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ISBN : 2757871846
Éditeur : Points (11/10/2018)

Note moyenne : 3.48/5 (sur 66 notes)
Résumé :
« J’avais un nom de juif et une tête d’Arabe mais en fait j’étais normal. » Voici François Feldman, originaire de la cité des Buers à Lyon, plus tout à fait un gars des quartiers mais n’ayant jamais réussi non plus à se faire adopter des Lyonnais de souche, dont il ne partage ni les valeurs ni le compte épargne. Il est entre deux mondes, et ça le rend philosophe. Juliane, elle, c’est sa banquière. BCBG, rigide et totalement dénuée de sens de l’humour, lassée de renf... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
Sebthos
  26 novembre 2018
« Je lui ai dit que j'avais un nom de juif et une tête d'Arabe mais qu'en fait j'étais normal », « Je m'appelle François Feldman, comme l'aut'con. Mais je suis pas chanteur. »
Avec Jacky Schwartzman, pas question de faire dans la dentelle (« c'est pour les tapettes »). Et on n'est pas prêt de se laisser bercer par "Les Valses de Vienne", François il serait plutôt du genre NTM : le titre du livre étant aussi une chanson dudit groupe.
François Feldman, le personnage principal, vient du quartier des Buers, à Villeurbanne, dans la banlieue lyonnaise. À 39 ans, il a ouvert une boutique de t-shirts détournants des citations, réelles ou imaginées, dans le but de créer une situation comique. Il veut se sortir des magouilles de la cité et devenir « enfin un Français. Un vrai. ».
« Bonjour, c'est bien ici Charlie Hebdo ? », signé Chérif Kouachi, est sa dernière création. Mais, apparemment son humour macabre ne passe pas dans le centre-ville. Ça ne marche pas. Son humour des banlieues n'arrive pas à passer le Rhône.
« Ce genre de vannes, aux Buers, ça faisait marrer tout le monde. Mais dans la presqu'île, pas du tout, et à la Banque populaire encore moins. »
Car évidemment, sa petite entreprise connaissant la crise, il a maille à partir avec les agences de prêts financiers, notamment sa conseillère, « la Bacardi », Juliane de son prénom. À travers son mépris, il se verra telle qu'elle le considère, avec la condescendance que lui impose son poste : un « teubé » vulgaire et ignare.
C'est pourtant avec elle, une fois qu'elle se sera mise toute seule dans « une merde apocalyptique » qu'il partira dans une fuite effrénée à travers les rues de la ville lumière, tentant d'échapper autant à la flicaille qu'aux petites frappes de la cité.
Même si son aide est au départ intéressée, c'est un véritable duo de choc qui va se former sous nos yeux de lecteur, pour leur survie, mais aussi pour notre propre bonheur.
Sur un rythmé enlevé, allié à un humour décapant, nous voilà embarqué dans une course poursuite délirante à laquelle il est difficile de résister. Mêmes les petites incohérences scénaristiques sont vite oubliées, dépassés que nous sommes par la verve et style inimitable du bonhomme.
Entre un humour mordant à la Desproges, et une ironie sociale qui fait penser à Iain Levison, si Jacky Schwartzmann ne fait pas dans la demi-mesure (« c'est pour les pédés »), c'est au contraire pour nous offrir une écriture fine et maline.
Le mépris des nantis, la décolonisation, les cités-ghettos ou la peur du déclassement, tout y passe.
Intelligent, vif, et drôle, je ne me souviens pas m'être autant marré en lisant un roman !
À condition d'apprécier le deuxième, voire le troisième degré, les fous rires sont garantis.
Un roman social noir, à l'humour... noir, forcément, qui ne pourra vous laisser indifférent.
« C'est quand même un joyeux bordel la vie » ;-)
Lu en novembre 2018.
Et spécial dédicace à Renod, grâce à qui, par sa chronique, j'ai découvert ce livre et cet auteur. Donc, merci à lui ! ;-)
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Antyryia
  28 mai 2018

En principe, je suis censé rencontrer ma conseillère financière une fois par an.
Etrangement, tant que j'avais deux crédits en cours auprès de la Banque Postale ( pour ne pas la citer ), je suis resté plusieurs années sans avoir de ses nouvelles.
Depuis que je n'ai plus aucune dettes en revanche ... les propositions de rendez-vous se multiplient.
Pour me faire ouvrir une assurance-vie, un nouveau contrat d'épargne, ou n'importe quoi d'autre maintenant que je suis redevenu solvable ?
Parce que je ne suis pas un client intéressant si je n'ai ni emprunt, ni agios, ni frais d'avis à tiers détenteur ?
Je l'ignore, puisque je ne l'ai jamais revue.
"Les découverts des français représentent environ sept milliards d'euros. Ils correspondent à des prêts à court terme qui se situent entre huit et seize pour cent, ce qui revient à une sodomie."
Depuis son roman Bad trip qui dénonçait déjà l'ironie du mot "Populaire" dans la banque éponyme, Jacky Schwartmann revient à la charge. Selon lui, les agences bancaires sont à l'origine d'un racket élaboré, légal, qui rapporte davantage que n'importe quelle activité liée au grand banditisme.
Pour autant, François Feldman a à nouveau besoin de sa banquière.
♫ Maintenant que deviennent / Que deviennent les valses de Vienne ? / Et les volets qui grincent / D'un château de Province ? ♫
Alors non, rien à voir avec le chanteur. Ce François là est juste un homonyme, un Français qui a grandi dans la banlieue de Villeurbanne et dont le physique rappelle davantage celui du juif ou de l'arabe.
"Pour résumer, depuis que je suis gosse, on m'appelle soit le Juif, soit le Rebeu blanc."
Il faut s'adapter à notre monde en perpétuelle mutation, et c'est pour ça par exemple que les métiers de services au troisième âge se développent de plus en plus. Mais les entrepreneurs rivalisent de plus en plus d'idées et d'ingéniosité en proposant l'entretien des sépultures de nos proches, la sculpture sur légumes ou encore l'entretien d'aquariums ...
François Feldman s'adapte lui aussi à la présence de ces nombreux Arabes qui déplorent de devoir enterrer leurs défunts en France plutôt qu'au pays. Et il se propose donc d'importer de la terre d'Algérie afin que les familles puissent faire leur deuil plus facilement.
"Ce que je me proposais d'apporter aux Algériens de France, ils en voudraient tous."
La réaction de Juliane Bacardi, la fameuse conseillère financière, ne se fait pas attendre. Elle trouve l'idée d'un tel mauvais goût ...
"C'est une française ultra française, de bonne famille, bien élevée, le genre de meuf qui ne dit jamais par contre mais en revanche."
Devant le refus de Connasse Bacardi ( son petit surnom ), François pense à une solution alternative et se rend chez Saïd Belchia, son ami d'enfance, devenu aujourd'hui le caïd de la cité des Buers, dans les quartiers chauds de Villeurbanne, dont il contrôle le trafic de drogue.
"Cité de merde remplie de blaireaux et de mecs tordus et violents."
Quand, dans le même temps, Juliane écrasera malencontreusement un des lieutenants de Saïd au volant de son Audi, l'histoire s'accélèrera et prendra la forme d'une improbable course-poursuite entre ces jeunes de la cité qui crie vengeance d'un côté, la police d'un autre, et bien sûr la banquière et François, au mauvais endroit au mauvais moment, qui se retrouve bien malgré lui embarqué dans cette galère, en compagnie de cette femme complètement coincée.
Cette situation totalement loufoque est bien entendu un prétexte.
Un prétexte à une folle épopée pleine de rebondissements bien tirés par les cheveux, et à des gags qui parfois font mouche.
Un prétexte également pour rendre complices deux personnes que tout oppose : le faux Rebeu des cités pas forcément fûté et la femme bon chic bon genre, de droite, née avec une cuiller en argent dans la bouche.
"Je pense que nous sommes les Bonnie and Clyde les plus ringards de toute la création."
Enfin et surtout, un prétexte aux nombreux dialogues qui parsèment l'échappée de ce couple dépareillé.
Leur vision du monde qui s'oppose, les inégalités sociales, les Algériens de France, les jeunes des cités ...
Si je ne me trompe pas, le jeune Jacky Schwartzmann a grandi à la fois dans les cités et dans les quartiers bourgeois, et donne l'impression de nous restituer les deux différents sons de cloche qui ont bercé son enfance à propos notamment de la place des Maghrébins en France : Celui des préjugés et celui des banlieues.
Avec un humour corrosif, un peu à la façon de l'humoriste Jeremy Ferrari, il dit tout haut ce que certains pensent ou votent tout bas.
"Vous êtes Franco-Algérien mais vous dénigrez la France. Répondez juste à une question : Qu'est-ce que l'Algérie a fait pour vous, au quotidien ? Je veux dire, en termes d'allocations, d'aides, etc."
Le sujet des banlieues me met souvent mal à l'aise. Les médias nous imposent un point de vue socialement correct, surtout en ces temps troublés où les amalgames sont faciles.
Mais comment rester serein dans un train quand dans la banquette à côté de la votre se trouve un jeune musulman barbu, avec une mallette ? L'idée qu'il s'apprête à faire un baroud d'honneur en emportant le plus de méchants Français avec lui vous traverse forcément l'esprit, non ? Même si vous savez parfaitement que c'est un mauvais raisonnement.
Ayant vécu et travaillé dans le centre ville de Saint-Denis pendant quinze ans, l'une des villes les plus cosmopolites de France, c'est difficile de garder toute objectivité et d'avoir du recul.
Deux fois par semaine environ, j'empruntais la rue du Corbillon, où s'était réfugié le coordinateur des attentats de Paris du 13 novembre 2015.
Si bien que quand François Feldman, dont l'actuel métier est de vendre des t-shirts avec des citations d'homme célèbre, a l'idée d'un nouveau modèle qui se vendrait comme des petits pains dans les cités, ça m'a fait sourire très jaune. Parce qu'il n'est pas loin de la vérité.
"La citation c'est "Bonjour, c'est bien ici Charlie Hebdo ?". Et c'est signé Chérif Kouachi."
Pour faire le plus court possible, mes années dans le 93 ont été marquées par les petits trafics de drogue au su et au vu de tous à proximité de la gare. J'ai le souvenir de différents collègues agressés : L'une projetée violemment contre le sol tandis que le malfrat lui arrachait son collier du cou, l'autre à la main abîmée par une barre de fer parce qu'un gamin en vélo l'avait frappé pour pouvoir récupérer son téléphone portable. Parmi mes usagers, une pharmacienne avait été victime d'une attaque à main armée et avait perdu l'usage de ses jambes. J'ai reçu une fois un homme attaqué à la machette : On lui avait coupé une oreille et massacré le dos juste parce qu'il s'était interposé dans une bagarre de rue.
Donc cette colère existe bel et bien dans les cités, notamment chez les jeunes, et elle est accompagnée de violences parfois extrêmes, sans cible précise.
A contrario, il m'a été donné de rencontrer des personnes de tous les horizons géographiques particulièrement reconnaissantes et généreuses ( beaucoup plus qu'en province ), parfaitement intégrées malgré une culture un peu différente. Et ces français d'origine indienne, malienne, israëlienne ou marocaine, qui ont du le plus souvent batailler plus dur que les autres pour pouvoir apprendre notre langue et ouvrir leur entreprise, méritent le plus grand respect, la plus grande tolérance.
Jacky Schwartzmann égratigne quant à lui l'image de l'Arabe venu en France pour vivre des aides sociales, sans nier l'existence de ce phénomène qui a tendance a irriter parfois notre système de solidarité.
"Quand on décide d'évoluer en burka, on se doute bien que même le Lidl ne nous prendra pas comme caissière."
Mais il rappelle malicieusement que le véritable problème, c'est peut-être davantage le système de répartition des richesses, en faisant référence aux actionnaires et aux salaires démentiels de certains chefs d'entreprise.
Une aberration dont on détourne notre regard en pointant le doigt vers ces individus en marge de la société.
"On est parvenu à leur faire croire que s'ils ont dans la merde, ce n'est pas à cause de ceux qui ont tout le blé, non, c'est à cause de ceux qui n'en n'ont pas du tout."
Il y a un passage que j'ai beaucoup aimé également, par lequel je me suis senti directement concerné :
"Les gens disent Maghrébins parce que Arabe on croit que c'est une insulte. C'est comme quand on dit Black au lieu de Noir. C'est pas parce que c'est plus branché, c'est parce que c'est moins gros mot. C'est un mot light en fait, comme le coca."
Et en effet, je suis le premier à me reprendre parfois, que ce soit à l'écrit ou à l'oral, quand je dis Noir. Black me paraît plus passe-partout, plus cool, et en ces temps troubles où le moindre mot de travers peut entraîner des accusations infondées de discrimination, je ne suis même plus sûr du vocabulaire que je suis en droit d'utiliser ou pas ... et apparemment je ne suis pas le seul.
Le livre fourmille de petites piques, de préjugés ( s'il a grandi dans les cités, François doit bien être capable de faire démarrer une voiture avec les fils, non ? ) plus ou moins fondés, de clichés vrais ou faux.
Parfois on s'en amuse, parfois ça crée un léger malaise, mais au moins il n'y a aucune hypocrisie bien pensante ni surtout aucune volonté de rester politiquement correct. Et quand l'auteur dépasse un peu les bornes de l'acceptable, le second personnage est là pour exposer son point de vue opposé.
Deux personnes, deux cultures, deux regards pour avoir une vue d'ensemble parce que chacun demeure uniquement concentré sur son nombril sans faire l'effort de se mettre à la place de l'autre ou des personnes incriminées.
Et heureusement, les propos tenus ne sont pas toujours à prendre au pied de la lettre.
"Le second degré venait d'entrer dans sa vie et, visiblement, elle n'était pas contre."
Si l'humour mordant permet de faire réfléchir, d'élargir notre point de vue sur des sujets particulièrement sensibles tout en passant un bon moment, les scènes d'action sont quant à elles un peu téléphonées, prêtent parfois à sourire, mais tout va beaucoup trop vite.
J'ai globalement pris plaisir à la lecture de ce petit roman acide, je déplore cependant qu'il n'ait pas été plus consistant.
Son intrigue ne tient - certes volontairement - qu'avec quelques grosses ficelles et son ironie provocatrice ne fait que soulever légèrement le voile des préjugés et du racisme en France ( et ce des deux côtés de la barrière ), un pays où finalement on n'est pourtant pas si mal.
Je l'ai donc refermé avec un sentiment d'inachevé, tant dans le périple tumultueux ( et totalement absurde ) de nos deux protagonistes que dans les réflexions intéressantes qui auraient toutefois parfois nécessité d'être approfondies plutôt que de n'être que survolées avec ce ton corrosif.
Mais je vous le conseille cependant si vous pouvez rire de tout.
J'allais également signaler la curieuse absence d'un chapitre 13 ... Mais je constate que c'est également le cas dans le précédent roman de l'auteur. Mauvais coûts et Demain c'est loin passent tous les deux sans transition des chapitres 12 à 14.
Faut-il y voir une quelconque superstition de la part de l'auteur ?
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Renod
  14 octobre 2018
Les classes sociales coexistent sans jamais se mêler jusqu'au jour où le hasard provoque une rencontre explosive. C'est l'idée de départ de nombreuses comédies comme « La vie est un long fleuve tranquille » que l'on retrouve ici. D'un côté, François Feldman, « comme le chanteur », est un jeune de banlieue. Ne vous fiez pas à son patronyme et à sa tête, il n'est ni juif, ni maghrébin. De l'autre, Juliane, sa conseillère financière, fille unique d'une famille bourgeoise. François a créé une boutique de tee-shirts comiques qui rencontre des difficultés de trésorerie. Heureusement, il a un nouveau projet très lucratif en tête. Mais sans argent, rien n'est possible, alors direction la Banque Populaire pour un entretien avec Juliane. Tout oppose le jeune de cité et la cadre BCBG, le mauvais payeur et la banquière inflexible. Mais un événement tragique va les contraindre à prendre la fuite et à partager des aventures déjantées. Le récit est nerveux et le bandeau ne ment pas : la plume de Jacky Schartzmann est corrosive. Il touche à tous les types d'humour : la raillerie, le graveleux, le second degré mais aussi l'humour très noir. Mais le livre ne se limite pas à une farce moderne. Avec sa tchatche, François, le protagoniste, délivre des remarques mordantes sur notre société et le fameux « plafond de verre ». Un roman drôle, remuant, caustique, pertinent... Me voilà conquis.

;-) clin d'oeil à Mimeko qui m'a fait découvrir Jacky Schwartzmann (critique de "Mauvais coûts").
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colka
  11 juillet 2018
J'ai découvert Jacky Schwartzmann en lisant une critique fort alléchante d'un ami babeliote sur l'un de ses romans : Mauvais coûts. Mais mon choix s'est fixé sur : Demain, c'est loin, dont l'action se déroule à Lyon, ville qui m'est chère...
Mauvaise pioche ? Pas vraiment mais je n'ai pas non plus été conquise par ce polar dont j'attendais beaucoup plus, au vu des critiques élogieuses dont il faisait l'objet.
Le narrateur, François pour l'état civil, le Juif ou le Gros pour ses potes des Buers, banlieue lyonnaise où il a grandi et l'Arabe de service pour tous les autres, va se trouver entraîné, à la suite d'un enchaînement de faits tout à fait rocambolesques, dans une cavale échevelée en compagnie de sa banquière , Juliane Barcadi. Je me suis laissé embarquer moi aussi dans ce circuit d'un genre un peu particulier et que je ne recommande à aucun touriste lambda, sous peine de se retrouver en caleçon sur une aire d'autoroute ! J'ai beaucoup ri aussi à la lecture de certaines scènes à l'humour noir désopilant, comme celle où nos deux héros vont se débarrasser des "gros méchants" lancés à leur poursuite.
Mais j'ai moins accroché parfois à une certaine forme d'humour dans la veine de Charlie Hebdo, style que je n'apprécie pas toujours... Placer aussi trop de "putain" ou de "connasse" dans la bouche du héros principal ne lui donne plus de crédibilité et il est parfois, de façon trop visible le porte-paroles de l'auteur, lequel se livre par sa bouche à une analyse socio- politique trop simpliste, voire un peu simplette...
Pour conclure, je dirais que ce jeune auteur de polar a certainement un avenir prometteur dans ce genre de littérature policière mais il lui reste encore du chemin à parcourir avant d'atteindre le talent de certains auteurs américains.
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jeinus
  17 septembre 2017
En Août 2016, aux éditions La fosse aux ours, paraissait le roman de Jacky Schwartzmann, "Mauvais Coûts", une des petites bombes de l'année.
Drôle au point d'en avoir mal aux côtes par moment, caustique à souhait et sans aucune retenue grâce à un style brut de décoffrage, ce livre a provoqué chez moi un attachement immédiat à la plume acérée de Schwartzmann.
Ce nouveau roman, dont le titre est, je l'imagine, un hommage à la célèbre chanson du groupe IAM, lui le grand fan de NTM, conserve la même liberté de ton, le même humour désopilant, les mêmes réflexions pertinentes sur certains aspects sociétaux, et une fois encore, on ne s'ennuie pas, ça se déguste comme du petit lait.
L'auteur, Lyonnais pur jus, nous plonge au coeur de la cité des Gones, où François Feldman, originaire de la cité des Buers, où il ne vit plus, est désormais installé dans le centre Lyonnais.
Plus vraiment du quartier car trop "babtou" pour être respecté des squatteurs de halls, mais trop "rebeu" pour être considéré et respecté dans le centre Lyonnais, François peine grave à s'adapter.
Celui qu'à la cité on appelle "le juif" à cause de son nom, se définit de la manière suivante :"J'avais un nom de juif et une tête d'Arabe mais en fait j'étais normal."
Investit dans un business peu fructueux pour lui, à savoir la vente de t-shirt où des fausses phrases historiques sont floquées, telles que :"Mais puisque je vous dis que ça passe ! Capitaine du Titanic", il n'en est pas à ses premiers démêlés avec l'institution Bancaire.
Dans un ultime rendez-vous avant la faillite, il est confronté à sa banquière favorite, Juliane, qui lui est particulièrement antipathique, et qui lui fait pleinement ressentir leur différence de milieu social, elle lui apprend finalement que le prêt qu'il demande sera rejeté.
Seulement, un évènement va pour le moins redistribué les cartes que François possèdent dans sa main, il va sauver la mise à Juliane après un terrible accident qu'elle a provoqué.
S'en suit une course poursuite où ils devront échapper à la police et surtout aux caïds qui veulent leur faire la peau, et surtout tenter de mettre de côté tout les à priori qu'ils ont l'un envers l'autre.
Une lecture détonante, pas le temps de s'ennuyer, Jacky Schwartzmann a ce talent d'écrire pour le commun des mortels, dans un langage qui varie du familier parlé au langage soutenu.
Une connaissance poussée des petites gens, ceux qu'on voit pas, ceux qui en chie, ceux qu'en branle pas une aussi, pour celui qui a entre autre était éducateur, barman, libraire, on ressent une vraie culture populaire chez ce gars là, une vraie drôlerie aussi, et c'est ça qui fait tout le charme de son écriture.
Mention spéciale pour la très petite dose de sexe, alors qu'il existe une vraie histoire entre ces deux personnages, les moments sont suggérés, évoqués poétiquement, et ça je dois dire que je m'y attendais pas, comme quoi on peut réussir un bouquin sans cet ingrédient qu'on nous sert à toutes les sauces à longueur de journée.
#JackySchwartzmann #Demaincestloin #pasletempsdeniaiser #Macitévacraquer
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
SebthosSebthos   22 novembre 2018
Nous avons trouvé assez facilement la maison de Beynost, qui était au fond d'un lotissement de maisons toutes identiques. Dans les HLM il y a les mêmes apparts et là, visiblement, c'était pareil. En plus grand, avec un jardin et avec un garage, dans lequel on a vite rangé la voiture de police. Dans ce genre d'endroit les gens se connaissent et le moindre pet de travers ameute tout le voisinage, le front contre les carreaux de la cuisine. Les yeux torves, les yeux de gestapistes qui ne veulent de mal à personne, non, qui n'espionnent que pour protéger le territoire. J'étais un peu en mode parano, et stressé avec ça, j ai tout de suite senti dans l'air l'odeur de la droite. Des gens avec des revenus confortables, sans plus, sans ISF, pas totalement réactionnaires mais pas vraiment modernes non plus. Les bons Français, voilà, c'est là qu'ils sont, là qu'ils se retrouvent, là qu'ils se reproduisent. J'ai eu le sentiment d'être dans un parc animalier, dans le zoo de Saint-Martin-la-Plaine avec une seule espèce vivante domiciliée : la classe moyenne. Des gens avec une vie tiède, un bon vieux 12 sur 20 et « peut mieux faire », des gens qui ont peur des pauvres et qui sont impressionnés par les riches. Ils ne feraient pas de mal à une mouche mais ils ne balancent pas la pièce au manouche du feu rouge. Ils trouvent que les Balkany ne sont pas si mauvais que ça et que les socialistes sont trop honnêtes pour être honnêtes. Ils aimeraient bien qu'on offre une direction à la France sans se questionner sur le non-sens de leur propre vie. Plutôt inoffensifs, par ailleurs. On est parvenu à leur faire croire que s'ils sont dans la merde, ce n'est pas à cause de ceux qui ont tout le blé, non, c'est à cause de ceux
qui n'en ont pas du tout. Dingue ! Ils ont gobé ça tout cru. Ils gobent tout, de toute façon. Y en a jamais aucun qui s'est dit : Tiens, je vais aller péter la gueule à ce député, là, qui me prend pour un jambon depuis cinq mandats. Ou : Tiens, ce chef au bureau, qui me sourit en me demandant comment a été mon week-end, gagne cinq fois mon salaire. Leur ennemi a été désigné, il est sale, il vit dans les banlieues, et il est pauvre. Il se goinfre tellement d'allocs que ça gèle les salaires. C'est à cause de lui... Quoi ? . . . Les actionnaires ? Ah non, ça c'est pas pareil, ferme ta bouche et bouge de là. T'es pas content ? T'avais qu'à mieux bosser à l'école. Pis c'est pas de notre faute si tu t'es pas retrouvé dans la bonne couille.

Pages 135-136, Points, 2018.
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SebthosSebthos   21 novembre 2018
Comme ce matin-là, un samedi, dix heures. Juliane Bacardi, ma conseillère financière, voulait me voir. Le mot conseillère était en trop, dans l'intitulé de son poste. En tout cas pour moi. Le seul conseil qu'elle m'avait jamais donné c'était de fermer ma boutique et de trouver un vrai travail. Salope. Je pouvais pas la blairer. C'était une Française ultra Française, de bonne famille, bien élevée, le genre de meuf qui ne dit jamais par contre mais en revanche. Le genre de meuf qui, dans un bar, vous repère tout de suite et vous évite pour se blottir contre des Clément ou des Benoît, inoffensifs et pas drôles. Pas drôle non plus, la Juliane. Quand je l'ai rencontrée au tout début, pour lancer ma boutique, je l'ai joué mec enthousiaste et enjoué. Je lui ai dit que j'avais un nom de juif et une tête d'Arabe mais qu'en fait j'étais normal. Ce genre de vannes, aux Buers, ça faisait marrer tout le monde. Mais dans la presqu'île, pas du tout, et à la Banque Populaire encore moins.

Page 13, Points, 2018.
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SebthosSebthos   20 novembre 2018
Je m'appelle François Feldman, comme l'aut' con. Mais je suis pas chanteur. Et je suis pas juif. Depuis toujours quand je dis mon nom on me demande : « Comme le chanteur?» Quand je suis énervé je réponds : « Pis ta mère, tapette ? » Et quand je suis calme je dis que oui, c'est mon oncle. Là, les gens ne savent plus quoi dire et ils sourient bêtement. Ils sont écrasés par le poids de la célébrité et ils me regardent autrement. Sinon, on me demande souvent si je suis juif. « Feldman, Feldman... c'est juif, non ? » Quand je suis énervé je réponds : « Pis ta mère, tapette ? » Et quand je suis calme je dis que oui, je suis feuj. Gros silence. Les gens n'ont rien contre les juifs mais ils n'aiment pas être avec eux, ils ignorent ce qu'il faut dire ou ne surtout pas dire, ils sont comme des cons et c'est ça qu'ils n'aiment pas : être comme des cons.

Page 11, Points, 2018.
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PecosaPecosa   05 juillet 2018
Ensuite on a exploré le king size, comme des steaks dans une poêle on était; et d'un côté, et de l'autre, et je te retourne et tu cuis. Je me suis pris au jeu, j'étais excité à fond, je me disais même que j'aimerais bien revenir voir Brigitte de temps en temps quand, d'un coup, le tue-l'amour s'est produit. Brigitte s'est mise à quatre pattes pour que je la prenne en levrette et j'ai découvert qu'elle avait le visage de Johnny Hallyday tatoué dans le dos. En énorme. Un putain de poster, c'était. Mais bon, je n'étais pas là pour faire la fine bouche, je me suis exécuté et j'ai pris Brigitte par les hanches comme on prend un chariot à Carrefour. Je l'ai secouée, car c'était ce qu'elle voulait, mais ce bon vieux Johnny s'est mis à vivre, à bouger, sa bouche remuait sur la peau de Brigitte. Plus je la besognais, plus Johnny avait des trucs à me dire. Il disait: "Qu'est-ce que tu fous là, grand?"
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AntyryiaAntyryia   26 mai 2018
Imaginez la tête des gens dans la boutique d'à côté quand ils ont débarqué avec leur Kalachnikov en travers de la gueule en demandant si c'était bien ici, Charlie Hebdo. Celui qui a ouvert a dû se faire dessus et leur indiquer sans hésiter le bon numéro de la rue. Je me demande d'ailleurs ce que j'aurais fait, dans la même situation. Pas grand chose. Et tous ces gens qui, après coup, ont mis "JE SUIS CHARLIE" sur leur Facebook et brandi des pancartes "MEME PAS PEUR" dans leurs manifs de résistance ? Qu'auraient-ils fait ? Il auraient dit "Oui, c'est ici", préférant mourir pour la liberté d'expression de Cabu ? Je n'en suis pas certain.
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Vidéo de Jacky Schwartzmann
Festival Colères du Présent 2018. Rencontre avec : Jacky Schwartzmann
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