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ISBN : 2330009739
Éditeur : Actes Sud (02/01/2013)

Note moyenne : 3.81/5 (sur 103 notes)
Résumé :
Présentation de l'éditeur :

Dans le but de stopper une nouvelle vague d'attentats suicides, un agent des services secrets israéliens spécialisé dans les interrogatoires musclés se voit confier une mission particulière : il doit attirer en terrain neutre le haut responsable d'un réseau terroriste. Son appât : le père de ce dernier, intellectuel et poète palestinien atteint d'un cancer en phase terminale. Un captivant roman d'espionnage décrit par la p... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
sandrine57
  14 août 2014
Un agent des services secrets israéliens est chargé d'une mission différente des interrogatoires musclés dont il s'est fait une spécialité. Cette fois il s'agit d'approcher Dafna, une écrivaine de Tel Aviv qui est en contact avec un poète palestinien dont le fils est soupçonné d'être à la tête d'un réseau terroriste. Sous prétexte de se faire aider dans l'écriture d'un roman, il tisse des liens avec la femme de lettres qui toutefois n'est pas dupe. Elle accepte de l'aider contre la promesse qu'il ne fasse aucun mal à Hani, le poète, et qu'il aide son fils Yotam, un drogué en dette avec un parrain local. Hani, atteint d'un cancer en phase terminale est alors exfiltré vers Tel Aviv où il doit bénéficier de soins palliatifs.
Perturbé par la violence des interrogatoires qu'il continue de mener, impuissant à résoudre ses problèmes de couple, déstabilisé par la personnalité attachante de Hani, l'agent perd pied peu à peu. le doute s'insinue dans son esprit qui jusqu'ici été entièrement voué à la défense d'Israël, peu importe les méthodes, les injustices, les morts.

Jeune, il était idéaliste et militait pour la paix. Et puis, le temps a passé, son travail dans les services secrets a eu raison de ses idéaux. Au fil du temps et des attentats-suicides, le dialogue a cédé la place à la violence. Les coups ont remplacé la psychologie. Effrayer et soumettre, arracher des aveux, des dénonciations, répondre à la violence par la violence, voir en chaque suspect, non plus un semblable, mais un animal qu'il faut réduire à sa merci, voilà ce qu'est devenue sa vie. Doué, il est sans cesse sollicité par sa hiérarchie, la nuit, le week-end, tout le temps, il doit être présent pour éviter qu'un kamikaze ne se fasse exploser dans un bar, un bus, devant une école ou une synagogue, pour que ses compatriotes puissent garder un semblant d'insouciance et vivre comme si la menace n'existait pas. Sa vie de famille passe au second plan, sa femme se plaint, voudrait s'expatrier, il manque à son fils qu'il voit à peine. Confronté quotidiennement à la violence, il perd le contrôle. Pourtant, dans cet univers sombre, sa rencontre avec Dafna et Hani est une lueur d'espoir, l'espoir d'une entente, d'une amitié possibles entre les peuples. A écouter le poète parler de sa Palestine, à déceler sous la nostalgie, la graine de l'injustice, l'agent reprend conscience de l'humanité de ceux qui lui font face. ''Vous avez tout, nous n'avons rien''...Par ces mots, le poète de Gaza ouvre la voie à un partage qui ne serait que justice, qui serait une première pierre pour construire la paix.
Descente aux enfers d'un homme qui perd ses certitudes, ce roman noir évite l'écueil de prendre parti pour un camp ou l'autre dans un contexte géo-politique complexe où palestiniens et israéliens se livrent une guerre perpétuelle, larvée ou frontale selon les circonstances. Sombre et anxiogène, il porte tout de même l'espoir de la rédemption pour son héros, un pont est possible entre deux peuples qui partagent une histoire commune... Un livre qui sort des sentiers battus et plonge le lecteur au coeur d'une problématique trop souvent évoquée dans les JT sans être vraiment comprise dans sa globalité. A lire d'urgence !
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raton-liseur
  08 mars 2015
Je ressors de cette lecture un peu sonnée. Je ne savais pas à quoi m'attendre avec ce titre tout en finesse dans cette collection noire. J'ai été emportée et n'ai pas pu arrêter ma lecture avant d'en connaître la fin.
Je ne sais pas et ne veux pas savoir quelles sont les opinions politiques de l'auteur. J'aurais même voulu ne pas savoir de quelle nationalité il était, mais je n'ai pu m'empêcher de noter que la traduction est de l'hébreu, qu'importe. Je veux voir dans ce livre un simple constat, pas de plaidoyer, pas de thèse. Juste le constat que les horreurs d'une guerre sans fin ne peuvent venir à bout de l'humanité la plus grande et la plus simple. Juste le constat que le pire et le meilleur peuvent se côtoyer, s'interpénétrer, se développer en parallèle, se pénétrer et se coudoyer. Que jamais l'un n'aura le pas sur l'autre, ni pour le meilleur mais ni non plus pour le pire.
Le personnage de Liron est touchant dans sa complexité qui ne s'explique pas. Interrogateur musclé pour les services secrets israéliens la nuit, touché par la beauté d'un poème dans la lumière d'une soirée en bord de mer à Haïfa. Toutes proportions gardées, j'ai pensé à Une Femme fuyant l'annonce de David Grossman, cette même impuissance devant l'horreur sans fin, devant un conflit où il n'y a plus des gentils d'un côté et des méchants de l'autre. Juste des victimes (même si je ne suis pas naïve et je sais que certains aiment mettre de l'huile sur le feu).
Un sentiment de gâchis immense en refermant ce livre. Un gâchis qui est très bien rendu dans cette intrigue qui tient en haleine parce qu'un homme est toujours capable du meilleur comme du pire. Un très beau texte, dont je recommande vivement la lecture, et ce que l'on soit adepte de livres à suspens ou non. Pour tout public qui ne veut pas désespérer de la nature humaine, même si souvent il y aurait de quoi. Un beau poème à l'humanité.
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indira95
  20 janvier 2015
Un officier du renseignement israélien, plus habitué aux interrogatoires musclés qu'à la discussion philosophique autour d'un Earl grey, va s'adoucir au contact de deux écrivains pacifistes : une ancienne prodige de la littérature israélienne et un poète palestinien, sage et altruiste. Pourquoi ? Parce que le fils chéri du poète palestinien est un activiste terroriste ultra recherché et que le seul moyen de l'approcher (et accessoirement de le tuer) est d'utiliser son père sur le point de mourir d'un cancer qui le ronge. Tel est le résumé de ce roman du très prometteur Yishai Sarid (dont le père est un membre éminent de la gauche israélienne et militant pour la réconciliation israelo-palestienne). En revanche, ne vous laissez pas berner par la quatrième de couverture qui vous promet un thriller psychologique dès plus classiques, mâtiné de traques dans les bas fonds de Gaza car vous risqueriez de déchanter. de duel psychologique comme on peut l'entendre en temps ordinaire, il n'en est pas vraiment question. de traque impitoyable non plus. Nous avons plutôt affaire aux états d'âme d'un homme usé par son sens élevé du devoir : celui de sauver son pays de toute menace extérieure comme intérieure et pour qui la fin justifie les moyens, quitte à bafouer les droits fondamentaux de l'homme. Un homme qui a dépassé les limites et se sent acculé. Un homme qui commence à se remettre en question au contact de ces deux artistes, activistes pacifistes, un homme et une femme que tout oppose et qui sont pourtant amis inséparables, un duo qui lui offre une vision différente des rapports de force, un monde où la paix pourrait être possible.
Alors oui, l'histoire relève du miracle, oui elle n'est en rien probable quand on y pense. Oui Yishai Sarid s'apparente à un doux rêveur et alors ?! le temps d'une centaine de pages fulgurantes, laissons-nous emporter par cette illusion. Laissons-nous séduire par ce duo de poètes si sensibles et pourtant loin d'être parfaits, par cet officier qui perd peu à peu pied et auquel on s'attache au fil des mots. Faisons semblant de croire que cela a un sens et est possible.
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chocobogirl
  28 septembre 2011
Nous sommes en Israël, un pays où la tension entre arabes, palestiniens et juifs est toujours autant d'actualité. le narrateur (dont nous ne connaîtrons pas le nom) est un agent des services secrets israéliens. Chargé de déjouer les attentats suicides, son service est à cran depuis qu'un suspect susceptible de tout faire sauter a été identifié. Son implication est telle qu'il délaisse depuis quelque temps sa femme et son fils pour se consacrer à plein temps à son travail. Planques nocturnes, interrogatoires musclés, coups de fil à toute heure, absences du domicile plusieurs jours à la suite, la vie n'est pas simple.
Notre agent est, de plus, chargé d'une autre mission : il doit s'infiltrer auprès d'une romancière israélienne, Dafna, pour se rapprocher du fils d'un de ses amis, tueur patenté.
La 4ème de couverture annonce un "thriller captivant" : oubliez-ça. Loin d'être un de ces récits trépidants, il s'agit plutôt ici d'un roman noir qui nous plonge dans la noirceur et les difficultés d'une société qui vit au quotidien avec la violence. A travers le narrateur qui navigue entre le monde civil et les terroristes, voici le portrait sans concession d'un homme noyé sous ses contradictions, à l'image du pays qu'il habite.
Le lecteur suit le quotidien de cet agent qui s'organise donc entre ses différentes missions et obligations. D'un côté, il se fait passer pour un apprenti-écrivain qui cherche à apprendre auprès de Dafna les clés de l'écriture. Peu à peu, au fur et à mesure de leurs cours, il se rapproche d'elle et noue des liens affectifs. le but : la mettre en confiance pour pouvoir lui proposer d'organiser le retour en Israël de son ami Hani coincé à Gaza, mourant du cancer, et surtout de son fils, militant palestinien. En échange, l'agent s'engage à sauver le fils de Dafna des profondeurs de la drogue et de des dettes contractés auprès de trafiquants. Une charge supplémentaire à un homme qui n'en manquait pas.
Car mis à part, ces séances hebdomadaires, le narrateur est mis sous pression : il doit absolument débusquer le futur poseur de bombes. Les interrogatoires se succèdent et se terminent mal pour certains. Notre homme est quelque peu écarté et se doit de passer chez le psy. Ce dernier le vis mal, surtout que sa femme tente désespérément de l'éloigner un peu du travail pour qu'il se consacre un peu plus à sa famille.
Au final, il s'agit ici d'un homme ordinaire, ni surhomme, ni je m'en foutiste qui tente de se battre et d'apporter la paix... en usant parfois de violence. Un homme devenu presque une machine sans états d'âme afin de mener à bien son objectif d'éliminer les terroristes. Un homme qui a dû enfouir ses propres émotions pour mieux affronter le monde. Un homme qui se bat au quotidien pour la sûreté de civils qui le lui rendent parfois bien mal. Paradoxalement, sa femme lui reproche son absence sans comprendre qu'il le fait aussi pour la sécurité de sa famille.
Lui-même s'est perdu et a oublié ses valeurs dans l'engrenage policier. Il est presque honteux de celui qu'il est devenu.
Ancien pacifiste, il use aujourd'hui de la violence comme ceux contre lesquels il se bat. Étrange paradoxe.
Sa mise à pied, ses visites à Dafna, sa présence auprès du poète mourant, le départ probable de sa famille à l'étranger provoquent en lui questionnements et remise en question. Il perd ses certitudes et se sent totalement déstabilisé, essayant de se raccrocher à ce qu'il connaît.
Bref, c'est à une vision très désabusée que nous avons de l'homme et même d'Israël. le pays est en guerre depuis tant d'années qu'on en oublie la date de commencement. La population se débat avec les risques quotidiens, se déplace en passant des barrages policiers. Les jeunes sans espoir qui n'attendent plus rien du futur tombent dans la drogue et se fichent de la famille.
Voilà donc un roman plutôt différent de ce que l'on lit habituellement, pourtant je ne suis pas totalement rentrée dedans. Israël est peut-être un univers qui m'est un peu lointain et peu attirant (malgré un voyage qui date de ma jeunesse). Peut-être qu'il me manquait des clés historiques pour en apprécier toute la finesse. Je m'attendais à un vrai roman policier mais c'est plutôt à un portrait de la société israélienne auquel j'ai eu droit. Un portrait intéressant mais qui m'a laissé un goût d'inachevé. Car nous découvrons tout sous le prisme de l'agent et le récit se limite finalement à son propre quotidien. J'aurais aimé que l'incursion dans la société israélienne soit plus prononcée. Si le portrait psychologique est assez bien amené, j'aurais également souhaité aller un peu plus en profondeur.
Le rythme de l'intrigue est donc assez lent : pas de gros rebondissements même si l'on sent que la pression sur les épaules du narrateur s'accentue. La conclusion du roman ne m'a pas non plus totalement convaincue. Ne refermant pas totalement les faits, il laisse un goût amer dans la bouche, reflétant en ça certainement les sentiments du personnage principal.
Le poète de Gaza est donc le portrait d'un homme en pleine remise en cause, d'une génération déçue qui a dû sacrifier ses aspirations de paix, ses espoirs pour assumer le quotidien. Un roman qui pose de nombreuses questions sur l'avenir d'un pays et de ses habitants. Un avenir dont il reste tout à construire.
Un roman sans manichéisme qui ne m'a pas totalement emballée mais qui me semble important à lire pour tout ce qu'il montre sur les relations israélo-palestiniennes et sur la complexité de se situer dans le conflit en gardant ses valeurs et sa propre humanité.
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JeanPierreV
  11 août 2017
Il est agent des services secrets israéliens, spécialiste des interrogatoires musclés au cours desquels il utilise la violence, les coups pour faire parler les plus récalcitrants, pour obtenir un nom, une dénonciation... Toujours sur la brèche, il lutte en permanence contre les kamikazes cherchant à se faire exploser devant une synagogue, dans un bar. Alors tout lui est permis. Quelques fois les prisonniers meurent. Ses chefs lui le reprochent : le mort n'a pas parlé, n'a pas livré ses secrets, des noms...Ils lui demandent d'avoir un entretien, qu'il fuit, avec un psychologue. Pour lui, dans Israël qui possède "des satellites-espions capables de détecter l'odeur du rot que laissera échapper n'importe quel gars de Jénine après avoir mangé un hoummous aux fèves et aux oignons, on en revient toujours aux mêmes méthodes : la douleur, la peau, les nerfs, le sac en toile puant sur la tête, les mains attachées par des liens qui entaillent la chair. le seul moyen d'éviter ça, c'est de les faire crever de trouille à l'idée de ce que tu risques de leur infliger."
Un jour ceux-ci lui proposent une mission imposant un peu plus de finesse d'esprit et de psychologie : faire venir en terrain neutre afin de le capturer un chef terroriste. Pour cela il devra approcher le père du terroriste, un poète et intellectuel palestinien et l'utiliser comme appât. Ce dernier atteint d'un cancer en phase terminale doit être exfiltré depuis Gaza, sous prétexte de le soigner en unité de soins palliatifs.
Il ne connaît pas le poète. Aussi, afin de l'approcher il se fera passer auprès d'une auteure Dafna, amie du poète, pour un écrivain souhaitant être conseillé dans l'écriture d'un roman.
Parallèlement à cette mission, exigeant finesse et psychologie, il poursuit, jusqu'au drame, ses interrogatoires musclés, et doit, à la demande de ses supérieurs se remettre en cause.
Au contact de ces différents personnages, instruits et lettrés, de la détresse du fils de Dafna, jeune drogué toujours en manque, recherché par un dealer, le personnage principal commence à douter, à s'interroger et à comprendre l'injustice, surtout quand le vieux poète pacifique lui dit ''Vous avez tout, nous n'avons rien''...
Il ne faut pas lire ce livre uniquement pour son intrigue, pour son scénario, certes passionnant, mais surtout pour les relations humaines entre les personnages, pour l'humanité se dégageant ou non des personnages, pour leurs propos face à l'injustice, face à la violence qui ne résout rien, mais exacerbe les tensions. A aucun moment l'auteur ne prendra parti pour un camp ou pour l'autre. Il montre qu'un dialogue est possible, que des pas pour une entente commune peuvent être fait d'un côté comme de l'autre, que l'amour et la recherche de la paix n'ont pas de camp.
Écrit par un auteur israélien, il remet en cause la violence utilisée actuellement pas le pourvoir israélien, et prône une autre forme de relation : le dialogue...
Le très beau visage de la couverture, la profondeur du regard de cet homme, l'humanité qui s'en dégage m'avaient attiré. Je n'ai pas été déçu.
A lire.

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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
celinezugcelinezug   01 septembre 2014
Une seule question me taraude à la fin de ce livre "comment peut-on garder son humanité dans un monde en décomposition permanente ?". Vivre dans un pays en guerre c'est vivre côte à côte avec la mort mais c'est aussi mesurer les dégâts irrémédiables sur les gens, être sans illusion sur la condition humaine et pire sombrer chaque jour un peu plus dans le cynisme. C'est pourtant une belle histoire qui se tisse entre Dafna et la narrateur, mais la manipulation n'est jamais loin et quand il s'agit de sauver ce que l'on a de plus cher tous les coups sont permis. La chute de cet homme rompu par les interrogatoires est aussi effrayante que la tension permanente chez chacun des personnages dans un pays qui tutoie les Dieux et à ouvert les portes de l'enfer.
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AproposdelivresAproposdelivres   14 octobre 2014
Dafna ouvrit la porte pieds nus, les cheveux attachés, le regard particulièrement pénétrant. Voilà ce que j’ai capté au premier abord.
Elle m’a accueilli par un : “Je suis au téléphone, entrez.” J’ai saisi quelques bribes de sa conversation, un rire bref, des propos concrets. “Bon, je dois raccrocher maintenant, on m’attend.”
J’en ai profité pour examiner son salon : deux canapés confortables style années 1970, une grande fenêtre qui donnait sur la cime d’un ficus, une petite télévision, sur les murs quelques œuvres d’art intéressantes mais que je n’ai pas eu le temps de voir de près. L’appartement, inondé de lumière, donnait sur une cour intérieure, alors que, moi, étrangement, je m’attendais à me retrouver dans un endroit sombre… Son appel, “Venez par ici, on va s’asseoir dans la cuisine”, a coupé court àtoutes mes conjectures.
Sur la table ronde recouverte d’une nappe multicolore de fabrication artisanale, il y avait une pile de feuillets et un grand plat contenant des pêches en train de mûrir. Une radio diffusait discrètement de la musique, peut-être du Chopin, peut-être un compositeur que je ne connaissais pas.
“Pourquoi venez-vous me voir ? commença-t-elle d’une voix étonnamment jeune.
— On vous a recommandée à moi comme étant la personne qui pourrait m’aider. Je veux apprendre à écrire.
— A quel point est-ce important pour vous ? Êtes-vous prêt à y consacrer du temps ?” Elle parlait d’un ton calme, une esquisse de sourire sur les lèvres, et elle s’est assise sur la chaise en repliant une jambe sous ses fesses. C’est à ce moment-là que j’ai remarqué qu’elle portait un pantalon souple et très ample.
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AproposdelivresAproposdelivres   14 octobre 2014
Je suis resté encore un instant dans la voiture. Non seulement pour bien m’imprégner de sa photo, mais aussi pour écouter jusqu’au bout Here Comes the Sun. George Harrison ne passe pas souvent à la radio et en plus on entend rarement d’aussi bonnes chansons le matin. Me familiariser avec le visage de la personne avant de la rencontrer pour la première fois m’a toujours semblé important. Ne pas être surpris. Elle était très belle sur ce vieux cliché : cheveux attachés, front intelligent, elle me souriait au milieu d’un groupe d’intellectuels dont la notoriété n’était plus à faire.
Une matinée de fin juillet. La rue baignait dans ce calme qui gagne les villes pendant les grandes vacances, les chats escaladaient les bennes à ordures pour en tirer leur pitance, deux jeunes garçons marchaient sur l’avenue bordée de tamaris en direction de la plage avec aux lèvres des rires légers et sous le bras des planches de surf.
Au téléphone, elle m’avait dit qu’elle habitait au troisième étage. Certaines boîtes aux lettres disparaissaient sous plusieurs couches d’autocollants, souvenirs de jeunes locataires venus puis repartis, d’autres affichaient encore le nom en lettres latines de gens qui n’étaient plus de ce monde. L’immeuble était mal entretenu, sur les murs l’enduit s’écaillait et les longues fenêtres étroites de la cage d’escalier étaient, comme dans un couvent abandonné, opacifiées par la saleté.
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MissAlfieMissAlfie   02 septembre 2013
Vous ne risquez pas d'atterrir là-bas. Ni vous, ni personne de votre connaissance, pas même en visite. Alors vous ne voulez rien entendre. Qu'on les enferme à double tour dans des cages, ces hommes-singes, il ne faut surtout pas qu'ils s'échappent, qu'on leur obstrue la bouche avec un chiffons pour qu'aucun cri ne filtre. Parce qu'il ne faudrait pas... - mon regard a soudain été piégé par une photo de famille dans un cadre, au bout de la table : un mari typiquement israélien, joli garçon, deux enfants en combinaison de ski sur fond de paysage alpestre - ... il ne faudrait pas que quelqu'un vienne dévorer vos jolies jambes, ou vos enfants, ou votre charmant mari.
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mesrivesmesrives   30 juin 2015
L'air stagnait, la mer ne bougeait pas davantage dans sa bassine délimitée par les contours gris de la ville.Dafna dit soudain qu'elle s'en voulait de ne pas être allée le voir, là-bas. Toujours la peur de recevoir un coup ou une grenade. Dire que, maintenant, c'était pire!
"Et pourtant, on n'est pas loin." Hani trempa les lèvres dans son verre. "La même mer. Le même soleil. C'est juste qu'il y a plein de barrages au milieu.
- Un jour, toutes ces barrières tomberont et ont vivra ensemble, assura Dafna dont les yeux étaient repeints en turquoise par le paysage et le vin.
- Ces temps-là ne viendront qu'après nous, ma chérie", murmura Hani dans un petit rire. Il posa délicatement sa main desséchée sur le bras de Dafna.
" Aujourd'hui, ce sont les fous qui sont aux commandes et eux se fichent de la mer. Ils réclament des montagnes."
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Entrevista con Yishai Sarid por su libro "El poeta de gaza"
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