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EAN : 9782020301084
160 pages
Seuil (16/10/1996)
3.74/5   72 notes
Résumé :
De mère africaine - arrachée à son village de brousse par les trafiquants d'esclaves - et de père inconnu - quelque marin du bateau négrier voguant vers la Guadeloupe - elle n'est ni noire ni blanche, et même ses deux yeux sont de nuance différente. Enfant, on la surnommera « Deux-âmes ». Et finalement c'est sous le nom de « Solitude » qu'elle vivra à la Guadeloupe dans les familles de Blancs qui l'ont achetée, puis parmi les troupes de Noirs révoltés qu'elle rejoin... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
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Pecosa
  04 avril 2013
Guadeloupe, 1802. Face à la menace de rétablissement de l'esclavage, aboli par la Convention en 1794, l'insurrection fait rage dans l'île. Un des chefs de la résistance, le libre de couleur Louis Delgrès se replie à Matouba. Acculé par les troupes de Richepance, il se fait sauter le 28 mai avec environ 300 hommes. Parmi les survivants capturés le lendemain se trouve Solitude. Enceinte, elle a participé comme de nombreuses femmes à tous les combats. Elle sera exécutée le lendemain de son accouchement, le 29 novembre, et son enfant sera esclave.
André Schwarz-Bart donne vie à cette figure féminine de la résistance dont on ne sait pas grand chose. de l'Afrique des griots au Passage du milieu, de la plantation du Carbet à l'habitation d'Anglemont, il fait de Solitude une "zombi-corne", fille de Bayangumay, de la tribu des Dioulas violée au cours d'une pariade sur un bateau négrier, bien décidée à rester libre et à combattre. La mulâtresse Solitude est un des rares romans qui montre l'impact de la révolution française en Guadeloupe à travers la destinée tragique d'une femme née esclave qui répondit au "cri de l'innocence et du désespoir" de Louis Delgrès.
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TiboLexie
  18 novembre 2020
"Les nouveaux Maîtres l'estampèrent à l'épaule et la mirent au travail de la canne. [...] Il en alla ainsi pour les maîtres suivants, qui entendaient son rire et ouvraient leurs dix doigts ; et tous laissaient des initiales sur son corps, ..."
Ceci est le quotidien de bon nombre d'esclaves en Guadeloupe. Solitude, elle ne l'accepte pas et se révolte. Elle s'échappe d'abord dans sa tête puis choisit de rejoindre concrètement des contemporains qui se rebellent contre le rétablissement de l'esclavage par Napoléon.
La fin est malheureusement tragique et Solitude sera pendue. Restera néanmoins dans la mémoire collective l'idée qu'une cause juste, même condamnée n'est jamais vaine.
Nécessaire travail d'André Schwarz-Bart sur ce pan méconnu de l'histoire française. Dommage que la langue par endroits complexe, empêche de s'immerger dans le récit.
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Moan
  27 octobre 2013
Rosalie est la fille de Bayangumay venue d'Afrique de l'Ouest et transportée par bateau vers le Guadeloupe et d'un marin inconnu, née sous l'esclavage vers 1772.
Contrairement à sa mère qui travaille au champ, elle devra servir les Blancs.Mais c'est une révoltée!
Autour d'elle, quand l'esclavage est rétabli par Napoléon Bonaparte , les Noirs se révoltent et Rosalie appelée Solitude , enceinte, les rejoindra , se cachant dans les forêts de la Soufrière...
Belle écriture d'André Schwarz-Bart pour faire revivre cette mulâtresse qui résista avec les esclaves noirs en Guadeloupe!
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SheWolf
  03 décembre 2020
C'est une histoire vraie mais un roman aussi. Solitude était le nom qu'elle se donnait, car de nom, elle n'en avait pas reçu d'autre que celui de l'esclave morte dont elle prenait la place. Ainsi allait la vie dans cette plantation guadeloupéenne, une liste de prénoms, cycliquement transmis des morts aux vivants. Sa date de naissance est ignorée. Qui se souciait, au XVIIIème siècle, de la biographie d'une femme, de basse extraction, noire de surcroît et nécessairement esclave ? En revanche, la date de sa mort est connue. Opposante au rétablissement de l'esclavage en Guadeloupe, elle mourut pendue, un 29 novembre 1802. Pour exécuter la sentence, on attendit sa délivrance. Cruel privilège des femmes condamnées à mort enceintes et souci économique non moins cruel. Pourquoi, au prétexte du châtiment, se priver d'un petit esclave ! L'enfant est né sous ce statut, d'une mère qui s'était rêvée et se voulut libre. C'est une langue savoureuse qui narre avec force, images et imagination, la mère africaine, déportée et violée, puis la vie de son enfant, devenue femme qui avait peut-être trente ans à l'heure de sa mort. Ainsi, battus, brimés, humiliés, vendus, achetés, séparés, ces hommes et ces femmes tentaient de vivre, même privés de vie, même objets de leurs propres corps. A lire, absolument.
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Fanfan-Do
  03 juillet 2022
Afrique 1750. Bayangumay vient au monde dans l'Afrique des griots, cette Afrique de traditions ancestrales où dès leur naissance les filles sont promises…
Une nuit les trafiquants d'esclaves attaquent son village, elle est emportée.
Rosalie nait d'un viol perpétré sur le bateau qui amène sa mère en Guadeloupe vers son destin d'esclave.
Si au début je me suis ennuyée, ensuite j'ai été fascinée et terrifiée par les descriptions que l'auteur nous fait du sort de Bayangumay. Vieille avant l'heure, mutilée, devenue boiteuse, défigurée, flétrie par les tortures infligées par les blancs. J'ai toujours du mal à imaginer que des humains aient pu infliger de telles souffrances sans états d'âme, et peut-être même avec une délectation malsaine dans un sentiment de toute puissance. Et pourtant...
C'est le sort des esclaves, ramenés aux rang d'animaux voire pire, qui nous est raconté là, à travers la vie de la mulâtresse Solitude qui a existé. C'est terrifiant de cruauté et de mépris. L'homme blanc s'est toujours cru au dessus du reste de l'humanité, mais pourquoi donc ?
Née Rosalie du nom d'une morte car les prénoms se recyclent chez les maîtres, surnommée Deux-âmes à cause de ses yeux de couleurs différentes, avant de devenir Solitude, elle sera une cocotte pour la petite demoiselle de la maison, parce qu'elle est jolie. Elle sera comme un petit toutou gentil et obéissant. Mais au fond d'elle, la révolte bout, face à toutes les cruautés des blancs envers ses frères et soeurs de couleur.
Il y a de nombreux passages insupportables, révoltant, sidérants : "Et la petite fille se demanda ce qu'elle préférait : si c'était de tourner en chien à forme de chien, ou bien en chien à apparence humaine, tel ce nègre efflanqué, tout en os, qu'elle avait vu avec Mlle Xavière, le jour de la visite aux voisins du Bas-Carbet ; ce vieux nègre tout nu dans sa niche, les yeux clos, un collier de fer autour du cou."
Mon intérêt pour ce récit a pris les montagnes russes malgré de très belles envolées poétiques. La narration, les termes parfois employés, sans lexique pour éclairer le lecteur mais que je crois avoir compris plus tard - nègres d'eau salée (africains), nègres d'eau douce (nés en esclavage), nègres marrons (fuyards) - mais aussi les formulations et tournures de phrases m'ont empêchée de garder un intérêt constant pour l'histoire. Rien n'est explicité dans le détail, tout paraît onirique et donc tortueux.
Pourtant il s'agit d'une page d'histoire importante, celle des révoltes d'esclaves dans les îles, où la souffrance absolue et la négation de leur humanité les à poussés à un déchaînement de violence dans un seul but, la liberté ou la mort.
L'auteur ne nous dit pas clairement à quel moment de son récit l'esclavage a été aboli ni quand il a été réinstauré. Enfin si, il nous l'explique à la toute fin du roman. Jusque-là on se débrouille pour comprendre et vraiment je n'ai pas trouvé ça clair du tout. de plus, Solitude semble perpétuellement sous l'effet du cannabis ou sous acide… ou tout simplement folle.
Dans le même thème j'ai largement préféré un livre lu il y a des années, L'île sous la mer de Isabel Allende. Il traitait des révoltes d'esclaves à Saint Domingue, c'était effarant et captivant, car elle expliquait bien que c'était dans les îles que la cruauté envers les esclaves avait été la pire de toutes car ils étaient considéré comme du matériel qu'on pouvait casser et racheter, et que c'est ce qui avait amené à une révolte sanguinaire envers les blancs.
Lien : https://mechantdobby.over-bl..
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Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
LivreCirculationLivreCirculation   19 août 2014
À la naissance de Bayangumay, la grande ville des bords du fleuve, lieu d'ombre et de luxe, de tranquillité, portait encore le nom de Sigi qui signifie : Assieds-toi. Mais depuis qu'on y embarquait les esclaves, elle n'était plus connue que sous le nom de Sigi-Thyor : Assieds-toi et pleure. Et désormais, de proche en proche, des terres connues aux plus lointaines, qui vont au-delà du pays des Balantes, les peuples qui craignaient de devenir gibier se faisaient chasseurs, oubliant qu'une seule et même plaie s'ouvrait à leur flanc. (...) Une parole récente courait dans toute la région : Autrefois nous ne craignions que nos ennemis, aujourd'hui nous avons peur des amis et demain, nous lancerons la pique sur nos mères.
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LivreCirculationLivreCirculation   19 août 2014
Euphrosine dit alors : Ah, ah, plaît-il... ? Et comme les regards se tournaient vers elle, la bonne femme parut toute gênée, rentra le cou dans ses grasses épaules, et s'étonna naïvement de ces nègres en uniforme qui monteraient demain à l'assaut de leurs frères, les nègres nus ci-présents. Il y eut des sourires, et le Moudongue lui répondit, en un sarcasme froid, à peine teinté de déférence : Chère femme, peut-être à force de ronger leurs courroies ces grandes bêtes noires y ont-elles pris goût, peut-être... ? Et puis l'homme ricana, haussa les épaules, secoua un front plein de mélancolie, soudain frappé au coeur par la flèche même qui s'était glissée dans ses paroles ; et, retrouvant le poids ancien des chaînes, l'emprise de certains regards, plusieurs marrons baissèrent la tête en un soupir, songeant que la race était perdue pour l'éternité... race tombée, oh race tombée je vous dis...
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SheWolfSheWolf   03 décembre 2020
De vagues luminaires étaient suspendus à des poutres, et l'on se glissait hâtivement le long de galeries étroites, on rampait vers l'espace qui vous était imparti, on s'allongeait comme on pouvait dans l'ombre, dans l'inconnu. L'intérieur du vaisseau avait des dimensions insoupçonnables du dehors. Les contours imprécis se prolongeaient en des ciels nocturnes, en des collines et des arbres, en des bêtes. Bayangumay perçut le déclic qui fixait sa cheville à la longue barre transversale ; et déjà une ombre venait contre son corps, telle qu'elle-même s'était accolée à l'ombre qui la précédait.
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Lady_BlueLady_Blue   23 novembre 2021
Nombre de négresses d'eau douce se faisaient faire des enfants chapés, qui échapperaient à la couleur, à la vieille malédiction noire. Elles voyaient dans les événements un signe de Dieu, l'assurance qu'il pardonnait, était sur le point de sauver la race.
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Lady_BlueLady_Blue   27 novembre 2021
Quand la nuit tombait sur tout cela, elle se retrouvait comme autrefois en chienne jaune dans les rues de la Pointe-à-Pitre [...] Et chaque fois, à son réveil, elle connaissait une sorte de flottement: était-elle Solitude qui venait de se rêver en chienne jaune, ou bien était-elle une chienne qui se rêvait présentement en femme, en une certaine personne humaine dite Solitude?
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