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Philippe Brunet (Éditeur scientifique)Karen Haddad-Wotling (Préfacier, etc.)
ISBN : 2911188667
Éditeur : Allia (19/06/1998)

Note moyenne : 4.22/5 (sur 9 notes)
Résumé :

Ce livre s'adresse aux jeunes filles, aux femmes, aux féministes, aux amateurs de ces trois catégories, aux misogynes, aux amantes, aux amants, aux chercheurs de curiosités, aux professionnels du thème, du champ lexical et de la variante, aux experts en chansonnettes, aux collectionneurs, aux lecteurs de Queneau, aux lectrices, aux historiens de la sexualité, aux hellénistes, aux travestis, aux traducteurs, aux traductrices passées et futures.

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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Erik35
  20 mars 2019
100 FOIS SUR LE MÉTIER REMETTEZ VOTRE OUVRAGE !
Bien que la citation originale de Nicolas Boileau présuma un peu moins des forces de l'artisan - il n'engage que vingt essais -, c'est à peu de choses près ainsi que l'on pourrait résumer, non sans quelque humour un rien moqueur (mais attendri), cet étonnant ouvrage proposé par les excellentes éditions Allia, celle-là même qui proposent par ailleurs la redécouverte de textes passionnants sur la paresse, sur la Kabbale, la philosophie antique, moderne ou chinoise, des œuvres méconnues de Walter Benjamin, de Simone Weil, de Jean-François Billeter ou de Marcel Schwob et bien d'autres ouvrages tous aussi surprenant qu' enthousiasmant.
Cet ouvrage d'un peu plus d'une centaine de pages, contenant cent propositions exactement, reprend ainsi l'un des textes les plus fameux - si ce n'est le plus célèbre - de la poétesse grecque antique, Sappho, généralement intitulé l'Ode à l'aimée. Celui-ci ne nous est connu que par des fragments (l'un d'eux n'ayant d'ailleurs été partiellement complété qu'en 1965 !), tiré de deux ouvrages postérieurs à leur écriture, ainsi que par une première traduction d'ailleurs plutôt libre du poète romain Catulle.
En voici l'une des traduction contemporaines les plus récentes, peut-être l'une des plus inhabituelles, mais envoûtantes et vivifiantes à la fois :
À UNE AIMÉE
Il me paraît
un rival
des dieux
l'homme qui peut
rester assis
près de toi
bercé de la
douceur sans nom
de ta voix
Tu parles
il écoute
les notes de
ton rire et moi
dans ma poitrine
coeur stupide
je t'aperçois
en un instant
il n'y a plus
un seul son
un seul
dans ma bouche
Et tout à coup
langue rompue
le feu court
fin sous ma peau
mes pauvres yeux
ne voient plus
L'oreille
me bourdonne
Et la sueur
m'inonde et
le frisson me
prend captive
plus verte que
gazon c'est à
peine si je
vis encore
de tout
privée
mais il faut
tout oser
puisque...
(proposition de traduction par Jérôme Vérain dans "À une aimée absente")
Ce poème a beaucoup marqué les poètes en ce qu'il est sans doute l'un des tous premiers, d'une femme, évoquant avec un lyrisme parfait les émois intimes, profonds, contrastés, pour ne pas dire parfaitement opposés en apparence et, de fait, totalement subjectivés, son amour pour une tierce personne - que l'on suppose être une autre femme même si rien dans le texte original ne permet de le dire de manière définitive, mais qui semble relever d'une certaine logique, eu égard à ce que l'on sait de sa créatrice, aristocrate originaire de Lesbos dans les îles éoliennes - dont la jalousie éprouvée à l'égard de celui qui, probablement son mari, peut s'approcher de l'objet aimé, convoité, tel l'égal d'un dieu approchant la déesse, plonge dans un état proche de la mort.
Ainsi, on retrouvera ici les traductions plus ou moins libres ou même seulement évocatrices de Nicolas Boileau, de Jean Racine, d'André Chénier, De Lamartine, d'Alexandre Dumas, de Jean Richepin, de Renée Vivien, de Robert Brasillach, de Marguerite Yourcenar ou encore d'André Markowicz pour ne citer que quelques-uns des plus célèbres d'entre eux. Toutes ces adaptations ne sont pas, c'est l'évidence, aussi brillantes, aussi profondes les unes que les autres. Certaines sont absolument fades à force de courir après un texte rédigé dans une langue éteinte depuis fort longtemps. D'autres nous touchent malgré les maladresses telle celle d'une anonyme dont on sait seulement qu'elle était "fille de qualité de Guyenne, âgée seulement de dix-huit ans". Parfois, deux traductions paraissent être la copie presque parfaite l'une de l'autre, malgré des transcripteurs différents. Mais il est une relecture qui, plus que toutes les autres rassemblées ici, semble toucher au plus près des intentions de la grande poétesse grecque, c'est cette relecture incroyable et d'une profonde sensualité, qu'en donne sa lointaine descendante lyonnaise (par la grâce et la musicalité), la poétesse Louise Labé quand bien même n'aurait-on aucune preuve qu'elle ait eu connaissance directe de l'original (on ne sait d'ailleurs même pas avec certitude si celle que l'on a surnommé "la belle cordière" a jamais existé !), qui nous touche encore aujourd'hui tant elle sait dire beaucoup d'un être qui aime :
Je vis, je meurs : je me brule et me noye.
J'ay chaut estreme en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ay grans ennuis entremeslez de joye:
Tout à un coup je ris et je larmoye,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure :
Mon bien s'en va, et à jamais il dure :
Tout en un coup je seiche et je verdoye.
Ainsi Amour inconstamment me meine :
Et quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me treuve hors de peine.
Puis quand je croye ma joye estre certeine,
Et estre au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.
Louise Labé, Sonnet VIII
Quant à ce que l'on peut penser d'un tel étrange ouvrage - sorte de kaléidoscope de traductions/propositions/adaptations/réinventions d'un même et unique texte (imparfaitement) sauvegardé à travers les âges mais capable aujourd'hui encore de parler à notre plus profonde intimité : jalousie, envie, désir, souffrance, amour, mort... -, voici ce qu'en dit, pour conclure, le traducteur et postfacier Philippe Brunet : «Quelle leçon tirer de cette tentative obstinément réitérée d'identification avec celle que les Anciens appelèrent, non sans prophétie, la dixième Muse ? La traduction d'un texte dans une langue donnée témoigne de sa réécriture permanente. Dans le cas présent, elle fait plus que d'offrir une métaphore de la création (Jorge Luis Borges, préface au Cimetière Marin) ou d'ouvrir une histoire de la langue (George Steiner, Lire en frontalier) ou encore de la traduction (le John Donne d'Antoine Berman). de cette accumulation de caricatures, fantômes, clones à des degrés divers, rencontres, liens, de cette mimésis pieusement rejouée de l'une à l'autre, il ressort que l'original se réinvente à chaque génération, que le sérieux des traducteurs et la fantaisie des imitateurs se confondent dans un même acte rituel d'écriture et une même poursuite érotique : l'extrême vérité de Sappho, loin de préexister à ses avatars, se transforme sans cesse pour s'imposer dans la coexistence contradictoire de ses prétendants.»
... Ou comment, parce qu'elle ne cesse d'être réinterprétée, la pensée et l'oeuvre saphique n'en finit jamais de vivre et de revivre toujours et un peu plus, malgré le défi posthume, si souvent oublieux, des générations.
+ Lire la suite
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Rubinowy
  17 mars 2014
Sappho est un poétesse Grecque qui a vécu sur l'ile de Lesbos, très célèbre dans l'antiquité son oeuvre ne subsiste plus qu'à l'état de fragments. Il à donc fallut combler les manques !
Toutes ces présentations (de styles et d'époques différentes) d'une même histoire sont un véritable régal pour le lecteur.
D'une grande sensualité ces poèmes parlent des symptômes de l'amour, provoquent le désir, sublime le langage du corps , caressent les amantes .
Ces poèmes magnifiques s'adressent aux femmes, aux hommes, aux amoureux, aux amoureuses .
Tout y est subtile, suggéré, délicat
Dire que j'aurai pu passer au travers d'un tel chef d'oeuvre .
Transcendant








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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   21 mars 2019
Elle s'endort. (...) Elle voudrait pousser un cri, mais le son s'arrête à la gorge. Le chat-huant immobile la regarde toujours. Elle a peur. Un tremblement nerveux la secoue. Son cœur n'est qu'un frissonnement continu. (...) A demi-soulevée elle n'ose se dresser entièrement ni se recoucher dans l'herbe. Son corps est couvert dune froide sueur. Si au moins Phaon venait (...) Elle écoute. Rien. Pas un bruit. Rien que les heurts précipités de son cœur dans sa poitrine. (...) Il lui semble percevoir, très loin, une rumeur indistincte et monotone. C'est comme le bourdonnement d'une abeille, de milliers d'abeilles voltigeant autour d'invisibles ruches...

Gabriel-Auguste Faure, La dernière journée de Sapphô, 1900.
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Erik35Erik35   20 mars 2019
Il me parait égal aux dieux, le mortel qui, assis près de toi, peut entendre ta douce parole, et voir ton gracieux souris. C'est là le charme qui jette le trouble dans ton ame. Dès que je te vois, je ne puis plus parler, ma langue se glace, un feu subtil circule dans mes veines ; mes yeux ne voient plus ; un bruit confus bourdonne dans mes oreilles ; une sueur froide coule de mon corps ; toute tremblante, plus pâle que l'herbe flétrie, je respire à peine ; il me semble que je vais mourir.
Mais il faut tout oser, puisque, dans la nécessité...

M. Bréghet du Lut, Odes d'Anacréon suivies de Poésie de Sapho, traduites en français et en prose, Paris, 1835.
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Erik35Erik35   14 février 2019
Je vis, je meurs : je me brule et me noye.
J'ay chaut estreme en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ay grans ennuis entremeslez de joye:

Tout à un coup je ris et je larmoye,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure :
Mon bien s'en va, et à jamais il dure :
Tout en un coup je seiche et je verdoye.

Ainsi Amour inconstamment me meine :
Et quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me treuve hors de peine.

Puis quand je croye ma joye estre certeine,
Et estre au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

Louise Labbé
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GrapheusGrapheus   17 décembre 2011
φαίνεται μοι κήνος'ίσος θέοισιν
εμμεν' ώνηρ, οττις ενάντιος τοι
Ίσδάνει και πλάσιον άδυ φωνείσας υπακούει

και γελαίσας ιμέροεν, τό μ' η μάν
καρδίαν εν στήθεσιν έπτόαισεν •
ως γαρ ες σ' 'ίδω βρόχε', ώς με φώναισ' ούδ' εν ετ' ε'ίκει,

άλλα καμ μεν γλωσσά
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LPLLPL   06 avril 2015
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps et transir et brûler.
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Videos de Sapphô (5) Voir plusAjouter une vidéo
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