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Claude Fages (Traducteur)
EAN : 9782020115414
312 pages
Seuil (01/02/1990)
3.94/5   59 notes
Résumé :
"La Péninsule Ibérique s'est éloignée soudain, tout entière et d'un seul tenant, de dix mètres à la fois" : un gigantesque navire terrestre se détache du continent européen pour retrouver, dans un périple nomade, ses origines, le berceau de sa nostalgie - l'Afrique. Embarqués dans cette étrange dérive qui bouleverse l'ordre des choses, les habitants tentent de ne pas céder à la panique. Une épopée baroque, fantastique.
Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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Erveine
  15 décembre 2014
J'aime José Saramago et j'ai peine à quitter le radeau de pierre.
Tandis que la péninsule Ibérique se détache de l'Europe, qu'elle dérive et menace de frapper les Açores, tout un mouvement parallèle hormis terrestre, se met en branle.
Il s'agit pour tous les habitants de quitter le littoral au plus vite pour s'enfoncer dans les terres afin de survivre au cataclysme. Et, comme plus prodigieuse encore que l'annonce imminente de la mort, des phénomènes humains se font ressentir, comme une prophétie qui se joue du destin des hommes autant que des données recueillies par les différents stratèges, les politiques, scientifiques, sismologues, tantôt affirmant, tantôt récusant les conséquences de la faille enregistrée dans l'écorce terrestre, la dérive des continents, le devenir de la péninsule Ibérique, et enfin son rattachement à l'Europe. Il s'ensuit paradoxalement, un irrémédiable rapprochement des êtres qui se soudent entre eux par tous les élans possibles que recèlent les dons d'humanité. Il n'est pas un animal qui ne trouve sa place dans cette harmonie nouvelle qui regroupe chacun des cinq, puis des six personnages, dont deux couples, du chien, de l'âne, d'un cheval puis de deux, au cours de cet exode vers les Pyrénées où chacun veut voir, pour l'avoir vu de ses propres yeux, la faille et le lieu précis de la rupture.
Au cours de cette épopée, circulent à bord d'une vieille guimbarde tirée par deux chevaux nos six personnages, dont un âne et le chien qui n'a pas son pareil pour guider et transmettre des informations de premier ordre pour la bonne marche de l'expédition ; de même, chacun agira comme une entité non négligeable pour assumer son rôle et oeuvrer au plein épanouissement du groupe, quand bien même il lui faudra outrepasser ses propres règles ou tabous. Il adviendra de cette harmonie que les femmes engendreront une descendance dont l'auteur a sciemment laisser planer le doute quant aux géniteurs, afin de donner toute sa place à l'imaginaire et peut-être aussi pour veiller à intégrer d'une manière transcendantale, Pedro Orce, le personnage vieillissant, vacillant puis mourant, dans le monde de demain.
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Mimi6231
  02 juin 2021
Un naufrage
Une idée originale, une histoire intéressante... ou plutôt une histoire qui aurait pu être intéressante.
Les personnages principaux font partie des rares qui ont pressenti ce qui va arriver. Cela les mène sur la route où, en cherchant leur chemin ceux-ci vont se croiser.
Cet auteur bénéficie de l'aura de sa reconnaissance littéraire et, ce qui serait âprement critiqué dans d'autres romans comme étant une histoire sans imagination fleurant bon l'eau de rose, devient ici pour certains un trait de génie.
De même pour l'écriture. le style est lourd, des phrases bien souvent incompréhensibles sans être relues trois fois et encore n'est-on pas certain de l'intention de l'auteur. le récit traîne en longueur, tourne en rond, se répète, devient rapidement ennuyeux.
Oui aux livres qui interpellent, posent des questions en n'apportant pas de réponse, laissant au lecteur le soin de se les trouver mais ce type d'ouvrage n'apporte rien. Il pose une situation de départ qui surprend, saupoudre le tout de quelques réflexions qui se veulent philosophiques mais ne noie dans un délire que certains qualifient de poétique mais que pour ma part je considère plutôt comme un fouillis prétentieux.
Certes cet auteur est reconnu par un prix Nobel, tout comme le fut Camus et c'est là une reconnaissance. Une reconnaissance qui me laisse le même goût que celle de Camus après avoir lu la peste. Qu'elle est l'intention de l'auteur, où veut-il nous emmener, que veut-il vraiment soulever comme questions ?
Ces écrits demandent un décodage nécessitant un apprentissage, comme tout code, se réservant non pas à une pseudo élite mais plutôt à une confrérie d'adorateurs de ce type d'écrits, compliquant à souhait ce codage pour éviter l'accès aux non initiés, comme le firent les grammairiens aux Moyen-âge.
La confusion, et non le partage ou l'accumulation, des genres est complète. Parti d'un roman "classique", on passe dans le fantastique, puis dans le pseudo poétique, avant d'arriver à l'anarchique en passant par un délire fantastique auquel il ne manque que quelques personnages surnaturels pour passer dans le fantasy. La seule cohérence réside dans l'incohérence de l'assemblage.
Ce type d'ouvrage participe de l'entreprise de démolition du goût de lire que mènent les programmes de Français au lycée. Nombre de lecteurs se sont détournés de l'écrit suite à ces deux années dévastatrices. Pour ma part, c'est depuis cette date que la poésie a perdu toute sa séduction et m'en a fait m'en détourner totalement.
Certains aiment et ceci est une excellente chose mais ce qui est insupportable c'est que ces personnes décrètent faire une référence de tels ouvrages, dénigrant des auteurs qu'ils ne reconnaissent pas, essentiellement parce qu'ils sont compréhensibles de la plupart.
Cela m'arrive rarement mais j'ai abandonné cet ouvrage, l'histoire n'avançait pas, le contenu ne m'apportait rien, n'ouvrait aucune porte, ne définissait aucune piste, ne touchait aucun point sensible ou intellectuel, brassait du vent. J'avais l'impression de lire un discours de politicien : donner l'illusion de dire quelque chose mais en fait ne brasser que du vent.
Ce radeau, malgré sa taille n'était pas prêt à affronter les éléments. le naufrage n'était pas loin.
Ce genre d'écrit est à l'opposé de que devrait être la littérature pour moi. Les mots doivent être au service de l'écrivain et du lecteur, ils doivent permettre d'interroger sur des idées, des concepts. Mozart disait "je cherche les notes qui s'aiment". Cela devrait être le cas pour les mots, ce qui est loin d'être le cas ici. On se trouverait davantage dans le concept de l'art moderne, conceptuel, où les explications de l'auteur ainsi qu'un guide pour comprendre le sens de celui-ci s'avère indispensable.
Il me reste toujours la sensation que ces auteurs ont l'esprit bouillonnant mais se laissent envahir par ce bouillonnement et peinent à structurer leur pensée, à l'exposer clairement.
"Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement" comme disait Boileau.
Soit on est loin de cela, soit on plonge dans un art conceptuel mais en aucun cas on n'est dans un écrit de communication aux intentions claires.
Un livre bourré d'idées intéressantes mais présentées dans un tel galimatias qu'il en rend la lecture totalement inutile. Peut-être suis-je trop cartésien.
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bdelhausse
  23 mai 2016
J'ai peiné pour terminer ce road book... cette fuite en avant des personnages aux prises avec une pénisule hispanique qui se fait la malle et s'éloigne du continent.
Le sujet est pourtant intéressant, au-delà du premier degré surréaliste. Allégorique. Prémonitoire, presque. Et cela vaut une belle réflexion sur l'être, sur le sens des choses, le pourquoi, le comment, les dérives, le lâcher prise... Bref, un roman profond, à tiroirs.
C'est le style qui m'a posé quelque problème. Et la lenteur du récit, en parallèle avec la lenteur de la dérive du morceau de contient détaché. le style est particulier... les dialogues non annoncés sont placés dans le corps du texte, simplement introduits par une majuscule au milieu d'une phrase, souvent dépourvue de ponctuation. Bref, parfois je mettais du temps à voir qu'il s'agissait d'un dialogue, et retrouver qui parlait et à qui, ce n'était pas toujours très aisé...
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Sara2a
  09 mai 2014
Les grecs situaient la porte des enfers au niveau des Pyrénées, c'est cet endroit que choisi José Saramengo pour faire apparaître une faille profonde qui va faire que la péninsule ibérique va se détacher du continent Européen.
Un vieux pharmacien du Sud profond de l'Espagne sent la terre trembler alors qu'aucun appareil sophistiqué ne détecte le moindre tremblement de terre.
Un homme au Portugal voit ses forces décupler sans raison logique.
Un autre portugais semble avoir attiré tous les étourneaux du pays au dessus de sa tête. Une portugaise trace à l'aide d'un vulgaire bâton un trait dans le sol, trait qui ne se refermera jamais et une autre femme attend en Galice cet étrange quatuor qui viendra à elle grâce à un étrange chien sans cordes vocales.

Vous trouvez ça loufoque ?
Le roman ne l'est pourtant pas , José Saramago va nous entrainer dans une aventure héroïque qui m'a ,pour ma part, totalement subjuguée.
José Saramago écrit de façon atypique. Une ponctuation minimaliste, des dialogues sans signalisation bien évidente, une érudition élégante et poétique qui lui sont propres, font de ce roman une curiosité littéraire que j'ai énormément apprécié. La voix du narrateur est incisive, pleine d'humour et de tendresse.

José Saramago raconte si bien, au cours de cette lecture j'ai souvent quitté à regret ces pages impatiente de poursuivre cette histoire .

La péninsule Ibérique n'est pas choisie au hasard par l'auteur lusitanien qui au travers de ce roman tient à faire entendre sa voix. Ce roman écrit en 1986, l'année où l'Espagne et le Portugal rentrent au sein de la Communauté Européenne, est empli de symbolique. José Saramago joue avec les controverses et exprime ses doutes et ses rancoeurs vis à vie de cette Europe plus stable au niveau politique et plus saine au niveau économique qui se retrouve liée à cette pauvre péninsule, blessée par le franquisme, appauvrie par les guerres civiles. C'est un roman qui avec le recul à des relents amers de clairvoyance .
Je vous le recommande donc , tout en sachant qu'avec José Saramago il faut aller au-delà des apparences, surmonter la difficulté typographique pour avoir accès à cet esprit riche et sensible qu'était le sien
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Esorlecram
  10 mars 2015
Si l'auteur n'était pas un incorrigible bavard, et s'il n'y avait le dernier chapitre qui laisse le lecteur sur sa faim, on pourrait à nouveau crier au chef d'oeuvre.
Un beau jour, la péninsule ibérique se sépare de la France au niveau des Pyrénées et se met à voguer tranquillement vers les Açores, puis vers les Amériques, pour finir par tourner sur elle-même et se stabiliser, mais jusqu'à quand? Quatre personnes qui ne se connaissent pas se demandent si elles ne sont pas responsables du phénomène, chacune ayant vécu un événement peu banal : l'une a griffé le sol au moyen d'un bâton...mais la trace ne peut plus être effacée; une autre a lancé une lourde pierre à une distance incroyable vu le poids de la pierre; une troisième sent en permanence la terre trembler sous ses pieds , alors qu'aucun sismographe ne détecte le moindre mouvement; la quatrième se promène toujours entourée d'une multitude d'étourneaux (les oiseaux d' Hitchcock sans la terreur!). Ces trois Portugais et cet Espagnol vont se rencontrer et entreprendre ensemble un voyage sans un but bien précis, si ce n'est celui de découvrir les raisons du phénomène. S'ajoutera à eux une dame reliée par un fil bleu de longueur quasi infinie à un chien errant...
On le voit, le roman est quelque peu surréaliste, et l'auteur en profite pour nous décrire les relations profondément humaines qui relient bien vite les personnages. Et pour commenter avec son habituel humour à froid les conséquences géopolitiques de ce drame, les discours des gouvernements, les réactions des média...
Et comme toujours, au travers de ce style génial fait de phrases longues mais claires -les changements de locuteur sont marqués par une majuscule plutôt que par un passage à la ligne- phrases qui contiennent à la fois la narration du périple de nos voyageurs, et les remarques humoristico-caustiques de l'auteur sur tout et sur rien!
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
ErveineErveine   08 décembre 2014
Dans le bureau de tourisme une employée leur demanda s’ils étaient des archéologues ou des anthropologues portugais, qu’ils étaient portugais, ça se voyait tout de suite, mais anthropologues ou archéologues, pourquoi donc. Parce que, généralement, il n’y a qu’eux qui se rendent à Orce, il y a plusieurs années on a découvert tout près de là, à Venta Micena, l’Européen le plus ancien. Un Européen entier, demande José Anaiço. Juste un crâne, mais très vieux, il doit se situer entre un million trois cent mille et un million quatre cent mille ans. Et on est sûr qu’il s’agit d’un homme, s’informa, subtilement, Joaquim Sassa, ce à quoi Maria Dolores répondit, avec un sourire entendu. Quand on trouve des vestiges humains aussi anciens, ce sont toujours des hommes, l’Homme de Cro-Magnon, l’Homme de Néanderthal, l’Homme de Steinheim, l’Homme Swanscombe, l’Homme de Pékin, l’Homme de Heidelberg, l’Homme de Java, en ce temps-là il n’y avait pas de femme. Ève n’avait pas encore été créée, elle n’est venue qu’après. Vous êtes ironique. Non, je suis anthropologue de formation et féministe par irritation. (p.73)
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ErveineErveine   12 décembre 2014
Tu me plais, je crois que je t’aime, dit honnêtement José Anaiço. Tu me plais aussi, et je crois que je t’aime aussi, c’est pour cette raison que je t’ai embrassé hier, non, non, ce n’est pas tout à fait ça, je ne t’aurais pas embrassé si je n’avais déjà senti que je t’aimais, mais je peux t’aimer encore bien davantage. Tu ne sais rien de moi. Si pour aimer quelqu’un il faut attendre de le connaître, la vie entière n’y suffirait pas. Tu doutes que deux personnes puissent se connaître. Et toi, tu y crois. C’est à toi que je pose la question. Dis-moi d’abord ce que c’est que connaître. Je n’ai pas de dictionnaire. Si tu en avais un, tu apprendrais ce que tu sais déjà. Les dictionnaires ne disent que ce qui peut être utile à tout le monde... (p.148)
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ErveineErveine   11 décembre 2014
Je n’habite pas à Lisbonne mais je connais. Ah, vous n’habitez pas à Lisbonne, répéta inutilement José Anaiço. Ils descendaient la rua do Alecrim, il portait la valise et le bâton., les passants n’auraient pas manqué de penser des choses bien peu aimables de lui s’il n’avait pas porté la valise, et des choses bien peu décentes d’elle si elle avait porté le bâton, tant il est vrai que nous sommes tous d’implacables observateurs malicieux plus souvent qu’à notre tour. (p.114)
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FritzLangueurFritzLangueur   21 janvier 2016
L'après-midi est d'une si grande douceur que la gorge se serre d'une émotion qui ne s'adresse à personne, sinon à la lumière, au ciel pâle, aux arbres qui ne s'agitent pas, à la quiétude de la rivière qu'on devine, et qui apparait soudain, miroir lisse que traversent les oiseaux
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issablagaissablaga   04 mai 2015
Ce qu’il y a de bien avec les mots, n’est-ce pas nous qui les inventons, c’est qu'à peine prononcés, ils nous libèrent de nos craintes et de nos émotions, pourquoi, parce qu’ils les dramatisent.
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Vidéo de José Saramago
Charlotte Ortiz, traductrice de "Traité sur les choses de la Chine" de Frei Gaspar da Cruz (ouvrage à paraître) nous fait le plaisir de nous parler de deux livres importants pour elle. "L'aveuglement" de José Saramago, roman parlant d'une pandémie ... elle vous en dira plus et, "Européens et japonais, traité sur les contradictions et les différences de moeurs" de Luís Froís où il est question, entre autres, de genre, de cuisine et de belles perspectives ;) !
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