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EAN : 9782020301084
160 pages
Seuil (16/10/1996)
3.64/5   87 notes
Résumé :
De mère africaine - arrachée à son village de brousse par les trafiquants d'esclaves - et de père inconnu - quelque marin du bateau négrier voguant vers la Guadeloupe - elle n'est ni noire ni blanche, et même ses deux yeux sont de nuance différente. Enfant, on la surnommera « Deux-âmes ». Et finalement c'est sous le nom de « Solitude » qu'elle vivra à la Guadeloupe dans les familles de Blancs qui l'ont achetée, puis parmi les troupes de Noirs révoltés qu'elle rejoin... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
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Guadeloupe, 1802. Face à la menace de rétablissement de l'esclavage, aboli par la Convention en 1794, l'insurrection fait rage dans l'île. Un des chefs de la résistance, le libre de couleur Louis Delgrès se replie à Matouba. Acculé par les troupes de Richepance, il se fait sauter le 28 mai avec environ 300 hommes. Parmi les survivants capturés le lendemain se trouve Solitude. Enceinte, elle a participé comme de nombreuses femmes à tous les combats. Elle sera exécutée le lendemain de son accouchement, le 29 novembre, et son enfant sera esclave.
André Schwarz-Bart donne vie à cette figure féminine de la résistance dont on ne sait pas grand chose. de l'Afrique des griots au Passage du milieu, de la plantation du Carbet à l'habitation d'Anglemont, il fait de Solitude une "zombi-corne", fille de Bayangumay, de la tribu des Dioulas violée au cours d'une pariade sur un bateau négrier, bien décidée à rester libre et à combattre. La mulâtresse Solitude est un des rares romans qui montre l'impact de la révolution française en Guadeloupe à travers la destinée tragique d'une femme née esclave qui répondit au "cri de l'innocence et du désespoir" de Louis Delgrès.
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"Les nouveaux Maîtres l'estampèrent à l'épaule et la mirent au travail de la canne. [...] Il en alla ainsi pour les maîtres suivants, qui entendaient son rire et ouvraient leurs dix doigts ; et tous laissaient des initiales sur son corps, ..."

Ceci est le quotidien de bon nombre d'esclaves en Guadeloupe. Solitude, elle ne l'accepte pas et se révolte. Elle s'échappe d'abord dans sa tête puis choisit de rejoindre concrètement des contemporains qui se rebellent contre le rétablissement de l'esclavage par Napoléon.

La fin est malheureusement tragique et Solitude sera pendue. Restera néanmoins dans la mémoire collective l'idée qu'une cause juste, même condamnée n'est jamais vaine.

Nécessaire travail d'André Schwarz-Bart sur ce pan méconnu de l'histoire française. Dommage que la langue par endroits complexe, empêche de s'immerger dans le récit.
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Rosalie est la fille de Bayangumay venue d'Afrique de l'Ouest et transportée par bateau vers le Guadeloupe et d'un marin inconnu, née sous l'esclavage vers 1772.
Contrairement à sa mère qui travaille au champ, elle devra servir les Blancs.Mais c'est une révoltée!
Autour d'elle, quand l'esclavage est rétabli par Napoléon Bonaparte , les Noirs se révoltent et Rosalie appelée Solitude , enceinte, les rejoindra , se cachant dans les forêts de la Soufrière...

Belle écriture d'André Schwarz-Bart pour faire revivre cette mulâtresse qui résista avec les esclaves noirs en Guadeloupe!
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Pour accompagner le voyage à  la Guadeloupe, j'ai choisi La Mulâtresse Solitude - figure emblématique de la lutte contre l'esclavage - évoquée dans ce roman historique. 

Née vers 1772 - pendue le 19 novembre 1802.

Son histoire commence de l'autre côté de l'Atlantique avec celle de sa mère Bayangumay, en Casamance..

Bayangumay, violée sur le bateau négrier par un marin blanc,


Rosalie, qui se nommera plus tard Solitude est une métisse aux yeux vairons qui lui valent aussi le surnom "deux âmes". Petite fille, elle est offerte à la fille du maître de l'Habitation du Parc, à  Capesterre . Son sort est plutôt enviable tandis que sa mère s'enfuit malgré le sort amer qu'on inflige aux esclaves marrons 


Le livre raconte la vie dans les plantations à sucre. Vie des esclaves agricoles et de ceux qui servent dans la maison. Au delà de la biographie, c'est très intéressant. Rosalie qui  va prendre le nom de Solitude perd peu à peu la raison




"Selon une tradition orale, encore vivace à la Côte-sous-le-Vent, du côté des pitons de Deshaies, c'est vers l'âge
de onze ans que la petite fille de Bayangumay tourna en zombi-cornes. En ce temps-là, disent les vieux conteurs
créoles, 

[...]
Il y avait alors une grande variété d'Ombres dans les îles à sucre : nègres morts animés par magie, nègres vivants qui avaient chu dans un corps de bête, et d'autres, d'autres encore, dont l'âme était partie on ne savait où. Ces derniers portaient habituellement le nom de zombi-cornes.

[...]
les zombi-cornes étaient tout simplement des personnes que leur âme avait abandonnées ; ils demeuraient vivants, mais l'âme n'y était plus.

Et puis, survient la Révolution, tout d'abord la Révolution libératrice et c'est un des aspects les plus intéressants du livre. 

"Le 7 mai 1795, les troupes de la Convention débarquaient en Grande-Terre de Guadeloupe où elles répandaient le décret d'abolition de l'esclavage ; et le 12 mai suivant, grossies par les esclaves rencontrés en chemin, elles faisaient leur entrée dans les faubourgs de la Pointe-à-Pitre. 


Libération des esclaves, mais aussi guillotine,

"la guillotine avait quitté la Pointe-à-Pitre, elle hantait maintenant les deux ailes de l'île, escaladait les mornes
les plus raides, les plus abandonnés, à la recherche de citoyens qui ne comprenaient pas leurs nouveaux devoirs. Nombre d'entre eux, fuyant la liberté, l'égalité et la fraternité, gagnaient l'obscurité profonde des bois,..."

En 1802, l'esclavage est rétabli, les derniers combats opposent les marrons retranchés dans les forêts et les collines. Solitude s'est jointe à eux. Elle est une des héroïnes de leur lutte désespérée.


Solitude fut exécutée le 29 novembre 1802.


Lien : https://netsdevoyages.car.bl..
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Il est dommage que la forme de ce roman gâche un peu le fond.
Alors que "La Mulâtresse Solitude" est une icône guadeloupéenne qui incarne la résistance contre l'esclavage, André Schwarz-Bart raconte l'histoire de cette femme des Caraïbes dans un style poétique voire onirique que je ne trouve pas adapté à la réalité cruelle de l'esclavage.
D'ailleurs, le livre commence comme dans un conte pour enfant : il était une fois...
Cela met à distance l'histoire qui devient une sorte de légende alors que ce n'est pas le cas.

La première partie du livre est consacrée à la mère africaine de celle qui aura plusieurs noms, les esclaves n'ayant d'identité qu'en fonction de l'appartenance à un maître : Solitude c'est aussi Rosalie ou Deux-âmes.
De l'actuel Sénégal elle sera vendue pour l'île française de la Guadeloupe ou elle donnera naissance à une petite mulâtresse vers 1772.
C'est dans la deuxième partie du livre qu'on verra grandir Solitude dans le contexte du système esclavagiste puis rejoindre les marrons qui se sont battus pour la défense des idées de liberté et d'égalité.

Si je n'ai pas aimé les métaphores utilisées par André Schwarz-Bart (l'homme aux boucles blondes pour le blanc ou à la face de nuit pour le noir) je trouve important d'honorer la mémoire de ceux dont le destin éclaire le présent et permet de faire histoire commune dans un monde où se côtoient tant de cultures et d'héritages différents.


Challenge Riquiqui 2023
Challenge Temps modernes 2023
Challenge XXème siècle 2023
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
À la naissance de Bayangumay, la grande ville des bords du fleuve, lieu d'ombre et de luxe, de tranquillité, portait encore le nom de Sigi qui signifie : Assieds-toi. Mais depuis qu'on y embarquait les esclaves, elle n'était plus connue que sous le nom de Sigi-Thyor : Assieds-toi et pleure. Et désormais, de proche en proche, des terres connues aux plus lointaines, qui vont au-delà du pays des Balantes, les peuples qui craignaient de devenir gibier se faisaient chasseurs, oubliant qu'une seule et même plaie s'ouvrait à leur flanc. (...) Une parole récente courait dans toute la région : Autrefois nous ne craignions que nos ennemis, aujourd'hui nous avons peur des amis et demain, nous lancerons la pique sur nos mères.
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Euphrosine dit alors : Ah, ah, plaît-il... ? Et comme les regards se tournaient vers elle, la bonne femme parut toute gênée, rentra le cou dans ses grasses épaules, et s'étonna naïvement de ces nègres en uniforme qui monteraient demain à l'assaut de leurs frères, les nègres nus ci-présents. Il y eut des sourires, et le Moudongue lui répondit, en un sarcasme froid, à peine teinté de déférence : Chère femme, peut-être à force de ronger leurs courroies ces grandes bêtes noires y ont-elles pris goût, peut-être... ? Et puis l'homme ricana, haussa les épaules, secoua un front plein de mélancolie, soudain frappé au coeur par la flèche même qui s'était glissée dans ses paroles ; et, retrouvant le poids ancien des chaînes, l'emprise de certains regards, plusieurs marrons baissèrent la tête en un soupir, songeant que la race était perdue pour l'éternité... race tombée, oh race tombée je vous dis...
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De vagues luminaires étaient suspendus à des poutres, et l'on se glissait hâtivement le long de galeries étroites, on rampait vers l'espace qui vous était imparti, on s'allongeait comme on pouvait dans l'ombre, dans l'inconnu. L'intérieur du vaisseau avait des dimensions insoupçonnables du dehors. Les contours imprécis se prolongeaient en des ciels nocturnes, en des collines et des arbres, en des bêtes. Bayangumay perçut le déclic qui fixait sa cheville à la longue barre transversale ; et déjà une ombre venait contre son corps, telle qu'elle-même s'était accolée à l'ombre qui la précédait.
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Car sa mère était indubitablement vieille, telle une vieille case branlante, avec sa peau fripée et ses plaques de moisissure grise au visage, ces touffes d’herbe rose sur le corps, un peu partout, comme à toutes celles qui n’ont pas su passer au travers du fouet. Il y avait aussi cette oreille manquante, qui l’obligeait à parler de biais, en mettant sa main en cornet, comme les vieilles d’entre les vieilles ; et le boitillement qui lui venait du tibia mal remis, dont une pointe perçait, encore, donnant à Man Bobette une démarche d’insecte abîmé, de mouche a laquelle on a enlevé une aile.
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Nombre de négresses d'eau douce se faisaient faire des enfants chapés, qui échapperaient à la couleur, à la vieille malédiction noire. Elles voyaient dans les événements un signe de Dieu, l'assurance qu'il pardonnait, était sur le point de sauver la race.
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