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Nathalie Castagné (Traducteur)Angelo Pellegrino (Auteur de la postface, du colophon, etc.)
ISBN : 2878582152
Éditeur : Viviane Hamy (09/09/2005)

Note moyenne : 3.9/5 (sur 445 notes)
Résumé :
"L'Arte della gioia", ouvrage posthume, 1996. Traduction française "L'art de la joie", 2005.

Il était une fois une enfant, Modesta, née le 1er janvier 1900, dans un monde frustre et rapidement englouti... Non, L'Art de la joie résiste à toute présentation. Roman d'apprentissage, il foisonne d'une multitude de vies. Roman des sens et de la sensualité, il ressuscite les élans politiques qui ont crevé le XXe siècle. Ancré dans une Sicile à la fois sombre... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (79) Voir plus Ajouter une critique
BillDOE
  26 mai 2018
Il y a tant de choses qui ont déjà été écrites sur ce livre que je ne peux que vous donner mon avis : c'est un chef-d'oeuvre. J'ai été complètement sous le charme de ce texte de la première page à la dernière, transporté par l'écriture claire, intelligente et poétique de Goliarda Sapienza.
Modesta, née le 1er janvier 1900 en Italie, raconte sa vie, de petite fille pauvre jusqu'à la femme, libre, ni soumise, ni dominante, indépendante, Princesse, qu'elle deviendra. Elle réussit le tour de force de fédérer tout son entourage, hommes comme femmes, en provoquant leur adhésion spontanée, naturelle, à ses idées et à sa vision de la vie. Elle est la narratrice de ce roman. Son livre est une ode au féminisme, sans l'hystérie imbécile que l'on connait aujourd'hui. Gloire est rendue aux femmes de convictions.
L'auteure a mis 10 ans pour l'écrire, de 1967 à 1976. Elle s'est complètement sacrifiée à son oeuvre, allant jusqu'à vendre ses meubles pour subsister, voler des bijoux et aller en prison. Tout ça pour qu'au final il n'y ait pas une seule maison d'édition qui accepte de la publier. Même l'intervention du président de la république, ami de la mère de Goliarda, n'y changera rien. Goliarda Sapienza décède en 1996 sans avoir vu son livre exposé dans la vitrine d'une librairie. Ce n'est qu'en 2005 que le roman connaitra le succès, d'abord édité en Allemagne, puis en France où il deviendra le best-seller que l'on connait.
Une oeuvre à découvrir, lire ou relire absolument.
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Ambages
  18 juin 2016
« Les couleurs viennent du coeur, les pensées du souvenir, les mots de la passion. »
Un livre assez impressionnant. Il ébouriffe dès les premières pages. La narratrice, Modesta, raconte une grande partie de sa vie, ses drames, ses rencontres, ses ''enfants'', ses coups de coeur, qu'ils soient sentimentaux, littéraires, idéologiques. On sent la présence, au travers de cette histoire qui s'étale sur plusieurs décennies, de la pensée de l'auteur, Goliarda Sapienza, son histoire personnelle, ses combats, ses rêves et espoirs durant toutes ces années difficiles qu'a connues l'Italie.
Elle y parle un peu de sa mère, Maria Giudice :
« - Vous ne connaissez pas Angelica Balabanoff ? Je croyais que vous la connaissiez, c'est une grande amie de Maria Giudice.
Non, je en l'ai pas connue. Elle est belle comme Maria ? »
Elle y parle de l'amour :
« ...parce que les sens suivent l'intelligence et inversement, il me semble qu'on tombe amoureux parce qu'avec le temps on se lasse de soi-même et on veut entrer en un autre. (...) entrer en un « autre » inconnu pour le connaître, le faire sien, comme un livre, un paysage. Et puis, quand on l'a absorbé, qu'on s'est nourri de lui jusqu'à ce qu'il soit devenu une part de nous-même, on recommence à s'ennuyer. Tu lirais toujours le même livre, toi ? »
Elle y parle de la mort :
« Il est temps de se remuer, de lutter de tous ses muscles et de toutes ses pensées dans cette partie d'échecs avec la Certa qui attend. Et chaque année volée, gagnée, chaque heure arrachée à l'échiquier du temps, devient éternelle dans cette partie finale. Réfléchis, Modesta, peut-être que vieillir de façon différente n'est qu'un acte révolutionnaire de plus... »
Elle y parle de la Sicile, du langage, de son évolution :
« - Et comment devrais-je les appeler ? de ces noms méprisants que leur donnent les étrangers ?
- Velluta... Cela faisait si longtemps que je ne l'avais pas entendu ! Notre langage se perd, Mattia, et il laissera beaucoup de regrets dans cette île. Tuzzu disait : ''Les couleurs viennent du coeur, les pensées du souvenir, les mots de la passion.'' »
Elle y parle du temps :
« Mais l'avenir n'existe pas, ou du moins l'inquiétude pour l'avenir n'existe pas pour moi. Je sais que seulement jour après jour, heure après heure il deviendra présent. Et dans ce présent que nous avons eu – et avons – tu m'as donné bonheur, conceptions nouvelles, tu m'as fait grandir mentalement et puis... »
Elle n'hésite pas à nous interpeller, nous lecteurs :
« Nina est curieuse comme vous l'êtes, vous qui lisez. Excusez-moi, le fait est que vous lisez chez vous, et peut-être êtes-vous dans un temps de paix, tandis que je vis dans un temps de guerre. »
Alors, je lui laisse la parole : « Raconte, Modesta, raconte. »
J'ai apprécié cette lecture. L'art de la joie est un roman qui parle de liberté avant tout : « Une grande liberté d'esprit et de mouvement ! Comment as-tu fais pour conquérir tant de liberté ? » Et il m'est apparu que c'est un travail long et difficile pour le faire dans le respect des autres. Modesta, bien évidemment en voyant cette photo de couverture, Modesta ne pouvait qu'avoir les traits de Goliarda Sapienza, magnifique ! Toutefois, Modesta n'est pas un personnage qui m'a enflammé (un peu trop parfaite pour moi -même quand elle reconnaît ses petitesses-) mais le livre tient sur la longueur -notamment la petite voix de Tuzzu, qui revient chanter des vérités toutes simples et si belles à l'oreille de Modesta toute sa vie alors qu'elle ne l'aura croisé que quelques temps dans sa toute jeunesse- et j'admire ce travail. Il y a de très belles phrases.
A un moment j'ai pensé au roman Les hauts de Hurle-Vent. D'une part parce que j'ai eu la même difficulté à retenir l'enchevêtrement familial avec des prénoms récurrents et des personnages vivants tous dans cette grande maison. Et puis, quelque chose m'a conduit à ce petit parallèle, vers la fin du roman, sans doute le personnage de Catherine me revenait en mémoire alors que je lisais chez Sapienza «Il faut mettre de la distance avec ceux qu'on aime, la distance clarifie presque plus que la mort.» Mais je ne saurais l'expliqué plus. Une association d'idées. Deux romans, deux femmes écrivains...
C'est également un roman d'apprentissage. Si je dois en retenir un seul, je choisis celui du jardinier, Mimmo : « tu m'as appris à rire et personne ne me retirera ton enseignement.»
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kuroineko
  08 février 2018
Il est des livres que l'on quitte à regret et d'autres plus sereinement. le roman de Goliarda Sapienza fait pour moi partie de cette seconde catégorie. Il porte merveilleusement bien son titre puisque la joie, comme d'autres activités artistiques telles la peinture ou la musique, nécessité du temps pour s'accomplir pleinement.
A travers le récit de la vie de la Sicilienne Modesta, née le 1er janvier 1900, l'auteure sème des phrases dignes d'aphorismes pleins de la sagesse présente dans son nom de famille, et qui valent tous les manuels de développement personnel et autre "littérature qui fait du bien".
Modesta est une femme libre et qui entend le rester à tout prix. Esprit curieux et avide de connaissances depuis l'enfance, elle développe sa grande intelligence et sa réflexion, absorbe savoirs et pensées tour à tour politiques, psychanalytiques, etc. Sans jamais tomber dans le piège de l'idéologie fanatique. J'ai admiré sa puissance d'analyse et le recul qu'elle sait prendre vis-à-vis des événements comme des livres et discours.
Le récit se révèle assez déconcertant au départ, tant dans son cheminement que dans sa forme narrative. En effet, si le roman est globalement écrit à la première personne du singulier, Modesta passe inopinément, parfois dans le même paragraphe, voire la même phrase, à une troisième personne qui produit une certaine distanciation vis-à-vis d'elle-même. Ce qui tend à rejoindre sa volonté de ne pas se laisser enfermer dans quelque schéma que ce soit, y compris sa propre personne. On s'y fait somme toute assez vite et il n'est plus qu'à suivre le parcours hors du commun de cette Princesse née dans une cabane sombre d'une seule pièce dans l'arriere-pays sicilien.
Présenté à la publication à partir de 1976, date d'achèvement de sa rédaction, L'art de la joie connut rebuffades auprès des éditeurs italiens par trop frileux face à la liberté de pensée et d'action de cette incroyable Modesta qui porte si mal son prénom.
Merci à Mme Sapienza d'avoir créé ce formidable portrait et merci à son dernier compagnon de vie qui persévéra jusqu'à sa parution. C'est 800 pages qui méritent d'être lues et goûtées comme un précieux nectar.
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chiffonnette4
  23 avril 2008
Modesta naît le premier janvier 1900 dans un petit village de Sicile. Enfant d'une mère pauvre, seule et frustre, rien ne la destine à devenir une princesse. Ni la femme instruite, libre, indépendante et farouche qui va peu à peu s'affirmer.

A lire ce court résumé, on aurait presque l'impression de se trouver devant un conte de fée. Ou comment la jeune fille méritante rencontre le prince charmant qui l'arrache à sa pauvre masure. Mais Modesta n'est certainement pas une jeune fille méritante. Ou plutôt une jeune fille soumise à son destin, docile et attendant un époux pour quitter un état de dépendance pour un autre. C'est un personnage riche, dense, qui va traverser les pires années de 20e siècle avec une force de vie profonde.

Dès son enfance, son adolescence, Modesta affirme un caractère hors du commun, seul capable de lui permettre de résister au pire. Car dès le départ le pire lui est promis malgré son intelligence vive, sa sensualité déjà vivante : fille d'une pauvresse et de père inconnu, soeur d'une trisomique quand cela est encore considéré comme une punition de Dieu. Comment s'étonner dès lors qu'elle ne recule devant rien pour gagner sa liberté ?
C'est cette liberté qui est finalement le thème et le personnage principal de ce roman fleuve de 800 p. La conquête quotidienne de la liberté contre les autres, et surtout contre soi.
« En un éclair, je compris ce qu'était ce qu'on appelle le destin : une volonté inconsciente de poursuivre ce que pendant des années on nous a insinué, imposé, répété être le seul juste chemin à suivre. »
Pour elle, ce destin aurait du être celui d'une femme pauvre, d'une épouse soumise, d'une mère forcément aimante, ou d'une religieuse. Tout ce vers quoi la renvoyaient les hommes, certes, mais surtout les femmes, le rempart le plus sûr du conformisme social, les bourreaux les plus convaincus de leurs propres soeurs.

Ce n'est pas le seul conformisme, contre lequel se bat Modesta. On peut dire de ce personnage qu'il est la quintessence des convictions de Goliarda Sapienza : petite-fille de syndicalistes, née d'un père chef de fil du socialisme sicilien et d'une mère première femme à diriger la Chambre du travail de Turin.
Autour de Modesta/Liberté gravitent une galerie de personnages qui représentent tous un état de la société, ou un idéal. de Tuzzu le paysan à Carlo le médecin communiste en passant par Nina l'anarchiste et Joyce l'intellectuelle, on voit se dessiner en filigrane du récit des modes de vie opposés, des idéaux et des idéologies que la jeune femme va apprendre à connaître, accepter ou fuir, en tout cas toujours critiquer avec une lucidité parfois douloureuse.
« Mais l'amour n'est pas absolu et pas davantage éternel, et il n'y a pas seulement de l'amour entre un homme et une femme, éventuellement consacré. On peut aimer un homme, une femme, un arbre, et peut-être même un âne, comme le dit Shakespeare. le mal réside dans les mots que la tradition a voulu absolus, dans les significations dénaturées que les mots continuent à revêtir. le Mot amour mentait, exactement comme le mot mort. Beaucoup de mots mentaient. Ils mentaient presque tous. Voilà ce que je devais faire : étudier les mots exactement comme on étudie las plantes, les animaux… Et puis, les nettoyer de la moisissure, les délivrer des incrustations des siècles de tradition, en inventer de nouveaux, et surtout écarter pour ne plus m'en servir, ceux que l'usage quotidien emploie avec le plus de fréquence, les plus pourris, comme : sublime, devoir, tradition, abnégation, humilité, âme, pudeur, coeur, héroïsme, sentiment, piété, sacrifice, résignation. »
Telle va être la règle que Modesta va appliquer tout au long de sa longue vie, quelque soit le prix à payer pour cela.
« Ne jamais refuser de voir les côtés désagréables de la vie ; quand on ne la connaît pas, la réalité leur fait prendre des proportions gigantesques dans l'imagination, les transformant en cauchemars incontrôlables. »
A travers ce personnage hors du commun, Goliarda Sapienza aborde bien des thèmes peu usités dont le moindre n'est pas la sexualité féminine. Dès son enfance, Modesta est ce démon que combat l'Eglise, cette hystérique traitée par la psychanalyse des débuts. Une femme profondément sensuelle, qui apprend à être à l'écoute de son corps et de ses désirs, que ces désirs la portent vers un homme ou une femme. Goliarda Sapienza analyse ces désirs, analyse la sexualité et la culpabilité dont elle a été empreinte et livre à ses lecteurs des lignes d'une pertinence qui laisse rêveur.
« La vérité, c'est que quand tu trouves la femme ou l'homme qu'il te faut, alors il faut absolument arriver à s'entendre. le corps est un instrument délicat, plus qu'une guitare, et plu tu l'étudies et plus tu l'accordes à l'autre, plus le son devient parfait et fort le plaisir. »
Une pertinence que l'on retrouve quand elle aborde des thèmes comme l'éducation des enfants, la politique, la religion, l'économie même. Une pertinence qu'elle acquiert sans doute en portant le même regard sur tout ses personnages, quelques soient leurs choix et leur sexe. Et en faisant de Modesta un personnage qui réfléchit. Important quand on y pense non ? Cette femme ne se contente pas d'accepter comme parole d'évangile ce qu'on lui dit, ce qu'elle lit. Elle l'analyse au regard de ses propres aspirations, et n'utilise que ce qui lui est utile, refusant toute aliénation et surtout, celle de la pensée et des idéaux. Il lui arrive de se tromper bien sûr, d'adhérer puis de quitter, mais ce n'est finalement qu'une manière de construire un système de pensée cohérent, son système de pensée. Un art de vivre précieux, je dirais même un objectif à atteindre.

Après ce long bavardage sur le fond du roman quid de la forme ? Non, je vais tout de même essayer de l'aborder, même brièvement !
L'art de la joie et un roman fleuve, dense, débordant de vie, mais parfois confus. La faute à l'usage de la langue que fait Goliarda Sapienza sans doute. Elle n'hésite pas à mêler langue classique et dialectes siciliens ou romains, langage médical et populaire ! Et surtout, elle heurte les temporalités : de longues pages sur un court instant, de longues périodes décrites en quelques lignes. Un moyen de rendre la psyché de Modesta sans doute, mais qui rend de temps en temps difficile la compréhension du récit. J'ai d'ailleurs eu du mal à rentrer dans cette lecture, au point d'avoir manqué de refermer le roman au bout de quelques pages. Je suis heureuse d'avoir persisté. Modesta n'est pas un personnage que l'on oublie facilement. Et elle donne une formidable leçon de vie.

« le soleil levant m'envahit le cerveau, serein, comme libéré d'un poids d'angoisse qui depuis des mois et des mois me faisait tressaillir à la moindre ombre, au moindre bruit, et un calme jamais éprouvé m'envahit. J'ai envie de sortir, de courir dans ce soleil joyeux qui répète : tu es libre. Douceur de ne plus attendre, de ne plus dépendre d'une autre volonté. Personne ne m'enlèvera plus cette douceur, Mattia. »

« Je n'ai pas tremblé comme je le craignais, et maintenant je sais la raison de ma sérénité devant Pietro mort, devant la maladie de Prando. Ce n'est pas de l'indifférence, un émoussement des sens dû aux années comme je l'avais soupçonné. C'est la pleine possession de mes émotions et la connaissance suprême de chaque instant précieux que la vie nous offre en prime si on a fermeté et courage. »

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berni_29
  16 mars 2018
Je voudrais vous parler d'une femme dont j'ai rêvé qu'elle devienne à la fois ma mère, ma soeur, ma maîtresse, ma confidente... Je vous rassure, je ne suis pas allongé sur le divan d'un psy au moment où je vous écris ces mots. Cette femme existe, puisque j'ai frôlé son âme le temps de quelques pages de lecture, 640 pages précisément... Je veux simplement vous parler de Modesta.
Modesta est la narratrice du roman. Alors, forcément nous pensons que l'auteure, Goliarda Sapienza, a aussi parlé de son histoire personnelle, de ses combats, de ses espoirs, de ses joies et de ses blessures.
L'Art de la Joie est le roman qui la met dans la lumière et nous en sommes éblouis, tout comme celles et ceux qui croisent son chemin. Ce sont aussi de beaux personnages. Parfois, la lumière attire les papillons. Il faut beaucoup d'équilibre au papillon lorsqu'il s'approche de la flamme d'une bougie, ressentir l'éblouissement jusqu'à cette limite ultime qu'il sait ne pas franchir pour ne pas se brûler les ailes. Et donc mourir... Tenir la bonne distance en quelque sorte. Les personnages de l'Art de la Joie ont parfois brulé leurs ailes au plus près de Modesta.
Il m'est difficile de décrire et résumer ce livre. Il m'est presque aussi difficile de décrire le personnage de Modesta.
Simone Beauvoir nous dit : « on ne naît pas femme, on le devient ». Il me semble que Modesta a brûlé toutes les étapes et pourtant l'Art de la Joie est un roman d'apprentissage.
Modesta est née le 1er janvier 1900, c'est une belle manière d'entrer dans le siècle. Modesta traverse le XXème siècle de l'Italie comme une comète, comme un feu follet. Quand je dis l'Italie, c'est plutôt la Sicile, ce détail est très important. Modesta est à la fois ancrée dans le déroulement d'une histoire, la petite et la Grande Histoire et cela n'a de sens de le vivre et l'écrire que dans cette terre sicilienne et natale. C'est un roman d'émancipation.
Car c'est bien de la lumière qu'il s'agit, la lumière des livres, des textes, ceux dont nous parlons à longueur de jours et de nuits, ce qui fait tenir debout Modesta, elle qui se révolte, s'offre aux autres, hommes ou femmes, se refuse aussi... Modesta, femme libre, vit plusieurs vies. Au fond, elle devient femme plusieurs fois au cours de son existence multiple.
Le livre débute comme un coup de poing au ventre. C'est comme un acte fondateur, mais brutal, qui fait mal. Modesta porte les stigmates à la fois de son enfance et des histoires qu'elle côtoie et traverse sur son passage. Et puis aussitôt elle se relève, chancelante sans doute, regardant déjà vers le ciel, pour nous prendre la main et nous emporter dans le tourbillon de sa vie. Et c'est là que s'exprime la force de la joie, l'art pour être plus précis, la joie qui permet de se relever, qui console, qui guérit... Car c'est un art, lorsque, contre vents et marées, il est permis d'inventer sa vie pour en faire une île, un archipel, une barque, une herbe folle dans un jardin anglais, une constellation...
C'est une joie simple, presque primitive, qui tisse l'itinéraire de Modesta vers son destin. C'est une joie d'amour. C'est une joie qui s'éveille dans une blessure presque irréparable. Que dis-je ? Totalement inguérissable. le XXème siècle est un siècle de lumières et de tragédies. Modesta va traverser ce siècle, le poing levé vers le ciel, comme un drapeau qu'elle porte pour toutes les autres femmes qu'elle incarne. L'Art de la Joie est une fresque historique.
L'Art de la Joie nous décrit avec passion la pauvreté, la guerre, la résistance, les luttes politiques, l'émancipation féminine... Modesta est de tous les combats.
Il y a dans ce roman la vie, l'amour et la mort. le temps qui passe, la liberté, être femme, la sexualité féminine, la sensualité, l'intelligence, la lumière quoi ! Mais aussi les sentiments et leur tourmente plus que jamais...
Modesta est aimante, généreuse, anticléricale, cruelle aussi. Bourrée de paradoxes. Joyeuse enfin et libre plus que jamais.
C'est un livre qui perçoit aussi la lumière des autres. Elle est aussi fragile et brûlante que celle de Modesta. Et lorsque des personnages deviennent solaires, forcément il y a une part d'ombre qui se déroule à leurs pieds.
Le thème qui porte le livre est donc sans doute la liberté. Car Modesta se bat sans arrêt, prend des coups aussi, tâtonne, parfois trébuche, se trompe aussi, ne perd jamais sa joie. C'est un magnifique portrait de femme.
Ce n'est pas ce qu'on appelle un roman facile, c'est un roman dense, il n'est pas facile d'y entrer, il n'est pas non plus toujours facile de tenir la distance. C'est un roman de la patience. Le lecteur est aussi en apprentissage. Mais au fil des pages, nous entrons peu à peu dans le livre, dans la Sicile solaire et sombre, dans les pas sublimes de Modesta. Et une fois le livre refermé, l'histoire de celle-ci cogne encore en nous longtemps après.
Ce livre est profondément féminin. C'est pourquoi il doit être lu absolument par des hommes aussi...
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Citations et extraits (87) Voir plus Ajouter une citation
hema6hema6   11 février 2011
Attention, Bambolina, Crispina, Olimpia, attention ! D'ici 20 ou 30 ans, vous n'accuserez pas les hommes quand vous vous trouverez à pleurer dans quelques mètres carrés d'une petite pièce, les mains mangées par l'eau de javel. Ce ne sont pas les hommes qui vous ont trahies, mais ces femmes, anciennes esclaves, qui ont volontairement oublié leur esclavage et qui, se reniant, se placent aux côtés des hommes dans les diverses sphères du pouvoir.
(...)Attention vous, privilégiées de la culture et de la liberté, de ne pas suivre l'exemple de ces négresses parfaitement alignées. A la place des mains cisaillées par l'eau de javel, pour vous se préparent des années du sinistre exercice masculin qui consiste à attacher les plus pauvres à la chaîne de montage et nuit sans sommeil de l'efficacité à tout prix. Et après 20 années de cet exercice vous vous trouverez enfermées dans des gestes et des pensées distordus comme ce spectre qui sourit par devoir bureaucratique.
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sylviesylvie   06 février 2008
"Le mal réside dans les mots que la tradition a voulus absolus, dans les significations dénaturées que les mots continuent à revêtir. Le mot amour mentait, exactement comme le mot mort. Beaucoup de mots mentaient, ils mentaient presque tous. Voilà ce que je devais faire : étudier les mots exactement comme on étudie les plantes, les animaux. Et puis, les nettoyer de la moisissure, les délivrer des incrustations de siècles de tradition, en inventer de nouveaux, et surtout écarter pour ne plus m'en servir ceux que l'usage quotidien emploie avec le plus de fréquence, les plus pourris, comme : sublime, devoir, tradition, abnégation, humilité, âme, pudeur, cœur, héroïsme, sentiment, piété, sacrifice, résignation
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BillDOEBillDOE   20 mai 2018
(Dialogue entre mère Léonora (une religieuse) et Modesta.)
- Que de livres, ma mère ! Vous les avez tous lus ?
- Mais que dis-tu, petite folle ! J’ai étudié, oui, je sais quelques petites choses, mais je ne suis pas une savante. Seuls les docteurs de l’église ont tous le savoir du monde dans leurs mains.
- Moi aussi je deviendrai une savante !
- Folle que tu es ! Et à quoi cela te servirai-t-il, quand tu es une femme ? La femme ne peut jamais parvenir au savoir de l’homme.
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Alice_Alice_   19 août 2016
Quiconque a connu l'aventure de doubler le cap des trente ans, sait combien il a été fatiguant, âpre et excitant d'escalader la montagne qui des pentes de l'enfance monte jusqu'à la cime de la jeunesse, et combien a été rapide, comme une chute d'eau, un vol géométrique d'ailes dans la lumière, quelques instants et... hier j'avais les joues fraiches des vingt ans, aujourd'hui - en une nuit? - les trois doigts du temps m'ont effleurée, préavis du petit espace qui reste et de la perspective finale qui attend inexorablement... Première, mensongère terreur des trente ans.
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JoohJooh   24 août 2018
Il faut s'éloigner périodiquement de tout lieu où l'habitude a tué l'objectivité. C'est ce qui se passe aussi pour les langues. Lorsqu'on est obligé d'en parler une autre pendant des mois, comme cela m'est arrivé, quand on revient à la sienne on se rend compte que l'éloignement a servi à la redécouvrir dans son essence la plus profonde.
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http://www.librairiedialogues.fr/ Delphine de la librairie Dialogues nous propose ses coups de c?ur du rayon Littérature étrangère : "Rendez-vous à Positano" de Goliarda Sapienza (Le Tripode), "Seul le grenadier" de Sinan Antoon (Actes Sud) et "Quand monte le flot sombre" de Margaret Drabble (Bourgois). Réalisation : Ronan Loup. Questions posées par : Élise le Fourn.
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