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Jean Descat (Traducteur)Pierre-Emmanuel Dauzat (Préfacier, etc.)
ISBN : 2268064158
Éditeur : Les Editions du Rocher (31/01/2008)

Note moyenne : 3.87/5 (sur 34 notes)
Résumé :

"Contemporain du malheur serbe, comme on a accoutumé de parler du malheur russe, Scepanovié est un adepte du " local sans les murs ", qui a nom l'universel. Les tropismes de fuite et les désirs de mort qui sont au cœur de la tragédie grecque se retrouvent pareillement au cœur des romans et nouvelles de Branimir Scepanovié. Si La Bouche pleine de terre, avec ses airs de parabole judéo-chrétienne et sa "source gr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Bunee
  27 mars 2009
(...).
Déjà, la préface est magnifique, riche de références (du dormeur du val à Goethe en passant par Mein kampf et saint Augustin), et du coup vous vous trouvez ridicule à prétendre parler de ce livre. Car, soyons honnête, la préface éclaire la face cachée de l'oeuvre, celle que, maigrement cultivé que vous êtes (enfin, vous, je veux dire, moi) vous n'auriez jamais pu que ressentir sans clairement identifier.
Je ne peux m'empêcher de vous en citer un passage:
"De "la mort de Monsieur Golouja" au "rachat" en passant par "la bouche pleine de terre", l'évangile selon Scepanovic prêche la même éthique du salut, avec toujours les mêmes héros qui prennent sur eux le pêché du monde, la haine des nations en meute, pour trouver dans la mort bienheureuse une certaine réconciliation. Après avoir cherché l'ombre de la croix sur la terre, le suicidé frustre ses assaillants d'une mort promise. La stupeur des chasseurs frustrés ne se laisse comparer qu'à la stupeur des disciples accouardis devant le tombeau vide. le sourire sur les lèvres d'une bouche pleine de terre est une manière de se dérober d'une façon aussi sûre que celui du chat de Cheshire (...) Et le bonheur de ce suicidaire est très exactement le même que celui de Borges (...) autre chantre, dans ses fictions, du bonheur par la pétrification et la minéralisation de l'homme:"Aucune étoile ne restera dans la nuit / ni la nuit ne restera./ Je mourrai et avec moi mourra la somme de l'intolérable univers." Et comme en apothéose pour qui sait lire sur les lèvres des morts volontaires de Branimir Scepanovic:"Je rearde le dernier coucher de soleil./ J'entends le dernier oiseau./ Je lègue le néant à personne." Eut-il été moins nu, que le néant n'aurait pas été aussi accompli, ni le sourire aussi franc et salutaire, ni la mort autant mortifiée. Tel est le "supplément d'être" du mort volontaire.(...)"
Ce livre relativement court (moins d'une centaine de pages dans l'édition de poche) est un récit à double narration en échos, la double narration étant explicitée dans la forme par des paragraphes espacés, ainsi que l'emploi des italiques (narration coté Mort volontaire).
Le récit commence par celui de deux chasseurs, dans une tente, engloutis dans une nuit d'été.
Puis vient celui d'un voyageur à bord d'un train. Sans bagages. Ce voyageur, comme on l'apprendre plus tard, a choisi de se rendre à un endroit pour mourir. Parcequ'il veut choisir sa mort et ne veut pas qu'une maladie la lui vole. Sa maladie, incurable. Il s'enfuit de l'hopital, rentre chez lui, fuit son domicile. Puis le train et la gare. Une fuite, un exil. La mort comme salut. Dès lors, notre homme va éviter tout ce ui pourrait inflechir sa détermination.
L'endroit élu est le sommet d'une montagne, là ou quelques décennies plus tôt, enfant, il s'était réfugié et avait entrevu une première fois la mort comme une délivrance. Alors qu'il marche vers cette terre, promesse de néant libérateur, il rencontre de façon fortuite les deux chasseurs. Ils auraient pu se croiser, s'ignorer, et notre futur mort volontaire aurait pu continuer son chemin.
Mais au lieu de ça, sans mot dire, il fait demi-tour et se met à courir. Et, curieusement, les chasseurs se mettent à lui courir apres. Sans savoir trop pourquoi. Cette course poursuite effrenée va durée toute la journée. Aux chasseurs se joindront un berger, puis un garde chasse, et au fur et à mesure une véritable meute se formera. Personne ne sait précisément pourquoi il poursuit le fuyard, mais au fur et à mesure, les gens s'inventent une raison et se mettent, via une espèce d'émulation inhérente au groupe, à le haïr.
L'auteur décrit de façon très subtile cette naissance de la haine.
Tout cela prendra fin lorsque notre homme se jettera du haut de son rocher.
Il a pris conscience de son existence, approché la mort, l'a convoitée, redoutée et, dans un ultime soubresaut, s'est jeté dans ses bras, anéantissant ainsi la horde qui était à ses trousses et laissant les chasseurs hagards, hébétés, comme à la suite d'un mauvais reves.
Les matéphores possibles d'un tel récit sont multiples. On peut y voir une dimension religieuse, mais également une dimension sociale (thème du suicide et du rapport de l'individu à la collectivité) et politique. Ainsi, Thierry Guichard du matricule des anges, évoque une analogie avec le sort de la Yougoslavie ("Son analyse du comportement de la foule des poursuivants, la mécanique de la haine qu'il démonte sobrement, éclaireront ceux qui voudront voir dans ce roman l'annonce de la guerre qui a conduit la Yougoslavie au suicide")
Un très grand livre, excellente introduction à l'oeuvre de l'auteur.
Lien : http://lelabo.blogspot.com/2..
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colimasson
  01 août 2015
De quelle aliénation sommes-nous les victimes ? Qui a commis la faute en premier : l'individu ou la société ? Sommes-nous tous, irrémédiablement, pourris ?

La thématique qui relie les quatre nouvelles de ce recueil ne m'a pas déçue mais la façon dont Branimir Scepanovic l'a traitée, si. Je n'aime pas ses personnages, fatigants et geignards. Ils ne donnent envie d'aimer rien ni personne, ils ne donnent pas envie non plus de s'énerver, et encore moins de rire. Ce qu'ils dénoncent semble évident, mais il faudrait qu'on leur fasse des courbettes pour les féliciter d'avoir eu des yeux.

Ces nouvelles tournent en rond, peut-être parce que Scepanovic, sans doute bien pris au piège dans son corps et dans sa tête, n'est jamais arrivé à sortir de son amertume. Allez, un jour ça viendra peut-être.
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le-mange-livres
  12 avril 2012
« Il savait seulement que jamais il ne reverrait ces petits villages monténégrins où il avait connu jadis le bonheur et la souffrance, car, en cet instant, il plongeait ses regards en lui-même comme dans les profondeurs de la nuit et faisait, sans une larme, ses adieux au monde entier ».
Encore un nouvel élément dans ma moisson balkanique à la bibliothèque (sans l'avoir fait exprès, d'ailleurs).
Dans la montagne monténégrine, deux hommes en poursuivent un troisième. Récit court et rythmé, anxiogène et de plus en plus oppressant. Mené à deux voix, alternant celle du poursuivi, et celles des poursuivants, de plus en plus nombreux. Inexplicable poursuite évoquant quelque peu Mangez-le si vous voulez de Teulé, comme une parabole effrayante.
« Avions-nous, dans ces conditions, d'autre ressource que de le haïr ? Bien entendu, quand nous commençâmes à le haïr, nous ne doutions pas, tout d'abord, que ce sentiment puissant et merveilleux qui nous situait par rapport à lui, avait tout de suite effacé les différents motifs qui nous avaient jusque-là poussés à le poursuivre : nous fûmes soudain plus proches les uns des autres, presque identiques, nous nous ressemblions, jusque dans notre aspect extérieur : trempés de sueur, le visage crispé, courbés en avant, nous courions au même rythme et respirions du même souffle, comme une meute de chiens harassés qui ne puisent leur force que dans la fureur et la haine ».
Certes pas une lecture très guillerette. Mais ouaw ! qu'est-ce que c'est bien fait.
Lien : http://le-mange-livres.blogs..
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chapochapi
  11 octobre 2015
Deux narrateurs se partagent ce récit surprenant et qui met mal à l'aise le lecteur. le premier, en italique et raconté à la troisième personne, narre la fuite d'un homme qui se sait atteint d'une maladie incurable. S'interrogeant sur le sens de sa vie, il décide de sauter d'un train et de se laisser mourir en pleine nature. le deuxième récit entrelacé au premier, en romain et à la première personne, est celui d'un homme ordinaire et de son ami, partis pécher lorsqu'ils voient cet individu étrange et atterré. de là, de cette rencontre simple, naît une histoire tragique et incompréhensible.
Car le fuyard, d'abord interloqué devant la présence de deux hommes, décide brusquement de fuir : il fuit toute question, toute tentative de le faire revenir en arrière, vers la raison, et vers un espoir auquel il ne croit plus. Mais les deux hommes, le voyant courir de toutes ses forces, se décident à lui venir en aide en lui courant après, pour lui assurer leur soutien, leur compassion car ils comprennent à demi-mot le désespoir vécu. Ce que le fuyard ne comprend pas. La fuite se poursuit ; les deux hommes s'épuisent, s'agacent de cette course inutile, sans but, et en viennent à penser que cet homme qu'ils pourchassent est responsable de leur labeur. La course devient agressive, d'autant que des inconnus la rejoignent : un garde-chasse persuadé de reconnaître un criminel, des marcheurs persuadés que la poursuite est légitime.
Ce court roman, ou cette nouvelle plutôt, est terrible dans sa représentations des relations humaines, dans le désespoir d'un homme incompris, incapable de dire son désarroi et de ces poursuivants formant foule, tout juste bons à contraindre un individu qu'ils jugent étrange et donc forcément coupable, qu'ils ne comprennent pas et qu'ils accusent de leur incompréhension.
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Herberouge
  11 octobre 2013
Véritable anti-héros, le personnage principal de la Bouche pleine de terre est à la fois bon (nous n'avons rien à lui reprocher) et mauvais (il a décidé d'en finir avec la vie lâchement). S'il passe au début pour une sorte de déserteur, souhaitant abandonner le monde réel et la civilisation, il est bien vite rattrapé par un désir de vivre plus intense que jamais. de cette manière, il devient un héros malgré lui et se métamorphose en véritable hymne à la vie.
Le roman se situe entre tragique et comique ainsi, nous, lecteur, sommes happés par ce récit dans lequel l'angoisse et la tension règnent. L'alternance de point de vue provoque un effet de suspens et donne l'impression de vivre la poursuite avec les personnages. Les deux clans évoluent en parallèle et pour chacun les masques tombent.
Au fil du roman, chacun se révèle, à la fois pour lui-même et pour les autres. Nous ne savons rien du personnage principal, pas même son nom. Ainsi, l'auteur lui attribue la place d'un symbole à qui chacun peut s'identifier, ce qui est souvent le cas dans les romans de cet auteur. Les personnages sont des représentations de la condition humaine, chez lesquels l'espoir est souvent présent, même si dans ce roman il est vain et se traduit par la mort.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   04 août 2015
Toujours rampant, il fourrait dans sa bouche et avalait avec une avidité désespérée toutes les plantes médicinales qu’il parvenait à identifier, ou du moins qu’il croyait reconnaître […]. Il était heureux, car aux goûts qu’il percevait, il pouvait se convaincre qu’il ingérait, sous leur forme naturelle, de la coumarine et du tanin, de la saponine et d’autres glucosides, des composés du phénol, de la chlorophylle et des acides organiques, du mucus et des huiles essentielles, de l’arbutine, du sucre et bien d’autres substances chimiques encore inconnues, et il espérait que tout cela, dissous et mélangé par la salive, se combinerait pour donner une substance nouvelle et miraculeuse, qui le guérirait tout à fait.
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krol-francakrol-franca   09 juillet 2011
En cet instant merveilleux, tandis que, dévoré du désir de la mer, il aimait en réalité l’univers entier, parce qu’il lui appartenait et qu’il savait qu’il lui appartiendrait jusqu’à son dernier souffle, il ne se doutait même pas que ses pieds et ses chevilles lacérés laissaient derrière lui dans l’herbe foulée une trace de sang rougeâtre. Il n’avait plus mal aux yeux et n’éprouvait plus le besoin de leur faire écran avec sa main ; et dans l’espace ondoyant, dont les limites ne cessaient de s’élargir, il ne se sentait plus, comme avant, seul, sans défense et minuscule.



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le-mange-livresle-mange-livres   22 août 2011
Avions-nous, dans ces conditions, d’autre ressource que de le haïr ? Bien entendu, quand nous commençâmes à le haïr, nous ne doutions pas, tout d’abord, que ce sentiment puissant et merveilleux qui nous situait par rapport à lui, avait tout de suite effacé les différents motifs qui nous avaient jusque-là poussés à le poursuivre : nous fûmes soudain plus proches les uns des autres, presque identiques, nous nous ressemblions, jusque dans notre aspect extérieur : trempés de sueur, le visage crispé, courbés en avant, nous courions au même rythme et respirions du même souffle, comme une meute de chiens harassés qui ne puisent leur force que dans la fureur et la haine.
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le-mange-livresle-mange-livres   22 août 2011
Il savait seulement que jamais il ne reverrait ces petits villages monténégrins où il avait connu jadis le bonheur et la souffrance, car, en cet instant, il plongeait ses regards en lui-même comme dans les profondeurs de la nuit et faisait, sans une larme, ses adieux au monde entier.
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colimassoncolimasson   02 août 2015
Il pensa alors que tout n’était peut-être pas perdu : s’il vivait pleinement chacun des instants à venir comme s’il était le seul et le dernier, peut-être finirait-il par avoir l’impression d’avoir eu sa part de vie.
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