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Geneviève Leibrich (Traducteur)
ISBN : 2020403439
Éditeur : Seuil (09/03/2000)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 462 notes)
Résumé :
Un homme devient soudain aveugle. C'est le début d'une épidémie qui se propage à une vitesse fulgurante à travers tout le pays. Mis en quarantaine, privés de tout repère, les hordes d'aveugles tentent de survivre à n'importe quel prix. Seule une femme n'a pas été frappée par la "blancheur lumineuse." Saura-t-elle les guider hors de ces ténèbres désertées par l'humanité ?
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Critiques, Analyses & Avis (75) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
21 février 2016
Saramago, ce diable de Saramago… On comprend aisément à la lecture de L'Aveuglement que cette oeuvre ait marqué celles et ceux qui l'on lue. BLAM ! la claque ! Parce que ce petit pépère, avec ses grosses lunettes et son air de ne pas y toucher, nous envoie en pleine face l'immonde, l'indicible vérité ; la puanteur ensevelie en chacun de nous et qu'on juge totalement inavouable.
Inavouable parce qu'on a honte de nous même, parce qu'on a honte de se savoir fait de cette argile-là. Argile qui vue d'ici ressemble comme deux gouttes d'eau à de la merde. Oui, le mot est cru mais il n'en existe pas d'autre pour exprimer avec autant de force tout le dégoût qu'il contient. Fange, c'est trop joli, ça rime avec ange, alors que l'autre, il ne rime qu'avec lui-même ou bien des dérivés comme " emmerde ", " démerde " et, à la rigueur certaines formes conjuguées du verbe " perdre ".
Bon, je l'avoue, ce n'est pas tout à fait un hasard si j'ai choisi ces quatre mots car ils résument à eux seuls tout ce qui attendrait une communauté frappée d'aveuglement. D'abord ils perdent, puis viennent les emmerdes, alors il faut qu'ils se démerdent et finalement, ils pataugent tous dans leur … bon, bref, je vous laisse imaginer la suite.
Ce livre est vraiment étonnant et incroyable, car avec rien ou presque, en étant pourtant complètement dans le réel, en introduisant simplement une toute petite variable, il nous plonge dans la science-fiction pure et dure : c'est implacable.
Un truc tout bête : une personne tombe aveugle subitement en pleine rue au volant de sa voiture. En soi, même si c'est peu probable, on se dit que ça pourrait arriver. L'élément narratif qui modifie tout, c'est que cette pathologie est contagieuse ; toute personne approchant de cet aveugle le devient elle aussi en quelques minutes ou quelques heures.
Si bien que ce cas isolé ne tarde pas à devenir une épidémie sans précédent. Voilà, la science-fiction s'arrête ici, ensuite, il suffit juste de laisser agir l'humain sur cette mixture pour voir ce qui arrive. (Vous qui avez des yeux, profitez-en.)
Et là, c'est l'apocalypse ! Pas besoin d'être particulièrement clairvoyant pour s'apercevoir que José Saramago a une assez piètre opinion de l'humain en général et, malheureusement, nous ne saurions totalement lui donner tort. Se recrée alors un univers concentrationnaire, se recréent alors l'enfer pestilentiel des villages de pestiférés ou des ravages du choléra tels qu'ont pu nous les décrire Albert Camus ou Jean Giono.
Toutefois avec cette nuance supplémentaire, à savoir qu'ici, le mal ne tue pas et donc qu'il autorise toutes les sauvageries, toutes les bestialités, toujours présentes en l'humain, en chacun de nous, et que le vernis social n'a qu'assoupi, conjoncturellement assoupi. L'histoire des camps de la Seconde guerre mondiale prouve, à qui en douterait encore, qu'en situation extrême les victimes se transforment facilement entre-elles en abjects bourreaux, en bêtes immondes dénuées de toute " humanité ".
José Saramago nous rappelle avec amertume que c'est pourtant " ça ", l'humain. Eh oui, on n'ose pas y croire, on en a honte, on ne veut pas le voir, et pourtant, c'est sans doute ce qu'il y a de plus universellement " humain " dans l'humain : la bestialité de son instinct de survie.
Cette première partie du livre, au sein du centre fermé destiné à recevoir les personnes frappées de cécité tandis que le reste de la société continue à fonctionner m'a littéralement enthousiasmée. Je la trouve horrible, absolument écoeurante mais je la trouve juste, bien sentie, très crédible, en tous points exceptionnelle. En revanche, j'ai été moins séduite par le second temps du roman, hors du centre fermé.
On sent que l'auteur a cherché à atténuer un peu son propos, à rendre l'humain un peu plus fréquentable, à ne pas passer pour un pur misanthrope. Selon moi, c'est une erreur : je trouve qu'il fait perdre un peu de sa puissance au livre. Mais cela n'engage que moi, comme je l'écris souvent.
Il faut maintenant en venir au message de cette seconde partie d'ouvrage, qui me semble intéressante aussi, mais dont j'ai moins aimé le traitement. En deux mots, le fait que nous sommes aveugles en croyant voir. Nous survolons, nous croyons connaître en ne faisant qu'effleurer, tant les choses, que l'organisation sociale à laquelle nous appartenons, que les gens que nous côtoyons. Nous nous figurons les connaître en n'examinant que leur " épiderme " psychique.
Nous sommes tellement, tellement plus complexes ; le monde dans lequel nous évoluons est tellement, tellement autre chose que ce que nous croyons qu'il est après un examen rapide, trop rapide, ce à quoi nous nous arrêtons communément.
On peut très certainement y lire aussi une forme d'avertissement d'ordre plus politique. La notion floue " d'intérêt général " qui pousse les états à parquer des hommes comme des bêtes dans un centre clos dénué de tout, même de l'essentiel. Et si l'aveuglement c'était ça aussi ? Notre cécité à percevoir la tyrannie dans ce qui se donne des airs démocratiques au-dessus de tout soupçon ?
Donc, prenons le temps… Explorons, avec tous nos sens si possible… Détachons-nous de notre aveuglement, et… lisons Saramago. Mais ce n'est bien évidemment qu'un modeste avis, qui n'y voit que d'un oeil, c'est-à-dire, pas grand-chose.
N. B. : Je tiens à remercier chaleureusement André qui m'a offert et permis de découvrir ce livre. Cette critique lui est amicalement dédiée ; il se reconnaîtra.
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andman
24 janvier 2015
L'Aveuglement” est le roman le plus captivant qu'il m'ait été donné de lire depuis longtemps mais aussi celui que j'ai refermé avec le plus grand soulagement. Son atmosphère oppressante et nauséabonde, rien que d'y penser j'en ai la chair de poule !
Imaginez une pandémie qui, en quelques semaines, frappe de cécité la population dans son ensemble ! La dimension extraordinaire et brutale du cataclysme empêche la mise en place de la moindre organisation salvatrice et engendre un chaos absolu.
Sans eau, sans électricité, les aveugles errent en groupes disparates à la recherche de nourriture qui jour après jour se raréfie dans les magasins saccagés. Les personnes les plus vulnérables expirent dans la rue au milieu des voitures abandonnées et des déjections de toutes sortes. Les cadavres encore chauds sont la proie de chiens faméliques, de rats énormes, d'oiseaux nécrophages...
Le lecteur accompagne un groupe d'une dizaine de personnes, les toutes premières victimes du fléau mises en quarantaine, qui dans son malheur a la chance inespérée de compter en son sein une femme qui voit encore. Cette dernière par prudence feint la cécité et seul son mari, médecin ophtalmologue, est au courant de cette heureuse anomalie du destin.
Avec “L'Aveuglement”, paru en 1995, le futur Nobel José Saramago signe une fiction incroyablement réaliste dans laquelle la bestialité prend rapidement le pas sur toute humanité. Heureusement le comportement altruiste et l'intelligence de la femme du médecin atténuent quelque peu la noirceur ambiante !
L'étrangeté de cette fiction est encore accentuée par la syntaxe singulière de l'écrivain portugais chez qui la virgule est reine.
Constamment collé aux basques des protagonistes dans leurs déplacements à tâtons, le lecteur sidéré par le degré apocalyptique de l'intrigue fera jusqu'au dénouement... les yeux ronds.
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fredho
20 juillet 2015
Au feu vert, les voitures s'élancent mais dans une file d'attente une voiture est arrêtée, les klaxons s'acharnent, des conducteurs excédés sortent pour pousser la voiture encombrant la circulation, mais l'homme à l'intérieur, paniqué, gesticule et crie : « je suis aveugle »… C'est le début d'une indicible épidémie qui s'abat sur le pays à une vitesse foudroyante, les gens sont subitement frappés par une lumière blanche et aveuglante. Seule une femme n'est pas touchée par l'épidémie, ses yeux deviendront précieux pour ces aveugles privés de tout repère.
La prunelle de nos yeux est précieuse mais savons-nous voir l'essentiel, «sommes nous des aveugles qui, voyant, ne voient pas ». Faut-il devenir aveugle pour réellement voir ce qu'il y a de plus caché en nous. Bandez vos yeux et imaginez ce que serait le monde si nous devenions tous aveugles. Saramago l'a étonnamment imaginé et nous raconte ce que serait le monde sans nos yeux.
Un roman paradoxalement lumineux qui m'a entrainée parmi cette horde d'aveugles anonymes, perdus et réduits aux mêmes conditions.
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gouelan
26 mars 2016
Les hommes sont aveugles, mais ils ne le savent pas encore. Indifférents, malveillants, mais encore vivants. Tout à coup, une blancheur lumineuse emplit le champ de vision d'un homme, effaçant couleurs, formes, visages. Le voilà terrifié, seul et sans repères. La cécité blanche se propage parmi les hommes, faisant de ces nouveaux aveugles des pestiférés, que l'on va bien vite abandonner dans des camps.
C'est le chaos, l'horreur, l'indicible. Des scènes semblables à ce que l'humanité a déjà vécu, lorsque l'homme devient une bête sauvage, sauf que dans ce cas-là, la bête sauvage est aveugle.
Quelle est cette cécité blanche qui laisse l'homme errer à l'aveuglette et dévoile « en pleine clarté », sans qu'il puisse ne rien cacher, sa nature la plus odieuse, la plus honteuse?
Dans ce monde apocalyptique, nous suivons un groupe d'individus internés dans un hôpital de fous. Ils ne sont pas fous, ils sont aveugles, à part une femme qui leur servira de guide, son mari ophtalmologue n'étant plus d'aucun secours dans ce nouvel univers. Dans ce monde on oublie les apparences, on se rattache à un son de voix, à un geste de tendresse, à une écoute attentive. Dans ce camp, l'intimité n'existe pas, l'hygiène est impossible, la faim et la peur commandent.
Ce petit groupe réuni autour de la femme qui voit va se retrouver comme voguant sur un océan de cruauté, dont les vagues de violence tentent de les faire couler. La barque résiste aux assauts de la tempête. À demi morts mais encore à demi vivant, émergeant de l'aveuglante blancheur du monde, capables encore de voir malgré leur cécité. Comme s'ils s'étaient tournés à l'intérieur d'eux –mêmes, à la recherche des sentiments perdus, des mots qui manquent, cherchant une étincelle d'espoir pour « éteindre cette cécité ».
On peut être aveugle de bien des façons. Il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.
« C'est une vieille habitude de l'humanité que de passer à côté des morts sans les voir. »
Oui, nous voyons, pour la plupart, mais les apparences, les ombres, la peur, l'égoïsme nous aveuglent. Notre vue manque de sincérité, de vérité. Voir c'est autre chose, un peu comme le dit le Petit Prince.
L'aveuglement est un roman percutant, dérangeant, qui nous oblige à ouvrir les yeux sur la noirceur de l'humanité. J'ai beaucoup aimé l'écriture. Des phrases courtes, des dialogues sans tirets, guillemets, ou retours à la ligne. Comme pour nous mettre dans la peau d'un aveugle, qui ne sait pas qui a parlé, qui ne sait pas où diriger son regard.
Les personnages n'ont pas vraiment d'identité non plus, ils se confondent dans la masse, tous égaux, tous aveugles. L'apparence ne compte plus. L'homme médecin des yeux, qui ne sert plus à rien, la femme guide, qui aimerait parfois ne plus voir, le vieil homme, qui n'est pas si vieux, la femme aux lunettes teintées, qui dévoile sa sensibilité, le garçon devenu orphelin que la jeunesse sauve du désespoir.
« Chaque jour je verrai moins, même si je ne perds pas la vue je deviendrai plus aveugle chaque jour parce qu'il n'y a plus personne pour me voir. »
Ne pas fermer les yeux, éclairer le monde, effacer les ombres, pour que le monde ne devienne pas aveugle et sans espoir.
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bilodoh
28 mai 2015
Difficile de ne pas se laisser aveugler par l'admiration pour ce roman qui présente un mélange de fiction sociale et de huis clos psychologique, dans un style d'écriture tout à fait particulier.

À première vue, c'est la mise en page qui saute aux yeux, une écriture qui semble faire une économie d'alinéas qui donne au texte une fausse apparence de densité alors qu'en fait, on y trouve une prose tout à fait accessible et de nombreux dialogues.

À l'aveuglette, on rencontre ensuite les personnages, des personnes qui n'ont pas de nom : ce sont la femme du médecin, la fille aux lunettes noires, le premier homme, etc. Comme si les protagonistes devaient garder une forme d'anonymat, des gens qui vivent dans le présent de l'histoire, mais que l'on ne connaît pas vraiment.

Par les yeux de l'auteur, on observe le déroulement de l'action, l'épidémie de cécité qui touche la population, les amours, les meurtres, des situations qui explorent divers aspects de la condition humaine.

On apprécie l'humour voire même la dérision dans le commentaire social, la lumière qui nous fait voir aussi jusqu'à quel point notre monde compte sur nos yeux : que deviendraient tous ces livres et toutes ces oeuvres d'art sans des yeux pour les lire et les contempler ?
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Citations & extraits (108) Voir plus Ajouter une citation
araucariaaraucaria26 juillet 2017
Tu n'as encore rien fait qui soit vraiment répréhensible. Comment peux-tu le savoir, tu n'as jamais vécu avec moi. Oui, je n'ai jamais vécu avec toi, Pourquoi répètes-tu mes paroles sur ce ton, Quel ton, Le ton que tu as pris. J'ai seulement dit que je n'avais jamais vécu avec toi, Le ton, le ton, ne fais pas celui qui ne comprend pas, N'insiste pas, je t'en prie, Si, j'insiste, j'ai besoin de savoir, Revenons aux espoirs, Bon, revenons-y. L'autre exemple d'espoir que j'ai refusé de dire c'est ça, Ca quoi, La dernière autorécrimination de ma liste, Sois plus clair, s'il te plaît, je ne comprends rien aux charades, Le désir monstrueux que nous ne recouvrions pas la vue, Pourquoi, Pour continuer à vivre comme ça, Tu veux dire tous ensemble, ou bien toi avec moi, Ne m'oblige pas à répondre, Si tu étais juste un homme tu pourrais éluder la réponse, comme font tous les hommes, mais tu as dit toi-même que tu étais un vieillard, et un vieillard, si avoir vécu aussi longtemps a un sens, ne devrait pas tourner le dos à la réalité, réponds, Moi avec toi, Et pourquoi veux-tu vivre avec moi, Tu veux que je le dise devant tout le monde, Nous avons fait les uns devant les autres les choses les plus sales, les plus laides, les plus répugnantes, ce que tu as à me dire n'est sûrement pas pire, Eh bien si tu le veux, soit, parce que l'homme que je suis encore aime la femme que tu es, Ca t'a donc tant coûté de faire une déclaration d'amour, A mon âge, le ridicule fait peur, Tu n'as pas été ridicule, Oublions ça, je t'en supplie, Je n'ai pas l'intention d'oublier ni de te laisser oublier. C'est absurde, tu m'as obligé à parler, et maintenant, Et maintenant c'est mon tour, Ne dis rien que tu puisses regretter, rappelle-toi la liste noire, Si je suis sincère aujourd'hui, qu'importe que je doive le regretter demain, Tais-toi, Tu veux vivre avec moi et je veux vivre avec toi, Tu es folle, Nous vivrons désormais ensemble ici comme un couple et nous continuerons à vivre ensemble si nous devons nous séparer de nos amis, deux aveugles doivent pouvoir voir plus qu'un aveugle, C'est de la folie, tu n'es pas amoureuse de moi, Qu'est-ce que c'est cette histoire d'être amoureuse, je n'ai jamais été amoureuse de personne, j'ai juste couché avec des hommes, Tu me donnes raison, Ce n'est pas vrai, Tu as parlé de sincérité, dis-moi donc s'il est vraiment vrai que tu m'aimes, Je t'aime assez pour vouloir être avec toi, et c'est la première fois que je dis ça à quelqu'un... (...)
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araucariaaraucaria25 juillet 2017
La vieille du premier étage ouvrit doucement la fenêtre, elle ne veut pas qu'on sache qu'elle a cette faiblesse sentimentale, mais aucun bruit ne monte de la rue, ils sont déjà partis, ils ont abandonné ce lieu où presque personne ne passe, la vieille devrait être contente, ainsi elle n'aura pas à partager avec autrui ses poules et ses lapins, elle devrait être contente mais elle ne l'est pas, deux larmes sourdent de ses yeux aveugles et pour la première fois elle se demanda si elle avait une raison quelconque de continuer à vivre. Elle ne trouva pas de réponse, les réponses ne viennent pas toujours quand elles le devraient, et il arrive même souvent que la seule réponse possible soit de rester simplement à les attendre.
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araucariaaraucaria24 juillet 2017
La jeune fille aux lunettes teintées alla se placer derrière la femme du médecin, suivie, dans l'ordre, par la femme de chambre, la réceptionniste du cabinet médical, la femme du premier aveugle, celle dont on ne connaît pas l'identité, et enfin l'aveugle insomniaque, file grotesque de femelles malodorantes, vêtues de loques immondes, on a du mal à croire que la force animale du sexe soit puissant au point d'aveugler l'odorat qui est le plus délicat des sens, il est même des théologiens qui affirment, peut-être pas exactement avec ces mêmes mots, que la plus grande difficulté à vivre raisonnablement en enfer vient de l'odeur qui y règne. Lentement, guidées par la femme du médecin, une main sur l'épaule de la précédente, les femmes se mirent en route.
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araucariaaraucaria23 juillet 2017
Le portail fut grand ouvert. Poussé par les habitudes de la caserne, le sergent fit former des colonnes de cinq, mais les aveugles ne réussissaient pas à respecter ce nombre, soit ils étaient trop nombreux, soit pas assez, ils finirent par s'entasser tous à l'entrée, en bons civils qu'ils étaient, sans aucun ordre, sans même songer à faire passer devant les femmes et les enfants, comme dans les autres naufrages.
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araucariaaraucaria18 juillet 2017
Le premier aveugle fit un mouvement comme pour se libérer des mains qui le retenaient, mais sans forcer, comme s'il avait compris que l'indignation, fût-elle justifiée, ne lui restituerait pas sa voiture et que sa voiture ne lui restituerait pas ses yeux. Mais le voleur se fit menaçant, Si tu crois que tu vas t'en sortir comme ça, tu te trompes lourdement, je t'ai volé ta voiture, oui, c'est moi qui te l'ai volée, mais toi tu m'as volé la vue, va savoir qui de nous deux est le pire voleur.
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