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Michel Niqueux (Traducteur)
EAN : 9782859408794
192 pages
Éditeur : Phébus (05/02/2003)
3.5/5   16 notes
Résumé :
Savinkov, terroriste de premier rang (il assassina ou fit assassiner en 1904 le terrible Plehve, ministre de l’Intérieur du tsar, et en 1905 le grand-duc Serge, gouverneur-général de Moscou), deux fois condamné à mort, ami d’Apollinaire, de Cendrars et de Picasso, « suicidé » en 1925 à Moscou dans une prison du camarade Staline, avait publié (en russe) à Paris, en 1908, ce court « roman » totalement autobiographique – jamais traduit en français à ce jour – que la cr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
ZeroJanvier79
  05 novembre 2018
J'avais découvert ce livre en lisant la bande dessinée en deux volumes Mort au Tsar (1. le Gouverneur et 2. le Terroriste, ce roman étant en effet cité parmi les sources de l'auteur de la BD. J'avais beaucoup apprécié ce récit de l'attentat perpétré par un groupe de cinq révolutionnaires et qui avait coûté la vie au Gouverneur Général de Moscou en 1905. Les deux albums étaient centrés l'un sur le personnage de la victime, l'autre sur celle du bourreau, le cerveau des terroristes.
Dans la "vraie vie", ce cerveau était Boris Savinkov, qui livra en 1908 un récit en grande partie autobiographique d'un attentat terroriste contre le gouverneur général de Moscou : 
" Sous la forme d'un journal intime, le Cheval blême rapporte la confession d'un chef révolutionnaire russe, un homme sans foi ni loi, qui prépare un attentat contre le gouverneur général de Moscou. Combat politique, interrogations mystiques, scrupules et doutes, mais aussi amour et sexe lient les cinq membres du commando, dont un seul réchappera à la mort.
Publié en 1908, ce roman empreint d'un profond désarroi moral et largement autobiographique - Boris Savinkov fut le cerveau de l'assassinat du grand-duc Serge en 1905 -, interroge la justification éthique de l'acte terroriste sur fond de commandement biblique (« Tu ne tueras point »).
Dans la lignée de Dostoïevski, cette uvre à la fois cynique et saisissante est, aujourd'hui encore, d'une prodigieuse modernité."
Je le redis, ce récit est évidemment en grande partie autobiographique, même si l'auteur a pris la peine de se créer pour les besoins de la fiction un alter-ego nommé George. Celui-ci est un chef terroriste désabusé, à la tête d'un groupe qui rassemble autour de lui quatre révolutionnaires très différents : Erna, la chimiste amoureuse de son chef ; Vania, le mystique ; Heinrich, l'étudiant dépassé ; Fiodor, le révolutionnaire convaincu.
Le roman se présente sous la forme d'un journal tenu par le chef des terroristes. Il nous raconte trois tentatives d'attentat contre le gouverneur général de Moscou, jusqu'à celle qui sera un "succès", tout en partageant avec nous ses pensées et ses discussions avec ses camarades. Plus que le récit de l'attentat, c'est en effet tout ce qui l'entoure qui m'a semblé intéressant.
Je pense notamment les discussions entre George et Vania, qui est à la fois révolutionnaire et très croyant et qui cherche dans sa foi la justification de l'acte de donner la mort. Je retiens également les réflexions désabusées du narrateur, qui est d'abord obsédé par sa volonté de tuer le gouverneur général, mais qui ne sait plus vraiment pourquoi il souhaite sa mort.
Au-delà du témoignage historique passionnant, c'est donc un roman très psychologique que nous sommes amenés à lire. Et c'est clairement réussi, tant ce livre pourtant court (à peine 160 pages en poche) est riche.
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julienmorvan
  26 juillet 2019
Étonnant petit roman inspiré d'une vie de terroriste, partagée, déchirée entre les commandements de Dieu et les scories de sa créature humaine. Boris Savinkov raconte, sous forme de journal, les semaines qui précédent la mort du grand-duc Sergueï Romanov, gouverneur de Moscou, en 1905 - dont il est le véritable responsable historique, d'où l'intérêt de l'oeuvre. Anarchiste, guidé par son instinct de mort, la haine de l'aristocratie vénale, le narrateur renie jusqu'à sa propre humanité, ignorant le paradis terrestre promis par les marxistes et le paradis céleste des croyants. Sur fond de citations bibliques et d'anecdotes, probablement véridiques, l'auteur questionne son âme et ses faiblesses à travers un roman vivifiant et épuré. Seuls le style (un peu pâlot) et quelques dialogues amoureux gâchent parfois le plaisir.
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Litteraflure
  08 septembre 2018
Le terrorisme n'est pas mort hélas, et Boris Savinkov, en son temps, s'en était fait l'un des théoriciens passé à la pratique puisqu'il fut le cerveau de l'assassinat du grand-duc Serge en 1905. Son journal intime décrit minutieusement la préparation d'un acte terroriste dont il cherche la justification en explorant les tréfonds de sa conscience à la manière du Raskolnikov de Dostoïevski. La finalité d'une cause justifie-t-elle les moyens? Que faire du deuxième commandement biblique “tu ne tueras point”? La nécessité d'un crime – éliminer un homme qui incarne le mal - peut-il faire de l'assassin un sauveur? Dans le cheval blême, Savinkov écarte l'idée d'un attentat aveugle qui ferait des victimes innocentes, en particulier des enfants. On ne tue pas sans une certaine noblesse d'âme! Avec un peu d'imagination, on lui pardonnerait presque ses errements criminels. Et pour cause. Savinkov était aussi un personnage romantique qui fréquentait les artistes de Montparnasse et dont Winston Churchill lui-même a dit « qu'il a manifesté la sagesse d'un homme d'état, le talent d'un général d'armée, le courage d'un héros, l'endurance d'un martyr ». L'histoire ne dit pas combien de gins tonic Churchill avait ingurgités avant de faire cet éloge.
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Tokkito
  18 janvier 2019
Boris Savinkov est très connu en Russie pour l'attentat mené contre le Grand-Duc Serge en 1905.
L'histoire prend une tournure biographique que l'on ressent avec l'utilisation de la 1ere personne du singulier mais aussi cette forme qui rappelle celle d'un journal de bord.
Néanmoins, les noms sont changés mais tout coïncide assez bien avec la vie de l'auteur.
L'histoire se résume facilement. Nous suivons Georges et ses camarades durant la préparation d'un attentat contre le Grand-Duc gouverneur général de Moscou.
J'ai beaucoup réfléchi à la fin de cette lecture. Pouvons-nous parler de terrorisme éthique ou non ?
Mais j'ai aussi pris plaisir à lire ce livre oubliant parfois le trait réaliste des événements.
Je retiens surtout les échanges entre Georges et Vania, qui sont forts et nous amènent à réfléchir également.
Je tiens à préciser que l'introduction par Michel Niqueux est vraiment bien faite. Elle permet de mieux comprendre le contexte actuel de la Russie dans le livre. Il nous parle aussi de Boris Savinkov ce qui nous permet de mieux sentir le côté biographique du roman.
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lcath
  10 juin 2020
Journal d'un terroriste, effectivement une partie du texte tient à l'organisation et à la réalisation d'un attentat mais il y a plus .
Finalement des attentats il y en a depuis la nuit des temps, j'avais oublié cette période du début du XXe siècle où les attentats anarchistes et révolutionnaires ont fleuri.
La justification morale de l'attentat est au coeur de ce texte, bien/mal , les différents protagonistes ont des motivations et des convictions différentes et c'est en ça que ce texte est intéressant ...mais pas facile.
Lien : http://theetlivres.eklablog...
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   12 mars 2015
Je me souviens de ma première chasse. Les champs de sarrasin rougeoyaient, des fils de la vierge tombaient des arbres, la forêt était silencieuse. Je me tenais sur une lisière, près d'un chemin raviné par la pluie. Parfois, un murmure de bouleaux, un vol de feuilles jaunes. J'attendais. Soudain l'herbe eut une ondulation inhabituelle. Des buissons, telle une pelote grise, un lièvre déboula et se dressa prudemment sur les pattes arrière, regardant autour de lui. Tremblant, je levai mon fusil. Un écho roula dans la forêt, une fumée bleue se dissipa entre les bouleaux. Le lièvre blessé se tordait dans l'herbe brunie par le sang. Il criait, de ces cris aigus mêlés de pleurs qu'ont les enfants. J'eus pitié de lui. Je tirais encore un coup. Il se tut.
De retour à la maison je l'oubliai tout de suite. Comme s'il n'avait jamais existé, comme si je ne lui avais pas ôté le plus précieux -- la vie. Et je me demande : Pourquoi ai-je éprouvé de la douleur quand il criait ? Et pourquoi n'en ai-je pas éprouvé de l'avoir tué par amusement ? p 39
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nadejdanadejda   13 mars 2015
Je m'en souviens : j'étais dans le Grand Nord, au-delà du cercle polaire, dans un village de pêcheurs norvégiens. Pas d'arbres ni de buissons, pas même d'herbe. Des rochers nus, un ciel gris, l'océan gris et nébuleux. Les pêcheurs en cirés tirent leurs filets mouillés. Il y a une odeur de poisson et d'huile de foie de morue. Tout m'est étranger. Le ciel, les rochers, l'huile, tous ces hommes, leur langue étrange. Je me perdais. Je devenais étranger à moi-même.
Et aujourd'hui aussi, tout m'est étranger. (...)
Le ciel vespéral s'assombrit, les nuages nocturnes s'amoncellent. C'est demain notre jour. Tranchante comme l'acier, une pensée nette surgit. Celle de l'assassinat. Il n'y a pas d'amour, pas de monde, pas de vie. Il n'y a que la mort. La mort comme couronnement et la mort comme couronne d'épines. p 115
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Charybde2Charybde2   09 mai 2016
Nous nous taisons tous.
Des rails fins courent sur le remblai. Les poteaux télégraphiques s’en vont vers l’horizon. Tout est calme. Seuls les fils bourdonnent.
– Écoute, dit Vania, voilà à quoi j’ai pensé. Il est facile de se tromper. La bombe pèse quatre kilos. En la lançant à bout de bras, on n’est pas sûr de bien viser. Si on touche la roue arrière, il en réchappera. Rappelle-toi le 1er mars, Ryssakov.
Heinrich s’agite :
– Oui, oui… Comment faire ?
Fiodor écoute attentivement. Vania dit :
– Le meilleur moyen, c’est de se jeter sous les pattes des chevaux.
– Et alors ?
– Et alors, la voiture et les chevaux sauteront sûrement.
– Et toi avec.
– Et moi avec.
Fiodor hausse les épaules avec dédain :
– Pas besoin de ça. On l’aura simplement. Il suffit de courir vers la portière et de jeter la bombe par la vitre. Et c’en sera fait.
Je les regarde. Fiodor est couché sur le dos dans l’herbe, et le soleil brûle ses joues basanées. Il cligne des yeux : le printemps le réjouit. Vania est pâle, son regard pensif se perd dans le lointain. Heinrich fait les cent pas et fume avec acharnement. Au-dessus de nous, le ciel est bleu.
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julienmorvanjulienmorvan   12 juillet 2019
Heureux celui qui croit à la résurrection du Christ, à celle de Lazare. Heureux aussi celui qui croit au socialisme et au paradis terrestre. Mais ces vieux contes me font sourire, et trente arpents de terre en partage ne me séduisent pas. J'ai dit que je ne voulais pas être esclave. (p. 38)
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julienmorvanjulienmorvan   12 juillet 2019
Je suis habitué à la clandestinité, à la solitude. Je ne veux pas connaître l'avenir. Je m'efforce d'oublier le passé. Je n'ai ni patrie, ni famille, ni nom. Je me dis :
Un grand sommeil noir
Tombe sur ma vie :
Dormez, tout espoir,
Dormez, toute envie ! (p. 37)
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