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Critique de Enroute


Enroute
  11 décembre 2017
Le processus de formation d'images réelles et d'images mentales est le même. Dans les deux cas, il s'agit de l'animation d'une matière (physique dans un cas, mentale dans l'autre). Ce que je vise à travers une image (une photographie, un tableau si elle est physique ; ou bien une image mentale), c'est toujours la chose réelle, existant dans le monde. On a eu tort par le passé de postuler que l'image était spontanée et apparaissait à la conscience : que serait un contenu de conscience qui ne soit lui-même la conscience ? Aussi est-ce la raison pour laquelle une image ne m'apprend rien : elle ne contient jamais que ce que mon intention y met. Ensuite, si je suis surpris des images que je forme, c'est que le processus est irréfléchi. Mon intention joue aussi malgré ma raison. C'est l'affectivité, le mouvement et le savoir qui constituent les images.

Un type particulier d'image sont les schèmes. Ceux-ci se constituent lorsque l'intention vise un objet indéterminé (quelque chose que je ne comprends pas encore) ou irréel (un concept). Dans ce cas, la constitution du schème achève de me donner la compréhension de ce que je vise. L'imaginaire est un mode de savoir imageant qui vient en renfort du savoir pur, celui qui se constitue par la raison dans la comparaison et l'établissement de rapports et de relations. Mais l'image n'a d'intérêt que comme étape intermédiaire dans le processus de compréhension qui s'achève par la consolidation d'un savoir raisonné. Sans cela, je risque de me rester en route : sur la voie de la connaissance, je me suis laissé absorber par une image dont je n'ai pas reconnu le caractère de visée vers l'objet réel et me suis arrêté à son apparence pleine et entière, et approximative.

L'image est donc le mode d'apparence de ce qui est absent. C'est le mode d'apparence de l'objet irréel, celui qui, précisément, n'est pas là. L'image est donc à la fois néant du réel et manière de poser le réel puisque pour concevoir l'image je dois la créer sur fond de réel. En revanche, le rêve est l'état où la conscience a perdu la notion de réel et où la conscience réflexive s'éteint. Monde clos sur lui-même, le monde du rêve est un monde pauvre car la conscience y est fascinée, prisonnière des images que l'intention libre associe : la conscience n'a pas d'autre choix que de vivre le rêve jusqu'à son terme. En un sens, le roman opère identiquement, mais à moindre intensité.

Pas d'inquiétude, si toutefois vous aviez des doutes, toute conscience libre est imageante. L'exercice de la liberté par la conscience se fait dans l'imagination qui requiert une néantisation du monde (imaginaire et réel ne peuvent être présents simultanément dans la conscience). le risque serait une conscience trop engluée dans le réel, qui ne parviendrait pas à synthétiser le monde : elle ne pourrait se distancier du réel, ne pourrait imaginer et, ce faisant, ne pourrait concevoir la catégorie du réel... dans ce cas, c'est l'asservissement de la conscience ou plutôt la disparition de la conscience...

Conclusion : décollons de temps en temps de nos écrans, faisons travailler notre imagination ou bien.... nous perdons conscience........
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