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Maria Razumovsky (Éditeur scientifique)Vera Michalski-Hoffmann (Traducteur)
EAN : 9782752902955
400 pages
Éditeur : Phébus (11/10/2007)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 8 notes)
Résumé :

Lorsqu'en novembre 1918, la princesse Catherine Sayn-Wittgenstein, âgée de vingt-trois ans, s'enfuit devant les bolcheviks avec sa famille en traversant le Dniestr, elle emporte avec elle en Roumanie trois cahiers : les tomes II à IV de son journal. Ce document, qui n'a pas pris une ride, s'avère d'une immense valeur. En effet, tout l'univers de l'aristocratie russe, anéanti par la révolution, est restitué ici avec l'aut... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
kielosa
  14 août 2018

La famille noble des Sayn-Wittgenstein compte plusieurs branches disséminées dans différents pays et on pourrait aujourd'hui remplir un village des nombreux descendants. La princesse Catherine "Katia" Sayn-Wittgenstein appartenait à la branche russe. Son arrière-grand-père, Peter-Ludwig (1767-1843) était devenu maréchal dans l'armée tsariste au moment des guerres napoléoniennes. L'épouse du prince Nicolas, son grand-père, abandonna en 1847 son mari pour suivre le compositeur et pianiste Franz Liszt. le pauvre prince dût attendre la mort du tsar Nicolas Ier pour pouvoir divorcer et remarier Rosalie Léon avec qui il eut un fils, Nicolaï (1862-1934), le père de notre Katia.
Une petite anecdote : l'écrivaine d'origine suédoise et mexicaine, Carina Axelsson née en 1968 en Californie, ancien modèle de mode, et l'auteure de la série populaire de romans pour adolescents "Fashion Detective" est depuis une dizaine d'années la compagne du 7e prince de zu Sayn-Wittgenstein-Berleburg, Gustav. Comme son grand-père Richard, du temps des nazis, avait laissé un testament comme quoi ses descendants devaient être aryens et protestants, Carina et Gustav ne peuvent se marier, en dépit de procès en Allemagne, Suède et Danemark.
Katia, née en 1895 comme 4e des 6 enfants du prince Nicolaï et Maria Zouboff (1861-1927) a vécu sa jeunesse à Bronitsa en Ukraine à 350 km au sud-ouest de Kiev. Éblouie par les romans d'Alexandre Dumas père, très jeune elle s'est mise à écrire un journal intime. Ce sont les 2ème, 3ème et 4ème cahiers de ce journal, qui couvrent la période du 3 août 1914 au 20 janvier 1919, qui fait l'objet du présent ouvrage, publié en Français en 1990 et réédité en poche en 2007.
La redécouverte de ce journal, qui se trouvait quelque part au fond d'un tiroir, est due à une initiative du Prix Nobel Alexandre Soljenitsyne, qui réclama en 1975 aux émigrés russes de la 1re génération de lui soumettre leurs souvenirs écrits, que les filles de l'auteure Dana, Olga et Maria se sont mises à l'oeuvre pour transcrire ce journal. Une tâche ardue car écrit en Russe ancien et au crayon ! C'est surtout grâce à sa fille, Maria Razumovsky (née en 1923), qu'en 1983 l'ouvrage fut publié en Allemand. C'est la fille aînée de l'auteure qui a écrit la préface et complété le texte par des notes de bas de page judicieuses.
Maria Razumovsky est l'auteure de "Nos journaux cachés", avec ses 2 soeurs, en 2004 et de la remarquable biographie de la poétesse "Marina Tsvetaieva. Mythe et réalité" de 1988. C'est finalement, la petite-fille de Katia, Vera Michalski-Hoffmann, née à Bâle en 1954 et propriétaire de maisons d'édition en Suisse, Pologne et France, qui a assuré la traduction en Français de "La fin de ma Russie". Son père fut le petit-fils de Fritz Hoffmann, le fondateur du géant pharmaceutique Hoffmann-La Roche. Décidément, quelle famille !
Katia avait donc 19 ans lorsqu'elle a entamé son journal de guerre. J'ignore si c'est grâce au "Conte de Monte Christo" qu'elle avait lu et maintes fois relu, mais elle s'exprime étonnamment bien. Certaines de ses considérations sont un peu naïves (comme par exemple que "Les Allemands ne peuvent rien faire sans tricher" - page 20), mais dans l'ensemble son style est clair et élégant. Elle suit avec passion et précision le déroulement des combats sur le front de l'est au cours de la Première Guerre mondiale.
Avec sa soeur Tatiana ou Tania, qui a un an de plus qu'elle, elle se porte courageusement volontaire comme infirmière pour soigner soldats et officiers blessés des 2 camps.
La 1re partie du journal relate la montée de l'insécurité, les déplacements fréquents, la pénurie générale etc. C'est à partir de la révolution de février 1917 que ses notes deviennent vraiment intéressantes. Ainsi, observant de sa fenêtre les batailles de rue à Petrograd, elle confie à son cahier, le 12 février: " Un nuage noir se tient au-dessus de la pauvre Russie...Nous vivons une époque affreuse...Nous voyons que tout autour de nous s'effondre, que nous nous dirigeons tous vers un précipice, que seul un miracle peut nous sauver".
Il n'y aura pas de miracles bien sûr. "Le mécontentement croît chaque jour... et tout le monde est terriblement nerveux...La Russie périt !" En mars 1917, les Sayn-Wittgenstein réalisent qu'ils ne peuvent rester à Petrograd. Quoiqu'à la campagne ce n'est guère mieux : les 2 millions ou plus de déserteurs pillent la population, pendant que l'armée allemande progresse et que Trotski négocie une paix séparée, ce que Katia trouve honteux.
Arrive le mois fatidique d'octobre 1917 : la grande révolution ! Les informations, d'ailleurs confuses, de Petrograd ne filtrent que lentement jusqu'à Bronitsa. L'Ukraine s'est aussi proclamée indépendante et passe sous contrôle de Symon Petlioura qui se nomme lui-même chef de toutes les troupes. Il sera assassiné à Paris en 1926.
Les mauvaises nouvelles ne font que se multiplier pour Katia. Elle note que 35 domaines ont été complètement détruits et lorsque les cosaques ont pillé et détruit le domaine des Sayn-Wittgenstein de Bronitsa, elle conclue désespérément, le 22 décembre 1917 : "Maintenant tout m'indiffère".
Sa vie et celle de sa famille jusqu'à sa fuite en Roumanie, en novembre 2018, je vous laisse découvrir. Son 4e cahier s'arrête en janvier 1919. le 5e a malheureusement disparu. Trois ans plus tard, en 1922, Katia Sayn-Wittgenstein épouse le comte André Razumovsky et vit au château de Schönstein à Troppau, l'actuelle Opava en Moravie. Elle n'écrit plus... peut-être parce que entre temps elle a mis au monde 5 enfants. En 1948, avec l'installation du communisme en Tchécoslovaquie, elle et sa famille perdent pour la 2e fois tous leurs biens. Elle s'installe à Vienne, où elle meurt en 1983, à l'âge de 88 ans.
Si Alexandre Solsjenitsyne dans une lettre du 6 mai 1982 a déclaré à l'auteure : "Vous étiez vraiment une jeune fille perspicace, dès la mi-mai 1917, à Petrograd, vous avez exprimé l'essentiel de ce qui m'est apparu après les 8 volumes de mon récit..." qu'est-ce que je pourrais ajouter de sensé ?
Sauf que sa fille et sa petite-fille ont réalisé du beau travail, mais il a fallu, bien entendu, l'effort initial de Katia /Catherine Sayn-Wittgenstein.
PS : La photo de couverture nous montre Katia quand elle traversa le Dniestr vers la Roumanie, déguisée en uniforme de soldat de l'armée rouge, en novembre 1918. Elle avait 23 ans.
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mariech
  11 décembre 2011
Témoignage sur la Révolution russe de 1917 , écrit par une princesse russe qui voit sa façon de vivre bouleversée , son monde s'écrouler .Evidemment , elle a une vingtaine d'années et on sent la capcité de la jeunesse à s'adapter .
L'auteur va devoir fuir son pays où elle est comme tous les ' Bourgui ' , condamnée à mort par le peuple , dont la haine est attisée par les révolutionnaires ; la jeune femme se rend compte que tous sont mis dans le même panier , les bons et les méchants propriétaires terriens et que sa famille n'a aucune chance de s'en sortir sinon en choisissant dans un premier temps la fuite , puis l'exil . Elle nous décrit son mode de vie de privilégiée , d'oisive , qui ne fait rien elle -même , puis le changement .
Un bémol , les faits de politique décrits sont parfois bien obscurs et je suis restée sur ma faim car j'espèrais qu'elle évoquerait la tragédie de la mise à mort des Romanov ; d'un autre côté , c'est un témoignage authentique , à cette époque , on n'était bien sûr pas informé comme maintenant , et ce livre donne envie de lire d'autres sources .
Un moment de lecture agréable , dépaysant , qui plaira à tous les passionnés d'histoire .
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wartenkaplan
  28 juillet 2016
Catherine Sayn-Wittgenstein commence un journal le 3 août 1914 à Bronitsa, donc 3 jours avant la déclaration de guerre de l'Allemagne à la Russie et le terminera le 7 janvier 1919 à Czernowitz. Deux villes ukrainiennes, deux vies contraires pour Catherine : la 1ère heureuse et insouciante dans la grande propriété familiale de Bronitsa, la seconde dure et malheureuse dans un pauvre petit appartement de Czernowitz. L'Ukraine ne sera jamais considérée comme telle par Catherine qui la nomme toujours, comme tous les Russes d'ailleurs, ‟la Petite Russie”.
Ecrit en russe, ce journal a été traduit en allemand puis en français. Les traductions successives ont-elles suivi fidèlement l'esprit du texte, tellement certains passages sont d'une compréhension difficile ? Je penche plutôt pour l'idée que Catherine a tenu ce journal pour elle-même ne jugeant ainsi pas nécessaire de travailler la forme pour rendre le texte lisible par un grand nombre de lecteurs.
Toutefois, l'intéressant d'un journal est qu'il transcrit avec spontanéité les faits et les impressions au jour le jour. Il y a une garantie d'authenticité et de véracité que les Mémoires n'apportent pas.

Ce journal traverse le conflit russo-germanique et la révolution bolchevique. Pendant 5 années la famille Sayn-Wittgenstein sera,au gré des évènements tragiques, ballotée d'Ukraine à Saint-Petersbourg/Petrograd puis à Moscou, pour retourner enfin en Ukraine. C'est une famille traquée, comme le seront d'ailleurs tous les aristocrates et possédants dont les bolcheviques veulent l'extermination. ‟Pourquoi ces gens-là nous veulent-ils tant de mal ? Que leurs avons-nous fait ?”Se demande Catherine. Fallait-il être sourd et aveugle pour ne pas sentir que l'éruption était proche ?
Ce qui porte un coup terrible à Catherine est l'ordre du jour n° 1 édicté par Lénine le 26 octobre 1917 : ‟Les terres des propriétaires aux paysans, les soldats sont appelés à arrêter leurs officiers, empêcher par la force les soldats d'aller vers le front, conclusion immédiate de la paix, dévolution de la totalité des pouvoirs aux soviets.”. Ce sont tous les symboles de cette aristocratie qui s'écroulent : la perte de la terre et du service aux Armées qui leur donnent nom et identité.
Les nobles pris sont assassinés et leur maison brûlée et rasée. Aux armées les officiers sont destitués voire tués et les soldats deviennent commandants. La paix avec l'Allemagne est l'obsession de Lénine afin de s'occuper pleinement de la Révolution et mettre en place son gouvernement bolchevique.
Sus aux ‟bourjoui” crient les révolutionnaires en nommant les possédants.
Elle espérait que Kerensky réussirait. Mais ce sont Lénine et le ‟Juif” Bronstein alias Trotsky qui vaincront, le ‟Juif” untel comme elle écrit quand elle parle d'une personne d'origine israélite.
3 mars 1918 - La paix entre les bolcheviques et l'Allemagne est signée à Brest-Litovsk. Tous les soldats russes décampent et retournent chez eux. L'Ukraine sera occupée par les Autrichiens et se séparera de la Russie.
Mais à l'époque, comme c'est la rumeur qui fait l'information, il est pour Catherine difficile de savoir ce qui ce passe réellement. Les Autrichiens s'installent-ils dans cette zone de l'Ukraine, la Podolie, où elle habite ? L'Ukraine va-t'elle exister ? Les Polonais, ennemis jurés des Ukrainiens vont-ils fondre sur ce pays ? Les bolcheviks sont-ils toujours à la manoeuvre ? Nous nous imaginons mal ce qu'est l'information par la rumeur, nous qui pouvons en 2016 suivre le moindre fait d'actualité par l'image le son et le texte;
Au sujet de l'idée d'une Ukraine indépendante, Catherine pense que le peuple, trop russophile à cause de la guerre, ne suivra pas.
‟Peut-être pourrions-nous nous mettre sous la protection des Autrichiens” pense-t'elle ? le cosmopolitisme des Sayn-Wittgenstein alliée à toutes les familles princières d'Europe favorise ce genre de pensée.
Fin avril 1918, le droit de propriété est rétabli en Ukraine par les Autrichiens qui nomment, avec le concours des Agrariens, un Hetman d'Ukraine, sorte de gouverneur avec pleins pouvoirs d'administrer le pays.
Mais Catherine ne croit pas que ce rétablissement de ses droits et privilèges soit définitifs. Elle a conscience que sa famille a usé de force et de cruauté pour assoir son pouvoir. Elle a conscience que les choses doivent bouger et que l'ordre ancien doit faire la place à un ordre nouveau qu'elle a peine à imaginer. Belle réflexion pour quelqu'un d'un telle position sociale ! Elle rêve de ferme, d'élevage et d'agriculture qu'elle gèrera, elle-même participant à tous les travaux.
Dans la réalité, au cours de cette vie de traquée itinérante, Catherine s'épuisera dans les travaux au jardin potager, livrant ses douces mains blanches à l'agression de la terre. Mais elle pense comme l'écrit Tolstoï ‟qu'est heureux celui qui se fatigue physiquement qu'il en oublie le malheur de son âme ”
Elle et sa famille s'enfuiront hors d'Ukraine. Elle épousera le comte André Razumovski, autrichien et propriétaire d'un grand domaine dans la Silésie autrichienne. Quand ce territoire deviendra tchèque, elle perdra tout une seconde fois et s'installera à Vienne.
"Nous autres slaves ne sommes bons à rien ! Avant, j'étais furieuse quand quelqu'un le disait, mais maintenant, je découvre en moi-même et dans mon entourage ces traits de paresse et d'inconséquence qui existe chez chaque Slave. Nous sommes très capables d'accomplir tout spontanément; dans l'instant nous pouvons tout faire. Mais dès que l'enthousiasme refroidit et que l'énergie tombe, c'est terminé !" Ecrit-elle à la fin du livre.C'est un jugement sévère d'aristocrates d'Ancien Régime sur un peuple qui, inculte et pauvre, ne peut vivre et penser différemment car trop englué dans son destin de désespérance.
L'auteur fait-elle partie de ce peuple ? Elle le revendique bien que née princesse Sayn-Wittgenstein. Cette famille allemande de haute noblesse est arrivée en Russie par son arrière-grand-père le Maréchal Sayn-Wittgenstein pour servir dans les armées du tsar
Alexandre 1er contre Napoléon 1er.
Comme toute jeune fille de sa condition, elle ne sait rien faire. L'éducation donnée par son milieu lui donne ce vernis de connaitre un peu de chaque sujet sans en connaitre aucun en particulier. Peu importe si elle passe peu de temps à l'école puisque la famille et la caste lui inculqueront ces bonnes manières qui lui permettront d'épouser un autre prince et la vie continuera paisible et mondaine entourée de domestiques.
Catherine parle le russe, l'allemand, sans doute aussi le français et peut-être l'anglais. Elle joue du piano.
Signe particulier : elle aime nourrir souvent ses petits lapins.
La guerre la fera infirmière sans qu'elle ait appris ce métier, mais dans ces familles-là, le don de soi, l'altruisme pallie le manque de connaissances.
Mais paradoxe, au cours des évènements de guerre et de révolution, elle lit "Crimes et Châtiments" de Dostoïevski qui est pour elle "le sang de la terre" et entreprend d'étudier l'arithmétique avec un objectif un peu irréel de rattraper toutes les classes en retard jusqu'au diplôme de fin d'études puis entrer à l'université pour devenir médecin.
Tous ses projets et intentions retomberont comme un soufflet.
L'histoire donnera tort à Catherine. l'épisode bolchevique est là pour nous rappeler la détermination de ses leaders pour le plus grand malheur du peuple.
Catherine aurait du écrire ‟Nous autres princes slaves, nous sommes des bons à rien…”
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alaiseblaise
  17 avril 2011
Un témoignage au jour le jour sur les années révolutionnaires de la Russie du Tsar.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
PATissotPATissot   07 juin 2018
Moguilev-Podolski, le 31 décembre 1917
Le dernier jour de l'année 1917 ! Il sera difficile de trouver dans l'Histoire d'un seul pays une année comparable à celle-ci. Ce fut terrible. Pas à cause de la révolution, pas à cause du sang versé. Ce fut terrible à cause de cette mer de bassesse, d'infamie et de saleté qui a coulé sur le visage de la malheureuse Russie pendant cette année. Cela a-t-il jamais existé qu'un peuple détruise lui-même sa patrie de ses propres mains, et la conduise à sa perte ? Qu'un peuple aveugle et stupide rejette volontairement tout son passé et se précipite dans l'esclavage de son ennemi ? Que tout ce qui est bon soit soudain qualifié de criminel et tout ce qui est bas et criminel de saint !…
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