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Éléonore Bakhtadzé (Traducteur)
ISBN : 2714450059
Éditeur : Belfond (05/05/2011)

Note moyenne : 4.12/5 (sur 60 notes)
Résumé :
La redécouverte d'un livre-culte qui a marqué des générations de lectrices. Un roman psychologique d'une émotion poignante, une inoubliable peinture de l'obsession amoureuse doublée d'un portrait de femme du siècle dernier aussi troublant que Tess d'Uberville ou LesHauts de Hurlevent.

Ayant quitté sa ferme natale, Agnès Dempster découvre du haut de ses seize ans la vie citadine. Quand Frank Holt, tailleur de pierres de son état, fait irruption dans sa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
nameless
  14 octobre 2016
Agnès Dempster a grandi dans la riche ferme familiale, le Pré aux Nuages, à North Chittendon dans le Vermont. En cette fin de XIXème siècle où l'on méprise leur esprit, la vie des femmes est toute tracée : elles doivent accomplir leur destin biologique. Pour s'affranchir de cette malédiction féminine qu'ont subie avant elle sa grand-mère Euridyce et sa mère Helen, Agnès ne veut pas d'enfant, et pour ne pas s'engluer dans cette toile d'araignée domestico-maternelle, décide de tisser la propre étoffe de son existence. A 16 ans, après le décès d'Euridyce, son ange gardien excentrique, elle part vivre à Montpelier.

Logée dans une pension de bonne réputation et engagée comme couturière-brodeuse, Agnès attire les hommes par sa beauté. Charlie Mondell la courtise. Il est tailleur de pierre, gentil garçon, d'une grande force physique, protecteur, bien intentionné mais elle n'a d'yeux que pour Frank Holt, ami et collègue de Charlie, beau et volage. Voilà Agnès prise au piège d'un amour entier, exclusif, dévorant, qui la prive rapidement de son libre-arbitre avant de sombrer dans l'obsession maladive : « Rien ne peut s'opposer à un amour si pur et si fort. Tout le reste n'est qu'illusion ». Elle est jalouse des statues que sculpte Frank, des chaises sur lesquelles il s'assied. Son exaltation délirante, la toute-puissance de sa passion aveugle conduit Agnès à l'âge de 19 ans et jusqu'à sa mort, à l'asile d'aliénés de Highbury, après un meurtre dont elle a été acquittée parce que reconnue folle, grâce au talent et à l'expérience de Maître Kingsley, son avocat. C'est Agnès elle-même qui raconte son histoire, sous la forme d'une courrier-confession adressé à Margaret Eckroyd, sa gardienne à l'asile, devenue son amie.

Ces quelques lignes ne peuvent évidemment pas résumer les 778 pages du roman foisonnant de Susan Fromberg Schaeffer, paru en 1983 et réédité en 2011 par Belfond. Etiqueté par l'éditeur « roman culte qui a marqué des générations de lectrices », il serait dommage que Folie d'une femme séduite, soit perçu comme un roman « féminin-à-l'eau-de-rose » et rebute des lectrices et j'espère aussi, lecteurs, peu friands du genre nunuche. Car il s'agit d'un très grand roman d'une portée classique, à la thématique universelle, dont le style, l'ampleur, la puissance rivalisent avec ceux des soeurs Brontë. L'auteure a créé une héroïne attachante et poignante, dont le lecteur partage les souffrances, plongé dans les méandres de son esprit perturbé. S. Fromberg Schaeffer raconte avec minutie la condition des femmes à la fin du XIXème siècle, insiste sur le poids de l'histoire familiale, et lors des chapitres consacrés au procès d'Agnès ou à sa vie à l'asile, décrit les prémices de la psychiatrie. Dans les années 1900, étaient répertoriées la folie émotionnelle, la folie impulsive, la folie compulsive. Faute de reconnaître chez Agnès, aucune de ces formes de maladie mentale, le Docteur Train, qui a l'a expertisée et soignée, crée pour sa patiente, la folie de la femme séduite (p. 648), inconnue jusqu'alors, et qui donne son très beau titre au roman.

Après cette lecture, l'expression : « Je suis folle de lui », prend tout son sens. Je laisse le dernier mot à Agnès : « Ne condamne pas les filles malades d'amour, car c'est à force d'aimer qu'elles sont malades » (p. 503)
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fredho
  16 novembre 2012
« Folie d'une femme séduite » a l'étoffe d'un grand roman classique de la passion amoureuse, l'intensité de l'histoire happe le lecteur du premier au dernier chapitre.
Agnès Dempster alors femme d'un grand âge, narratrice et héroïne de ce roman, adresse ses mémoires à son amie Margaret, elle évoque son histoire hachurée d'événements tragiques dans un récit entrecoupé de retour en arrière et retour au présent. Tout en se confiant Agnès s'analyse et essaie de comprendre sa vie. A-t-elle été maître de son destin ou la fatalité est-elle inéluctable !...
Au XIX siècle au coeur du Vermont, Agnès jeune fille de 17 ans d'une beauté parfaite, éprise de liberté, mais surtout tourmentée par les affres de ses parents dont le passé douloureux pèse sur leur quotidien), décide de quitter la ferme familiale afin de s'exiler en ville.
Elle s'installe dans une auberge et trouve rapidement un travail de couturière. Fascinée par le milieu citadin, Agnès se libère, s'épanouit et fait la connaissance de Franck tailleur de pierre.
Très attirée par ce dernier, la jeune fille en tombe atrocement amoureuse, de cet amour naît une passion obsessionnelle qui hante toute son âme et son être jusqu'à s'y perdre. Dorénavant Agnès ne respire et ne vit que pour Franck. L'exclusivité de cet amour la fait vaciller dans une délirante exaltation, elle idéalise son bien aimé et lui voue un culte démesuré. Afin de pouvoir garder Franck elle va jusqu'à sacrifier l'enfant qu'elle porte de lui.
Franck étouffé par cet engouement amoureux prend peur et la quitte. Il retrouve la douce Jane un ancien amour avec laquelle il aspire à une vie équilibrée, sécurisée et sereine.
Mais cette rupture plonge Agnès dans un profond abîme et lui déclenche une névrose qui gangrène son état psychologique, elle sombre au fil des jours dans une folie qui lui fera commettre l'irréparable.
Inspirée d'un fait réel, Susan Fromberg schaeffer nous confronte à travers l'héroïne aux ravages et dévastations de la passion amoureuse, elle dénonce les conditions barbares et anachroniques de l'internement psychiatrique mais également l'impuissance des plus démunis face au système judiciaire de l'époque.
Dans un style pittoresque, l'auteure dépeint les paysages comme sous l'effet d'un pinceau, sa plume est d'une magie époustouflante, sa faculté à exprimer avec grandiloquence l'obsession, la possession et la folie provoquent chez le lecteur des frissons d'effroi et l'héroïne Agnès nous marque par son amour extrême pour Franck.
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Aaliz
  16 septembre 2012
Plus qu'un coup de coeur, ce roman m'a complètement retournée, il m'a possédée, hypnotisée, séduite. Un coup de foudre ! Une passion ! 1110 pages (édition France Loisirs) englouties en 2 jours. Impossible de le lâcher, même la nuit !
La crainte qu'on pourrait avoir avant de se plonger dans Folie d'une femme séduite, ce serait d'avoir affaire à un de ces romans à l'eau de rose mièvre et niais. Mais, on en est très loin.
Le roman se présente sous la forme d'une longue lettre écrite par une Agnès âgée à celle qui l'aura accompagnée dans les moments pénibles de sa vie : son amie Margaret.
Elle y livre en quelque sorte ses Mémoires et reprend toute son histoire depuis le début, nous décrit son enfance, sa famille, le milieu dans lequel elle a grandit et nous dévoile ainsi les raisons qui l'ont poussée à fuir sa famille pour s'installer en ville.
Viennent ensuite le récit de sa relation avec Frank puis le drame et ses conséquences.
Le procédé de la lettre permet l'utilisation de la première personne du singulier en guise de narrateur, on entre ainsi dans la tête d'Agnès. Je me suis beaucoup identifiée à elle, nous trouvant nombre de points communs ce qui explique que j'ai pu être aussi bouleversée par cette lecture.
Susan Fromberg Schaeffer a écrit ce roman dans les années 1980 se basant sur un fait divers ayant défrayé la chronique à la toute fin du XIXème siècle. Elle nous transporte dans cette époque et on jurerait lire un roman classique digne des soeurs Brontë.
Elle nous dépeint le quotidien et la condition des femmes du siècle dont le destin et l'horizon se résument au mariage et aux enfants. Les femmes de la famille d'Agnès vont toutes vouloir se révolter contre cette fatalité et cet avenir qu'elles rejettent. Elles ont soif de liberté, de se sortir d'une « prison » dont elles ne veulent pas. Seule Agnès aura l'audace de vraiment s'en échapper encouragée par les exemples des vies désabusées de sa mère et sa grand-mère. Toutes sont en quête du bonheur. Mais quel est-il ce bonheur ? Comment être heureuse dans cette société qui laisse si peu de place aux femmes ?
A travers sa fuite, Agnès se cherche aussi. Elle veut s'affranchir de cet héritage identitaire que lui ont légué les femmes de sa famille. Sa rencontre avec Frank représente pour elle la possibilité d'une autre voie. Mais son amour se transforme vite en passion voire en dévotion. Et on assiste impuissant à la progressive perte de contrôle d'Agnès. Son amour pour Frank est si fort qu'elle en fait son unique raison de vivre jusqu'à s'oublier elle-même. Elle va jusqu'à vouloir fusionner avec l'objet de sa passion, lui confiant plus que son coeur, toute son âme.

La folie et la violence ( pas uniquement physique mais aussi psychologique) sont sous-jacentes durant tout le récit. On les sent à l'état latent lors de l'enfance d'Agnès. On les voit à l'oeuvre chez sa grand-mère et sa mère. La personnalité d'Agnès est profondément fouillée, le doute s'insinue parfois, est-elle vraiment folle ou simplement très naïve ? Peut-être les deux ? La frontière est parfois très ténue entre l'amour-passion et l'amour-folie. le lecteur s'embrouille, tour à tour Agnès agace le lecteur ou suscite sa compassion.
Chaque personnage est parfaitement dépeint, on ne peut que s'attacher à eux. Susan Fromberg Schaeffer les fait évoluer dans des décors magnifiques et tellement réalistes. On s'y croirait !
Les descriptions des paysages sous la neige sont sublimes, cette neige qu'on retrouve souvent tout au long du récit, celle qui gèle l'activité et les mouvements des hommes les emprisonnant chez eux tout comme Agnès s'enferme dans son amour pour Frank.
Les parties relatant le procès et l'internement d'Agnès sont tout aussi passionnantes. On fait la connaissance de Maître Kingsley, l'avocat chargé de la défense d'Agnès, ainsi que du Dr Train qui sera amené à décrire le cas d'Agnès comme exemple d'une nouvelle forme de folie qu'il nommera la « Folie de la femme séduite ».
On a ainsi de belles pages sur la justice et l'état des recherches et des thérapies psychiatriques trop peu développées encore à cette époque.
Je n'ai trouvé aucun défaut à ce roman, tout sonne juste, les dialogues sont vivants, le style est limpide et agréable, les pages se tournent toutes seules.
Ce roman raconte la difficulté d'une femme à se trouver elle-même et à trouver sa place. Il est aussi l'illustration de la sempiternelle lutte entre l'amour-passion et l'amour-raison et pose la question de déterminer quel est le meilleur chemin vers le bonheur. Il n'y répond pas forcément mais en montre plusieurs exemples.
Un roman magnifique qui m'aura beaucoup marquée et que je garde en première place dans mon coeur. Je n'avais encore jamais été à ce point bouleversée par un roman.
Je ne peux que le recommander !

Lien : http://booksandfruits.over-b..
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isabelleisapure
  11 août 2016
En ouvrant ce roman, j'étais persuadée de découvrir une histoire exceptionnelle au vu des critiques quasi unanimes à saluer un livre majeur à lire absolument.
Au bout de 100 pages, j'ai senti poindre un très désagréable sentiment de lassitude que j'ai repoussé en me disant « sois patiente, ce n'est que le début ».
Hélas, cet ennui n'a fait qu'empirer, rendant ma lecture tellement indigeste qu'à plusieurs reprises j'ai refermé le livre en attendant un moment plus propice. Mais rien à faire, je termine ce pavé au bord de l'épuisement littéraire proche du burn-out !
Aurais-je besoin de mettre mes neurones en vacances ?
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LydiaB
  08 juillet 2011
Rarement un roman a produit cet effet sur moi. J'ai littéralement dévoré celui-ci, abandonnant tout pour le lire et ne pensant plus qu'à ça dès que j'avais deux minutes de temps libre. Pourtant peu adepte des romans d'amour, là, je me suis laissée embarquer dans l'histoire. Dès le chapitre d'exposition, on remarque que l'histoire va être peu commune puisque le roman s'ouvre avec l'abattage d'une vache par le père de l'héroïne, Agnès Dempster. le champ lexical de la violence et de la mort est bien présent et ce sont justement ces deux thèmes qui vont être non seulement les fils conducteurs de la narration mais encore tout ce qui va caractériser la vie de la narratrice.
Cette dernière nous raconte son enfance sous forme de flash-backs. Ainsi, le lecteur apprend qu'Agnès déteste son prénom, ce qui n'est pas anodin ici puisque dès les premières pages (page 35 ici) on peut déjà se dire que la psychologie va jouer un rôle primordial.
Sa mère, Helen Saltonstall, quitta le domicile familial à la mort du pater familias, Ed. Selon Agnès, « elle était persuadée que ma grand-mère avait tué ma mère (P69) ». le ton est donné ! Elle part alors dans la pension de famille d'une amie, Béa Brown. C'est là qu'elle rencontrera le père d'Agnès, Amon Dempster. Ils auront un premier enfant, un garçon, qui mourra à deux ans d'une épidémie de choléra. Helen ne s'était pas attachée à cet enfant car elle voulait une fille. Celle-ci arriva lors d'une tempête. Helen dut être accouchée par sa propre mère. Prénommée Majella, elle était qualifiée d'enfant magique. Elle était celle qu'Helen attendait par-dessus tout. Malheureusement, encore une fois, le malheur s'abat sur le jeune couple puisqu'à l'âge de 5 ans, alors qu'Helen faisait la lessive, la petite s'est faite tomber le chaudron bouillant sur elle. Helen tombe enceinte de son troisième enfant, Agnès. Celle-ci dira (P91) : « Comme le mauvais temps, j'approche. Songeant au passé, c'est ainsi que je vois mon arrivée : comme une subite attaque de chaleur, comme un ciel torride, et pas une goutte d'eau à espérer ». Comme on pouvait s'y attendre, la petite Agnès est rejetée dès sa naissance par sa mère. Pourtant, elle ne lui en voudra pas mais elle haïra sa défunte soeur. « Comment croire que je n'étais pas là durant ces jours torrides ? (…) Je n'existais pas encore, mais déjà j'avais besoin de réconfort car, déjà, leur souffrance m'habitait ». On comprend dès lors l'état psychologique de la narratrice et surtout le fait qu'elle n'aimait pas son prénom. Elle aurait voulu être Majella, ne pas être maltraitée par sa mère. Lorsqu'Eurydice, sa grand-mère, meurt, elle lui lègue tous ses biens. Agnès a 16 ans. Elle part, réglant ses comptes avec la figure génitrice. A Montpelier, dans le Vermont, elle réside à la pension d'Iris Trowbridge. Elle fait alors la connaissance de Charlie et, surtout, de celui qui lui fera perdre la tête, Frank Holt. Après un premier flirt avec Charlie, elle tombe dans les bras de Frank. Et, finalement, bien qu'elle se pense heureuse, elle met un doigt dans l'engrenage du malheur.
Je n'en raconte pas plus car ce serait dévoiler l'histoire. Ces quelques 800 pages se lisent avec une facilité déconcertante car on veut toujours en savoir plus. Bref, dès qu'on y met le nez dedans, on n'en ressort plus. L'histoire me rappelle, bien sûr, Les Hauts de Hurlevent d'Emily Brontë, ouvrage mentionné par ailleurs dans le roman puisque la narratrice le lira, mais aussi Madame Bovary de Flaubert et sa non moins excellente suite, Mademoiselle Bovary de Maxime Benoît-Jeannin. Et lorsque l'on sait que ce livre s'inspire d'une histoire vraie qui a défrayé la chronique au XIXe siècle, le charme opère d'autant plus.
A lire sans attendre !
Un grand merci à l'équipe de News Book ainsi qu'aux Éditions Belfond pour ce partenariat.

Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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Citations et extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
namelessnameless   13 octobre 2016
Et pourtant, ce n'était plus la femme qu'il avait épousée : elle avait vieilli. Elle avait cinquante ans de plus qu'à leur première rencontre. Lui en voulait-il de cela ? Se reprochait-il aussi le temps qui passe, cette lente sclérose faite d'attitudes et de réponses familières, la mort lente de l'étonnement, la longue mais inéluctable connaissance de soi, qui fait qu'on reçoit chaque émotion comme un vieil ami ou ennemi, pas vraiment mortel ni idyllique, mais dont on s'arrange.

Page 551
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LydiaBLydiaB   08 juillet 2011
Je me remontai dans mon lit de façon à être assise sur l'oreiller, le dos appuyé au montant. Pour qui se prenait-il, avec ses paupières tombantes et son air supérieur ? Pénétrer ainsi dans ma chambre et me mettre dans tous mes états ! Je regardai ma main pour m'assurer quelle était bien là. Je sus ce qu'éprouvait le mulot quand le faucon s'en saisit, cette sensation formidable d'être agrippé et dévoré, d'être contraint d'exister dans les fibres d'un autre, de sentir son propre cœur pomper le sang d'un autre. La chambre se vidait de Frank et me revenait. Je me ressaisissais. Et j'eus soudain le pressentiment de ce qui allait arriver, de la fournaise gigantesque qui allait rugir dans l'âtre de mon corps, des flammes immenses qui allaient jaillir de mes yeux et de ma bouche. Je savais que je m'entendrais dire des choses auxquelles je n'osais penser. Je savais que le feu allait grimper le long du mur intérieur indispensable que j'avais construit avec autant de soin qu'un faux bourdon sa ruche. Je connaissais la force qu'aurait le vent quand le feu l'embraserait et l'enverrait gronder dans l'espace. J'ignorais comment j'y ferais face, mais je savais aussi que je n'avais plus envie de vivre dans ces pièces propres, desséchées par le temps, pareilles à l'amadou, dans ces murs comme des feuilles mortes racornies, amincies par un soleil brûlant et lointain. J'avais presque dix-sept ans et rien ne m'était arrivé. J'étais née en attendant qu'il se passe quelque chose. J'avais vécu toutes ces années en sachant que j'étais née à l'écart des autres mais sans savoir pourquoi. J'allais enfin savoir pourquoi j'avais été conçue.

Soudain je ne voulus plus savoir. Comme s'ils étaient dans la chambre, je vis les engrenages de l'énorme pendule de ma grand-mère qui tournaient contre le mur. Je me vis sur des roues dentées. Au fur et à mesure qu'elle tournait, ma robe se prenait dans les dents de roues plus petites, et je me vis déchiquetée.
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namelessnameless   06 octobre 2016
- J'avais quinze ans quand j'ai épousé ton père... Une fille de quinze ans n'est rien qu' un instrument aux mains des forces vitales.
- Je ne comprends pas, dit Helen. Ne l'aimais-tu pas ? Tu lui as toujours dit que tu l'aimais.
- À quinze ans on est trop jeune pour aimer quoi que ce soit en particulier.
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namelessnameless   11 octobre 2016
C'est un tunnel pénible à traverser, la vie, il faut s'y glisser le plus doucement possible, et à la sortie, il faut laisser place nette pour les suivants.

Page 496
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namelessnameless   07 octobre 2016
Tout le monde ne peut pas s'offrir le luxe de choisir où habiter en fonction de la beauté du site. Les gens vont là où ils peuvent gagner leur vie.
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