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ISBN : 2070145824
Éditeur : Gallimard (18/08/2016)

Note moyenne : 3.72/5 (sur 87 notes)
Résumé :
L’énigmatique photographe Sebastian von Eschburg a certes signé des aveux complets, mais aucun corps n’a été retrouvé, ni même l'identité de la victime établie avec certitude. Son avocat met donc tout en œuvre pour démonter l’accusation de meurtre. Mais s’il n’a pas tué, pourquoi l’artiste se trouve-t-il dans cette situation? Dernier rejeton d’une vieille famille désargentée, traumatisé par le suicide de son père, cet étrange plasticien est devenu célèbre grâce à un... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
viou1108
  18 août 2016
« Sitôt que la lumière du vert, du rouge et du bleu se mêlent à parts égales, le blanc nous apparaît. » (Théorie des couleurs de Helmholtz – en épigraphe du roman).
Trois couleurs pour en créer une quatrième, trois chapitres et un autre en guise d'épilogue pour raconter une histoire entre réalité et apparence.
Vert. Sebastian von Eschburg est issu d'une famille de l'aristocratie allemande déclassée depuis quelques générations déjà. Dans ce milieu où « les enfants n'avaient encore jamais fait l'objet de tous les soins », Sebastian grandit livré à lui-même, introverti, entre une mère indifférente et un père qui finira par se suicider, faisant et défaisant sans cesse sa maigre valise entre le manoir familial et le respectable pensionnat suisse dont la bibliothèque lui est un refuge. A 18 ans, il part à Berlin, en apprentissage auprès d'un grand photographe. Quelques années plus tard, devenu lui-même un photographe-plasticien coté, Sebastian n'en est pas moins un homme tourmenté, difficile à cerner pour ses quelques proches. « La beauté n'est jamais que la symétrie. (...) La beauté n'est pas la vérité. (...) La vérité est atroce ». La photographie, reproduction du réel ? Vraiment ?
Rouge. La couleur du sang, de la passion, du drame. Sebastian avoue un crime, mais le cadavre est introuvable. du point de vue du procureur, c'est néanmoins suffisant pour convoquer une cour d'assises.
Bleu. Couleur froide à l'opposé de la précédente. On change de camp, on change de focale, la mise au point se fait sur l'avocat de Sebastian, qui mène l'enquête pour démonter l'accusation avec méthode et sang-froid.
Peu à peu, la clé de l'énigme transparaît, apparaît, comme l'image qui se forme lentement sur une photo Polaroid. Comme dans un bain révélateur, la vérité, cachée dans la chambre noire de l'enfance de Sebastian, de la vie de son père et d'un vice de procédure, est révélée à la lumière.
Blanc. Clair, court, limpide, simple, pur. L'aspiration ultime ?
Après une première partie étrange, floue, presque onirique, les deux suivantes ramènent le lecteur (à tout le moins la juriste invétérée que je suis) sur un terrain mieux connu, plus tangible et concret, celui du monde judiciaire. Cette enquête pour meurtre (ou pas) nous égare avec bonheur dans le spectre des nuances de la vérité, et nous mystifie en nous faisant voir la réalité à travers le prisme des apparences. Ou l'inverse ? Jusqu'où peuvent aller l'art et l'artiste ? Dans quelle mesure peuvent-ils se jouer de la réalité pour (r)établir la (leur) vérité ?
Une certitude : laissez-vous gagner par le vertige, ce n'est pas « Tabou ».
Merci à Masse Critique de Babelio et aux éditions Gallimard pour cette belle découverte.
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Ambages
  18 août 2016
« J'ai compris un beau jour que l'homme n'appartient qu'à lui-même. »
Petite à l'école je mettais au centre d'un disque une attache parisienne et coloriais à partir du centre des triangles vert rouge bleu pour faire une toupie. Quand elle tournait, avec de la chance si l'attache était bien positionnée, les couleurs se fondaient pour disparaître au profit d'un blanc, incroyable. On ne voyait plus rien des triangles colorés qu'on avait mis tant de patience à colorier sans déborder... tristesse et surprise d'une expérience éblouissante. le blanc !
J'ai associé les chapitres de ce roman à cette toupie, qui virevolte pour nous rendre aveugles. Tout est jeu de couleurs. Ici le personnage principal, Sébastian von Eschburg dès son enfance comprend et ressent au travers des couleurs qu'il associe à un sentiment, à une personne ou aux lettres de l'alphabet « le A était d'un rouge aussi vif que le cardigan de l'institutrice (...) le B était bien plus volatil et léger, il était jaune et avait l'odeur des champs de colza ») mais « lorsqu'il fermait les yeux, tout en lui se confondait en une couleur indéfinissable. » C'était son refuge, « le monde coloré qui peuplait son esprit. »
« Le cimetière du village. J'aime les portraits émaillés des défunts. Ils sont la vie même. »
Traumatisé dans son enfance notamment à la suite de la perte de son père, il développe cette faculté visuelle et devient photographe, pour créer son langage. Il rencontre Sofia. « Elle est la première femme avec qui la vie me semble possible, se disait-il. Avec elle tout serait envisageable, la solitude et le silence. » On devine un personnage qui reste marqué. « Elle était pleine de vie ; il demeurait étranger à lui-même. » Sofia s'interrogeait « je crois que c'était la perte, sa solitude. » Avec elle, il progresse encore dans son art, elle lui fait découvrir les peintures de Goya lors d'un voyage en Espagne : La Maja nue et La Maja vêtue. le photographe reprend haleine et se lance dans de nouvelles oeuvres. Mais « la beauté n'est pas la vérité. »
Survint alors le drame. Sébastian est emprisonné, suspecté de meurtre car du sang est retrouvé dans son atelier. Il choisit un avocat réputé ayant un tempérament bien affirmé, considérant que « la vérité se distingue tout à fait de la réalité, comme le droit se distingue de la morale » et doté d'un esprit curieux « plus une question est cruciale, moins elle m'intéresse. »
L'avocat va devoir démêler cette affaire de meurtre dont est accusé von Eschburg devant la cour.
« Chaque procès tient en partie de la pièce de théâtre, non ? »
J'ai beaucoup apprécié ce roman qui parle d'art. Jusqu'où un artiste est-il capable d'aller ? Évidemment j'ai repensé à Clara et la pénombre de Somoza. Les descriptions de la tristesse de l'enfant von Eschburg, issu d'une vieille famille aristocrate ruinée, sont bien rendues « le manoir au bord du lac n'existait plus et les jours lumineux s'étaient enfuis ». J'ai apprécié ce personnage qui semble perdu « Il voulait lui dire que la réalité était plus véloce que lui, qu'il n'arrivait pas à la suivre. Les choses se passaient et il n'en était qu'un simple spectateur. » L'auteur a une écriture très agréable.
Toutefois, je reconnais comme l'écrit Ferdinand von Schirach : « On ne voit jamais que ce qu'on veut voir. » Il appartient à chacun de se faire son idée en lisant ce roman que j'ai apprécié. Je remercie les Éditions Gallimard et Babélio pour ce cadeau qui a été un très bon moment de lecture. Sans nuance on ne verrait rien, c'est la petite chose que je retiendrai de ce livre, trop de blanc éblouit et on n'y voit pas plus que dans une nuit noire.
« Sais-tu que la tonalité de tes photos, cette couleur sépia qui les imprègne, provient de l'encre de seiche ? Certains médecins la prescrivent contre la dépression, le vide, la solitude. Ils affirment qu'elle peut rétablir la dignité blessée de l'homme. »
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Epictete
  21 août 2016
Une couverture tout d'abord intrigante, que l'on ne déchiffre pas immédiatement. Instrument de torture ? Qu'est ce qui est sur les yeux de ce personnage - et c'est en réalité un appareil photo.
Belle découverte que ce roman publié par Gallimard dans la collection "du monde entier" et proposé en masse critique.
L'histoire est bien racontée en quatrième de couverture : Sébastien von Eschburg, issu de l'aristocratie allemande est depuis toujours un artiste dans l'âme, malgré une enfance mouvementée, entre une mère trop occupée pour être présente et un père qui se suicidera. C'est lui qui découvrira le corps d'ailleurs.
Il prend son autonomie et travaille énormément. Il est devenu un photographe reconnu, travaillant sur l'image et la réalité.
Et un jour, il est accusé d'un meurtre alors qu'on n'a pas retrouvé de corps. Mais une multitude d'indices l'accablent.
Un avocat va se saisir de l'affaire et tenter de l'innocenter en défaisant les indices les uns après les autres.
Ce roman est construit autour de l'art, de la photographie, des couleurs.
Il y a d'abord trois parties qui sont surnommées "Vert", "Rouge", "Bleu" pour former une conclusion en "Blanc", ce qui nous renvoie à l'addition des couleurs qui permettent d'obtenir ce blanc à l'intersection des trois premières. Vert, pour la genèse et l'enfance de Sébastien.
Rouge, couleur du sang, moment où le drame se noue
Bleu, l'enquête méthodique, froide.
Et enfin Le Blanc, partie très courte et un peu symbolique qui n'a finalement existé que parce que les trois premières avaient été développées.
C'est un roman à la construction étonnante et intéressante. On ne peut pas parler de son rythme mais de ses rythmes, en fonction des différentes parties.
C'est aussi une réflexion sur l'art, la beauté, la vérité, la justice, l'image projetée et l'image reçue. Il y a donc véritablement de la matière, au-delà de l'histoire.
Je ne connaissais pas encore cet auteur, mais il est à découvrir et même à explorer, puisqu'il a écrit deux autres ouvrages.
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AgatheDumaurier
  18 août 2016
Merci à l'opération masse critique de Babelio et aux éditions Gallimard pour l'envoi de ce livre !
J'avais déjà lu "Crimes" de Ferdinand von Schirach et beaucoup apprécié.
On entre dans le roman par le récit de l'enfance et de la jeunesse d'un aristocrate allemand, Sébastian. L'enfance est triste et traumatisante. Sébastian en ressort vivant, mais marqué. ..jusqu'à quel point ? En tout cas, il devient un photographe de grand talent, obsédé par la beauté et la vérité. Comment y accéder ? Cette partie du récit, très intéressante, est rédigée comme un rapport de police ou des services sociaux, sans affect apparent, des faits, rien que des faits, ce qui rend le personnage particulièrement inaccessible et énigmatique. ..Qui est Sébastian en réalité ? Question qui va prendre toute son importance dans la deuxième partie du roman...
Un meurtre, un meurtre a été commis et avoué par le photographe. L'attention se focalise dès lors autour de l'avocat de Sébastian, maître Biegler, personnage haut en couleur à l'opposé de l'accusé. Commence alors une enquête ...
Ce roman est d'un grand intérêt, combinant une réflexion sur l'art, sa nature et son rôle pour la société, sur l'artiste et sa part de folie et de sacrifice, et, toujours chez von Schirach, grand père oblige ( Baldur von Schirach, nazi convaincu chef de la jeunesse hitlérienne et responsable de la déportation des Juifs de Vienne ) réflexion sur la culpabilité, la laideur du mal. Les trois axes se combinent pour une performance hors norme...
A lire.
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Guylaine
  11 septembre 2016
Voilà un livre bien étrange et envoûtant !
Ferdinand von Schirach nous présente son personnage, Sebastian Eschburg, alors qu'il vient de naître dans le manoir familial.
Au fil des pages, nous le voyons grandir et devenir un homme.
C'est un garçon un peu différent, qui voit des couleurs là où les autres (vous et moi sans doute) ne voient que des lettres, de la poussière (il se serait bien entendu avec Rimbaud).
Avec une telle particularité, on comprend aisément qu'il devienne photographe. Pas un photographe de mariage ou de communion, non, un artiste, un créateur d'images.
Et puis voilà que cet homme, auquel on s'est attaché, qu'on a appris à connaître, est accusé de meurtre et qu'il ne fait rien pour se défendre. Nous perdons un peu pied, nous voilà déstabilisés...
Sa seule réaction est de demander à Konrad Biegler, un avocat en vacances, de le défendre.
L'échange entre les deux hommes est riche, l'auteur se met alors à nous entraîner dans un débat captivant sur la vérité et la réalité, il en profite pour nous chambouler de nouveau, il nous bouscule, mais avec douceur (si si c'est possible).
Il a divisé son histoire en quatre parties inégales, qu'ils a nommées : vert, rouge, bleu et blanc. Comment pouvait-il en être autrement ?
Et il nous donne une clé, un épigraphe : "Sitôt que la lumière du vert, du rouge et du bleu se mêlent à parts égales, le blanc apparaît." extrait de Théorie des couleurs de Helmholtz. Ce qui, à mon avis, est une vraie bonne trouvaille :-)
Il ne me reste plus à ajouter que son écriture est agréable, limpide.
Vous l'aurez compris c'est un livre que j'ai aimé et que je recommande vivement.

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critiques presse (2)
LeJournaldeQuebec   26 septembre 2016
En nous offrant le portrait assez troublant d’un photographe berlinois accusé de meurtre, le nouveau von Schirach se dévore d’un trait.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
Lexpress   06 septembre 2016
Si l'intrigue judiciaire proprement dite ne commence qu'à la moitié du roman, Ferdinand von Schirach, d'une écriture sans fioritures, se focalise habilement sur des enjeux théoriques, sans pour autant bouder le suspense.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
AmbagesAmbages   18 août 2016
Pour Eschburg, la photographie était bien plus qu'un métier. Il n'utilisait que de la pellicule noir et blanc, traitait par la suite ses épreuves au thiocarbamide et à l'hydroxyde de sodium. Il multiplia les essais, jusqu'à ce que les images prissent enfin cette tonalité douce et chaude qui apaisait le tumulte de toutes les autres couleurs dans son esprit. Le photographe lui disait qu'il fallait qu'il fît œuvre révolutionnaire, que la vocation de l'art était de provoquer et de détruire, que telle était la voie de la vérité. Mais Eschburg ne voulait pas être un artiste. Il entendait se créer un monde à lui, un autre univers, fluide, fugace et chaleureux. Et, au bout de quelques mois, il parvint à ce que les objets, les êtres et les paysages lui devinssent supportables en photographie.
+ Lire la suite
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ManouBManouB   18 août 2016
Sebastian s'était assoupi dans le fauteuil. Quand il entendit la détonation, il dévala les escaliers dans la pénombre, traversa en toute hâte le vestibule du rez-de-chaussée, trébucha, se meurtrit le genou, fila sans désemparer le long du couloir qui conduisait au bureau de son père. Il ouvrit brusquement la porte...
"Nous avons encore le temps" lui avait dit son père.
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mimifasolamimifasola   24 septembre 2017
Chaque matin nous nous levons, pensait-il, nous vivons notre vie, toutes ces bagatelles, le travail, l'espérance, la sexualité. Nous nous figurons que ce que nous faisons est important et que nous le sommes tout autant. Nous nous croyons stables, tout comme l'amour, la société, les lieux où nous demeurons. Nous le croyons parce qu'il nous est impossible de faire autrement. Mais parfois nous nous immobilisons, une brèche s'ouvre dans le temps, et c'est à cet instant que nous comprenons: nous ne voyons jamais que notre reflet dans le miroir.
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AmbagesAmbages   19 août 2016
'' - J'aime que tu sois différent des autres, mais il m'arrive de penser que tu as un problème. Que tu ne vas pas bien.
- Alors aide-moi.
- En quoi puis-je le faire ?
- En tout '', répondit-il faute de mieux.
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NoushaNousha   07 février 2017
Saviez vous que la plupart des personnes qui se suicident se tirent une balle en pleine tête, quand elles en ont la possibilité? Pas dans le coeur, non, en pleine tête. C'est l'effroi que suscite notre propre personne. Nous ne supportons pas la culpabilité qui est la nôtre. Nous parvenons à pardonner à tout le monde. A nos ennemis, aux traîtres, aux êtres qui nous trompent. Mais il nous est impossible de nous absoudre nous-mêmes. Nous nous cassons les dents sur ce que nous sommes.
+ Lire la suite
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Video de Ferdinand von Schirach (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Ferdinand von Schirach
Crimes de Ferdinand von Schirach Marque-Page 29-03-2011
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