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ISBN : 2081416999
Éditeur : Flammarion (13/09/2017)

Note moyenne : 4.45/5 (sur 28 notes)
Résumé :
Dans la ville allemande de Mannheim d’où est originaire son père, Géraldine Schwarz part à la recherche de l’héritage du national-socialisme dans sa propre famille et découvre que son grand- père Karl Schwarz a acheté en 1938 une entreprise à un juif, Sigmund Löbmann, qui périt ensuite avec les siens à Auschwitz. Après la guerre, confronté à un héritier qui lui demande de l’argent, Karl Schwarz tente de se dérober à ses responsabilités passées. Cette découverte est ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
kielosa
  14 octobre 2017
L'ouvrage de Géraldine Schwarz pose la question fondamentale de l'attitude des Allemands pendant les 12 ans du régime hitlérien. Ce n'est sûrement pas le premier qui le fait et cela m'étonnerait que ce soit le dernier. Comment est-ce, en effet, possible qu'un peuple, qui a produit un Goethe, un Beethoven et un Kant, a pu élire un fou furieux comme Adolf Hitler et le suivre pendant si longtemps ? Même en passant les classiques explications en revue, comme la défaite de 1918, l'humiliant Traité de Versailles de 1919, les lourdes réparations de guerre, l'inflation galopante des années 1920, l'occupation de la Rhénanie, le sabotage de la gauche modérée par cet autre fou de Staline, les hésitations des ministres de Weimar, la duplicité des industriels etc. il reste une colossale marge pour l'incompréhension.
Le livre de Géraldine Schwarz m'a emballé dès la première page. J'ai rarement lu un ouvrage sur un thème si controversé avec autant de clarté et d'objectivité. En plus, j'admire l'honnêteté avec laquelle elle aborde l'histoire de sa propre famille pour nous illustrer et faire comprendre la situation telle qu'elle s'est présentée en Allemagne à partir de 1933 et en France à partir de 1940. Que l'auteure soit franco-allemande lui offre évidemment un avantage de perspectives, sans diminuer pour autant les mérites de son oeuvre. Plusieurs fois, j'ai arrêté ma lecture pour réfléchir sur l'une ou l'autre de ses réflexions en me disant : tiens, je n'avais jamais considéré ce fait sous cet angle, mais effectivement elle a raison et sa réflexion s'inscrit dans une logique qui permet de mieux apprécier et situer d'autres faits historiques.
Les livres traitant de cette période sont soit des livres d'histoire écrits par des historiens professionnels, soit des témoignages relatant l'expérience personnelle d'un ou plusieurs individus bien déterminés. Géraldine Schwarz semble avoir découvert une troisième voie : comment expliquer l'histoire de l'Allemagne nazie et la France de Vichy en racontant ce qui est arrivé à mes grands-parents et parents, des gens pas exceptionnels de qui le sort ne fut pas different de la majorité de leurs contemporains. Un exercice qui n'a pas dû être simple, ne fût-ce que pour préserver un équilibre entre d'une part sa famille et d'autre part les réalités de ces 2 pays. Et c'est là que réside la grande valeur de son oeuvre. En tournant la dernière page, on est content d'avoir appris énormément sans grand effort.
Et c'est une autre qualité de son livre, on a hâte de savoir que sont devenus Karl et Lydia Schwarz - ses grands-parents - Volker et Josiane Schwarz - ses parents dans le tourbillon de ces années terribles. Mais outre le récit des événements, Géraldine Schwarz ne craint pas de s'attaquer avec beaucoup de lucidité et de logique aux questions essentielles : le manque d'opposition spontanée et organisée à un régime démoniaque, la résistance effective qui n'était que le fait d'une infime minorité de la population et l'écrasante majorité des "Mitläufer", c'est-à-dire "des personnes qui marchent avec le courant".
Je souscris complètement à sa thèse que s'il y avait eu un peu moins de Mitläufer et un peu plus d'opposition, Hitler n'aurait jamais pu réaliser son programme diabolique, comme le génocide des Juifs. Elle rappelle, à juste titre, que la contestation de l'Église catholique et protestante contre le programme hitlérien de liquidation des handicapés mentaux et physiques a eu comme résultat que Hitler a cédé face à l'indignation populaire, en 1941. Qu'est-ce qui se serait passé si, en Allemagne d'abord et en France ensuite, les gens avaient montré la même indignation devant les rafles et déportations des Juifs ? Si le commun des mortels ignorait l'existence des camps d'extermination et des chambres à gaz, il pouvait quand même se douter que les juifs ne rentreraient plus, lorsque les autorités mettaient leurs biens aux enchères.
Après la guerre, le vaste programme de dénazification des alliés tourna relativement court après le grand procès de Nuremberg des leaders nazis, la guerre froide avec le bloc soviétique créant d'autres priorités. En Allemagne, les Mitläufer devinrent des "amnésiques", avant tout soucieux par un retour à la normale. Il aura fallu tout le courage d'un procureur comme Fritz Bauer pour envoyer des criminels de guerre en prison et les prises de position d'un Heinrich Böll et Karl Jaspers pour faire comprendre aux Allemands l'ampleur des crimes commis par leur peuple en Europe occupée et spécialement en Europe de l'est.
En France, la situation n'était pas beaucoup mieux. À cause du mythe de la France victorieuse (de Gaulle), celui du rôle décisif de la Résistance et celui des "deux Vichy" (l'une représentée par le pauvre Pétain et l'autre par l'horrible Laval), le rôle des Français dans la déportation et élimination des Juifs était minimisé, entre autres par un Robert Aron. La série télévisée américaine à succès "Holocauste" en 1979, les ouvrages révélateurs de l'historien Robert Paxton "La France de Vichy 1940-1944" et "Vichy et les Juifs", ainsi que les initaves du couple Serge et Beate Klarsfeld, ont finalement permis de rectifier le tir et de sortir de "l'amnésie".
C'est avec enthousiasme que je recommande l'ouvrage de Géraldine Schwarz aux lectrices et lecteurs désireux d'en savoir un peu plus sur l'histoire de l'Allemagne et de la France dans ces années tragiques, sans être pour autant des amateurs de livres d'histoire proprement dits.
La journaliste du 'Monde' a produit un récit captivant et humain tout en étant merveilleusement instructif. Je termine cette critique par une citation révélatrice de son approche et logique : "Car s'il est vrai qu'il était difficile d'imaginer Auschwitz, il était impossible de n'avoir "rien vu, rien entendu" et, pour certains aussi "rien fait", comme la génération de mes grands-parents a prétendu jusqu'à sa mort." (page 194).
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michfred
  25 avril 2018
Difficile d'oublier Les Amnésiques.
Difficile aussi de répertorier ce livre sous une étiquette commode : essai biographique? historique? politique?
Essai, de toutes façons.. Et sûrement pas roman. Témoignage non plus, tant le matériau autobiographique est passé au crible de la confrontation historique, de l'enquête journalistique.
Livre inclassable, donc, d'une puissance de démonstration impressionnante, qui va chercher jusque dans les derniers événements- la vague d'immigration en Europe due aux guerres du moyen orient, les dernières élections en France, etc..-  matière à illustrer sa thèse.
 L'auteure, de mère française et de père allemand, élevée dans un biculturalisme parfait, européenne convaincue, historienne de formation et journaliste de profession, signe avec ce premier livre, un coup de maître!
Son grand père allemand a racheté, pendant la guerre,  à bas coût , un commerce juif, profitant des lois raciales instaurées par le pouvoir nazi- l'aryanisation des entreprises et des commerces- et paiera, après la guerre, au seul rescapé de cette famille juive émigré aux États Unis, un remboursement régulier pour ce bien mal acquis. 
L'autre grand père, le français, gendarme de son état , a  dû, du fait de son statut, convoyer vers le camp de Gurs, proche de son domicile, les réfugiés juifs allemands qui seront bientôt envoyés, sous la garde vigilante de la gendarmerie et de la police françaises, de Gurs  à  Auschwitz. ..
Cette double culpabilité originelle, l'auteur en fait le moteur de son livre.  
A partir de ces deux cas de figures personnels qu'elle interroge avec exigence et honnêteté, l'auteure élargit son propos à  l'attitude des deux pays,  liés  pendant 5 ans par un régime de collaboration sans aucun équivalent à l'époque. Elle étudie et compare  les intermittences de la mémoire, en France et en Allemagne,  de l'après-guerre jusqu'à nos jours.
En France, le "résistentialisme " pratiqué  tant par les gaullistes que par les communistes,   a occulté la culpabilité et les compromissions de tout un pays - et pas seulement de "Vichy":  les arrestations, les rafles,  les délations, les discriminations, les lois raciales  sont les manifestations opportunistes, sous l'occupation nazie et le régime de Vichy, d'un antisémitisme bien français,  antérieur à l'affaire Dreyfus- .  le "devoir de mémoire" , instauré dans  les années 80,  a enfin donné à la Shoah la place tragique qu'elle doit avoir dans l'histoire mais sans la relier vraiment à une responsabilité collective française :  l'expression même "devoir de mémoire" donne au travail mémoriel un aspect officiel, canalisé et contraint.
En Allemagne, longtemps étouffée,  la culpabilité s'est lentement fait jour, et le travail patient de certains juges- singulièrement, le procureur Fritz Bauer- a permis d'extirper de l'administration -sinon des grands groupes industriels...- les nazis notoires qui y demeuraient. Mais surtout est apparue la notion de Mittlaufer-ceux qui marchent derrière- qui montrait à quel point le suivisme passif avait permis à l'horreur nazie d'avoir pleine licence et coudées franches! Contrairement à la vision "étatique" de la culpabilité française, l'Allemagne, lentement mais sûrement, a fait un mea culpa nettement plus collectif - cette "gestion du passé " a permis de repartir sur des bases plus saines, même si la fusion des deux Allemagne a donné du fil à retordre  à cette douloureuse gestion..
Un pays sans gestion honnête de son passé est un pays  qui n'arrivera jamais à exorciser ses démons, un pays qui ne "grandira" jamais, ne tirera aucune analyse de ses erreurs, un pays qui ne sera jamais une démocratie,
C'est ce qui m'a semblé être le message profond de ce livre sincère, rationnel, rigoureux, et surtout convaincant , où l'histoire personnelle, sans le moindre exhibitionnisme et sans intimisme superflu,  sert de terreau à une réflexion plus générale et collective sur la grande Histoire.
Celle qui nous concerne tous. Écrite et à écrire.
Une lecture vraiment indispensable! Merci Kielosa pour cette découverte!
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enjie77
  08 décembre 2017
Ecrire un billet sur un tel livre n'est pas chose évidente. J'ai lu ce livre avec beaucoup d'intérêt et celui-ci m'a renvoyée à mon identité, à ma famille paternelle, à ce qui m'avait été transmis. C'est une enquête extrêmement fouillée, très bien argumentée, réalisée par une jeune femme journaliste, franco-allemande, et qui pose un regard sans concession sur l'humanité !
Géraldine Schwarz, née de père allemand, originaire de Mannheim, et de mère française, découvre que son grand-père a acheté, à bas prix, au moment de l'aryanisation des entreprises, une société à Mr JULIUS LOBMANN. de cette découverte va naître, chez elle, un impérieux besoin de comprendre ce qui a pu mener des individus banals, sans idéologie particulière, à participer, sans contestation, à un système qui a fait du racisme une doctrine d'état : ce qu'elle nommera « les Mitläufer ».
Côté français, son grand-père Lucien était gendarme en Sâone-et-Loire, en zone « libre » chargé de surveiller la ligne de démarcation et fermant souvent les yeux sur les clandestins qui tentaient leur chance. Mais personne ne lui a parlé des rafles de Monceau-les-Mines, ville située à douze km de son village, où furent effectuées, par des policiers et gendarmes français, l'arrestation des 2/3 des juifs de la population de MONTCEAU qui furent déportés !
Je me suis mise à la place de Géraldine Schwarz ! L'héritage des victimes est lourd à porter mais celui des bourreaux n'est pas une sinécure pour celles et ceux qui ont conscience des atrocités commises ! Ses grands-parents allemands avaient connaissance de la « nuit de cristal » comme ses grands-parents français devaient avoir connaissance des rafles auxquelles Lucien a peut-être participé !
Les deuxièmes générations se sont posées des questions comme le papa de l'auteure, Volker, sans vraiment trouver de réponse. Côté victimes comme côté bourreaux, il y a eu le silence, le besoin d'oublier voire même d'excuser mais il me semble que la troisième génération doit entreprendre ce lourd travail de mémoire pour assainir l'inconscient collectif d'où son livre qui nous concerne tous.
Géraldine Schwarz analyse très bien les conséquences du déni des sociétés allemande et française sur les évènements qui ont suivi la deuxième guerre mondiale jusqu'à la Bande a Baader et mai 68.
Elle apporte un éclairage que j'ai particulièrement apprécié en raison de ma méconnaissance, des difficultés et des modifications survenues à la suite de l'effondrement du mur de Berlin. Elle met en évidence l'insuffisance en Allemagne de l'Est du travail mémoriel dû à l'enfermement de la RDA dans le bloc des pays de l'Est et ses conséquences sur les prises de position des allemands de l'est. Elle relate d'ailleurs certains évènements, soutenus par la population, comme l'incendie à Rostock, d'un foyer de vietnamiens alors qu'en Allemagne de l'Ouest, les attentats contre des immigrés sont commis par des néo-nazis combattus par la population.
L'auteure analyse également le travail mémoriel dans d'autres pays : La France, l'Italie, l'Autriche, les pays de l'Est.
Page 337
« La violence verbale, inspirée d'une rhétorique national-socialiste contre les étrangers, les juifs, les homosexuels, est devenue une triste caractéristique d'une partie de l'Europe de l'Est qui choque les sociétés occidentales que le souvenir du fascisme et de la guerre a rendues majoritairement hostiles à de telles manifestations de haine. Ce décalage des mémoires reste une réalité qui creuse un fossé au coeur de l'Europe.
Mais même à l'Ouest, le consensus mémoriel autour d'un rejet clair du fascisme et de la nécessité de se mobiliser contre sa résurgence n'a pas partout la même force. Il n'est pas immuable, comme nous aimerions le croire, nous les enfants gâtés de la paix qui ne connaissons que la liberté et la démocratie, et avons oublié à quel prix celles-ci nous ont été livrées, au nom de combien de luttes la mémoire des crimes et de leurs victimes a été sauvée de l'amnésie. Soixante dix an après la fin de la guerre, beaucoup de pays présentent les symptômes d'une rechute dans des schémas qu'on pensait irrémédiablement discrédités tant ils ont produit de souffrances et de destructions ».
Malheureusement, je suis arrivée à cette conclusion : la haine fait partie de l'être humain, il ne faut pas grand-chose pour l'alimenter. Ce monde est binaire, les excès attirent les excès contraires, il faut en tenir compte. Et pourtant à lire certaines chroniques bienveillantes sur Babelio, une petite flamme intérieure continue de brûler en moi-même. Si par moment elle s'amenuise, vacille, à d'autres elle s'agrandit.
Un grand merci à Jean-Pierre alias Kielosa qui m'a permis de connaître "Les amnésiques"
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Rodin_Marcel
  03 octobre 2018
Schwarz Géraldine – "Les amnésiques" – Flammarion, 2017 (ISBN 978-2-0814-1699-4) – format 22x15cm, 350p.

Un livre à mes yeux tout à la fois important et décevant.

Important car il traite d'un point quasiment inconnu du grand public français, et qui a pourtant joué un grand rôle dans ma vie de jeune frontalier à saute frontière franco-allemande, à savoir le relèvement spectaculaire de l'Allemagne de l'Ouest dévastée, ruinée, démembrée, juste après le désastre provoqué par la folie hitlérienne, dans les années 1945-1970.
Ces années où précisément j'eus l'occasion – tout comme cet auteur franco-allemande – de vivre des choses essentielles dans cette Allemagne du "miracle économique" de Ludwig Erhard, y compris ce trouble rapport au nazisme des allemandes et allemands de la génération d'avant, ayant "suivi" ce régime – les "Mitläufer".
A juste titre, l'auteur les nomme "les amnésiques" tant elles et ils faisaient tout pour oublier (se cacher à eux-mêmes) qu'elles et ils avaient cautionné ce régime : à les entendre, les hommes mobilisés dans la Wehrmacht avaient pratiquement tous été infirmiers (!!!) sans jamais tenir un fusil, tandis que les jeunes femmes se livraient à d'innocentes randonnées dans le cadre du BDM (Bund Deutscher Mädel – branche féminine des Jeunesses Hitlériennes). Ce point n'était pratiquement jamais évoqué frontalement par les parents allemands, mais ce silence minait les jeunes de notre âge...
Surtout dans la mesure où les parents français, eux, faisaient souvent état des exactions et rafles (mises exclusivement sur le dos des "boches", bien sûr) : le procès du massacre d'Oradour tenu en 1952 avait connu un extraordinaire retentissement, la spectaculaire capture d'Eichmann puis son procès et son exécution en 1961-1962 par les israéliens avait alimenté les conversations à la table familiale, rappelant sans cesse le destin des membres de la famille capturés ou déportés, revenus ou non des camps...
L'auteur remonte encore plus loin dans l'histoire de la branche allemande de sa famille, montrant combien ses grands-parents – des "Mitläufer" des classes moyennes – avaient su bénéficier des opportunités qu'offrait la spoliation des juifs aisés, et plus particulièrement la possibilité de "racheter" à un prix dérisoire la participation de l'associé dans la firme fondée conjointement avec le grand-père.

Un témoignage cependant extrêmement décevant.
Certes, l'auteur n'hésite pas à dévoiler toutes les turpitudes des grands-parents pleinement acteurs du soutien passif au nazisme indéniable de la part de ces milieux aisés qui – pour le moins – ne protestèrent guère lorsque cette idéologie emportai l'adhésion des foules allemandes – le grand-père allemand "Opa", représentant quasi archétypal de ces "Mitläufer", meurt le 20 septembre 1970 (p. 217) à l'âge de 67 ans : il était donc né en 1903, il avait trente ans en 1933, il était à la tête d'une moyenne entreprise cofondée avec un associé d'origine juive dont il va "racheter les parts" à vil prix lors de "l'aryanisation" de l'économie allemande ; après le désastre, lui et sa femme ne feront guère acte de contrition...
En revanche, son père est paré de toutes les vertus : il avait 15 ans en 1958 (p. 129), ce qui le fait naître en 1943 et faire son service militaire entre 1963 et 1965 (p. 137). Sa fille, l'auteur de ce livre, ne tarit pas d'éloge à son sujet : il est très tôt conscient des crimes du nazisme, n'hésite pas à fouiller dans le passé familial, et va se marier en mai 1971 avec une bonne française – Josiane, mère de l'auteur (p. 182) dont le père était policier sous le régime de Vichy.

Sauf que, sauf que... de par ses origines sociales, le père garantit un niveau de vie plus qu'aisé à sa famille, et notre gentille auteur est donc élevée, éduquée, formatée par ce milieu des privilégiés au grand coeur qui deviennent les bobos bien pensants dès les années soixante-dix, ces gens devenus des conformistes à tout crin exhibant constamment leurs bons sentiments puisqu'ils et elles vivent dans les quartiers de l'entre-soi caractéristiques des métropoles occidentales.
Notre brave journaliste vit à Berlin, dans le quartier du Kreuzberg (cf p. 322), l'épicentre du boboïsme allemand.

Ayant pour ma part vécu dans des milieux populaires beaucoup plus humbles et dans des lieux nettement moins branchôsss, je mesure à quel point il convient de relativiser ses propos gentillets emplis de componction sur la dénazification des esprits dans ce qui était alors l'Allemagne de l'Ouest. Certes, il y eut un effort fait en ce sens dans certaines strates aisées de la société, mais le titre qu'elle donne elle-même à son ouvrage "Les amnésiques" laissait espérer un approfondissement bien plus exhaustif de la question...

Cette faiblesse devient calamité lorsque – en fin d'ouvrage – elle tente d'aborder la vie dans l'ex-DDR/RDA, cette Allemagne de l'Est occupée par les soviétiques, dont le régime prétendait construire le communisme. Ses propos trahissent sa méconnaissance absolue de ce que fut cette dictature, et dans ce cas-là, on se doit d'éviter d'écrire des âneries. Ayant moi-même vécu dans ce pays avant son effondrement, dans un milieu très populaire, j'y ai rencontré le seul allemand de cette génération des Mitläufer qui parlait sans affectation, sans fard, mais avec une réelle contrition et consternation de son passé d'enthousiaste du nazisme à ses débuts triomphants : lui n'était pas amnésique, mais il est vrai qu'il n'était qu'un humble ouvrier...

Pour conclure, l'auteur ne se rend même pas compte à quel point elle détruit elle-même tout son propos, tout son échafaudage de bons sentiments lorsqu'elle décrit (pp. 318-325) l'accueil outrancièrement chaleureux que certain(e)s allemand(e)s réservèrent aux trains de migrants fin 2015 arrivants en Allemagne pour conclure par

"j'avoue avoir moi-même songé à adopter un enfant syrien, mais je me suis finalement contentée de donner mon numéro de téléphone pour mettre mon appartement à disposition au cas où des réfugiés arrivant tard le soir à Berlin auraient besoin d'être logés en attendant de trouver une place dans un camp" (p. 323)

ben oui, elle va tout de même pas les garder chez elle trop longtemps, ces jolis migrants... Elle atteint brusquement un sommet de cuistrerie en ajoutant (p. 324)
"on ne m'a jamais appelée, peut-être parce que j'avais exclu les hommes..."

En toute naïve bonne fois cette phrase écoeurante résume à merveille la mentalité réelle de ces bobos bisounours de loin.
D'ailleurs, hein, ma brave dame, au vu des "chasses à la nana" provoquées par ces mêmes migrants en gare de Cologne dans la Sylvester-Nacht 2015-2016, notre auteur fut bien avisée de tenir toute la misère du monde loin de son petit monde propret, n'est-il pas ?

Un livre à lire, mais en gardant une bonne distance.

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JeanPierreV
  20 mars 2018
Et si le national-socialisme qui fit tant de victimes avait encore de "beaux" restes? Ne fait-il pas encore vibrer des personnages politiques qui servent une partie de ces restes dans leurs discours aux électeurs?
Géraldine Schwarz est une jeune journaliste née d'un papa allemand et d'une maman française. Ils se rencontrèrent en 1968.
L'histoire de la famille de son père n'est pas tout à fait exemplaire, et sert de fil conducteur au livre. le livre n'est pas un roman, mais un travail journalistique d'enquêteur et d'historien.
Un travail passionnant édité en 2017, il y a quelques mois, et qui ne peut nullement laisser indifférent. Dommage qu'il ne soit pas mieux mis en lumière.
En 1948, son grand-père reçut une lettre de demande de dommages et intérêts d'un avocat représentant Julius Löbmann, homme d'origine juive émigré aux États Unis lui demandant 11000 Marks de dommages et intérêts. Son grand-père, Karl Schwarz, avait acheté l'entreprise de la famille Löbmann à un prix trop bas. Un prix basé sur les estimations faites faite le régime nazi, un prix accepté par les familles juives pour tenter de fuir vers la liberté. Toute la famille du plaignant a disparu dans les camps. Il est le seul survivant.
Tous ceux qui avaient profité de la détresse des familles juives pressées de quitter Allemagne ne furent pas inquiétés à l'issue de la guerre...si les familles des vendeurs avaient été exterminées. Des fortunes actuelles trouvent leurs origines dans ces acquisitions à prix bas de biens juifs, de même que des intérieurs de logements meublés à bas prix...
Son travail d'enquêtrice et d'historienne commence avec l'arrivée d'Hitler au pouvoir et se poursuit avec celle des alliés en Allemagne. Ceux-ci durent faire le tri de la population, arrêter ceux qui avaient du sang sur les mains. Des millions d'allemands furent considérés comme des "Mitlaüfer" : "celui qui n'a pas participé plus que nominalement au national-socialisme en particulier les membres du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP) [...] qui se contentaient de payer les cotisations et de participer aux réunions obligatoires [...].
Nous dirions des "Compagnons de route".
L'attitude des alliés était très différentes selon les zones..Strictes et sévères en zone américaines, beaucoup plus souples voire laxistes en zone française.
Cette analyse par zone d'occupation est riche d'enseignement et ... d'indignations.
En servant de l'histoire de la famille, y compris en étant critique, elle rappelle toute l'histoire de l'arrivée au pouvoir des nazis, les conditions d'adhésion de la masse de la population, les procès des criminels, et surtout, ce qui donne des frissons, démontre que toute l'Allemagne de l'après guerre ne fonctionnait que parce que d'anciens nazis la faisaient fonctionner...de l'instituteur aux juges. L'allemagne ne comptait pas assez de personnes, voire presque aucune personne compétente sans tache nazie. Impossible de punir tout le monde. Certains devinrent même chanceliers, avant que l'histoire ne les rattrape. Un travail de mémoire passionnant et utile.
L'auteure s'interroge aussi sur la notion de justice : "comment condamner quelqu'un pour des actes légaux au moment de leur exécution au regard du droit du régime d'alors, et qui aurait pris le risque d'être sanctionné en désobéissant ?"
Ces thèses nazies ne sont toujours pas toutes totalement abandonnées et sans être aussi extrémistes, de nombreux hommes politiques européens les ont toujours peu ou prou en tête, que ce soit en France, en Hongrie, ou ailleurs en Europe. L'extrême droite gagne du terrain partout en Europe. Ses thèses n'utilisent plus les juifs, mais les réfugiés.
L'Europe et les européens deviennent amnésiques.
Sans aucun doute, c'est pour cela, qu'il faudrait que ce livre d'histoire, que cette enquête journalistique, qui fourmille d'informations et de réflexions, réveille des consciences, serve de base de réflexion et d'échange entre lecteurs.

Lien : https://mesbelleslectures.co..
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Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
alainmartinezalainmartinez   22 janvier 2018
Pendant des décennies, les Italiens vécurent dans le déni d’avoir été des bourreaux et se nourrirent du mythe que la majorité d’entre eux avaient résisté au fascisme, alors que le mouvement de résistance armé avait compté environ 300 000 personnes et, surtout, il ne s’était constitué qu’après l’invasion allemande, en 1943. Auparavant, une majorité écrasante d’Italiens avaient soutenu Mussolini et ses guerres criminelles. « C’est ainsi qu’est née la légende des Italiens brava gente, comme l’a décrit l’intellectuel Angelo Del Boca : des braves gens qui ne font pas de mal à une mouche, contrairement au mal absolu, le nazisme, explique Giovanni Donfrancesco. Le cinéma aussi a joué un rôle dans ce mythe. »
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michfredmichfred   23 avril 2018
De manière générale, les Français avaient acquis la réputation d'être la puissance d'occupation la plus magnanime envers les anciens responsables nazis. Le fait que la France avait étroitement coopéré avec le IIIe Reich et que son administration après la guerre était encore truffée d'anciens collaborateurs de Vichy qui redoutaient que les accusations contre les nazis ne se retournent contre eux a certainement pesé sur cette mansuétude.
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kielosakielosa   13 octobre 2017
" Avant, nous ne mangions que des pommes de terre et après l'annexion nous avions de la viande dans notre soupe. "

Géraldine Schwarz citant une vieille dame d'origine tchèque à propos de l'annexion de son pays par les nazis en 1938, et d'ajouter : "Je fus frappée... à quel point le motif d'une adhésion à un régime peut être simple : "de la viande dans notre soupe."

(page 119)
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alainmartinezalainmartinez   07 janvier 2018
Ces experts, en rupture avec l’historiographie classique, affirmaient que l’assassinat des juifs d’Europe était le résultat d’une multitude d’initiatives criminelles individuelles, prises à la fois sur le terrain et dans les labyrinthes de la bureaucratie prolifique du Reich. Leur thèse était dérangeante puisqu’elle ne permettait plus de rejeter toutes les responsabilités sur les représentants de l’État et forçait à imaginer des centaines de milliers de coupables.
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alainmartinezalainmartinez   09 janvier 2018
Or, à se convaincre pendant cinquante ans que « Vichy, ce n’est pas la France », la France n’a pas creusé certaines questions fondamentales : Comment passer d’une dictature à une démocratie ? Jusqu’où remontent les racines de l’extrême droite et de l’antisémitisme français ? Comment changer la mentalité d’un peuple, des Mitläufer français ?
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