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EAN : 9782843351631
112 pages
Éditeur : Verticales (19/03/2003)

Note moyenne : 3.82/5 (sur 11 notes)
Résumé :
Fragmentation d'un lieu commun regroupe cent textes brefs, segments d'un travail d'éducatrice pénitentiaire et traces de ceux que Jane Sautière a rencontrés de part et d'autre des barreaux (détenus, surveillants, collègues).

" Je vous contiens et je vous déverse. Choisir les mots par lesquels cela s'énonce est une liberté considérable, plus haute que les murs qui vous enferment encore ", dit-elle.

Écrit dans une langue d'une extrême d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
MarianneL
  18 octobre 2015
Souvenirs fragmentaires, pour que le monde carcéral ne tombe pas dans l'oubli.
«1 - J'ai commencé ce texte lorsque je vous au écouté. Il ne s'agit pas d'écrire une souffrance (la vôtre ou la mienne). Il s'agit d'être là. »
Avec ce texte en cent fragments numérotés, Jane Sautière témoigne de son expérience passée d'éducatrice pénitentiaire, des rencontres et dialogues avec les détenus, collègues ou surveillants, des stigmates et des traces que la prison peut laisser, sur les détenus et ceux qui travaillent là.
«66 – le pain arrivait dans des sacs de jute hissés dans les étages à dos d'hommes. Son odeur, la bonne odeur du pain, familière, familiale, le pain rompu pour l'amitié. Tout cela venait rappeler combien cet univers était anormal et inhumain.
le même sentiment m'a assaillie lorsque j'ai vu ma collègue enceinte dans les coursives. Ce n'était pas elle l'élément d'étrangeté, mais le reste qui paraissait monstrueux, hors de la vie.»
Soulignant la force des rencontres individuelles, à l'encontre sans doute de certaines idées reçues, Jane Sautière montre l'usure et l'épuisement, la nécessité et la difficulté de se protéger, de garder une distance envers ce qui est vécu et entendu pour intervenir là et pour témoigner, tout en conservant les paroles authentiques entendues, pour livrer sans effets romanesques, sans pathos, une oeuvre littéraire et un témoignage rare.
«81 – Votre fils va venir vous voir. Il ne travaille plus à l'école depuis que vous êtes détenu, ça vous soucie beaucoup. Vous êtes là pour une histoire de papiers de séjour. Encore. Rien à faire pour obtenir ce viatique. Et pourtant, j'aurais eu à choisir ma famille, c'est la vôtre que j'aurais choisie. Tant d'amour circule entre vous tous. Je vois que ce qui vous ronge le plus, c'est là, l'enfant que votre incarcération rend défaillant, la femme que vous laissez seule, la petite fille qui s'accroche à vous à chaque parloir.
Vous-même vous êtes inscrit à l'école de la maison d'arrêt.
Je vous dis d'en parler à votre fils. de lui apporter vos cahiers. J'ai la trouille en disant cela. de faire de vous un homme diminué, un homme inculte. Mais je vois aussi cet investissement permanent, cette lutte sans fond, sans fin.
Je sens qu'il faut que votre fils sache que c'est viril d'apprendre. C'est un combat, une lutte, aussi grasse et épaisse que la lutte à main nue.»
Ces fragments de mémoire, collection de souvenirs vivaces entourés de silence, semblent être des cellules closes, dont on trouve un écho poétique dans le magnifique «Césarine de Nuit» d'Antoine Wauters, et forment une mosaïque qui exprimerait par touches, sans idéologie, la promiscuité, la violence, l'inhumanité de la prison broyeuse de vies.
«Se dire soi-même, se donner son propre nom est un délit. On ne se nomme pas soi-même.
En prison, X est un étranger clandestin. Parfois, c'est vous qui brouillez les pistes, pour ne pas être expulsé vers un pays et une histoire dont vous ne voulez plus.
Vous qui, lorsque je vous demande votre nom, me désignez sur le ventre les trois cicatrices violettes « Fleury, Fresnes, La Santé », chacune acquise dans ce qui est devenu votre seul séjour légitime, la prison.
Vous fuyez une guerre, une persécution oui, cela aussi. Mais, en fuite de quelque chose qui vous est propre, votre histoire singulière que vous taisez, un père banni avant votre naissance, cela, par exemple. Ce que vous ne dites pas parce que ça vous identifie et à l'identité, vous n'avez pas accès.»
Ce premier livre de Jane Sautière, paru en 2003 aux éditions Verticales (collection Minimales), fait de mots et d'adresses simples à des détenus qui souvent ne sont plus, diffuse une humanité profonde, et cette volonté d'établir des relations humaines envers et contre tout.
Jane Sautière sera l'invitée de la librairie Charybde le mercredi 21 octobre, en soirée, pour fêter la parution de «Stations (entre les lignes)».
Retrouvez cette note de lecture sur mon blog ici :
https://charybde2.wordpress.com/2015/10/18/note-de-lecture-fragmentation-dun-lieu-commun-jane-sautiere/
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justeuneligne
  01 décembre 2016
J'ai abordé ce livre par un spectacle /lecture. J'ai immédiatement eu envie d'acheter ce texte mis en espace et en musique avec force et simplicité. le titre du livre, d'abord énigmatique prend tout son sens quant on pénètre dans l'univers de Jane Sautière qui était éducatrice pénitentiaire. le lieu commun, c'est la prison, partagée par les détenus et les divers professionnels intervenant dans ce milieu. La fragmentation, c'est la forme adoptée pour son récit, cent petites vignettes numérotées, qui renvoient également à une vie fragmentée pour ceux qui naviguent entre dedans et dehors. Certains passages fonctionnent comme des flashes, des images saisies sur le vif. Je ne résiste pas à proposer cet extrait du N°78 par exemple : « C'est la première fois que je vous vois. Vingt et un ans.
Fine, longs cheveux coiffés en chignon, très « couture ».[…] En quelques minutes vous avez ouvert une petite valise dans mon bureau, mis votre linge en pile, raconté votre vie, votre oncle qui vous a dévirginisée. Tout s'étale, le linge, les mots, dans une inquiétante absence. Je sors pour voir où en est le juge. Je reviens. Une odeur forte, sexuelle me prend à la gorge. Vous venez de liquider un paquet de crevettes anciennement surgelées. Les fines coquilles s'amoncellent dans le cendrier. Vous me souriez, très mondaine, comme si on venait de prendre le thé. Votre carapace sèche dans le cendrier. Je vous vois. Envahissante de vulnérabilité »
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Melieetleslivres
  27 mai 2019

C'est le premier livre de Jane Sautière, et pour moi le "dernier" de ma bibliothèque, mon dernier-lu de ses livres : j'ai commencé "à l'envers" en lisant "Mort d'un cheval dans les bras de sa mère", son dernier-sorti et peu à peu j'ai lu tous ces livres, à rebours, parus chez Verticales. Celui-ci a été publié en 2005, réédité en 2016. Tous les livres de Jane Sautière méritent "leur" moment. Il faut se sentir prêt, à mon avis, à accueillir ses mots si réfléchis, si denses, accepter de s'ouvrir à cette auteure. Chaque mot pèse son poids.
Fragmentation d'un lieu commun regroupe cent textes brefs, segments d'un travail d'éducatrice pénitentiaire et traces de ceux que Jane Sautière a rencontrés de part et d'autre des barreaux (détenus, surveillants, collègues). Écrit dans une langue d'une extrême densité, ce livre n'est pas une solution technique, administrative aux problèmes de l'enfermement, mais une inscription contre l'oubli. Les prisons sont devenues des lieux communs.
Fragments numérotés : parfois un paragraphe, parfois presque un chapitre pour dire des rencontres, des vies, des horreurs, des choses tellement dures.. et quelques moments lumineux, incroyables, qui vous arrachent un éclat de rire, comme celui où l'auteure explique le spectacle qu'ils ont décidé, avec des collègues, de mettre en place dans la plus grande salle de la prison, qui sert aussi de chapelle, devant des détenus, avec des intervenants et des détenus, il manque toujours quelque chose, c'est une tâche immense, et là :
"À un tantième contrôle, avant la xième grille, le surveillant se lève derrière sa bulle en verre et hurle : "Je vous aime à tous !". On reste là, pantois. Puis nous passons, avec les instruments, les pupitres, dans le silence. C'est lui le spectacle, d'un coup. Il nous aime à tous, là, dans sa bulle."
Des petits détails qui racontent une rencontre, des rencontres semblables souvent, dans son bureau de Suivi des Sortants, de Suivi des Entrants, chaque bureau est une salle qu'on lui trouve, à l'arrache, dans chaque prison où elle intervient. Parfois, devoir aller au Tribunal, pour défendre tel ou telle.. parce qu'il y a les femmes prisonnières.. des femmes sortantes, des entrantes, pas mieux que les hommes.
Les toxicomanes, sales, physiquement repoussants, les vomissures partout. Les SDF, qui seront relâchés, et qui, malgré les 6mois de suivi post-pénitentiaire, à force d'actes manqués, retournent à la rue, tous ces sans-papiers, emprisonnés pour ce seul délit, ceux qui ont de faux papiers, prison aussi, enfants "confiés à la Ddass", des injustices flagrantes dans ces cas et dans d'autres, et tout ce que font ces Éducateurs Pénitentiaires pour sauver ce qu'on peut sauver, aider, faire des demandes de papiers par milliers.
Il faut faire les dossiers pour l'Aide Juridictionnelle, et lorsque ces détenus n'ont même pas de nom connu, et cela donne "X se disant Ben Mohammed". Il y a beaucoup de "X se disant". Il y a les violents, il y a les pédophiles. Il y a des assassins, il y a tous ces Africains, souvent sans nom, pourquoi sont-ils là ?
Chaque fragment commence par "Vous". Vous me dites, ou Vous vous asseyez, ou vous racontez.. il est nécessaire de tenir la distance. de tenir à distance. Malgré tous le poids des vies déposées.
Et un jour, le corps lâche, on n'en peut plus.
Ce sont de petits textes nécessaires, pour combattre les à-priori secs des clichés sur la prison. À l'intérieur. Jane Sautière a travaillé là toute sa vie ou presque, elle porte un monde, et l'ouvre par petits billets, au lecteur qui acceptera d'être touché, de comprendre.
Encore un livre absolument nécessaire.
Fragmentation d'un lieu commun - Jane Sautière, ed Verticales, 2003 réédité en 2016, en poche "Minimales"


Lien : https://melieetleslivres.wor..
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maylibel
  06 décembre 2015
Un métier : éducatrice pénitentiaire, c'est ce qu'évoquent les cent textes rassemblés dans ce court ouvrage. Évocation des détenus, mais aussi des surveillants, des collègues, d'une tâche incommensurable. Et lutte contre l'oubli.
Fragmentation d'un lieu commun est un coup de pied dans la montagne de clichés qui s'impose à nous quand on prononce le mot « prison ». L'auteure y témoigne de sa propre expérience avec beaucoup de sobriété, une langue épurée au maximum, débarrassée des métaphores malvenues. Des faits, rien que des faits, même pas de noms. Et l'emploi de la deuxième personne du pluriel, qui restitue avec beaucoup d'efficacité et une certaine pudeur l'ambiance des rencontres faites.
Fragmentation d'un lieu commun est un témoignage dur, marquant, sur un sujet difficile. le genre de livre qu'on n'oublie pas.
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Tagrawla
  03 août 2014
Jane Sautière a longtemps travaillé en milieu pénitentiaire. Elle nous livre ici un récit par touches brèves, précises et percutantes d'un univers par définition replié sur lui-même. C'est fort, violent et humain à la fois et on n'en sort pas tout à fait indemne.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
maylibelmaylibel   06 décembre 2015
La distance. Il faut qu’on garde la distance, laisser place à ce qu’on va entendre. Parce que soi et l’autre, ce n’est pas à confondre. Parce qu’il faudra bien la tenir, la distance, durer, continuer malgré tout. On garde un visage neutre, on n’exprime pas nos émotions, on se retranche (dans les tranchées comme les soldats d’une vieille guerre). Les histoires qui s’empilent, l’usinage en permanence, les mots glissés sous les portes des cellules pour ne pas avoir à les ouvrir et à parler. Les « Pourriez-vous préciser votre demande ? » en réponse à des lettres surnuméraires « Madame l’assistance sociale, c’est urgent. » Encore, encore. Urgent, tant à voir, additionner les retards, différer. Craindre qu’il ne soit trop tard. Où on la met cette fatigue, elle mange quoi ? Elle prend sur quoi ?
(p. 37)
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TagrawlaTagrawla   03 août 2014
Parfois, les paroles des étrangers. Des tapis volants.
Dans votre village d’Afrique, les enfants à qui était confié l’élevage des poussins les teignaient de couleurs vives pour que l’épervier ne les reconnaisse pas.
En un mot, toutes ces couleurs, celle de la terre rouge, celles des poussins, le bleu du ciel, l’immensité du monde autour.
Et voilà. Terminus dans le lieu le plus atone du monde. C’est précisément du fait de votre couleur que l’épervier vous a chopé.
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LuparJuLuparJu   20 février 2019
Le pain arrivait dans des sacs de jute hissés dans les étages à dos d’hommes. Son odeur, la bonne odeur du pain, familière, familiale, le pain rompu pour l’amitié. Tout cela venait rappeler combien cet univers était anormal et inhumain.
Le même sentiment m’a assaillie lorsque j’ai vu ma collègue enceinte dans les coursives. Ce n’était pas elle l’élément d’étrangeté, mais le reste qui paraissait monstrueux, hors de la vie.
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TagrawlaTagrawla   03 août 2014
Il n’y a pas de petites choses dans la prison. Tout compte, un timbre, une clope, un savon. Au désert, tout est relief.
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