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EAN : 9782213603988
140 pages
Fayard (05/05/1999)
3.56/5   8 notes
Résumé :
Quelle différence entre les journalistes accusés de mettre sans cesse sous le feu de l'actualité les problèmes de banlieue et d'attiser le racisme, et les sociologues, Bourdieu en tête, Serge Halimi ou Noam Chomsky, qui stigmatisent quelques éditorialistes vedettes en agitant leurs salaires mirobolants ? Peut-on montrer du doigt la connivence médiatico-politique, les pratiques de clientélisme, de censure et de manipulation des informations des journalistes pour dope... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Cette réponse en bonne et due forme à Bourdieu par Daniel Schneidermann, ancien journaliste au Monde et à Libération et fondateur de l'émission Arrêts sur image, complète à merveille la lecture de Sur la télévision. Dans cet écrit, le journaliste développe, en se fondant sur des exemples précis, tout un argumentaire à l'encontre de Bourdieu.

Avant toute chose, Schneidermann tient toutefois à souligner certains points fondamentaux sur lesquels il s'accorde avec le sociologue. Il revendique ainsi l'utilité d'une critique des médias en faveur du vrai et pour que ces derniers évoluent dans le bon sens du terme. Il reconnaît aussi que la contrainte temporelle de l'urgence pousse les rédacteurs à simplifier les choses, mais affirme en même temps que c'est l'essence même du journalisme que de simplifier.

En termes de divergences, l'énumération devient de suite plus longue. Schneidermann considère en premier lieu que Bourdieu ne fait pas une critique des médias, mais un "lynchage gratuit et généralisé" de ces derniers. le journaliste critique alors l'opposition binaire de Bourdieu, qui distingue des "bons" et des "mauvais journalistes" alors que lui-même critique le système binaire de la rédaction journalistique. Dans la même logique, il dénonce une autre binarité bourdieusienne: celle des médias traditionnels (caractérisés par la pensée unique, l'audimat, et la concurrence) et celle des médias alternatifs. Enfin, il considère que le livre de Bourdieu tombe en fait dans les écueils qu'il dénonce. C'est-à-dire que son exposé est le résultat d'une vulgarisation, est accessible à tous, établit des oppositions binaires et a été médiatisé par la télévision et les médias traditionnels.

Cette habilité argumentative est intéressante car non dénuée de sens mais manque malheureusement de répondre avec précision aux critiques de Bourdieu. Certes, le sociologue semble faire ce qu'il dénonce, mais cela enlève-t-il pour autant de la pertinence à son analyse ? Plutôt que d'attaquer Bourdieu en retour, une déconstruction précise et complète de son argumentation aurait été ainsi plus efficace. Pourquoi simplification ne rime pas avec fausseté ? Dans quelles mesures la télévision influence-t-elle vraiment des citoyens qui sont aussi aujourd'hui des internautes (et donc consommateurs de plusieurs médias à la fois) ? Quels sont les exemples journalistiques à suivre (car il y en a) ? Autant de questions sans réponses précises qui auraient pourtant aider à contredire Bourdieu.

Reste que lorsque Schneidermann évoque l'émission d'Arrêts sur image réalisée avec le penseur en invité, il nous permet de mieux comprendre le contexte de Sur la télévision. En novembre et décembre 1995, la grève des fonctionnaires contre le plan de réforme de la protection sociale d'Alain Juppé fait rage. Bourdieu accepte alors l'invitation pour participer à Arrêts sur images. Il répète cependant qu'il ne pourra pas dire grand-chose dans les conditions où il va parler. Il s'avère finalement qu'il a le temps de parler durant l'émission, se fait contredire à plusieurs reprises (sur le fait que Cavada n'utiliserait pas le nom du chef gréviste SNCF lorsqu'il le questionne par exemple, ce qui est faux après visionnage) et perd son temps à répéter qu'il manque de temps pour parler !

Quelques semaines plus tard, le sociologue publie un article dans le Monde, dans lequel il insinue que Schneidermann aurait tenté d'éviter la mise en cause de Cavada pendant l'émission en raison de son statut de président de la chaîne, ce qui est très contestable.

Le portrait de Bourdieu n'est alors pas très glorieux dans ce livre puisqu'il apparaît comme un personnage frustré et aveugle sinon de mauvaise foi face à ses propres contradictions. Le petit livre Sur la télévision semble même être le résultat de cette frustration, qui, semble-t-il, aurait été rédigé en réponse à l'émission, quand bien même elle n'est jamais citée.

En résumé, Schneidermann se veut iconoclaste en critiquant Bourdieu mais nous donne par là même à penser, à douter de l'analyse du sociologue tout autant que la sociologue nous invite à douter des médias. Cette double-lecture, véritable partie de ping-pong, est donc intellectuellement très enrichissante.
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Daniel Schneidermann, ancien journaliste au Monde et présentateur de l'émission méta-journalistique Arrêt sur images, s'adresse à Pierre Bourdieu : oui, vous avez raison quand vous dénoncez les ennemis du journalisme, lesquels sont « Urgence, Simplification, Suivisme, Présupposés non explicités, Pensée unique, Audimat et Sensationnalisme, Connivence, Cynisme, Autocensure. » Mais…

Par le biais d'exemples (la couverture médiatique de la mort de la princesse Diana, des banlieues, de l'affaire Mazarine Pingeot), il reprend une à une les attaques du sociologue quasi incontesté du Collège de France. Il atteste des vérités que l'éminent sociologue pointe, tout en justifiant et nuançant certains faits. Et soucieux de préserver l'objectivité de son travail, il remet également en cause la démarche sociologique de Bourdieu, qu'il estime pauvre en preuves et en débats avec contradicteurs.

« le journalisme de masse est un champ de ruines. Sa crédibilité est saccagée. Sous le vernis du 20 heures affleure en permanence l'évidence du divertissement. »

Ce petit ouvrage reprend les fondements du métier de journaliste : comment définit-on le bon journalisme ? Comment choisir entre information rapide et information précise ? « Est-il préférable de publier le lendemain un article amputé ou bien d'attendre le surlendemain pour offrir un compte rendu complet ? » Quelle importance donner au fait divers ? Comment couvrir un événement en peu de mots/temps sans trahir les faits ? Faut-il simplifier au risque de tromper le lecteur/spectateur ?

La suite de la critique sur mon blog :
http://www.bibliolingus.fr/du-journalisme-apres-bourdieu-daniel-schneidermann-a80136700
Lien : http://www.bibliolingus.fr/d..
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Depuis quelques années, le système a inventé la plus prodigieuse machine à effacer les scandales de l’ère moderne : elle s’appelle Canal+. Des guignols à « Nulle Part ailleurs », en passant par « Le Vrai Journal » de Karl Zéro, Canal+ censure chaque jour, chaque semaine, à ciel ouvert, sous les rires et les applaudissements. La chaîne cryptée ne censure pas par le silence. Elle censure par la pratique jubilatoire du confusionnisme, en nivelant le grave et l’anodin, l’image tournée et l’image truquée, en installant à la même table la journaliste et la présentatrice météo, en faisant applaudir par un public de collégiens les colères comme les chansons, en dissolvant les larmes dans le ricanement, en faisant se tutoyer le journaliste et le ministre.
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Toute saga économique ou diplomatique, toute crise internationale, tout conflit social, tout fait divers […] comporte toujours des éléments que les journalistes sont tentés de gommer ou d’atténuer parce qu’ils leur paraissent nuire à la « lisibilité » de l’affaire qu’ils relatent.
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À la base de toute vocation de journaliste, se trouve un certain renoncement à l’affirmation de soi. Être journaliste, c’est-à-dire observateur, c’est d’abord accepter de s’effacer.
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Videos de Daniel Schneidermann (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Daniel Schneidermann
Discussion animée, animée par Judith Bernard et Daniel Schneidermann, 17 juin 2010
Dans la catégorie : Moyens de communicationVoir plus
>Interaction sociale>Communication>Moyens de communication (84)
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