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EAN : 9782070762293
252 pages
Éditeur : Gallimard (16/05/2001)
4.01/5   35 notes
Résumé :
" Trébuchant dans la paille et dans les détritus, je continuais à errer de wagon en wagon.
Les portes ouvertes des compartiments oscillaient sans arrêt. Pas un seul voyageur. Enfin, je rencontrai un contrôleur dans son uniforme noir. Il s'enroulait un gros foulard autour du cou et emballait ses affaires, sa lanterne, son registre. "On arrive, monsieur !" dit-il après m'avoir regardé de ses yeux complètement décolorés. Le train ralentit peu à peu sans faire de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Bobby_The_Rasta_Lama
  08 janvier 2021
"Le temps est disloqué. Ô destin maudit,
pourquoi suis-je né pour le remettre en place !
Allons, venez, partons ensemble."
(W. Shakespeare, "Hamlet")
Allons-y donc, mais doucement...
Et faites attention en ouvrant le livre de Schulz dans un endroit public, car il est quelque peu explosif.
Pendant la lecture, je me sentais comme si j'étais devant un tableau géant et animé de Jérôme Bosch, en me perdant et me retrouvant à nouveau dans l'explosion d'images et de formes. Schulz a juste remplacé les traits de pinceau par des mots. Il peint dans l'air.
Il assemble les mots d'autrefois avec des mots que vous devez chercher dans un dictionnaire, puis avec d'autres mots... au point qu'on se demande s'il est seulement possible d'oser pareils collages, et pourquoi cela sonne aussi bien.
"Le Sanatorium au croque-mort" (1937) sont des orgies - mentales, visuelles et verbales. Un carnaval de mots libérés de toutes entraves qui dansent comme ça leur chante, sans demander l'avis de personne.
Il n'est pas étonnant que Bruno Schulz demeure un de ces auteurs dits "inclassables".
Né en 1892 en Galicie, qui faisait alors partie de l'Empire austro-hongrois, Schulz est issu de la culture juive, mais contrairement aux récits de Singer, Buber, ou aux peintures de Chagall, on ne trouve pas dans ses récits la notion lyrique du judaïsme patriarcal d'Europe de l'Est. Schulz la conteste par des images ambiguës, souvent ironiques, et pleines de scepticisme moderne. Peut-être que ses études aux Beaux-Arts de Vienne y sont pour quelque chose. D'ailleurs, c'est un excellent dessinateur. Dans ses nouvelles, il ne décrit pas une expérience juive, mais la sienne propre, comme s'il avait fait un pas en dehors de son shtetl natal, puis l'avait observé par-dessus son épaule. Il écrit en polonais, et même l'impitoyable Witold Gombrowicz, qui juge très sévèrement toute la littérature polonaise après la Grande Guerre, le considère comme "écrivain d'une toute autre sorte, d'un degré supérieur".
L'histoire juive n'est pas marquée seulement par des camps de concentration et d'extermination : Bruno Schulz est mort lors d'une des nombreuses razzias anti-juives spontanées, dans sa bourgade de Drohobycz. En même temps que finissait l'ancien monde de toute la communauté juive de l'Europe de l'Est, ces deux balles dans la nuque ont mis fin à un autre monde remarquable, sorti de l'imagination et des souvenirs de Schulz. Quant au "temps disloqué"...
... le narrateur nommé Joseph arrive dans un étrange sanatorium "au milieu des bois obscurs", pour rendre visite à son père, mort il y a longtemps. Mais tout est transposé dans un autre espace-temps, et son père y est toujours vivant, dans la limite des "situations conditionnées", comme le laisse entendre le docteur Gotard. Chaque moment, chaque porte ouverte va aboutir à une nouvelle réalité (réalité ?) dans un temps déjà reculé : Joseph-enfant, émerveillé, regarde son père encore jeune souffler des bulles de savon, pour se retrouver ensuite au chevet d'un mourant. Mais personne ne peut mourir, dans cet endroit. Cette intemporalité est aussi épaisse et stagnante que l'eau dans une mare, et elle a quelque chose de pesant et d'étouffant. La vie dans le sanatorium n'a aucune finalité, et même si la mémoire revient vers des choses plaisantes, vers "ce qui était" ou "aurait pu être", on ne pourrait jamais avancer vers ce qui "va être". On se retrouve sur une sorte d'anneau de Möbius sans fin. Tout cela fait vaguement penser aux histoires d'immortalité de Borges, mais je me demande si au fond ce n'est pas encore pire. Les souvenirs qui ressurgissent, et se transforment, transforment...
Ce n'est ni tout à fait du réalisme magique, ni du surréalisme, et encore moins de la SF. Les connaisseurs parlent d'une sorte d'expressionnisme, et il y a peut-être un brin de chaque. Schulz a créé sa mythologie personnelle, en triant ses souvenirs d'enfance. Comme si sa mémoire était un cabinet de curiosités qui renferme des choses étranges, horreurs et miracles, et comme s'il tissait autour des lieux ordinaires une magie exotique, pleine de lourde mélancolie, ancrée encore dans l'époque du vieil Empire.
Je n'arrive pas à décrire mes impressions de cette lecture; tantôt je me délectais, tantôt j'avais l'impression que tout m'échappe.
4/5; je crois que mon cerveau n'est pas tout à fait capable d'entrer entièrement dans la ronde endiablée des proses de Schulz, mais essayez le vôtre, c'est un auteur à découvrir !
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Sachenka
  15 juillet 2018
Le sanatorium au croque-mort, c'est la suite des mémoires d'enfance que Bruno Schulz avait commencé à coucher sur papier dans Les boutiques de cannelle. J'écris souvenirs d'enfance, mais le narrateur devait être rendu à l'adolescence, non ? J'ai trouvé cet élément et les autres indices temporels un peu flous, à moins que je ne les aie manqués. Et pareillement pour la chronologie, qui semble plus linéaire mais qui donne une impression de distance, comme si les émotions qui émanaient du narrateur lui venaient après-coup. Mais, cela, ce n'est pas grave grave du tout. En fait, s'y attarder serait passer à côté de l'essentiel : ce qui compte, c'est cette envolée de souvenirs arrachés à l'enfance et traduit poétiquement.
Beaucoup de ces souvenirs rappellent des épisodes variés, abordant à des thèmes tout aussi variés dont la logique m'échappait parfois. En effet, certains relatant des simples anecdotes alors que d'autres, des évènements ayant eu un impact majeur sur la vie du narrateur et celle de sa famille. Par exemple, au début, le narrateur se cherche encore. C'est un jeune homme curieux de nature doublé d'une âme sensible, mais, comme tous les garçons de osn âge, il a hâte aux vacances et à la liberté. Jusqu'à ce qu'il tombe sur un album de timbres-poste, une sorte de petite madeleine. À partir de là, un monde s'ouvre à lui (c'est fou comment ça peut faire voyager, une Tasmanie rose ou un un portrait d'Alexandre le Macédonien suivi d'un alphabet étrange). C'était un peu mélangeant par moment, suivre les détours et les contours de sa nouvelle érudition, et faire la part des choses quand son imagination s'emballait. Sa créativité est originale mais parfois insaisissable, comme celle de son père. Et c'est compréhensible et effrayant quand on connaît la suite de l'histoire.
Effectivement, si les premiers souvenirs de Bruno Schulz racontaient une existence bourgeoise relativement paisible, les suivantes prennent une tournure dramatique quand la santé mentale du patriarche (déjà annoncée dans le premier recueil de nouvelles) décline rapidement. Ce garçon doit s'occuper de son père et le conduire à un sanatorium. Il reste avec lui un certain temps et est témoin de ses crises. Quelle expérience terrible pour un jeune homme qui voyait en son géniteur un Dieu tout-puissant. C'est la partie que j'ai le plus aimé, elle montre le côté humain du garçon, réconfortant mais tout aussi en détresse. Sa sensibilité est mise à rude épreuve et la folie le guette également… du moins, les cauchemars.
Les dernières nouvelles du recueil laissent une impression de fin de règne nostalgique parfaite, à l'image de l'éclatement de l'Autriche-Hongrie. le narrateur comprend que son père ne récupèrera pas sitôt, s'il le fait jamais. Puisque son ambition n'a jamais été celle de poursuivre la tradition familiale et de s'occuper de la boutique de draps, il liquide l'inventaire. Même les domestiques les quittent, la fidèle Adèle s'embarque pour les Etats-Unis. C'est la fin d'une époque. Snif, snif.
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marsenavril
  21 mai 2013
quel choc, ce type, en écho au film La Clepsydre, une logorrhée d'images justes et profondes, c'est le coeur de son âme qu'il fouille avec fureur et talent. C'est ce que j'appelle faire rendre gorge aux moindres soupirs, nuances, circonvolutions d'une émotion ou d'une impression, c'est d'une vitalité juvénile, le torrent créatif d'une âme sensible, nuancée, exposée à des (palpitations). Ce sont les mouvements de l'âme, au lieu qu'ils soient soupçonnés, devinés, entrevus, Schulz s'en empare, les exprime, les explore. Il y a une foi juvénile en la valeur des élans de son imagination, il s'en empare et il tient le fil, tient le coup, garde le cap en s'enfonçant dans ses méandres et métaphores.
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Zora-la-Rousse
  14 mars 2017
J'ai mis le temps, j'ai pris le temps.
Il me fallait goûter chaque phrase, chaque mot. Il me fallait apprécier les couleurs déployées en une palette infinie de nuances. Il me fallait tendre l'oreille aux notes harmonieuses et discrètes.
Ces nouvelles sont emplies d'étrangeté, à la fois structurées et déconstruites. Nourris par une imagination débordante, enfantine presque, ces écrits m'ont parfois dépassé dans leur surréalisme.
Telle une beauté froide, indéniablement remarquable mais trop souvent inaccessible...
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dourvach
  30 mars 2014
Simplement inviter ici nos (fervents) lecteurs de Bruno Schulz à découvrir les magnifiques, nombreuses photographies de plateau du film "la Clepsydre" de Wojciech J. Has (1973), rassemblées pour composer un très vaste article en date du 26 FÉVRIER 2011, que j'avais intitulé : "Le Sanatorium sous la Clepsydre" ou le monde pictural du cinéaste Wojciech Jerzy Has"...
Il se trouve toujours sur mon site "Regards Féériques " (voir le lien ci-dessous) : la recherche en sera facilitée en cliquant colonne de gauche du site, "Catégories" = "Bruno SCHULZ".
Le DVD du chef d'oeuvre de W.-J. HAS est toujours commercialisé par l'éditeur "Malavida", ayant édité l'intégrale des 17 films de cet artiste qui est l'égal d'Andrzej WAJDA.
Pour rester honnête avec vous, "Le noeud coulant" (1957), "les adieux" (1958), "Manuscrit trouvé à Saragosse" (1964), "La Poupée" (1968), "La Clepsydre" (1973) et "Une histoire banale" (1982) (*) sont parmi les plus beaux dans sa filmographie... L'auteur, disparu en 2000, avait déjà une formation de peintre en commençant ses études à l'Ecole de cinéma de Lodz...
Amitiés schulziennes !
(*) Invitation là encore à découvrir mon (également grand) article à propos d' "Une histoire banale" : ce film ultérieur de HAS, toujours si merveilleusement mélancolique, adaptation poignante de la pièce de Tchekhov. Article figurant en hors-Champ sur le site "critikat" qu'on rejoint par ce lien : www.critikat.com/panorama/hors-champ/une-histoire-banale.html‎
Lien : http://www.regardsfeeriques...
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   11 mars 2015
Il y avait des orgues de Barbarie, vrais miracles de la technique, pleins de flûtes, de gosiers et de pipeaux cachés à l'intérieur, de tuyaux qui chantaient de doux trilles, nids de rossignols sanglotants, trésor inestimable pour les invalides, source de revenus pour les infirmes, indispensables en général dans toute maison où l'on aimait la musique. On voyait ces orgues de Barbarie, joliment décorés de peintures, voyageant sur le dos de petits vieux ternes aux visages rongés par la vie, flous, tissés de toiles d'araignée, aux yeux larmoyants, immobiles, qui s'écoulaient lentement, visages dont la vie s'était épuisée, aussi décolorés et innocents que l'écorce des arbres craquelée par les intempéries, et comme elle insensibles à tout sauf à la pluie et au ciel. (p 16 Edition Gallimard l'Imaginaire)
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Bobby_The_Rasta_LamaBobby_The_Rasta_Lama   06 janvier 2021
Mon père est-il assis au restaurant, y cédant à une goinfrerie malsaine, ou couché dans sa chambre, dans laquelle une grave maladie le retient ? Ou y a-t-il deux pères ? Il n’en est rien. La cause de tout est cette rapide dislocation du temps qui n’est plus sévèrement surveillé. […] Je sens de plus en plus nettement l’incompatibilité de nos temps individuels. Le temps de mon père et le mien ne coïncident plus.
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EmylitEmylit   29 avril 2016
"Ce sont des dessins formidables", disait-il en les éloignant de ses yeux d'un geste de connaisseur. Son visage s'éclairait du reflet des couleurs et des lumières. Parfois, il portait une main à demi fermée devant son oeil et regardait par cette lunette improvisée, les traits tirés par une grimace solennelle.
"On pourrait dire que le monde, lézard merveilleux, est passé par tes mains pour se renouveler, muer, changer de peau. Ah, penses-tu que j'aurais volé et commis mille folies si le monde n'avait pas été aussi usé, déclinant, si les choses n'avaient pas perdu leur dorure, reflet lointain des mains de Dieu ? Que peut-on entreprendre dans un monde pareil ? Comment ne pas douter, ne pas perdre courage quand tout est fermé à double tour, le sens muré à l'intérieur, et que tu frappes toujours contre des briques comme contre le mur d'une prison ?
Ah, Joseph, tu aurais dû naître plus tôt."
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dourvachdourvach   30 mars 2014
Le Livre... Jadis, au petit matin de mon enfance, à la première aube de ma vie, sa douce lumière éclairait l'horizon. Il reposait glorieux sur le bureau de mon père qui, plongé en lui, frottait en silence, patiemment, d'un doigt huméctéde salive le dos des feuillets jusqu'à ce que le papier aveugle s'embrumât, se brouillât, réveillât le troublant pressentiment. Soudain, le papier tombait en miettes, dévoilant un bord ocellé, et mon regard défaillant glissait dans le monde vierge des couleurs divines, dans l'humidité merveilleuse de couleurs limpides. Ô écailles brusquement tombées des yeux, ô invasion de clarté, ô doux printemps, ô père...
Parfois mon père se détachait du Livre et s'éloignait. Je restais seul, alors le vent traversait les pages et les images se levaient.
Et quand je le feuilletais, un frisson parcourait les colonnes du texte, laissant s'échapper d'entre les lettres des vols d'hirondelles et d'alouettes. Une page après l'autre s'envolait ainsi, s'éparpillant, se fondant doucement dans le paysage qu'elles imprégnaient de couleurs. Parfois le Livre dormait et le vent soufflait sur lui doucement comme sur une rose à cent pétales, ouvrant la corolle, ouvrant une à une les paupières, écartant un à un les pétales de velours, aeugles et endormis, qui dans leur noyau cachaient la graine d'azur, la moelle chatoyante, le nid piaillant de colibris.

(Bruno SCHULZ, "Le Livre", premier texte du recueil "Le sanatorium au croque-mort" ("Sanatorium pod Klepsydra", 1937) - traduit par Thérèse Douchy, éditions Denoël, 1974, pages 7-8)
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SachenkaSachenka   14 juillet 2018
Il m'est difficile de surmonter la réticence que j'éprouve à raconter le fait inconcevable que tout mon être refuse à admettre. Encore aujourd'hui je n'arrive pas à comprendre que nous en ayons été les auteurs entièrement conscients. Dans cet éclairage, l'événement acquiert les tristes traits d'une étrange fatalité. Car la fatalité n'évite pas notre conscience et notre volonté, elle les intègre dans son mécanisme, de sorte que nous acceptons comme dans un sommeil léthargique des choses qui, dans des conditions normales, nous feraient frémir.
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Video de Bruno Schulz (2) Voir plusAjouter une vidéo

[Bruno Schulz : Oeuvres complètes]
Olivier BARROT est au musée d'art et d'histoire du judaïsme à Paris pour parler des "Oeuvres complètes" de Bruno SCHULZ. La présentation est illustrée par des photos de Bruno SCHULTZ et des gravures de l'époque. Patrice CHEREAU lit "Le printemps", texte de cet auteur.
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