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EAN : 9782707301253
140 pages
Éditeur : Editions de Minuit (01/10/1957)
3.43/5   186 notes
Résumé :
« Les tropismes, a expliqué l'auteur, "ce sont des mouvements indéfinissables, qui glissent très rapidement aux limites de notre conscience ; ils sont à l'origine de nos gestes, de nos paroles, des sentiments que nous manifestons, que nous croyons éprouver et qu'il est possible de définir". Vingt-quatre petits tableaux d'oscillations intérieures presque imperceptibles à travers clichés, lieux communs et banalités quotidiennes : vingt-quatre petits récits serrés, où ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
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RobertB
  12 août 2020
Dans les années cinquante, nombre de français ont été soumis à d'étranges expérimentations littéraires, toutes ayant pour objectif d'éprouver leur résilience à diverses contraintes telles que l'absence de sujet, de personnages ou la disparition de la ponctuation. Toutes ces expériences ont été regroupées sous l'appellation commune de « nouveau roman ». Elles se sont déroulées sur une dizaine d'années avant de disparaître mystérieusement. Personne n'est à ce jour capable d'expliquer le but qui était recherché ni pourquoi ces expériences ont été réalisées. Certaines théories évoquent la possibilité qu'il puisse s'agir d'une action de déstabilisation d'ampleur, réalisée par des groupes terroristes, des pays ennemis, voire par des puissances extra-terrestres. Cependant, aucune revendication ou preuve de ces affirmations n'a jamais été produite par quiconque. La communauté littéraire mondiale reste encore à ce jour avec cette interrogation : « mais enfin, c'était quoi, le nouveau roman ? »
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5Arabella
  09 août 2020
C'est en 1932 que l'auteure a écrit le premier des 18 textes qui feront partie de la première édition de Tropismes parue en 1939 aux éditions Denoël. Il faudra cinq ans à Sarraute pour rédiger ces 18 brefs textes (« On ne peut pas imaginer la lenteur de ce travail » écrira-t-elle), et ensuite deux ans pour être éditée, allant de refus en refus, tant son oeuvre est atypique. Elle écrira entre 1939 et 1941 six nouveaux textes qui prendront place dans la nouvelle édition de l'ouvrage entreprise à la demande d'Alain Robbe-Grillet aux Editions de Minuit en 1957, un des textes de la première version a été en revanche supprimé, c'est cette édition que est considérée comme définitive et éditée en l'état actuellement. Cette genèse extrêmement longue montre l'importance de ce texte pour l'auteure : « Au fond, je n'aurai vécu que pour une idée fixe » déclare-t-elle à la fin de sa vie, tous ses textes poursuivant au fond la traque de ces tropismes.
Emprunté au vocabulaire de la biologie, la notion de tropisme est essentielle dans l'oeuvre de Sarraute. Elle traduit la démarche de l'ateure qui s'attache à saisir des manifestations infimes du moi, à transformer en langage les vibrations, les tremblements du « ressenti », les mouvements intérieurs produits sous l'effet d'une sollicitation extérieure, « des mouvements ténus, qui glissent très rapidement au seuil de notre conscience » et se déroulent comme de véritables « actions dramatiques intérieures ». Il s'agit de saisir le plus authentique, le plus véritable, l'essence des êtres, au-delà de l'anecdotique, d'un narratif convenu, les éléments originaires, les mécanismes de la conscience antérieurs à l'expression. Cela nécessite d'un travail particulier sur la langue, sur l'expression, sur la ponctuation. Chaque mot doit être signifiant et juste.
Tout cela peut sembler théorique, abstrait, froid, alors que c'est tout le contraire. Je ne sais trop comment traduire le plaisir euphorique et intense que ces textes m'ont procuré. La justesse des mots, le rythme des phrases, la densité des contenus : ces textes sont essentiels, rien n'est gratuit, rien n'est du remplissage, tout est là parce que cela signifie, capte quelque chose de fondamental, qui gît au fond de chacun d'entre nous. C'est comme une sorte de vibration à l'unisson de notre moi le plus profond.
Une des expériences les plus fortes que la littérature m'ait donnée.
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chartel
  18 juin 2014
Ce premier livre de Nathalie Sarraute a laissé perplexes une grande proportion de lecteurs, on s'en aperçoit à la lecture des critiques de Babelio, qui met en évidence l'absence de trame narrative et d'identification des personnages. C'est ce qui a le don de me laisser perplexe…
Dire que près de 60 ans après sa parution, on en est encore à chercher dans la littérature un bon roman à la Balzac, avec des personnages bien dessinés, une intrigue bien rassurante et des descriptions qui rendent le récit bien « réaliste » ! C'est à se demander à quoi sert la littérature. J'ai accompagné cette lecture de Tropismes de celle de son essai sur le nouveau roman L'ère du soupçon , écrit quelques années plus tard. Elle m'a été utile pour mieux saisir non pas les raisons pour lesquelles Nathalie Sarraute utilisait les formes impersonnelles ou à se défaire des sacro-saintes règles narratives, mais plutôt savoir ce qu'elle cherchait dans ces mouvements indéfinissables qui glissent aux limites de la conscience, ces fameux « tropismes ». Voici tout ce qu'elle souhaite retranscrire grâce aux techniques littéraires dans cette suite de scènes quotidiennes et banales. Ces tropismes gouvernent nos comportements, nos attitudes et nos réactions. Ce sont eux qui nous poussent à dire des banalités au cours d'une soirée entre amis, ce sont eux qui forcent un rire, un toussotement, un cri ou une exclamation. Ce sont eux qui nous poussent à aimer les choses insignifiantes et les futilités pour compenser nos angoisses face aux incompréhensions de l'existence. Nous offrir cette expérience, cela vaut bien un Balzac !
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Floyd2408
  09 août 2015
Le premier livre de Nathalie Sarraute publié en 1939 Tropismes (terme emprunté au langage scientifique qui signifie le déplacement ou la transformation d'un élément sous l'effet de stimuli extérieurs) composé de 24 textes dans la réédition de 1957 respirent les émotions de l'instant ,impalpables, invisibles, les pensées effleurent le temps, l'espace se rétrécit, nous glissons lentement vers la brièveté du moment, de l'éphémère, de l'imperceptible, une variation intérieur, des interrogations, des ils et des elles viennent , repartent, se croissent , s'aspirent au rythme de ces petits textes.
Dans la préface de L'ère du soupçonNathalie Sarraute écrivait
Mon premier livre contenait en germe tout ce que, dans mes ouvrages suivants, je n'ai cessé de développer. Les tropismes ont continué d'être la substance vivante de tous mes livres.
Seuls Jean-Paul Sartre, Max Jacob et Charles Mauron remarqueront les talents de l'auteure en lui témoignant leurs encouragements.
Tropismes sera considéré comme l'ouvrage fondateur du courant littéraire " Nouveau roman" .
Petites pensées figées dans mes humeurs de ces textes viennent en moi pour les écrire pour les figer dans ce présent .
-Regards sur les devantures des magasins.silence devant les vitrines.Passage d'un voisin au frontière des rêves, une onde passagère, un rêve.
-Paradoxe des pensées au supplice de l'incertitude vers cette relation de concupiscence des mots, de la parabole de la vie.
-Lorsque le silence habille le temps avec l'éclat d'un passage suspendu au creux de son regard dans l'espace de cet oasis, ce havre de paix, caresse la musique sourde de cet instant fragile mais joyeux le capte pour le fixer à jamais dans sa mémoire pour le revivre.
-Lorsque le matin s'accélère au rythme incertain obéissant au bonheur précipité de cette Maitresse amoureuse de l'ordre et de la rigueur-Le petit déjeuner s'offre à nous.
-Incertitude pour l'autre. inquiétude fausse, rassure pour une sécurité merveilleuse.
-Moment rare entre une grand-père et son petit fils traversant un passage clouté, arrêt sur ce tableau ou la mort prends la vie des souvenirs, l'enfant respire ce moment improbable.
-Questions intérieures, douceur de l'esprit face à la réalité physique, peur de cette vérité, se cachant derrière la logorrhée des mots...Trouver la parade; faire semblant. la distraire....
-Plaisirs de femmes, papotage mondain, des mots, des phrases, des histoires, désir sans fin de conversation, dit, redit, immuable papotages des salons de thés.
-Intellectualisation intense au nirvana du sophisme sublime-Être dans l'actualisation de tout instant.
-Le savoir de ces hommes qui rend la simplicité des choses.
-Faire des boutiques, chiner un vêtement, vire ces moments encore et encore, héritage, tradition utérine.
-Perdu dans l'errance des sentiments ou respire la pensée qui vous aspirent vers cette sublimation de l'instant.
-Emprise malsaine, moment distordu entre cette fille admiratrice de cet homme en proie à la folie de son passé vers cette contrainte physique et psychologique.
-Le temps passe, la vie s'écoule, l'esprit demeure, attendre son verre en terrasse.
-Vivre là prés d'eux, attendre, jouer, écouter mais rester là tout proche.
-Dans l'attende du thé, la maison respire, la vie coule, le thé arrive bientôt.
-Le doudou, l'aventure d'une enfance protectrice, d'une vie enfantine. à le dévorer, le prendre, le rouler, le faire vivre.
-Terreur nocturne, angoisse de s'endormir, vivre dans la peur-Toujours le réconfort.le rassurer.
-La vie s'effrite lentement, les femmes se remémore, les hommes s'angoissent d'enfanter par peur de la souffrance, rêverie d'une vie.
-Bribe d'enfance, resurgir dans ce présent, cette vieillesse dormante laissant l'enfance, le passé, caressant le présent qui s'effiloche vers les souvenirs.
Ce roman fût une source d'inspiration légères vers des émotions cachées suspendant mes mots comme un arrêt sur le temps ....
Bonne lecture à tous
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Nayac
  20 octobre 2019
Je confirme: pas de fil directeur, quatre pages maximum, aucune description ou présentation du / de la protagoniste de chaque brève, focalisation sur des instantanés.
Je dois admettre que certaines histoires sont restées impénétrables pour moi, même si une relecture m'a permis de reprendre pied sur certaines.
Mais aussi quelques belles pages.
Par exemple les mises en situation en trois petites phrases qui suffisent à éveiller tout un "univers" . Comme ce début pour esquisser un professeur au Collège de France: " il se plaisait à farfouiller, avec la dignité des gestes professionnels, d'une main implacable et experte, dans les dessous de Proust et de Rimbaud, et étalant aux yeux de son public très attentif leurs prétendus miracles, leurs mystères, il expliquait "leur cas"."
Autre exemple, la lente compréhension des mouvements, des pensées intérieures d'un protagoniste que l'on découvre progressivement.
Enfin on ressent le plaisir des mots qui a du guider l'auteure: "La salle avait un éclat souillé et froid, les garçons circulaient trop vite, d'un air un peu brutal, indifférent, les glaces reflétaient durement des visages fripés et des yeux clignotants."
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
5Arabella5Arabella   08 août 2020
Les choses ! les choses ! C'était sa force. La source de sa puissance. L'instrument dont elle se servait, à sa manière instinctive, infaillible et sûre, pour le triomphe, pour l'écrasement.
Quand on vivait près d'elle, on était prisonnier des choses, esclave rampant chargé d'elles, lourd et triste, continuellement guetté, traqué par elles.
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chartelchartel   18 juin 2014
Et elles parlaient, parlaient toujours, répétant les mêmes choses, les retournant, puis les retournant encore, d’un côté puis de l’autre, les pétrissant, les pétrissant, roulant sans cesse entre leurs doigts cette matière ingrate et pauvre qu’elles avaient extraite de leur vie (ce qu’elles appelaient « la vie », leur domaine), la pétrissant, l’étirant, la roulant jusqu’à ce qu’elle ne forme plus entre leurs doigts qu’un petit tas, une petite boulette grise.
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5Arabella5Arabella   08 août 2020
Il paraissait certain, quand on ouvrait la porte et qu'on voyait l'escalier, plein d'un calme implacable, impersonnel et sans couleur, un escalier qui ne semblait pas avoir gardé la moindre trace des gens qui l'avaient parcouru, pas le moindre souvenir de leur passage, quand on se mettait derrière la fenêtre de la salle à manger et qu'on regardait les façades des maisons, les boutiques, les vieilles femmes et les petits enfants qui marchaient dans la rue, il paraissait certain qu'il fallait le plus longtemps possible - attendre, demeurer ainsi immobile, ne rien faire, ne pas bouger, que la suprême compréhension, que la véritable intelligence, c'était cela, ne rien entreprendre, remuer le moins possible, ne rien faire.
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KichigaiKichigai   20 mai 2019
Et quant à tout cela, les clichés, les copies,
Balzac, Flaubert, Madame Bovary, oh ! ils sa-
vaient très bien, ils connaissaient tout cela, mais
ils n’avaient pas peur – ils la regardaient genti-
ment, ils souriaient, ils semblaient se sentir en
lieu sûr auprès d’elle, ils semblaient le savoir,
qu’ils avaient été tant regardés, dépeints, décrits,
tant sucés qu’ils en étaient devenus tout lisses
comme des galets, tout polis, sans une entaille,
sans une prise. Elle ne pourrait pas les entamer.
Ils étaient à l’abri.

p. 134
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chartelchartel   18 juin 2014
Ils ne demandaient rien de plus, c’était cela, ils le savaient, il ne fallait rien attendre, rien demander, c’était ainsi, il n’y avait rien de plus, c’était cela, « la vie ».
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Vidéo de Nathalie Sarraute
« Tropismes », texte mouvant au gré des rééditions, est la première œuvre de Nathalie Sarraute, celle qui informe tout le reste de son travail littéraire. C'est tout naturellement que l'autrice choisit d'en immortaliser une partie à la création de La Bibliothèque des voix par Antoinette Fouque aux éditions Des femmes. L'écrivaine assure la lecture de certains chapitres, d'autres sont lus par la grande comédienne Madeleine Renaud. Quelques années plus tard, Isabelle Huppert complétait de sa voix cette œuvre canonique qui a marqué la littérature française du XXe siècle. / Le texte publié a paru en 1957 aux Éditions de Minuit. Direction artistique : Michelle Muller.
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