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EAN : 9782021369267
448 pages
Seuil (04/10/2018)
3.79/5   26 notes
Résumé :
Quand Hitler arrive au pouvoir en janvier 1933, ils sont quelque 200 journalistes occidentaux en poste à Berlin. Très peu d’entre eux seront expulsés. La plupart vont rester dans la capitale du Reich.

Américains, Britanniques, Français, tous bons connaisseurs de l’Allemagne et souvent germanophiles, ils travaillent selon les standards démocratiques de la liberté de la presse. Mais leurs interlocuteurs quotidiens s’appellent Goering ou Goebbels. Alors ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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Un essai de Daniel Schneidermann, célèbre journaliste créateur et animateur de l'excellent magazine «arrêt sur images» qui décrypte et critique les médias en toute liberté. Diffusé d'abord à la télévision puis sur le web.

Ce livre aborde les relations des médias avec la montée du nazisme et l'exercice du pouvoir d'Hitler en Allemagne à partir des années 1930.

Tout y passe, la presse bien «intentionnée» vis-à-vis du dictateur, l'état de sidération de la majorité de la presse et l'opposition claire et nette de la presse communiste.

Les forces et les faiblesses des journalistes de l'opinion publique: complaisants, résistants, collabos, hostiles voire indifférent.

Ce livre nous fait comprendre que la majorité des journalistes est passé à côté de l'antisémitisme ou du moins des conséquences que cet antisémitisme allait engendrer.

Deux questions me viennent à l'esprit:

-Comment un pays «moderne», cultivé, civilisé; le pays de Goethe, Schiller, Kant, Fichte etc.....a-t-il pu en arriver à produire un Hitler?

-Qu'aurions-nous dit et fait à la place de ces journalistes?

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Tour d'horizon implacable et sidérant du traitement par la presse occidentale des exactions commises par le régime nazi envers les Juifs d'Allemagne et d'Europe, depuis l'arrivée au pouvoir d'Hitler jusqu'à la "révélation" de la solution finale à la fin de la guerre.

Les parallèles avec le climat et le système médiatique actuels sont les bienvenus.

Il en ressort, article épluché après ligne éditoriale analysée, que, si la presse n'a pas rien dit (comme le suggère le bandeau en couverture du livre), elle a dit peu, et plutôt mal quand il s'est agi de rendre compte de la montée de la violence envers les Juifs, de la nuit de cristal, des lois de Nuremberg, de la Shoah par balles, des déportations massives, des camps: brèves laconiques, informations reléguées en pages intérieures, ton neutre, pas d'incarnation du sujet pour toucher l'opinion.

Plusieurs raisons à cela sont avancées : habitudes journalistiques (notamment cette éternelle connivence avec les dirigeants autour d'une bonne table de Berlin où l'on privilégie l'info obtenue en off auprès d'un Goering plutôt que le reportage de rue), pression du régime, souci de l'objectivité menant à l'auto-censure de la part de journaux comme le New York Times dont le patron est Juif...

Au final, une opinion très peu alertée sur le sujet - et d'ailleurs très peu portée à l'être.

Au final également, il est particulièrement troublant de transposer cette frugalité d'information à la surmédiatisation actuelle dans laquelle, sur-saturés d'informations à caractère émotionnel, on ne réagit plus à grand chose.

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Daniel Schneidermann a épluché consciencieusement la presse internationale pour tenter de comprendre l'aveuglement du monde face à Hitler. Cet aveuglement commence par celui des journalistes présents sur place, à Berlin. C'est une plongée dans les articles de l'époque, mais aussi une enquête pour connaître et comprendre chaque journaliste. En gros il y a trois types de presse, la presse communiste qui s'oppose nettement à la montée du nazisme (au risque de voir ses journalistes expulsés), la presse complaisante, par proximité d'idée ou par intérêt (par désintérêt aussi pour le reportage journalistique fait dans la rue), et une presse qui oscille entre sidération et indifférence. Ce qui paraît incroyable c'est que la grande majorité des journalistes est passé complètement à côté de l'antisémitisme, un peu comme s'ils avaient vécu dans une autre Allemagne. le traitement des juifs, qui a tout de même évolué par étapes très visibles, avec promulgation régulière de nouvelles lois, ne fait l'objet que de quelques brèves, reléguées le plus souvent dans les pages intérieures. Il y avait la censure de Berlin (les journaliste ne voulaient pas être chassés de Berlin), mais parfois aussi l'auto-censure des patrons de presse (par exemple pour le New York Times dont le patron était un juif). Un livre salutaire, qui montre l'ampleur du déni sans pour autant l'expliquer. Mais est-ce que cela peut s'expliquer ? Avec le recul on ne peut que s'affliger, et se montrer vigilant pour les temps présents...

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Daniel Schneiderman nous fait part de ses recherches dans les archives de la presse pendant les années 30, au moment de l'avènement d'Hitler au pouvoir. Il retrace avec précision le travail des journalistes des différents pays présents à Berlin à ce moment-là, et leurs publications respectives dans leurs journaux. Ce sont essentiellement les journalistes anglophones qui étaient présents.

Il y avait ceux qui s'accommodaient du régime en place, ceux qui tentaient de d'attirer à eux leurs bonnes grâces, et ceux qui dénonçaient les agissements des autorités en place et de ses sbires (SA) envers les opposants et les juifs, tant qu'ils n'étaient pas expulsés.

Pour l'auteur de cet essai d'une manière générale les journalistes ont fait leur travail, pas toujours avec véhémence mais « on pouvait savoir » mais pour l'ensemble des lecteurs il était impossible d'imaginer, donc difficile de croire. Frankfurter (ambassadeur de Pologne) dira après le récit de Jan Karski : « je n'ai pas dit qu'il mentait. J'ai dit que je ne le croyais pas. Ce sont deux choses différentes. »

Je craignais que la lecture soit ardue, pas du tout, l'auteur sait rendre ses découvertes vivantes, il raconte, nous écoutons. J'ai aimé le compte rendu du travail colossal, c'est une question qui me taraude régulièrement. Et de nos jours que se passerait-il ?

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Basé sur un travail de lecture et de recherche considérable, cet essai est passionnant . On suit la vie quotidienne des journalistes occidentaux , principalement Américains et Anglais en poste à Berlin de 1933 à 1941. Au fil des pages une question se pose : comment des journalistes indépendants et démocrates ont pu dans leur reportage fermer les yeux sur les exactions du régime nazi ?

Comment le monde dans sa grande majorité a pu fermer les yeux sur le martyr juif ?

Un ouvrage à mettre également en parallèle avec notre époque où la presse dans son souci d'être toujours la première à présenter les faits se content de titres et de slogans et n'analyse pas/plus la situation avec cette question lancinante : serions-nous capable de dénoncer l'arrivée d'un régime criminel comme le fut le régime fasciste ?

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critiques presse (2)
Bibliobs
02 novembre 2018
Dans cette passionnante enquête, le critique des médias d'Arrêts sur Images examine à la loupe comment la presse a traité de la montée du nazisme - une façon d'inviter les journalistes d'aujourd'hui à rester vigilants, à l'heure de la montée des nationalismes que ce soit en Europe ou outre-Atlantique.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Liberation
18 octobre 2018
A partir d’une plongée dans les archives des journaux internationaux de l’époque, Daniel Schneidermann décrypte l’aveuglement du monde face à l’ascension de Hitler dans les années 30.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation

Ceux qui font bouger l'histoire son obsessionnels. Les lanceurs d'alerte sur l'évasion fiscale sont obsessionnels. Les défenseurs des droits de l'homme, aujourd'hui, à l'heure où j'écris, sont obsessionnels. Les militants et les journalistes qui alertent sans relâche sur le changement climatique sont obsessionnels. Les équipages qui vont sauver des migrants en Méditerranée sont obsessionnels. Les militants qui, aujourd'hui, alertent sur l'emprise croissante de Google et d'Amazon, et qui hurlent dans le désert, sont obsessionnels. Ils ne sont pas drôles. Ils ne savent souvent pas rire. Ils ne sont pas léger. Ils n'ont aucun humour.

Ce livre lui-même, le mien, je le pressens, va être assez obsessionnel. Depuis le début de cette expédition, je me sens obsessionnel. Jamais assez ! Non, on n'en aura jamais assez. Ce ne sera jamais assez. On ne criera jamais assez fort contre l'indifférence des états aux catastrophes planétaires qui menacent. Contre le cynisme des dictateurs.

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A lire aujourd'hui tous les compte rendus de ces cruciales semaines où Hitler s'empare des pleins pouvoirs, la seule langue qui tienne le coup, qui nous raconte l'histoire telle qu'on la raconte aujourd'hui, avec les mots d'aujourd'hui, est celle des articles de l'Humanité. Lire l'Humanité, c'est lire un tract quotidien sur la barbarie nazie, la sauvagerie hitlérienne, toute cette langue militante dont la guerre et la Résistance, dix ans plus tard, ratifieront dans le sang la pertinence.

Ce journalisme que je m'épuise à critiquer, le journalisme militant, qui subordonne la recherche de la vérité à celle des vérités utiles à la cause, ce journalisme à œillères, c'est le seul donc, qui, aujourd'hui, n'a pas à rougir de ce qu'il a produit. C'est lui qui, rétrospectivement, a tapé le plus juste. Tous les raisonnables, tous les scrupuleux, les balancés dans mon genre ont contribué à endormir les foules.

Quelle est cette fatalité qui rend la note juste illisible et le trompeur tellement lisible?

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(La pratique des interviews et tribunes politiques payantes) est largement répandue avant guerre. Herman Goering se faisait payer très cher par la presse américaine pour livrer des chroniques régulières. Au plus fort de l'Anschluss, alors que les démocraties se couchent devant la force hitlérienne, un seul élu britannique plaide pour une riposte énergique: il s'appelle Winston Churchill. On lui propose de s'exprimer au micro de la radio américaine. Et Churchill refuse : le cachet n'est pas assez élevé. La radio propose 50 dollars. Churchill en réclame 500. L'émission ne se fera pas.

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Laura Leff est aussi obsessionnelle qu'un troll sur les réseaux sociaux...

Comme une poignée, hélas trop mince, de journalistes américains trollèrent les nazis jusqu'au bout, sans jamais lâcher.

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Embarrassé, Lanzmann ne sait trop comment poser la question suivante : « Quand on était à Washington, pouvait-on se représenter les camps, Auschwitz, ou Treblinka ? »

Karski réfléchit longuement. « Probablement pas. C’était sans précèdent. Notre cerveau ne peut opérer que dans certaines limites. » (page 391)

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Videos de Daniel Schneidermann (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Daniel Schneidermann
Discussion animée, animée par Judith Bernard et Daniel Schneidermann, 17 juin 2010
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