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Geneviève Leibrich (Traducteur)
EAN : 9782757801512
347 pages
Points (12/10/2006)
3.76/5   131 notes
Résumé :
Tertuliano Maximo Afonso aperçoit dans un film son double parfait.
Horrifié, il visionne d'autres vidéos qui confirment son intuition. Aidé de sa maîtresse, il part à la recherche d'Antonio Claro, cet autre lui-même. Mais deux êtres semblables ne peuvent coexister... Et du désordre de l'identité naît la tragédie.
Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
3,76

sur 131 notes

Allantvers
  19 août 2020
C'est une expérience de lecture vraiment à part de se frotter à la plume de Saramago : d'une impitoyable densité (les passages à la ligne sont rarissimes), elle laisse extrêmement peu de latitude à son lecteur qui non seulement ne peut pas relever le nez de la page, mais de plus est ramené de force dans le texte par le narrateur qui, avec un humour entortillé dans d'interminables phrases, se charge lui-même des divagations. Ainsi le pré-requis est-il d'accepter que l'auteur prenne les commandes et de lui faire confiance, après tout il n'a pas reçu le prix Nobel pour rien.
Comme dans "L'aveuglement", c'est le décalage entre le ton (cet humour teinté de cynisme et de bon sens porté par la voix du narrateur qui nous grésille à l'oreille comme une pythie facétieuse) et le fonds qui m'ont interpellée dans ce roman sombre et vertigineux: démarrant dans la réalité stable et tangible de Tertuliano Alfonso Maximo, morne professeur d'histoire au mi-temps de sa vie, on perd peu à peu pied avec lui à mesure qu'il s'enfonce dans le questionnement existentiel amené par la découverte d'un "autre", acteur de second ordre, qui lui est absolument semblable. Dès lors, notre homme sombre dans l'obsession de façon irrémédiable. La bascule se fait peu à peu, chaque décision effaçant derrière elle le chemin qui l'y a amenée, le destin prend le pas sur la raison dans cette situation inouïe qui ne peut avoir d'issue heureuse.
Un roman troublant qui sur la base d'une intrigue très simple et parfaitement menée questionne en profondeur sur l'identité, la singularité, la fragilité de l'équilibre de chacun.
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Meps
  28 août 2016
Ce livre est le quatrième Saramago que je lis autant dire que la plume du bonhomme me plait. Je trouve une certaine parenté avec Faulkner dans la recherche de se rapprocher le plus possible de la retranscription des flux de pensée des personnages.
C'est le cas ici, où se surajoute un narrateur omniscient et facétieux qui s'observe dans son travail de conteur, bref un vrai jeu de miroir particulièrement adapté au sujet.
Le sujet parlons-en, une trouvaille toute simple et aux multiples conséquences, que je vous laisse entièrement découvrir, pour le plaisir de la surprise. C'est une habitude de l'auteur, une idée de départ simple mais diablement originale dont il exploite ensuite toutes les facettes. Petite déception ici, certaines facilités vers la fin, qui permettent de créer un final hollywoodien qui facilita sans doute la vente des droits au cinema pour le film Ennemy.
Mais ne boudons pas notre plaisir, c'est bien écrit, innovant, intelligent, divertissant. Comment mieux passer le temps qu'en si bonne compagnie !
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Herve-Lionel
  03 mars 2014
N°478– Décembre 2010.
L'AUTRE COMME MOIJosé Saramago– le Seuil
Nous avons tous un sosie, dit-on. Tertuliano Maximo Alfonso, la quarantaine, divorcé solitaire, un peu dépressif, professeur d'histoire découvrira le sien par hasard en louant , sur le conseil d'un collègue de travail, une cassette dont le nom seul est tout un programme « Qui cherche trouve ». le nom de cet homme lui est jusque là inconnu : Daniel Santa-Clara, un obscur acteur de cinéma dont la vraie identité est Antonio Claro. Il est son double parfait. Revenu de sa surprise il va chercher à en savoir davantage à son sujet. Il découvre que 5 ans auparavant, lui-même Tertuliano ressemblait trait pour trait à Antonio. Dès lors, il se met à explorer toute la filmographie où son double apparaît. Ses recherches laborieuses finissent cependant par aboutir et les deux hommes conviennent d'une rencontre. Découvrir son alter-ego exact est toujours un choc. Tertuliano n'y échappe pas. Alors, fantaisie de la nature, occasion de se poser des questions sur sa propre vie, son propre parcours, celle de l'autre... Notre professeur va bousculer les habitudes de sa vie bien rangée, bien morne, jusqu'à convaincre Maria da Paz, la femme avec qui il a une liaison en pointillés, de se livrer à des canulars téléphoniques et postaux ou à user de postiches pour tenter d'espionner celui qui reste pour lui à la fois un mystère et une invitation permanents à en savoir plus à son propos. Cette quête se révèle absurde et inutile et il découvre un personnage aussi falot que lui, acteur de seconde zone, sans grande envergure et sans grand talent, juste un coureur de cachets, vivant comme lui, mais un peu différemment.
Comme toujours on omet quelque chose dans les rapports entre les humains, leurs passions, leurs folies aussi et tout n'est pas aussi simple [« L'âme humaine est une boîte d'où peut toujours sortir un clown grimaçant qui nous tire la langue, mais parfois ce même clown se borne à nous regarder par-dessus le bord de la boîte et s'il voit que nous agissons selon ce qui est juste et honnête, il nous adresse un signe d'approbation avec la tête et il disparaît se disant que nous ne sommes pas un cas entièrement désespéré »] . Est-ce parce que Antonio est un séducteur-né où que son métier d'acteur le pousse naturellement vers les passades? Ce dernier, quand il apprend cette gémellité, se croit obligé de séduire Maria, la compagne de Tetuliano. Celui-ci, partagé entre sa volonté d'éprouver son amie et de pousser au bout cette expérience, finit par accepter la proposition d'Antonio, et ce d'autant qu'il va, lui aussi et à cette occasion, partager une nuit avec Héléna, la femme légitime d'Antonio. Les deux protagonistes soignent le mimétisme jusque dans les moindres détails pour arriver à leurs fins. Pour Antonio, c'est le simple plaisir de séduire une femme, mais pour Tertuliano c'est plutôt l'occasion de sortir de son quotidien, de mettre un peu de sel dans sa vie intime, de remettre en question un amour qu'il met en doute, de pousser jusqu'à l'absurde un jeu un peu ridicule. Las, le hasard s'en mêle, la petite enclouure à laquelle on n'avait pas pensé vient tout remettre en question, la Camarde entre en scène comme une punition d'avoir ainsi voulu brouiller les cartes, comme pour signifier que cela ne peut durer ainsi bien longtemps ! Alors, sanction voulue par l'auteur pour punir les auteurs de ce qui aurait pu rester une bonne blague ou manifestation d'une forme de justice immanente pour qu'on ne fasse pas n'importe quoi ?

Comme à chaque fois, j'ai apprécié l'effet labyrinthique, l'humour subtil et le suspense qui caractérisent le style de Samarago. La manipulation des phrases et des dialogues, la pratique de l'incise, l'emploi anachronique des majuscules, la syntaxe parfois chaotique qui constituent sa singularité sont quand même un peu déroutantes à la longue et ce qui peut passer pour une originalité littéraire finit par lasser. Je regrette, malgré l'intérêt du thème traité, les nombreuses longueurs et digressions dont l'auteur est friand d'autant que le lecteur doit attendre les dernières lignes pour découvrir l'épilogue. L'idée du double et son application littéraire au pseudonyme, les variations sur une personnalité autre que la sienne, la face cachée de soi-même, le principe de l'altérité et les questionnements et les fantasmes qu'elle entraîne inévitablement donnent lieu à des développements passionnants. La perte de la certitude de l'unicité que peut avoir chaque être est angoissant face à la prise de conscience que la société moderne est constituée d'êtres de plus en plus semblables, de plus en plus standardisés. L'étude des passions et des travers humains est habillement menée et jusqu'à la dernière ligne le lecteur se demande encore qui est qui.
J'avais déjà été intéressé par la découverte de cet auteur [« Tous les noms » et « Les intermittences de la mort » -La Feuille volante n° 475 et 476] . Malgré une première approche un peu difficile de ce roman, je n'ai pas été déçu.

©Hervé GAUTIER – Décembre 2010.http://hervegautier.e-monsite.com
Lien : http://hervegautier.e-monsit..
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Neneve
  16 mars 2022
Mon deuxième Saramago, et jusqu'ici c'est un sans-faute. Dans ce livre nous suivons de ce professeur qui trouve un sosie, un autre lui. le même visage, les mêmes expressions, la même voix, la même manière de se mouvoir, de se déplacer. Troublant. Mais trop pour l'homme, et l'un des deux doit disparaître. Une spirale infernale. Lire du Saramago, c'est accepté de se livrer à une lecture particulière. Beaucoup de pages sans paragraphes, sans dialogue. Une impression d'étouffement, mais le lecteur sait qu'il arrivera au bout de quelque chose d'unique. Il faut s'accrocher. Et quand on s'accroche, nous sommes bluffés. Saramago amène son lecteur exactement là où il veut. de la plus brillante des façons. Une histoire à rendre fou. Une bonne lecture.
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Bazart
  27 septembre 2014
N'aytant pas pigé grand chose au film de Denis Villeneuve, Enemy, sorti en salles depuis le 27 aout dernier, j'espérais que la lecture du livre de José Saramago, dont le film de Villeneuve est adapté puisse me donner pas mal d'éclaircissements aux films, j'en fus bien pour mes frais tant le roman m'a paru tout autant opaque et abscons, rajoutant peut -être encore plus de confusion..
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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Citations et extraits (52) Voir plus Ajouter une citation
AllantversAllantvers   17 août 2020
Etrange relation que celle que nous entretenons avec les mots. Nous en apprenons quelques uns quand nous sommes petits, tout au long de notre existence nous en recueillons d'autres qui viennent jusqu'à nous par le biais de l'instruction, de la conversation, de la fréquentation des livres et pourtant, en comparaison, il y en a fort peu dont a significations, les acceptions et les sens ne susciteraient aucun doute dans notre esprit si un jour nous nous posions sérieusement la question. C'est ainsi que nous affirmons et nous nions, c'est ainsi que nous convainquons et nous sommes convaincus, c'est ainsi que nous argumentons, déduisons et concluant, discourant imperturbablement en nous en tenant à la surface de concepts sur lesquels nous n'avons que des idées très floues, et malgré la fausse assurance que nous feignons d'avoir en avançant à tâtons au milieu du brouillard verbal, nous finissons tout de même par nous comprendre tant bien que mal et parfois même par nous rencontrer.
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MepsMeps   24 août 2016
L'Histoire que Tertuliano Maximo Afonso a pour mission d'enseigner est comme un bonsaï auquel il faut de temps en temps couper les racines pour qu'il ne grandisse pas, miniature infantile de l'arbre gigantesque des lieux et du temps et de ce qui s'y passe, nous regardons, nous notons l'inégalité des tailles et nous en restons là, nous negligeons d'autres différences non moins flagrantes, par exemple qu'aucun oiseau, fût-ce le minuscule colibri, ne pourrait bâtir son nid dans les branches d'un bonsaï, et s'il est vrai qu'un lézard peut s'abriter dans son ombre chiche à condition que sa frondaison soit assez fournie, la queue du reptile, plus que probablement, restera en dehors.
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foxinthesnowfoxinthesnow   04 juillet 2018
Conformément aux conventions traditionnelles du genre littéraire appelé roman et qui devra continuer à s'appeler ainsi tant que l'on n'aura pas inventé une désignation plus conforme à ses configurations actuelles, cette description allègre, organisée en une séquence simple de données narratives dans lesquelles aucun élément négatif n'a été introduit délibérément et artificieusement afin de préparer la mise en scène d'un contraste qui, comme le voudraient les objectifs de l'écrivain de fiction, pourrait être aussi bien dramatique que brutale ou terrifiante, par exemple un cadavre baignant par terre dans son sang, un consistoire de revenants, un essaim de bourdons furieusement en rut qui prendraient le professeur d'Histoire pour leur reine, ou, pis encore, tout cela réuni dans un seul et même cauchemar, dès lors que, comme cela a été démontré à satiété, l'imagination des romanciers occidentaux ne connaît pas de limites, tout au moins depuis Homère, déjà cité, lequel, tout bien considéré, fut le premier de tous.
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foxinthesnowfoxinthesnow   04 juillet 2018
Effectivement, on ne sait jamais très bien à quoi servent les victoires, dit le professeur de Mathématiques avec un soupir, En revanche, les défaites, on sait très bien à quoi elles servent, surtout ceux qui ont lancé dans la bataille tout ce qu’ils sont et tout ce qu’ils possèdent, mais personne ne fait grand cas de cette leçon permanente de l’Histoire, On dirait que vous êtes fatigué de votre travail, Peut-être bien, nous continuons à mettre toujours le même assaisonnement dans les plats habituels, rien ne change, Songeriez-vous à quitter l’enseignement, Je ne sais pas vraiment, ni même vaguement, ce que je pense ou ce que je veux, mais j’imagine que ce serait une bonne idée, De quitter l’enseignement, De quitter n’importe quoi. (p. 75)
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MarcBibliothecaMarcBibliotheca   03 novembre 2009
Étrange relation que celle que nous entretenons avec les mots. Nous en apprenons quelques-uns quand nous sommes petits, tout au long de notre existence nous en recueillons d'autres qui viennent jusqu'à nous par le biais de l'instruction, de la conversation, de la fréquentation des livres et pourtant, en comparaison, il y en a fort peu dont la signification, les acceptions et les sens ne suscitent aucun doute dans notre esprit si un jour nous nous posions sérieusement la question. C'est ainsi que nous affirmons et que nous nions, c'est ainsi que nous convainquons et que nous sommes convaincus, c'est ainsi que nous argumentons, déduisons et concluons, discourant imperturbablement en nous en tenant à la surface de concepts sur lesquels nous n'avons que des idées très floues, et malgré la fausse assurance que nous feignons d'avoir en avançant à tâtons au milieu du brouillard verbal, nous finissons parfois même par nous rencontrer.
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Videos de José Saramago (80) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de José Saramago
Charlotte Ortiz, traductrice de "Traité sur les choses de la Chine" de Frei Gaspar da Cruz (ouvrage à paraître) nous fait le plaisir de nous parler de deux livres importants pour elle. "L'aveuglement" de José Saramago, roman parlant d'une pandémie ... elle vous en dira plus et, "Européens et japonais, traité sur les contradictions et les différences de moeurs" de Luís Froís où il est question, entre autres, de genre, de cuisine et de belles perspectives ;) !
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