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Claude Riehl (Traducteur)
EAN : 9782907681360
292 pages
Tristram (29/11/2002)
4.17/5   12 notes
Résumé :

Sous-titré " Roman historique de l'an de grâce 1954 ", Le Cœur de pierre est le livre d'Arno Schmidt le plus fameux en Allemagne. On y suit les manigances d'un collectionneur fou, Walter Eggers, qui s'introduit chez un couple, devient l'amant de la femme, s'embarque pour l'Est avec le mari chauffeur-routier dans le but de subtiliser un ouvrage rare à la Bibliothèque du Présent Radieux du Socialisme Réel, avant - last but... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
jlvlivres
  29 août 2020
« le Coeur de Pierre », sous titré « Roman historique de l'an de grâce 1954 » est paru en 1956 et fait aussitôt parler de lui. « Que Dieu protège la littérature allemande » d'un coté et de l'autre « un chef d'oeuvre ». Il aura fallu un temps certain avant que ce « gribouillis pathologique, sténogramme d'asile de fous » ne soit pleinement reconnu. En ces temps là, Adenauer et la CDU gagnent les élections, trois ans auparavant. Aux USA, c'est Eisenhower, tout auréolé de ses faits militaires qui gère. On est en plein délire anticommuniste, avec la fin du procès des époux Rosenberg. Il faut absolument lire «Le Bûcher de Times Square» de Robert Coover, traduit de « The Public Burning » par Daniel Mauroc (06, Seuil, 602 p.) pour comprendre la paranoïa du FBI et de son chef Edgar Hoover. Paranoïa qui s'étend aussi aux principes en désaccord avec les bonnes moeurs et la religion. La scène finale dans laquelle Richard Nixon, alors jeune vice-président, se fait sodomiser par l'Oncle Sam est assez cocasse. On l'a compris, « le Coeur de Pierre » est à mettre entre toutes les mains. Dans le fond, n'est ce pas qu'un exemple d'un collectionneur un peu dérangé, Walter Eggers, qui s'immisce dans une couple, il copine avec Karl Thumann, le mari, et devient l'amant de la femme, Frieda. C'est presque du Feydeau. Les deux hommes s'embarquent pour dérober un ouvrage rare à « la Bibliothèque du Présent Radieux du Socialisme Réel ». le ménage à trois, alors élargi à quatre, avec Line, la maîtresse, passe à l'Ouest. Ils s'installent, et ils découvrent un trésor, « 684 pièces de vingt marks » en or, plus des médailles, « des pistoles de Hanovre de 1850 : de l'or du Harz » dans un faux plafond. Cela c'est pour l'histoire, en fait c'est un des premiers romans de cette ampleur qui ait été écrit sur la partition de l'Allemagne. La rédaction est la même que celle de « Miroirs Noirs », des paragraphes courts, de 3 à 10 lignes, précédés d'un semblant de titre en italique. Arno Schmidt les nomme des «instantanés», au prétexte que sa «vie n'est pas un continuum». Cela commence avec « Dans notre goutte d'eau : un cône métallique bleu vint à ma rencontre ; dans l'oeuf de visée 2 obtus noyaux oculaires ». Et cela se termine par « ((Dois-je peut être les faire teindre en différentes couleurs ?: le militaire en rouge, les eaux & forêts en vert, les finances en jaune ; le clergé en bleu (le noir n'allant pas) ? –Mais ça changeait ! : combien de fois un officier ne passe-t-il pas dès l'année suivante à l'administration ?!: et alors là je l'ai dans le baba !)) ». On constate que le tout reste très lisible. Il y a bien quelques signes de ponctuation qui sont placés de façon étrange, mais cela ne gène pas la lecture.
Pour ce qui concerne le texte, Walter Eggers, est-il ce bien ce collectionneur peu scrupuleux ou est-ce plus prosaïquement Alter Ego. le tout se passe dans une petite ville Ahlden, entre Hanovre et Hambourg, donc en plein dans la lande de Lunebourg. Petite ville sans trop d'histoire si ce n'est la « recluse d'Ahlden », c'est-à-dire et Sophie-Dorothée de Brunswick-Lunebourg, tout d'abord mariée à George Ier d'Angleterre, mais maîtresse enflammée de Philippe-Christophe de Koenigsmark. Et pour cela, emprisonnée 32 ans au château d'Ahlden, mais dont la fille épousera Frédéric-Guillaume Ier de Prusse. Au passage, on remarquera l'analogie entre Ahlden et l'Allemagne d'Adenaueur. Un couple chez qui Walter s'invite, (ou s'incruste). Pour l'époque et le lieu, on est bien juste après la guerre dans ce qui est déjà l'Allemagne de l'Est. Il y a encore des restrictions. « Cartes de rationnement : viande, graisse, sucre, lait sont encore rationnés. Il y a trois classes, A, B, C ; celui qui gagne plus de 500 marks tient une carte d'intelligence ». […] « Vous en tant que visiteur de l'Ouest, vous auriez obtenu la A sans problème ». Il y a déjà la séparation entre deux mondes, sans grande possibilité de retour à l'avant guerre. « Des élections libres pour la réunification ? ». Il y a surtout cette victoire de la CDU et du retour à l'ordre moral et bien pensant d'avant guerre. « Ce cauchemar d'Adenauer le Réarmeur ». C'est vraiment lui qui cristallise la haine. « Adenauer : le père de l'Europe, le beau-père de l'Allemagne. (Pour le « demi-frère », les Anglais ont un terme plus précis : l'«uterine brother» est de la même mère !) ». Haine envers le système et ce qui va avec. « Si je n'étais pas athée, je le deviendrai au seul spectacle de l'Allemagne d'Adenauer ».
Au passage Arno Schmidt nous fait parvenir ses réflections sur la littérature. « le prix Nobel de littérature ?! : « Un journaliste d'une médiocrité prononcée : rien de plus, Monsieur ! », il s'agit certainement d'Ernest Hemingway [1954]. Ce n'a pas l'air de l'avoir beaucoup ému « Quand on a été capable d'accorder le prix à Sienkiewicz [1905], Paul Heyse [1910], Winston Churchill [1953] et de manquer Rilke, Theodor Däubler, Döblin Jahn (et ne parlons même pas d'August Stramm, Kafka, Trakl) : on ne mérite plus d'être pris au sérieux ». Il est vrai que cette liste comprend quelques noms importants. L'aurait-il souhaité pour lui-même, lui qui n'est toujours pas reconnu comme tel une soixantaine d'années après ? Je ne pense pas, car il reconnait, dans un reportage que le Nobel est essentiellement franco-anglais. « Je proteste ici solennellement contre l'appellation "écrivain allemand" avec laquelle cette nation de veaux stupides cherchera un jour à me récupérer !». Par contre, il dévoile ses gouts de bibliophile, ou plutôt de collectionneur de cartes et autres vestiges du passé dont le « Manuel Statistique / du / Royaume de Hanovre. / Par /C.H.C.F. Jansen / Hanovre / Par ordre & pour le compte de la Librairie Royale Helwing, / 1824 ». Les reste du texte comporte les scènes qui ont pu choquer à l'époque, mais était ce vraiment choquant que « Les yeux de paon brun chevreuil me lançaient des regards futuristes énamourés » ou que « le chauffeur marchait à côté de moi et flatulait joyeusement dans le vent ». Les mêmes vents soufflaient déjà dans Joyce, proximité de la Mer du Nord sans doute.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
cascabelcascabel   26 mai 2020
Discussion: les hommes ne seraient ils pas meilleurs s'ils ne croyaient pas à l'immortalité?!
"Si de tout temps,les hommes n'avaient rien su ni cru d'autre que la mort marquait la fin réelle de leur vie:cette croyance aurait renforcé tous les liens de l'amour et de l'amitié.Ici peut nous servir de critère ce que nous éprouvons lorsque nous sommes en passe d'être séparé sans espoir aucun de revoir l'être très -cher;ou quand nous prévoyons avec une certitude irrémédiable que la mort va nous enlever sous peu une personne aimée:comme notre état d'esprit est différent alors de jadis,quand nous nous bercions de l'illusion de vivre d'innombrables années en leur compagnie!! Combien l'intérêt que nous portons à ces personnes et à tout ce qu'elles disent entreprennent est changé désormais!Combien nous semble important à présent la moindre preuve d'amour que nous leur donnons!Avec quel soin ne recherchons-nous pas chaque minute qui nous importe désormais davantage qu'un jour entier naguère,pour deviner le plus infime désir de la personne aimée;pour lui épargner le moindre déplaisir;la soulager de la moindre incommodité!Mais combien nous rend négligent l'hypothèse fameuse suggérée avec une légèreté irresponsable qui veut que nous continuerons de vivre après avec ces êtres chers pour une durée qui n'aura pas de fin!Si nous étions fermement convaincu que nos relations les plus tendres sont bornées dans la durée étroite et très incertaine de cette vie et qu'elles prennent fin définitivement avec la mort,tous nos sentiments de sympathie y gagneraient infiniment!Et combien cette conviction nous rendrait plus économe avec le bien le plus précieux ,le temps?!"(Donc aussi contre la formule lénifiante ,si admirée,de Lessing,"L'éternité n'est elle pas mienne tout entière?"!)
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LmargantinLmargantin   20 novembre 2018
La prose contreplaquée habituelle. Le monoréglage de notre littérature auquel aspire en permanence l'appareil d'Etat (et auquel on est à nouveau arrivé depuis longtemps). Un but d'autant plus facile à atteindre quand la fronde intellectuelle ne survit plus chez nous que comme une orchidée qui s'étiole, racines en l'air.
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LmargantinLmargantin   20 novembre 2018
Des arbres paissaient en solitaires.
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LmargantinLmargantin   20 novembre 2018
Le soleil me fit aussitôt un masque liquide. En jetant un regard alentour, le paysage s'entortilla autour de mon visage.
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LmargantinLmargantin   20 novembre 2018
Ma voix s'embalbutiait dans le sous-bois des rêves.
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