu'à ce qu'il soit devenu une part de nous-même, on recommence à s'ennuyer. Tu lirais toujours le même livre, toi ? »
Elle y parle de la mort :
« Il est temps de se remuer, de lutter de tous ses muscles et de toutes ses pensées dans cette partie d'échecs avec la Certa qui attend. Et chaque année volée, gagnée, chaque heure arrachée à l'échiquier du temps, devient éternelle dans cette partie finale. Réfléchis, Modesta, peut-être que vieillir de façon différente n'est qu'un acte révolutionnaire de plus... »
Elle y parle de la Sicile, du langage, de son évolution :
« - Et comment devrais-je les appeler ? de ces noms méprisants que leur donnent les étrangers ?
- Velluta... Cela faisait si longtemps que je ne l'avais pas entendu ! Notre langage se perd, Mattia, et il laissera beaucoup de regrets dans cette île. Tuzzu disait : ''Les couleurs viennent du coeur, les pensées du souvenir, les mots de la passion.'' »
Elle y parle du temps :
« Mais l'avenir n'existe pas, ou du moins l'inquiétude pour l'avenir n'existe pas pour moi. Je sais que seulement jour après jour, heure après heure il deviendra présent. Et dans ce présent que nous avons eu – et avons – tu m'as donné bonheur, conceptions nouvelles, tu m'as fait grandir mentalement et puis... »
Elle n'hésite pas à nous interpeller, nous lecteurs :
« Nina est curieuse comme vous l'êtes, vous qui lisez. Excusez-moi, le fait est que vous lisez chez vous, et peut-être êtes-vous dans un temps de paix, tandis que je vis dans un temps de guerre. »
Alors, je lui laisse la parole : « Raconte, Modesta, raconte. »
J'ai apprécié cette lecture. L'art de la joie est un roman qui parle de liberté avant tout : « Une grande liberté d'esprit et de mouvement ! Comment as-tu fais pour conquérir tant de liberté ? » Et il m'est apparu que c'est un travail long et difficile pour le faire dans le respect des autres. Modesta, bien évidemment en voyant cette photo de couverture, Modesta ne pouvait qu'avoir les traits de Goliarda Sapienza, magnifique ! Toutefois, Modesta n'est pas un personnage qui m'a enflammé (un peu trop parfaite pour moi -même quand elle reconnaît ses petitesses-) mais le livre tient sur la longueur -notamment la petite voix de Tuzzu, qui revient chanter des vérités toutes simples et si belles à l'oreille de Modesta toute sa vie alors qu'elle ne l'aura croisé que quelques temps dans sa toute jeunesse- et j'admire ce travail. Il y a de très belles phrases.
A un moment j'ai pensé au roman Les hauts de Hurle-Vent. D'une part parce que j'ai eu la même difficulté à retenir l'enchevêtrement familial avec des prénoms récurrents et des personnages vivants tous dans cette grande maison. Et puis, quelque chose m'a conduit à ce petit parallèle, vers la fin du roman, sans doute le personnage de Catherine me revenait en mémoire alors que je lisais chez Sapienza «Il faut mettre de la distance avec ceux qu'on aime, la distance clarifie presque plus que la mort.» Mais je ne saurais l'expliqué plus. Une association d'idées. Deux romans, deux femmes écrivains...
C'est également un roman d'apprentissage. Si je dois en retenir un seul, je choisis celui du jardinier, Mimmo : « tu m'as appris à rire et personne ne me retirera ton enseignement.»
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chiffonnette4
23 avril 2008
Modesta naît le premier janvier 1900 dans un petit village de Sicile. Enfant d'une mère pauvre, seule et frustre, rien ne la destine à devenir une princesse. Ni la femme instruite, libre, indépendante et farouche qui va peu à peu s'affirmer.

A lire ce court résumé, on aurait presque l'impression de se trouver devant un conte de fée. Ou comment la jeune fille méritante rencontre le prince charmant qui l'arrache à sa pauvre masure. Mais Modesta n'est certainement pas une jeune fille méritante. Ou plutôt une jeune fille soumise à son destin, docile et attendant un époux pour quitter un état de dépendance pour un autre. C'est un personnage riche, dense, qui va traverser les pires années de 20e siècle avec une force de vie profonde.

Dès son enfance, son adolescence, Modesta affirme un caractère hors du commun, seul capable de lui permettre de résister au pire. Car dès le départ le pire lui est promis malgré son intelligence vive, sa sensualité déjà vivante : fille d'une pauvresse et de père inconnu, soeur d'une trisomique quand cela est encore considéré comme une punition de Dieu. Comment s'étonner dès lors qu'elle ne recule devant rien pour gagner sa liberté ?
C'est cette liberté qui est finalement le thème et le personnage principal de ce roman fleuve de 800 p. La conquête quotidienne de la liberté contre les autres, et surtout contre soi.
« En un éclair, je compris ce qu'était ce qu'on appelle le destin : une volonté inconsciente de poursuivre ce que pendant des années on nous a insinué, imposé, répété être le seul juste chemin à suivre. »
Pour elle, ce destin aurait du être celui d'une femme pauvre, d'une épouse soumise, d'une mère forcément aimante, ou d'une religieuse. Tout ce vers quoi la renvoyaient les hommes, certes, mais surtout les femmes, le rempart le plus sûr du conformisme social, les bourreaux les plus convaincus de leurs propres soeurs.

Ce n'est pas le seul conformisme, contre lequel se bat Modesta. On peut dire de ce personnage qu'il est la quintessence des convictions de Goliarda Sapienza : petite-fille de syndicalistes, née d'un père chef de fil du socialisme sicilien et d'une mère première femme à diriger la Chambre du travail de Turin.
Autour de Modesta/Liberté gravitent une galerie de personnages qui représentent tous un état de la société, ou un idéal. de Tuzzu le paysan à Carlo le médecin communiste en passant par Nina l'anarchiste et Joyce l'intellectuelle, on voit se dessiner en filigrane du récit des modes de vie opposés, des idéaux et des idéologies que la jeune femme va apprendre à connaître, accepter ou fuir, en tout cas toujours critiquer avec une lucidité parfois douloureuse.
« Mais l'amour n'est pas absolu et pas davantage éternel, et il n'y a pas seulement de l'amour entre un homme et une femme, éventuellement consacré. On peut aimer un homme, une femme, un arbre, et peut-être même un âne, comme le dit Shakespeare. le mal réside dans les mots que la tradition a voulu absolus, dans les significations dénaturées que les mots continuent à revêtir. le Mot amour mentait, exactement comme le mot mort. Beaucoup de mots mentaient. Ils mentaient presque tous. Voilà ce que je devais faire : étudier les mots exactement comme on étudie las plantes, les animaux… Et puis, les nettoyer de la moisissure, les délivrer des incrustations des siècles de tradition, en inventer de nouveaux, et surtout écarter pour ne plus m'en servir, ceux que l'usage quotidien emploie avec le plus de fréquence, les plus pourris, comme : sublime, devoir, tradition, abnégation, humilité, âme, pudeur, coeur, héroïsme, sentiment, piété, sacrifice, résignation. »
Telle va être la règle que Modesta va appliquer tout au long de sa longue vie, quelque soit le prix à payer pour cela.
« Ne jamais refuser de voir les côtés désagréables de la vie ; quand on ne la connaît pas, la réalité leur fait prendre des proportions gigantesques dans l'imagination, les transformant en cauchemars incontrôlables. »
A travers ce personnage hors du commun, Goliarda Sapienza aborde bien des thèmes peu usités dont le moindre n'est pas la sexualité féminine. Dès son enfance, Modesta est ce démon que combat l'Eglise, cette hystérique traitée par la psychanalyse des débuts. Une femme profondément sensuelle, qui apprend à être à l'écoute de son corps et de ses désirs, que ces désirs la portent vers un homme ou une femme. Goliarda Sapienza analyse ces désirs, analyse la sexualité et la culpabilité dont elle a été empreinte et livre à ses lecteurs des lignes d'une pertinence qui laisse rêveur.
« La vérité, c'est que quand tu trouves la femme ou l'homme qu'il te faut, alors il faut absolument arriver à s'entendre. le corps est un instrument délicat, plus qu'une guitare, et plu tu l'étudies et plus tu l'accordes à l'autre, plus le son devient parfait et fort le plaisir. »
Une pertinence que l'on retrouve quand elle aborde des thèmes comme l'éducation des enfants, la politique, la religion, l'économie même. Une pertinence qu'elle acquiert sans doute en portant le même regard sur tout ses personnages, quelques soient leurs choix et leur sexe. Et en faisant de Modesta un personnage qui réfléchit. Important quand on y pense non ? Cette femme ne se contente pas d'accepter comme parole d'évangile ce qu'on lui dit, ce qu'elle lit. Elle l'analyse au regard de ses propres aspirations, et n'utilise que ce qui lui est utile, refusant toute aliénation et surtout, celle de la pensée et des idéaux. Il lui arrive de se tromper bien sûr, d'adhérer puis de quitter, mais ce n'est finalement qu'une manière de construire un système de pensée cohérent, son système de pensée. Un art de vivre précieux, je dirais même un objectif à atteindre.

Après ce long bavardage sur le fond du roman quid de la forme ? Non, je vais tout de même essayer de l'aborder, même brièvement !
L'art de la joie et un roman fleuve, dense, débordant de vie, mais parfois confus. La faute à l'usage de la langue que fait Goliarda Sapienza sans doute. Elle n'hésite pas à mêler langue classique et dialectes siciliens ou romains, langage médical et populaire ! Et surtout, elle heurte les temporalités : de longues pages sur un court instant, de longues périodes décrites en quelques lignes. Un moyen de rendre la psyché de Modesta sans doute, mais qui rend de temps en temps difficile la compréhension du récit. J'ai d'ailleurs eu du mal à rentrer dans cette lecture, au point d'avoir manqué de refermer le roman au bout de quelques pages. Je suis heureuse d'avoir persisté. Modesta n'est pas un personnage que l'on oublie facilement. Et elle donne une formidable leçon de vie.

« le soleil levant m'envahit le cerveau, serein, comme libéré d'un poids d'angoisse qui depuis des mois et des mois me faisait tressaillir à la moindre ombre, au moindre bruit, et un calme jamais éprouvé m'envahit. J'ai envie de sortir, de courir dans ce soleil joyeux qui répète : tu es libre. Douceur de ne plus attendre, de ne plus dépendre d'une autre volonté. Personne ne m'enlèvera plus cette douceur, Mattia. »

« Je n'ai pas tremblé comme je le craignais, et maintenant je sais la raison de ma sérénité devant Pietro mort, devant la maladie de Prando. Ce n'est pas de l'indifférence, un émoussement des sens dû aux années comme je l'avais soupçonné. C'est la pleine possession de mes émotions et la connaissance suprême de chaque instant précieux que la vie nous offre en prime si on a fermeté et courage. »

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sylvie
06 février 2008
J'ai aimé ce livre et son personnage central et solaire.
C'est un grand roman qui nous emporte, une fresque historique et familiale à nous perdre tant il est dense, fort de ses 600 pages qui nous font traverser le 20eme siècle en Sicile, par la voix d'une narratrice/héroïne qu'on n'oubliera pas de si tôt.
Modesta naît en 1900, dans une misère crasse, sans père et oubliée par une mère qui se tait ou qui hurle, mais qui ne parle pas. Elle n'a de vie que pour soutenir celle de son autre fille, malade mentale.
Modesta souffrira, sera violée par un homme qui se fait passer pour son père, et commettra un acte terrible : elle brûlera la maison où périront sa mère et sa soeur.Recueillie dans un couvent, elle continuera de souffrir mais découvrira la lecture et le désir de savoir. Dès lors, elle n'aura de cesse de s'instruire pour s'émanciper et pour enfin vivre.
Modesta la mal nommée veut que vivre ne soit pas un vain mot. Elle désire donner à ce verbe une signification qui lui convienne et dans laquelle elle se retrouve intellectuellement et émotionnellement. Voilà ce qui semble être le moteur puissant de cette destinée hors du commun qui nous est proposée dans ce roman.
L'héroïne cherche et trouve les moyens de déjouer les obstacles qui ne cessent de se précipiter devant elle. Elle est dotée d'une force exceptionnelle, et sa potion magique à l'air d'être un désir puissant de vie, une pulsion plus forte que tout qu'elle alimente et renforce au fil du temps par ce qui est nommé dans le titre," l'art de la joie". "La joie, passion par laquelle l'âme passe à une perfection plus grande "dit Spinoza (Ethique, III, 11, sc.).
Sa vie est un miracle rêvé par la romancière qui le tisse.
Modesta est l'incarnation idéalisée d'une émancipation continue et jamais tout à fait gagnée. Cette jeune femme, sortira du couvent, et rusée, fera sa place de choix au sein d'une famille aristocratique. N'abandonnant jamais son goût pour l'étude et pour la lecture, elle deviendra princesse, et règnera sur son domaine en appliquant l'éthique qu'elle s'est forgée durant toute une vie.
Nous assistons donc ravis à la réalisation d'un conte de fée d'un nouveau genre, d'une histoire "romanesque", du nom sous lequel certaines bibliothèques cataloguent les "romans roses". Mais ne nous y trompons pas, c'est une oeuvre de fiction d'une force extraordinaire, comme celle incroyable de son héroïne increvable! Et ça fait du bien!
Tout d'un coup, tous les déterminismes pesants tombent les uns après les autres pour faire une place libre à la construction d'une femme belle, intelligente et accomplie, qui lutte contre les préjugés de tous ordres.
Elle est intéressante cette Héroïne parce qu'elle mène une vie pleine de paradoxes assumés sans culpabilité.
L'auteur nous conte l'histoire d'une femme libre à force de ténacité, de courage et de volonté, pour gagner toujours un peu plus d'émancipation.
Elle tue sa famille, s'échappe du couvent, accepte une position de domestique pour s'assurer une possibilité d'ascension sociale, finit par se libérer du travail et par prendre le pouvoir et le titre du domaine par un mariage arrangé dont elle saura se servir pour arriver à ses fins.
Devenue aristocrate, elle sera socialiste anarchiste, combattante du fascisme, sans oublier d'être mère de plusieurs enfants qu'elle fait ou qu'elle adopte, amante, lectrice, poète, nageuse, et que sais je encore dans ce tourbillon de "folie de vie contre folie de mort". Modesta ne cesse d'avancer jusqu'à l'âge d'être grand mère en étant toujours aussi concentrée sur sa quête...
C'est un beau livre à lire pour son énergie et sa liberté de fond et de forme.
http://sylvie-lectures.blogspot.com/2008/02/lart-de-la-joie-goliarda-sapienza.html
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dbreit
28 décembre 2012
Flamboyant cri de rage, de douleur et de plaisir ! La vie d'une femme sicilienne hors du commun, hors des limites, hors du temps. On se sent vivre et palpiter à travers ses aventures en tout genre. Un beau et gros livre...même si j'ai un peu calé vers la fin, je vous encourage à faire la connaissance de cette femme passionnée.
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Luniver
17 septembre 2017
L'art de la joie commence par un viol incestueux dès les premières pages, ce qui m'a laissé quelque peu perplexe, et assez inquiet, sur la suite des événements. Mais ce qui détruirait beaucoup de personnes n'abat pas Modesta, qui, après une purification par le feu, est déterminée à garder son destin en main.
Et les moyens qu'elle emploiera pour y parvenir ne sont pas franchement conventionnels. Il faut dire que quand on est orpheline, et issue d'une famille pauvre, il faut avoir pas mal d'imagination et de souplesse éthique pour gravir l'échelle sociale. À coups de stratégies pas toujours moralement irréprochables, Modesta parvient pourtant à faire sa place, utilisant astucieusement les tabous de son temps à son avantage.
On comprendra sans peine que le roman a du faire dresser les cheveux des têtes de quelques censeurs. À notre époque encore, le nombre de thèmes sensibles reste conséquent : homosexualité refoulée du monde religieux, mariage d'intérêt et relations sexuelles avec un trisomique, enfants hors-mariage, relations sexuelles avec un homme puis plus tard son fils, … sans compter les thèses féministes, communistes et fascistes qui parsèment l'histoire.
Que cette accumulation ne donne pas une fausse image du livre : il n'est pas inutilement provocateur, mais décrit simplement l'histoire d'une femme fermement décidée à aller où elle le souhaite, et ne permet à personne, ni à aucune norme sociale, de lui marcher sur les pieds. On est même souvent soulagé qu'il y ait une Modesta dans les environs pour prendre un chemin, certes inhabituel, mais qui permet d'éviter des souffrances à pas mal de monde.
Le roman est dense, et on a réellement l'impression de vivre toutes les péripéties du siècle précédent à travers ce personnage, qui semble tout illuminer sur son passage. À tel point que cette « perfection », ajoutée aux situations parfois extravagantes auxquelles Modesta est confrontée, m'a fait parfois douter de l'humanité des personnages, et s'il ne fallait pas plutôt les considérer comme des allégories (dont le sens m'échappait). Comme tous les oeuvres posthumes colossales qui finissent tout de même par être publiées un jour, nul doute que celle-ci laissera une trace dans l'esprit de tous ses lecteurs, qu'ils l'aient appréciée ou non.
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Citations & extraits (48) Voir plus Ajouter une citation
hema6hema611 février 2011
Attention, Bambolina, Crispina, Olimpia, attention ! D'ici 20 ou 30 ans, vous n'accuserez pas les hommes quand vous vous trouverez à pleurer dans quelques mètres carrés d'une petite pièce, les mains mangées par l'eau de javel. Ce ne sont pas les hommes qui vous ont trahies, mais ces femmes, anciennes esclaves, qui ont volontairement oublié leur esclavage et qui, se reniant, se placent aux côtés des hommes dans les diverses sphères du pouvoir.
(...)Attention vous, privilégiées de la culture et de la liberté, de ne pas suivre l'exemple de ces négresses parfaitement alignées. A la place des mains cisaillées par l'eau de javel, pour vous se préparent des années du sinistre exercice masculin qui consiste à attacher les plus pauvres à la chaîne de montage et nuit sans sommeil de l'efficacité à tout prix. Et après 20 années de cet exercice vous vous trouverez enfermées dans des gestes et des pensées distordus comme ce spectre qui sourit par devoir bureaucratique.
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sylviesylvie06 février 2008
"Le mal réside dans les mots que la tradition a voulus absolus, dans les significations dénaturées que les mots continuent à revêtir. Le mot amour mentait, exactement comme le mot mort. Beaucoup de mots mentaient, ils mentaient presque tous. Voilà ce que je devais faire : étudier les mots exactement comme on étudie les plantes, les animaux. Et puis, les nettoyer de la moisissure, les délivrer des incrustations de siècles de tradition, en inventer de nouveaux, et surtout écarter pour ne plus m'en servir ceux que l'usage quotidien emploie avec le plus de fréquence, les plus pourris, comme : sublime, devoir, tradition, abnégation, humilité, âme, pudeur, cœur, héroïsme, sentiment, piété, sacrifice, résignation
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Alice_Alice_19 août 2016
Quiconque a connu l'aventure de doubler le cap des trente ans, sait combien il a été fatiguant, âpre et excitant d'escalader la montagne qui des pentes de l'enfance monte jusqu'à la cime de la jeunesse, et combien a été rapide, comme une chute d'eau, un vol géométrique d'ailes dans la lumière, quelques instants et... hier j'avais les joues fraiches des vingt ans, aujourd'hui - en une nuit? - les trois doigts du temps m'ont effleurée, préavis du petit espace qui reste et de la perspective finale qui attend inexorablement... Première, mensongère terreur des trente ans.
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sylviesylvie06 février 2008
Non, on ne peut communiquer à personne cette plénitude de joie que donne l'excitation vitale de défier le temps à deux, d'être partenaires dans l'art de le dilater, en le vivant le plus intensément possible avant que ne sonne l'heure de la dernière aventure. Et si cet homme - mon vieux petit ami - s'étend sur moi avec son beau corps lourd et léger, et me prend comme il le fait maintenant, ou me baise entre les jambes comme Tuzzu le faisait autrefois, je me retrouve à penser bizarrement que la mort ne sera peut-être qu'un orgasme aussi comblant que celui-là
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AmbagesAmbages16 juin 2016
Il se tait maintenant. Dans le silence sa respiration calme dessine des dunes de sable légères aux yeux de l'esprit. Doucement, je pose l'oreille là où, sous le regard envieux de la lune, il m'a indiqué de son poing fermé que la vieillarde chauve avait déposé ses œufs. Mais dans la lente pulsation de son cœur rien ne se révèle, pas un cri, pas une plainte. Le voile du silence se fait pesant et je ne veux pas dormir.
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Vidéo de Goliarda Sapienza
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