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EAN : 9782070293889
675 pages
Gallimard (23/04/1976)
3.71/5   198 notes
Résumé :
L’être et le néant est un des textes majeurs de la deuxième moitié du XXᵉ siècle. Jean-Paul Sartre (1905-1980) y pose les fondations de l’existentialisme : si Dieu n’existe pas, l’homme ne trouve ni en lui, ni hors de lui, des excuses ou des valeurs auxquelles s’accrocher ; dès lors que l’existence précède l’essence, nul ne peut se réfugier derrière une nature humaine donné et figée. Où qu’il regarde, l’homme est seul, sans excuses, condamné à être libre. «L'ê... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Chri
  16 janvier 2021
Je ne suis pas ce que je suis, et je suis ce que je ne suis pas ;
J'ai à être,
mais non pas être en-soi contingent ;
Tout indique qu'il y a un effort, mais toujours vain,
pour se fonder soi-même, être en-soi nécessaire, cause de soi ;
En un mot, il y a un désir d'être Dieu ;
Alors que réellement, je suis condamné à être libre,
de toutes les manières...
Il me faudra plusieurs mois,
pour ralentir toute activité cérébrale,
et étirer cette lecture,
devenue méditation ;
Pour le moment, je ne peux que tenter d'écrire un commentaire à tâtons,
avec en toile de fond, cet ouvrage très haut perché...
L'appel d'être, ou conscience,
comme un appel d'air,
dans un phénomène météorologique instable,
fait apparaître comme une seule et même “totalité detotalisée”,
le manque et l'ek-stase ;
Comme la dépression et le zef ;
Le malaise d'être là pour rien ou l'angoisse existentielle,
et la liberté ou néantisation de la facticité...
Il ne s'agit pourtant pas de se laisser aller,
à la magie des images ;
Car l'ouvrage a d'abord l'ambition d'élucider,
les rapports entre l'être en-soi des phénomènes,
et le phénomène d'être,
ou appel d'être,
(dont le sens est d'être pour-soi) ;
D'où le sous-titre « essai d'ontologie phénoménologique »...
Tout se noue dans une introduction à couper le souffle,
qui tend ensuite à se dénouer,
heureusement avec l'aide d'illustrations ;
Jusqu'au bout, cet ouvrage tient en haleine,
si toutefois on n'a pas été terrassé par le mal de l'altitude ;
Au-delà, en effet, des intermédiaires techniques,
il y a la tendresse...
Aussi, pour l'accoutumance,
on peut lire Husserl au préalable ;
On reverra en effet cette citation :
“Toute conscience est conscience de quelque chose" ;
Et de Sartre, je conseille « la transcendance de l'égo » ;
Face au pour-soi, cet égo est en effet dans le mode de l'en-soi ;
Il est considéré ici comme “opaque et inutile”,
sauf à le comprendre comme l'esquisse d'un “dehors”,
repris et réalisé par l'être-pour-autrui...
Libres, nous le sommes,
avec “l'insoutenable légèreté de l'être”,
dans un monde pour soi et pour autrui ;
Ou bien même englué avec un “esprit de sérieux”,
dans un monde qui n'est que ce qu'il est ;
Libres encore, nous le sommes,
En prétendant être ce qu'on est,
En invoquant l'inconscient ou la magie.
En étant de mauvaise foi...
“Nous ne pouvons rien être sans jouer à l'être”. nous dit Sartre.
Tel ce garçon de café zélé qui parait jouer à l'être ;
Et cette femme, lors d'un premier rendez-vous galant, qui paraît s'abandonner au jeu de la séduction.
Et sans doute Sartre jouera à être certains personnages de ses romans...
Le jeu consiste à être en question pour soi-même ;
Seulement, avant toute “scissiparité réflexive”,
il n'y a qu'un jeu du “reflet-reflétant” ;
une “dyade fantôme” évanescente,
une conscience (de) soi non-thétique,
qui ne pose pas de rapport de connaissance,
(c'est le cogito préréflexif)...
Être pour-soi renvoie à être pour-autrui ;
Entre facticité et liberté, c'est toujours être vivant ;
Il n'y a d'ailleurs pas, ici, d'invocation d'une quelconque exceptionnalité humaine ;
Si, en effet, les situations étudiées illustrent la réalité-humaine,
elles le sont toujours assez crûment et radicalement ;
Ce qui, pour l'éthologie,
signifie la possibilité d'observer l'angoisse, la mauvaise foi,
dans tout le règne animal...
A ce stade, il doit être aussi possible de trouver une méthode,
pour comprendre en situation,
dans les goûts, ou chaque détail de la vie quotidienne,
dans les rapports aux autres,
le projet originel, qui fait de moi ou autrui, une personne ;
Le “circuit de l'ipséité” n'est pas une identité,
mais ce rapport du pour-soi avec le possible qu'il est ;
Il s'agirait en somme d'un tournant existentiel de la psychanalyse...
Une question me brûle les lèvres :
Comment comprendre l'acte d'une personne qui jette par terre ses mégots de cigarettes ou autres déchets ?
Elle me voit sans me voir...
Et d'où vient mon malaise devant la gratuité de ces actes ?...
Une réponse est proscrite :
celle qui invoque l'habitude ou tout principe d'inertie ;
Or, comprendre un projet originel,
à moins de s'intéresser au moment où il y a mutation de ce projet,
c'est encore découvrir de l'inertie...
Publié sous l'occupation allemande en 1943,
L'ouvrage rapporte des situations brûlantes,
Où la liberté apparaît plus crue :
celle des résistants,
et celle de l'immense majorité des soldats des deux camps,
sans qui aucune guerre n'aurait lieu,
Mais qui pourtant ne font pas le choix de déserter...
Le projet originel qui devrait apparaître à l'analyse est une description morale ;
Ce livre peut donc chuchoter à chacun sa propre esquisse d'une éthique ;
Mais les descriptions ne sont pas des prescriptions ;
Il ne s'agit donc pas ici de fondre un nouveau canon de lois morales...
Il ne s'agit pas de stoïcisme, ni d'une sorte de volontarisme :
un acte volontaire n'est pas plus libre qu'un acte passionnel ;
Cette conception de la liberté n'implique pas de dompter ses passions,
comme on dompte la nature,
en pensant à cette vieille formule assez toxique aujourd'hui : “on ne commande à la nature qu'en lui obéissant”...
Avec cet ouvrage, Sartre fait exister, sous l'occupation,
une conception radicale de la liberté,
qui apparaîtra plus tard au coeur du mouvement existentialiste...
Si tout paraît relatif, on peut le comprendre comme la liberté en situation ;
En revanche « l'apodicticité de la réflexion », qui ne devrait pas faire de doute,
entraîne apparemment des bizarreries ontologiques :
Le pour-soi est néantisation de l'en-soi : « je ne suis pas ce que je suis, etc.. » ;
Le pour-soi est fondement de son propre néant ;
Nécessaire, il l'est donc en tant qu'il se fonde lui-même ;
Et c'est pourquoi il est l'objet réfléchi d'une intuition apodictique :
« je ne peux pas douter que je sois. »...
La psychanalyse existentielle s'oppose au freudisme sur le fond,
puisqu'il n'y a pas ici d'inconscient ;
mais elle le rejoint sur l'apodicticité de l'analyse,
et le privilège de l'analyste, qui est aussi celui du phénoménologue :
D'un côté il y a l'attitude résolue d'une quête de l'irréductible complexe,
qui est ici le projet ou choix originel d'une personne ;
D'un autre côté, les situations sont abordées latéralement,
dans le silence des mots,
ou de l'observation d'une personne, à distance...
Clairement, ce n'est pas la discipline psychanalytique,
décidément froide et élitiste,
qui m'a intéressé dans cet ouvrage ;
mais plutôt son remue-ménage à la portée de chacun,
et à partager entre amis...
Au fond, dans l'idée de choix originel,
il y a la possibilité de mutations existentielles,
comme des nouveaux choix au cours d'une vie,
dans l'enfance, ou marqué par la guerre,
par la pandémie ou autre événement contemporain ;
Comme il y a d'ailleurs aujourd'hui l'épi-génétique,
on pourrait songer à une épi-phénoménologie,
pour élucider voire participer à ces mutations...
J'ai tenté, enfin, de restituer à travers ce commentaire,
les germes d'une écologie profonde,
c'est-à-dire d'une manière de penser qui n'exige pas d'être d'abord exceptionnel.
(un humanisme sans le isme, si on veut)
A noter sur France Culture, une excellente série de podcasts,
consacrée à L'Être et le Néant,
avec Adèle van Reeth et ses invités ;
Pour philosopher sur l'être pour-autrui,
voici le lien vers le quatrième et dernier numéro :
« Existe-t-on pour autrui ? »
Je terminerai par ces pages sur la caresse des corps,
à la minute 45:00.
https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/sartre-letre-et-le-neant-44-existe-t-pour-autrui
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J-line
  16 février 2011
Un tout grand texte philosophique, pour spécialistes cependant.
Qui expose et développe les fondements de la pensée sartrienne, en reprenant les méandres et les profondeurs dans de longues phrases à tiroirs découvrant autant de parenthèses....: la pensée en marche!
Le livre s'ouvre sur la négation de toute ontologie cachée, de toute Essence ultime : «La pensée moderne a réalisé un progrès considérable en réduisant l'existant à la série des apparitions qui le manifestent (…). Il s'ensuit, évidemment, que le dualisme de l'être et du paraître ne saurait plus trouver droit de cité en philosophie. L'apparence renvoie à la série totale des apparences et non à un réel qui aurait drainé pour lui tout l'être de l'existant.», p. 11. En souterrain, le regret sans doute de l'impossible plénitude consciente d'un En-soi (absolu) qui serait encore pour-Soi (conscient à lui-même). Et la théorie d'un homme de l'entre-deux : entre deux néants, entre la matière et la matière qui se fuit, entre son individualité, son ipséité, et la communauté....
Sans oublier la notion de liberté: où dond l'existence précède l'essence - où conséquemment la liberté est absolue en matière de sens. Philosophie articulant dès lors cette liberté à la situation qui la reçoit pour (factuellement) la contredire et (ce faisant) la permettre en sa signification comme en son possible : «Ainsi commençons-nous à entrevoir le paradoxe de la liberté : il n'y a de liberté qu'en situation et il n'y a de situation que par la liberté. La réalité humaine rencontre partout des résistances et ces obstacles n'ont de sens que dans et par le libre choix que la réalité humaine est.», E et N, 546. Partant, l'homme est celui par qui tout existe , celui par qui tout advient : sur fond d'indifférenciation, il fait surgir son monde – qui est le monde sans l'être. de toute part menacé par l'en-soi, il se défend : «Etre, pour le pour-soi, c'est néantiser l'en-soi qu'il est. Dans ces conditions, la liberté ne saurait être rien autre que cette néantisation.» . Mais encore, «C'est par elle [cette liberté] que le pour-soi échappe à son être comme à son essence, c'est par elle qu'il est toujours autre chose que ce qu'on peut dire de lui, car au moins est-il celui qui échappe à cette dénomination même, celui qui est déjà par-delà le nom qu'on lui donne, la propriété qu'on lui reconnaît.», E et N, 494. Telle distanciation oeuvrée par le sujet en son existenciation n'empêche en rien la récusation du dualisme
Nonobstant, la liberté sartrienne est une construction idéelle : idéal auquel tendre, elle est également schème explicatif de la conscience en son assomption du donné (à l'horizon d'un futur à construire) comme en sa néantisation de l'en-soi (à l'horizon d'un sens à produire). Elle est condition et but (ou structure d'accueil de tout but légitime) de l'agir humain. Construction idéelle donc, mais non pas Idée intemporelle à contempler : voie informative et possibilité à saisir. Possible à assumer en vue d'une action opératoire susceptible de changer le monde. Plus encore, cette représentation est condition de possibilité de l'action et de l'opérativité de tout agir. En d'autres termes, cette interprétation de l'existence en sa contingence, en ses latitudes décisionnelles, en sa soutenance auto-définissante, en ses choix pratiques et destinaux, est condition et voie et outil d'une transformation effective du monde. Et le paradoxe est flagrant : c'est parce que la «Liberté» existe comme modèle et idéal (construits l'un et l'autre par une conscience gratuite en quête de substance et de contenu), parce qu'elle existe sur ce seul mode (celui de l'illusion masquant activement sa dimension illusoire), qu'elle s'oppose à l'Essentialisme comme à l'Idéalisme…
Selon cette approche, l'humanité se révèle bien plus dans l'assomption de l'acte et dans son interprétation que dans son fait : l'humanité se trouve alors dans le mouvement et la mise en mouvement d'un sens et d'une valeur. Quant à l'espèce elle est création humaine : elle vient à l'homme «par derrière», par autrui. En ces circonstances, dans une situation qu'il n'a pas voulue mais qu'il a à interpréter , sous le regard d'autrui qui fige sa soutenance ou son existenciation en un «arrêt sur image», dans un monde partagé dont l'autre lui conteste la propriété et le sens, dans l'ignorance du doit choisir et se choisir. Doit exister et faire exister l'homme qu'il dessine de ses actions ou signale de ses motivations et convictions. Ou encore, choisissant (ses engagements, références, valeurs), l'homme se choisit. Se choisissant, il choisit l'humanité dans son ensemble. En conséquence, face à l'incertitude de ce choix que nulle Transcendance n'assure, devant l'inconnaissabilité des développements processuels de l'action, confronté au risque de l'échec (et de l'échec ultime : la mort), se manifestent tentations de démissions, processus d'aveuglement et angoisses – et Sartre de préciser : «C'est précisément la conscience d'être son propre avenir sur le mode du n'être-pas [qu'il nomme] l'angoisse»E et N, 67. Pourtant autre chose découle de cette constatation : c'est parce que le pour-soi en existenciation n'est pas son avenir (parce qu'un espace-temps, qu'un devenir «organique» et qu'un agir inscrit dans l'adversité d'une situation à la fois personnelle, historique et mondaine l'en séparent) qu'il a à choisir et à agir – et que ces actions le transformeront tout autant qu'elles transformeront son rapport au monde et le monde lui-même. C'est aussi parce qu'il n'est pas (pas toujours déjà) son avenir, parce que nulle promesse (personnelle ou reçue) ne le lie à celui-ci, que la liberté existe. En fait, un monde à chaque instant plein de tous les possibles (actualisés) serait un monde compact où s'anéantiraient la satisfaction, l'action, le désir, la distance et la liberté. L'homme enserré dans un tel monde serait un rêveur : ne rencontrant nulle résistance, nulle inertie, nul décalage temporel entre conception et réalisation, comme Dieu, il rêverait et s'identifierait à la somme de ses créations. Comme Dieu, comme un esclave : «La toute-puissance divine équivaut à une totale servitude subjective. Dieu est précipité de création en création sans pouvoir «prendre ses distances» par rapport à soi et par rapport à l'objet.», Les écrits de Sartre, 53. En cette perspective, le temps, comme durée, comme épreuve, comme substrat de l'action (et substrat produit par l'action), est la condition de réalité du sujet. Comme l'explicite clairement Juliette Simon en un contexte différent (Je est un autre : du malin génie à l'implant mémoriel, in Philosophie et science-fiction), une distance sépare le «moi» (substantiel et phénoménal, métabolique et cognitif) du sujet – celui du «cogito» cartésien. Ou encore, le temps sépare «Je» de «moi» ; nonobstant, la négation/néantisation du temps-durée (où s'inscrivent le métabolisme et les processus neurologiques divers) entre le «je veux» …«je possède ou réalise» abîmerait le «moi» dans l'objet…
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Fx1
  18 juillet 2014
Sartre est un grand philosophe , cela ne fait aucun doute . Quand on décovre ce texte on est tout d'abord saisi par la qualité des mots présents ici . Une telle maitrise doit étre saluée , car peu sont capables de parvenir à cela . le texte en lui méme doit étre lu en plusieurs fois , car tant de richesse nécessite une implication totale du lecteur . le questionnement sur la conscience qui selon Sartre est l'élément fondamental de l'existentialisme , ce questionnement est sans fin . L'on pourra certes dire que les personnes qui font acte de réflexion sur leur condition et sur la réalité de leur présence morale dans ce monde , dans cette existence , l'on pourra dire que ces personnes sont réellement vivantes , donc conscientes , et donc le néant n'est pas leur condition . Au delà de cet aspect là , Sartre interroge le lecteur et s'interroge lui méme , sur la conscience de l'étre . Celui ci est il vraiment apte à comprendre que son parcours doit étre enrichi de ce que la vie peut lui apporter , ou bien est il simplement destiné à n'étre qu'un simple spectateur qui contemple immobile sa vie , son parcours , telle une éponge qui ne retient rien de l'eau qu'elle reçoit ? le questionnement de Sartre est pertinent et c'est pour cela que cet ouvrage i important doit étre lu et relu pour prendre conscience de l'importance de l'ètude que Sartre méne ici . Un livre un peu complexe , mais néanmoins trés important pour mieux comprendre les enjeux de l'existence .
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claudeparis
  03 décembre 2014
J'ai lu ce livre, contrainte et forcée alors que j'étais étudiante, j'en ai gardé un très mauvais souvenir. ! Peut-être que si je le relisais maintenant, la maturité aidant ... ?
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nicolab37
  28 mars 2019
Je suis descendu pour la première fois dans les bas-fonds de l'ontologie phénomènologique, avec juste une petite frontale et mon couteau suisse...Je ne m'attendais pas à un tel vertige, celui que procure l'abîme qu'est l'homme quand on se penche dessus. Depuis je n'arrive plus à remonter en surface, là où l'on peut "être" tranquillement, en toute mauvaise fois, sans avoir conscience de ce Néant qui nous hante.
Je n'en suis qu'à la page 155 et déjà bouleversé, j'éprouve comme une nausée!
C'est mon prochain défi littéraire, venir à bout de ce pavé avant 2020.
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Citations et extraits (60) Voir plus Ajouter une citation
JcequejelisJcequejelis   22 mars 2012
... la haine est haine de tous les autres en un seul. Ce que je veux atteindre symboliquement en poursuivant la mort de tel autre, c'est le principe général de l'existence d'autrui. L'autre que je hais représente en fait les autres. Et mon projet de le supprimer est projet de supprimer autrui en général, c'est-à-dire de reconquérir ma liberté non-substantielle de pour-soi. Dans la haine, une compréhension est donnée de ce que ma dimension d'être-aliéné est un asservissement réel qui me vient par les autres. C’est la suppression de cet asservissement qui est projetée. C'est pourquoi la haine est un sentiment noir, c'est-à-dire un sentiment qui vise la suppression d'un autre et qui, en tant que projet, se projette consciemment contre la désapprobation des autres. La haine que l'autre porte à un autre, je la désapprouve, elle m'inquiète et je cherche à la supprimer parce que, bien que je ne sois pas explicitement visé par elle, je sais qu'elle me concerne et qu'elle se réalise en moi. Et elle vise à me détruire non en tant qu'elle chercherait à me supprimer, mais en tant qu'elle réclame principalement ma désapprobation pour pouvoir passer outre.

338 - [Tel n° 1, p. 462]
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Jean-DanielJean-Daniel   29 janvier 2020
Quels que soient les résultats que l'on puisse obtenir dans la solitude par la pratique religieuse de la honte, la honte dans sa structure première est honte devant quelqu'un. Je viens de faire un geste maladroit ou vulgaire : ce geste colle à moi, je ne le juge ni ne le blâme, je le vis simplement… Mais voici tout à coup que je lève la tête : quelqu'un était là et m'a vu. Je réalise tout à coup la vulgarité de mon geste et j'ai honte… J'ai honte de moi tel que j'apparais à autrui. Et par l'apparition même d'autrui, je suis en mesure de porter un jugement sur moi-même comme sur un objet, car c'est comme objet que j'apparais à autrui.
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jojobegoodjojobegood   24 juin 2014
Si la franchise ou sincérité est une valeur universelle, il va de soit que sa maxime “il faut être ce que l’on est“ ne sert pas uniquement de principe régulateur pour les jugements et les concepts par lesquels j’exprime ce que je suis. Elle pose non pas simplement un idéal du connaitre mais un idéal d’être, elle nous propose une adéquation absolue de l’être avec lui-même comme prototype d’être. En ce sens, il nous faut faire être ce que nous sommes. Mais que sommes-nous donc si nous avons l’obligation constante de nous faire être ce que nous sommes, si nous sommes sur le mode d’être du devoir être ce que nous sommes ?
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jojobegoodjojobegood   24 juin 2014
La souffrance que je ressens, au contraire, n’est jamais assez souffrance, du fait qu’elle se néantit comme en soi par l’acte même où elle se fonde. Elle s’échappe comme souffrance vers la conscience de souffrir. Je ne puis jamais être surpris par elle, car elle n’est que dans l’exacte mesure où je la ressens. Sa translucidité lui ôte toute profondeur. Je ne puis l’observer, comme j’observe celle de la statue, puisque je la fais et je la sais. S’il faut souffrir, je voudrais que ma souffrance me saisisse et me déborde comme un orage : mais il faut au contraire, que je l’élève à l’existence dans ma libre spontanéité. Je voudrais à la fois l’être et la subir, mais cette souffrance norme et opaque qui me transporterait hors de moi, elle m’effleure continuellement de son aile et je ne peux la saisir, je ne trouve que moi, moi qui me plains, moi qui gémis, moi qui dois, pour réaliser cette souffrance que je suis, jouer sans répit la comédie de souffrir Je me tords les bras, je crie, pour que des êtres en soi, des sons, des gestes, courent par le monde, chevauchés par la souffrance en soi que je ne peux être. Chaque plainte, chaque physionomie de celui qui souffre vise à sculpter une statue en soi de la souffrance. Mais cette statue n’existera jamais que par les autres, que pour les autres. Ma souffrance souffre d’être ce qu’elle n’est pas et de n’être pas ce qu’elle est, sur le point de se rejoindre elle s’échappe, séparée d’elle par rien, par ce néant dont elle est elle-même le fondement… Mais elle ne peut être souffrance que comme conscience de n’être pas assez souffrance en présence de cette souffrance plénière et absente.
+ Lire la suite
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PingouinPingouin   19 juillet 2012
"Ce qu'il y a de terrible dans la Mort, dit Malraux, c'est qu'elle transforme la vie en destin." Il faut entendre par là qu'elle réduit le pour-soi-pour-autrui à l'état de simple pour-autrui. De l'être de Pierre mort, aujourd'hui, je suis seul responsable, dans ma liberté. Et les morts qui n'ont pu être sauvés et transportés à bord du passé concret d'un survivant, ils ne sont pas passés, mais, eux et leurs passés, ils sont anéantis.
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Le lait de l'oranger est l'un des livres les plus personnels et les plus émouvants de Gisèle Halimi. Dans ce récit autobiographique, Gisèle Halimi écrit à son père tant aimé pour lui dire « ce qui n'a pas été dit ». Tout commence en Tunisie au pied de l'oranger. Tous les matins, la petite fille se cache pour jeter son café au lait dans les racines de l'arbre. Gisèle Halimi revient sur son enfance rebelle et ses combats précoces contre les stéréotypes de genre véhiculés par la religion et l'école. La haine de l'injustice chevillée au corps, Gisèle Halimi devient l'avocate la plus célèbre du XXe siècle. Actrice et témoin de notre époque, elle a secoué L Histoire par des combats difficiles qui résonnent encore fortement aujourd'hui. de la guerre d'Algérie à la reconnaissance du viol comme crime, en passant par le procès de Bobigny et la bataille pour la légalisation de l'avortement, tout en côtoyant Mitterrand, Simone Veil, Bourguiba ou encore Camus, Sartre et Beauvoir, elle retrace ici son parcours hors du commun.
Découvrir le livre : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/L-Imaginaire/Le-lait-de-l-oranger
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