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EAN : 9782072626272
144 pages
Éditeur : Gallimard (27/08/2015)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 11 notes)
Résumé :
«Maintenant, je ne travaille plus. J'aurai eu beaucoup de mal à atteindre la date limite, je suis un vieux cheval, marqué au col. Je circule à mes heures, et presque toujours parce que j'ai envie d'aller quelque part, évitant les heures de pointe. Et je veux absolument, alors que je quitte des moments durs et l'agitation furieuse, donner les notes prises lors de ces déplacements.»
Au gré de ses déménagements et emplois successifs, de ses passions amoureuses ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
MarianneL
  03 octobre 2015
La singularité d'une vie qui défile et de ses transports quotidiens, plaidoyer poétique contre l'écrasement et pour la présence au monde.
Au fil de la vie et des déménagements, entre les départs à l'étranger et les retours en France, d'adaptations en désadaptations, Jane Sautière ouvre son récit en suivant le cours de sa vie de lieu en lieu, depuis le petit pavillon au confort rudimentaire le long des voies ferrées à Franconville, où la petite fille de six ans allait chercher l'eau à la source de la ville avec une dame-jeanne, jusqu'au Nord-Est de Paris, dans le quartier de la porte de la Villette, le long de ce parcours où celle qui fut pendant des années éducatrice pénitentiaire n'a pas hésité à aller s'empoigner avec ses démons, la crainte d'être enfermée et la peur d'une liberté trop grandiose.
«Trente ans plus tard, alors que ce quartier «autoconstruit», comme on dit aujourd'hui, a été rasé depuis longtemps, lorsque je raconte le Franconville de cette époque à un jeune danseur de hip-hop d'origine tamoule qui y habite et que je rencontre dans un battle, que je lui parle de la source et de la dame-jeanne, il rit. Je ris avec lui, consciente de l'absurdité de tout ça, je ris avec lui par-dessus le temps passé, pour dénouer l'amertume des sources disparues qui emportent avec elles des enfances non moins vives et des dame Jeanne qui vieillissent.»
Ce parcours rythmé par les lieux, les gares et les moyens de transport illustre en filigrane les changements d'époque, d'un univers sans confort mais joyeux, aux banlieues parisiennes devenues des machines d'exclusion sociale, la joie de la conduite en voiture, à laquelle elle renonce quand la liberté de conduire à sa guise est rognée, sans doute par la loi, les embouteillages et le passage du temps.
«J'ai quitté, je pense, définitivement l'idée et l'envie d'avoir une voiture, pour des raisons que tous les Parisiens connaissent, le temps de la balade automobile en ville étant tout à fait révolu. J'aurai beaucoup aimé circuler à Paris avec une petite voiture qui se faufile et énerve tout le monde, comme on le fait maintenant avec les vélos, la ville était belle, je ne voyais qu'elle, je pouvais chanter à tue-tête, fumer, crier des injures. Avoir un autoradio a été une fête, la nuit était particulièrement attirante, les lumières bien sûr, surtout aller sans nécessité de l'une à l'autre, comme une phalène, claquer une portière, allumer une clope. Zou.»
Articulant ensuite des fragments, du métro parisien au vaporetto de Venise, en un feuilleté d'anecdotes et de scènes vues dans les transports, «Stations (entre les lignes)» forme un livre passionnant, évoquant avec une acuité et une étonnante légèreté l'enfermement de celui «qui se tape» chaque jour les transports, la tristesse de cette masse indifférente, par une présence attentive aux battements individuels de cette humanité agglutinée, à la singularité des détails, des silhouettes et des attitudes, extrayant le romanesque des scènes quotidiennes avec «simplement ce qui tombe, doucement, comme une feuille, sur le tapis de la vie» (Roland Barthes).
«Moi-même, enfoncée comme un clou dans la trajectoire de l'autre, je me demande comment font les grandes nuées de martinets dans les cieux d'été, si compacts entre eux, et pourtant virant et tournant à la corde sans que jamais le moindre heurt ne vienne troubler leur mouvement. Ils sifflent à pleins poumons et leur voile soyeux passe au-dessus de nos têtes, comme si toute la joie de l'été s'élevait soudain brumeuse et fugace.»
Retrouvez cette note de lecture sur mon blog ici :
https://charybde2.wordpress.com/2015/10/02/note-de-lecture-stations-entre-les-lignes-jane-sautiere/
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ATOS
  01 juin 2019
Une constellation d'unités. Unités d'un lieu, de mille lieux, d'un temps, de tant d'instants. Un matin, une station, un jour, un quai, une nuit, une ville, des vies. Nos vies. Sa vie. Des odeurs, des regards, des destins, des joies, des rencontres. Ce livre s'adresse à celles et ceux qui traversent les villes, et puis passent les villes, les quittent, y reviennent. d'un point à l'autre, d'une ligne à l'autre. Banlieues, Paris,Lyon, Venise, Bourges, Paris ..les quatre chemins, les six routes, à coup de rames, de trams, de bus.. Carrefour comme une étoile ; Un tissu, des liens, un paysage en clair voie. Des visages pris dans les glaces, des laines qui se démènent s'entremêlent, se filent, se défilent, se dénouent, se cassent, s'arrachent. Des ponts, des plates formes, des passerelles...
Gare de l'Est, RER A, Châtelet, Opéra, RER B, couloirs, tunnels, sens migratoires .
Transport ...transfert...élan, transit, déplacement, emballement, changement, emportement, ...voyage...vagabondage. Transports en commun , dans l'unité d'une vie, de tant de vies.
Le carnet des voyages de Jane Sautière c'est de l'humain, ..des parfums et des corps qui traversent, ignorent, demandent, réclament, surgissent, marchent. Des images, des cartes, des partances, des enfances, des urgences.
Un très agréable moment de lecture.
Astrid Shriqui Garain
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claraetlesmots
  29 septembre 2015
« Je lis très peu dans les transports, il me semble qu’il y a toujours quelque chose à voir, ou plutôt à ne par perdre de vus. Il y a le besoin d’être présente en ce moment, en laissant l’esprit divaguer, emmenée, vacante, vivante, petite particule, satellite minuscule et invisible d’un ensemble plus vaste (…) et dont j’ai pris le soin depuis si longtemps de noter les battements. »
Et l’on peut remercier Jane Sautière d’avoir observé lors de ses déplacements en bus, métro, RER ou tramway ce monde de voyageurs dont elle faisait partie. Un monde, une foule qui se meut en se pressant aux heures de pointe. Corps compactés comme des portemanteaux de ceux qui font la manche à ceux qui vont travailler, des odeurs ( relents de saleté et de la pauvreté ou parfums agressifs)), des bruits où l’intimité devient inexistante. Une foule qui se déplace dans les couloirs, une marche de corps qu'un accident ( comme une femme qui trébuche et tombe) ne fait pas arrêter. Au fil des années, elle a noté les changements effectués dans les stations mais aussi celui de ses usagers. Des portraits, des anecdotes mais aussi comment elle ressentait, vivait ces déplacements collectifs. Et il y a des petits bonheurs, un paysage vu à travers une vitre, un début de conversation ou un sourire échangé, le visage d’un enfant. Et à travers ses réflexions, on se retrouve en tant qu’individu. C’est superbement écrit sans aucune fioriture mais une précision des mots, le sens du détail. A lire !!!!
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Garoupe
  12 octobre 2015
Jane Sautière a pas mal bourlingué, c'est un euphémisme que de parler de bougeotte en parlant d'elle. Cela lui a donc donné l'occasion de fréquenté à de multiples reprises les transports, en commun (Métro, tramway, RER à Paris comme à Lyon) ou pas (avions et trains ne sont pas en reste).
A travers ces transports, essentiellement ferroviaires, Jane Sautière s'attaque aux transports sentimentaux : amoureux, au fil de sa vie de couple et de sa séparation, personnels (c'est un peu à un voyage au coeur de ses sentiments et de ses sensations qu'elle nous invite), professionnels (parce que son métier l'a confrontée à toutes sortes de caractères humains déshumanisés dans le monde carcéral).
La première partie du livre (par ailleurs très court) place les transports au centre du développement de Jane Sautière comme cadre de vie, au gré de ses déménagements. le moyen de transport, à travers ses lieux de départ et d'arrivée, devient alors un marqueur social propre d'une part à l'auteur et d'autre part aux lieux à proprement parler. C'est d'ailleurs une constante du livre que d'opposer la personne de l'auteur dans sa singularité et sa particularité à la multitude des transports : noyée par la foule des passagers, Jane Sautière reste pourtant seule mais surtout isolée. Les transports fonctionnent comme une gangue isolatrice.
Dans la seconde partie, Jane Sautière procède par sauts de puces, stations après stations, et nous livre sa vision des transports à travers le prisme de flashs, de sensations, d'images syncopées. C'est comme si vous aviez un petit livre fait d'images successives qui feuilletées rapidement créent un mouvement, une action… sauf que là, les images sont toutes uniques, toutes différentes les unes des autres. le mouvement est alors saccadé, haché, brusque mais forme un tout cohérent.
Pour voyager dans le livre de Jane Sautière, il faut savoir lire entre les lignes, entre les stations. le plus dérangeant dans ce livre étant finalement que le lecteur finisse par voir en Jane Sautière une voyeuriste qui a su darder un regard perçant et étourdissant sur les exhibitionnistes que nous sommes, à nous livrer ainsi aux regards de toute personne qui veut bien se donner la peine de lever ses yeux sur ses coreligionnaires de transports. On prend alors le risque d'aller trop loin et de se perdre entre les lignes…

Lien : http://wp.me/p2X8E2-vy
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AnnaDulac
  01 novembre 2019
Comment être soi au milieu des autres ?
Comment lier notre vie intime et individuelle au mouvement collectif qui nous entraîne ?
Comment parler de soi sans faire un récit de soi ?
Il y a ces questions dans ce livre passionnant de Jane Sautière dans lequel, en brefs fragments et sans aucun effet de style, elle nous raconte les lignes de RER, de métro, les TGV et même le vaporetto vénitien où elle s'est parfois noyée, mais où elle a lutté pour préserver son existence propre.
Jane Sautière parle de son enfance, des trains de banlieue où elle étouffait, de cette « saison où il faut s'engager dans la vie adulte, prendre sa place dans la ronde », de son « épouvante de l'enfermement » qui paradoxalement fera d'elle une éducatrice pénitentiaire, de ses déménagements successifs, puis de la retraite, loin d'un « monde qui tourne maintenant sans moi. »
Au-delà de l'anecdote personnelle, il y a dans les mots de Jane Sautière , souvent tirés de ses carnets de notes, cette infinie poésie du quotidien qui seule permet de rendre tolérable la violence urbaine et aussi une tendre bienveillance envers autrui.
La narration en fragments permet d'ouvrir le livre au hasard, de sauter d'une note à l'autre, de faire de petits voyages.
L'écriture change aussi selon les modes de transport : saccadée dans le métro et plus modulée dans le TGV où une place est réservée.
Ce « Stations (entre les lignes) » est un beau livre de vie.
« Au métro Quatre-Chemins, une odeur d'encens inouïe, pas l'encens des babas cool, non, celui d'église, pur et fort. Une petite fille avec des mules rose vif en vernis, trop grandes pour elle. Peu suffit, peu submerge. »
« Une femme reflétée dans la vitre dort, son visage si fatigué laissé offert au regard des autres, vulnérable, marqué, effondré, bouche encaissée dans les sillons qui courent du nez aux commissures, rides fortes et nombreuses comme des cassures. Et c'est vraiment une belle femme. »
« Cognée par des sacoches, des sacs, des coudes, des barres, des parapluies, des tourniquets… J'ai eu, au début, des bleus sur le corps. Plus maintenant. Modification de mon système lymphatique, amélioration de réseau véneux, inutilité de la plainte ? Oui, inutilité de la plainte. »


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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
ChezLoChezLo   14 octobre 2015
J’ai quitté, je pense, définitivement l’idée et l’envie d’avoir une voiture, pour des raisons que tous les Parisiens connaissent, le temps de la balade automobile en ville étant tout à fait révolu. J’aurai beaucoup aimé circuler à Paris avec une petite voiture qui se faufile et énerve tout le monde, comme on le fait maintenant avec les vélos, la ville était belle, je ne voyais qu’elle, je pouvais chanter à tue-tête, fumer, crier des injures. Avoir un autoradio a été une fête, la nuit était particulièrement attirante, les lumières bien sûr, surtout aller sans nécessité de l’une à l’autre, comme une phalène, claquer une portière, allumer une clope. Zou.
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claraetlesmotsclaraetlesmots   28 septembre 2015
Se lever pour descendre, dans le moment où la décélération, si minime soit-elle, provoque l'immobilité, la suspension du geste, comme si on allait contre le vent, une seconde suspendu. Ainsi que dans le semi-sommeil, lorsqu'on cherche à retrouver l'usage d'un membre gourd, ou lorsqu'on fait tourner la tête et que ça ne répond plus, le corps lourd, pierreux. Pris par cela, la stase, ne plus bouger, L'œuvre létale. Ce n'est Pas dans l'immobilité qui suggère la mort, non, c'est d'être animé ou animé du fait d'une pulsion qui n'est pas la nôtre, télécommandé.
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ChezLoChezLo   14 octobre 2015
Trente ans plus tard, alors que ce quartier «autoconstruit», comme on dit aujourd’hui, a été rasé depuis longtemps, lorsque je raconte le Franconville de cette époque à un jeune danseur de hip-hop d’origine tamoule qui y habite et que je rencontre dans un battle, que je lui parle de la source et de la dame-jeanne, il rit. Je ris avec lui, consciente de l’absurdité de tout ça, je ris avec lui par-dessus le temps passé, pour dénouer l’amertume des sources disparues qui emportent avec elles des enfances non moins vives et des dame Jeanne qui vieillissent.
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ChezLoChezLo   14 octobre 2015
Moi-même, enfoncée comme un clou dans la trajectoire de l’autre, je me demande comment font les grandes nuées de martinets dans les cieux d’été, si compacts entre eux, et pourtant virant et tournant à la corde sans que jamais le moindre heurt ne vienne troubler leur mouvement. Ils sifflent à pleins poumons et leur voile soyeux passe au-dessus de nos têtes, comme si toute la joie de l’été s’élevait soudain brumeuse et fugace.
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claraetlesmotsclaraetlesmots   29 septembre 2015
On ne peut pas s'aimer, on est trop près; comme dans la vie, bizarrement, pour la haine, il n' y jamais de trop près. Mais, ici, la vie est étrange, presque absente, nouée dans le grand organisme de la foule, qui produit du mouvement mais pas de l'existence.
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