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Arnaud Rykner (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070304929
112 pages
Éditeur : Gallimard (16/06/2005)

Note moyenne : 3.54/5 (sur 13 notes)
Résumé :

Neuf personnages se déchirent parce que l'un d'entre eux a osé rompre l'harmonie du groupe en dénonçant un petit mensonge apparemment sans conséquences, un de ces " riens " qui tissent la trame du quotidien. C'est Pierre, l'ennemi, l'implacable machine à dire la vérité. C'est Pierre qu'il faut guérir. Pour cela tout sera bon : supplications, procès en règle, jeu de rôles en fane d'authentique psy... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Musardise
  17 août 2018
Comme toujours dans le théâtre de Nathalie Sarraute, l'argument part d'un petit rien qui se transforme en cataclysme. Entrent sur la scène un certain nombre de personnages, un groupes d'amis, dont on va assez rapidement confondre les prénoms - Simone, Yvonne, Jacques, Jeanne, etc. Il sont en train de parler d'un incident qui a eu lieu dans une soirée d'où ils reviennent tout juste : le dénommé Pierre - un des protagonistes - a surpris une de leurs relations, Madeleine, en flagrant délit de mensonge. Elle s'est ouvertement plainte de l'augmentation des tickets de métro, comme si cela avait un impact important sur son propre budget, alors que tout le monde la sait richissime. Pierre a répliqué en lui faisant remarquer que, pourtant , elle était l'unique héritière du fameux roi de l'acier. Il serait un brin logique que les amis de Pierre reviennent de leur soirée avec des remarques telles que "Ah, vous avez vu la tête de Madeleine ? Ça lui servira de leçon ! " " Elle ne l'avait pas volée, celle-là ! ", etc., etc. Or, pas du tout. C'est Pierre qui va subir le courroux du groupe.

Non pas qu'ils aient spécialement envie de défendre Madeleine. Mais voilà, Pierre a mis les pieds dans le plat, il a commis une bévue : ça ne se fait pas de prendre les gens en délit de mensonge et de leur dire leur fait, même s'ils vous exaspèrent au plus haut point. On les laisse dire. C'est une sorte de contrat social tacite, qui évite les affrontements. Qui évite qu'on soit honnêtes les uns avec les autres, donc, quitte à jouer avec les définitions et à appeler le mensonge "vérité". C'est un contrat social tacite qui repose sur l'hypocrisie. Rompre ce contrat, c'est bouleverser l'ordre des choses. C'est commencer à se poser des questions. Mentir, ne pas mentir, laisser mentir ? Ce n'est pas que certains membres du groupe n'admirent pas le culot de Pierre, mais eux n'oseraient jamais. Et les voilà tous confrontés à différentes visions du mensonge : celle de Pierre, dont Jacques dit qu'il est "une machine à détecter le mensonge", celle de Jeanne, qui dit ne jamais mentir, celle De Robert, qui dit s'amuser des mensonges des autres. Les voilà embourbés dans un flot de questions qu'ils préféraient éviter, et qui cherchent à s'en sortir. Pour y échapper, ils vont donc jouer au "psychodrame", dont fut féru Moreno. Pour apprendre à Jeanne ou à Pierre à faire face à un menteur, par exemple. Robert le cynique jouera le menteur, endossant le rôle d'un ami à eux, menteur patenté. Puis les rôles vont être redistribués, et chacun va soupçonner l'autre de mensonge. Même si on va chercher à faire passer Pierre pour un être déraisonnable - pour le moins -, au final, le psychodrame n'aura aucune vertu thérapeutique. Tout ça prend plutôt l'allure d'un nœud de vipères.

Les dialogues vont peu à peu engluer les protagonistes dans leurs dilemmes, le jeu que jouera Simone s'imposant comme le zénith du drame - ment-elle, ne ment-elle pas, joue-t-elle , ne joue-t-elle pas ? Son "Bon, bon, bien sûr, je jouais..." semble clore l'affaire. Rien n'est moins sûr. Rien n'a jamais été plus confus, si ce n'est que chacun - sauf Pierre, que l'aplomb de Simone laisse tout de même pantois d'admiration - semble vouloir retourner au plus vite à son mode de vie... mensonger, hypocrite, mauvaise langue. Mais sans faux pas, sans dérapage aucun. Ce qui paraît, dès lors, extrêmement compromis.

Challenge Théâtre 2017-2018
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5Arabella
  19 janvier 2020
Ecrite en 1966 pour la radio, il s'agit de la deuxième pièce de Nathalie Sarraute, après le silence. Suite à la création radiophonique, la pièce a été montée au théâtre par Jean-Louis Barrault à l'Odéon, précédée par le silence.
Il s'agit d'une oeuvre courte (une quarantaine de pages en édition de poche), qui comporte néanmoins neuf personnages, identifiés par leurs prénoms. Lorsque la pièce commence, un débat est en cours : Pierre n'a pu s'empêcher de dénoncer un mensonge d'un personnage qui n'apparaît pas sur scène, ce que blâment les autres intervenants. le mensonge en cause étant plutôt une mise en valeur de la personne qui le faisaient, sans véritable incidence pour les autres, un mensonge gratuit, celui que tout le monde ou presque fait plus ou moins régulièrement pour donner une meilleure image de soi, aux autres et à soi-même. La majorité dans le groupe est opposée à démonter ce genre de propos, le vivre ensemble (comme on dit maintenant) nécessite de passer sur ce type de propos, qui au fond, ne font de mal à personne. Les membres du groupe chapitrent donc Pierre, et tentent de soigner son irrépressible besoin de vérité à tout prix. Condamnation morale, psychodrame, ou plutôt jeu de rôle, sont utilisées pour faire bouger le récalcitrant. Mais ce dernier a de la ressource, et au final, il fait bouger les lignes chez certains, ou tout au moins provoque un malaise. Avant une sorte de pirouette finale.
Pièce brillante, qui sous une allure anodine pose des questions essentielles, en particulier sur les rapports sociaux, sur la nature des échanges entre les individus. Au-delà de la parole, des faits ou informations transmises, l'essentiel n'est-il pas l'affect, le subjectif, ce que l'on renvoie à l'autre de lui. La poursuite scrupuleuse de la vérité n'est-elle pas juste une manière d'établir un rapport de force en sa faveur ? Ou au contraire, laisser dire l'autre tout en n'en pensant pas moins n'est-il pas un moyen de domination ? Il n'y a pas de réelle bienveillance entre les personnages de la pièce, chacun se positionne dans la hiérarchie sociale, mais la pièce n'est clairement pas psychologique, il y a une approche presque abstraite des questionnements posés. Ce qui ne l'empêche pas d'être drôle, ce qui est incontestablement un tour de force. Une oeuvre brillante, forte, sous une apparence modeste.
Je regrette que les pièces de Nathalie Sarraute ne soient pas plus jouées, sans doute en partie à cause de leur formats atypiques. Pour avoir vu Pour un oui, pour un non, je sais à quel point cela peut-être efficace sur une scène ; je suis sûre que le mensonge peut l'être tout autant, s'il est bien joué.
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JimmyCz
  04 janvier 2018
Pièce de théâtre savoureuse. Celle-ci se basant sur une critique sarcastique et acerbe des conventions sociales et de la relation parfois conflictuelle que nous pouvons avoir dans l'honnêteté que nous devon ou que nous ne devons pas à autrui.
Par un jeu de rhétorique Nathalie Sarraute permet de mettre en exergue une hypocrisie sociale sur le devoir d'être, le devoir de dire qui finalement entre en contradiction avec des devoirs similaires mais antagonistes.
On y voit également une critique du kantisme. Kant dans Fondements de la métaphysique des moeurs exprime l'idée selon laquelle la vérité est fondatrice du droit et par conséquent elle était un principe inaltérable et in contournable. Schématiquement il conviendra de dire strictement la vérité tout le temps à tout le monde. Ce que Pierre souhaite dans la pièce.
Il en demeurera alors un dilemme sur l'argumentaire à avoir entre s'illusionner des mensonges d'autrui ou déceler chaque mensonge pour expier.
plus que jamais d'actualité.
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Augustin334
  06 septembre 2017
C'est ma première lecture de Nathalie Sarraute, alors il m'a fallu quelque temps pour m'habituer à son style. Même si cela est un jeu (ou pas), une mise en abyme faisant de ses personnages des acteurs qui pourrait être comparée au Pirandello de Six personnages en quête d'auteur, je crois que c'est avant tout un désir de montrer que le mensonge est une forme de vérité, plus réelle, plus magnifiée, une sorte de réalité destinée à plaire, politiquement correcte. Placé dans un contexte d'occupation militaire comme elle l'entend, avouer la vérité à l'ennemi était synonyme de trahison, de délation. Mais n'en déplaise à cette auteure du nouveau roman, dont la principale préoccupation semblait être de réécrire ou de déconstruire les oeuvres de ses prédécesseurs, on ne peut pas bâtir de généralités en se basant sur une situation particulière, à moins d'utiliser le mensonge comme vérité première, ce qui serait nocif à toute manifestation ultérieure de la vérité. On parvient à une incohérence incontrôlable. Ce que je baptiserai le Syndrome d'Ysengrin (le loup tombant dans son propre piège.) Cependant, si vous préférez un gros mensonge consensuel, je peux vous dire que j'ai trouvé la pièce excellente, mais je sens bien que vous doutez encore. C'est pour cela que je me contente de la vérité, mentir demande une mobilisation permanente des facultés mentales et une imagination hors du commun.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
MusardiseMusardise   16 août 2018
Entre d'abord Robert. Puis Yvonne, Lucie, Simone, Jacques entrent et s’assoient en parlant.
YVONNE : J'aurais voulu rentrer sous terre.
LUCIE : Moi aussi. Je ne savais pas où me mettre.
SIMONE : Oh ! On mourait.
JACQUES : Je n'en croyais pas mes oreilles. Styvers. J'ai cru que je rêvais. Prononcer ce nom. Devant Madeleine.
ROBERT : Devant Madeleine ? Il a parlé de Styvers ? Ce n'est pas possible...
SIMONE : Mais vous ne pouvez donc pas vous retenir ?
LUCIE : Moi je n'osais pas la regarder.
YVONNE : Elle faisait peine à voir. Elle s’est toute recroquevillée... elle est devenue toute grise...
ROBERT : Je crois bien, voyons, elle cache ça comme la pire des hontes.
JACQUES : Moi, j'évite, même de loin... Je prends des précautions... Mais vous... mais en quoi êtes-vous fait ! Où trouvez-vous le courage ? On me tuerait...
PIERRE : Je n'ai pas pu y tenir... que voulez-vous, elle exagère. Il y a des limites à la fin. Pour qui elle nous prend ? Pour des crétins ? (Il singe une voix de femme.) « Vous avez vu ces nouveaux tarifs ? Mais il va falloir aller à pied. On ne va plus pouvoir prendre le métro... Les pauvres bougres comme nous, c'est toujours sur eux que ça retombe... » Et ils étaient là à écouter... Vous auriez dû les voir.. on les entendait soupirer...
YVONNE : Oh, soupirer... vous exagérez...
PIERRE : Si, vous étiez sur le point de la plaindre. Tout le monde se laisse faire, personne n'ose broncher... Alors ça été plus fort que moi, j'ai explosé...
LUCIE : C'est vrai. C'est sorti comme un boulet de canon : Styvers ! Vous l'avez crié...
PIERRE : Non, je n'ai pas crié, il me semble que j'ai sifflé plutôt. Ça bouillonnait depuis un moment.. (Il s'imite.) « Mais je croyais que vous étiez la petite-fille de Styvers... l'unique héritière... Des mauvaises langues m'ont dit... C'est bien lui, n'est-ce pas, le fameux roi de l'acier ? » Alors vous avez vu ?
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MusardiseMusardise   16 août 2018
JEANNE : Pas du tout,j'ai horreur de mentir. Même dans les petites choses, je ne pourrais jamais...
JACQUES : Pourquoi avez-vous souri, Pierre ?
PIERRE : J'ai souri ?
JACQUES : Oui, d'un air... On se demande toujours avec vous... Vous me faites tellement l'effet d'une machine à détecter le mensonge...
PIERRE : Pourquoi ? Qui a menti ?
JACQUES : Personne. Mais comme Jeanne a dit qu'elle ne mentait JAMAIS... C'est ce mot JAMAIS... Alors j'ai cru... comme c'est si rare... Il m'a semblé qu'en vous aussitôt... enfin... j'ai eu l'impression que ça recommençait... Vous avez souri...
ROBERT : Oh, écoutez, ça suffit. C'est contagieux, c'est vous que ça prend maintenant...
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PachyPachy   24 février 2016
A ce personnage, Je ne sais plus plus dans quel roman, dont quelqu'un disait : " Il ne laisse jamais quelqu'un mentir un peu..."
(Dostoïevki (l'adolescent)
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Vidéo de Nathalie Sarraute
Jacques Lassalle Pour un oui pou un non Nathalie Sarraute où Jacques Lassalle évoque sa mise-en-scène de "Pour un oui ou pour un non", de Nathalie Sarraute, au théâtre de la Colline, reprise au Théâtre de l'Atelier, lors d'un voyage à Strasbourg le 21 mai 2011, à l'occasion de la parution de son livre "Ici moins qu'ailleurs" aux éditions P.O.L
Dans la catégorie : Littérature dramatiqueVoir plus
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