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Jacques de Pressac (Traducteur)
EAN : 9782207258293
160 pages
Éditeur : Denoël (18/06/2009)
3.95/5   46 notes
Résumé :
Ce vertigineux polar livre un point de vue implacable sur la société sicilienne et ses impasses.
Sciascia y reprend un thème qui lui est cher : démystifier l'organisation criminelle, son prétendu code d'honneur et sa noblesse, pour la montrer sous son vrai jour, celui d'un réseau crapuleux et violent. Roman noir s'il en est, A chacun son dû est une charge féroce contre les trois intouchables qui asphyxient la société sicilienne des années 60 : la mafia, la bo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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BVIALLET
  28 septembre 2018
Dans une petite ville de Sicile, Manno, pharmacien de bonne réputation reçoit une lettre anonyme fort inquiétante. Ne se connaissant pas d'ennemis et pensant n'avoir rien à se reprocher, il croit à une plaisanterie de mauvais goût. Mais quelque temps plus tard, au cours d'une partie de chasse, il est assassiné ainsi que son partenaire, le bon docteur Roscio. Craignant que l'enquête ne mène à rien, Laurana, professeur de son état et grand ami du docteur, décide de rechercher le coupable. Il fait alors quelques découvertes étonnantes sur la vie privée des deux notables et n'est pas loin de confondre le coupable du double meurtre. Mais rien ne se passe comme prévu.
« À chacun son dû » est plus une parodie de roman policier qu'un authentique « whodonit » style Agatha Christie. Sciascia se sert du motif criminel pour nous dépeindre une société sicilienne d'après-guerre gangrénée par les diverses mafias et apparemment encore nostalgique de l'époque mussolinienne. Sa plume est acérée et son esprit sarcastique a quelque chose de Simenon bien que lui-même soit plus influencé par Pirandello, auteur auquel il semble vouer une grande admiration, au point d'en imiter le style et même de mettre en scène le maître par le biais d'un personnage secondaire, Don Luigi. Ce dernier a même le tout dernier mot : « C'était un crétin ! » en parlant du pauvre Laurana. Humour et désenchantement sont au rendez-vous. Un bon moment de divertissement.
Lien : http://www.bernardviallet.fr
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mireille.lefustec
  01 janvier 2016
A ciascuno il suo 1966
Au cours de l'été 1964, le pharmacien Manno reçoit une lettre anonyme le menaçant de mort.
Ses compagnons le rassurent : c'est une mauvaise plaisanterie.
D'autant plus qu'on ne lui connaît pas de défauts ou de faute passée.
Mais l'ouverture de la chasse laisse trois morts: lui, le médecin, son ami, et son chien.
L'auteur utilise le suspense pour "mettre en évidence la dure réalité sociale dans laquelle vivent les personnages du roman."
les habitants, bien que connaissant les causes de l'homicide et les responsables, restent dans une attitude d'omerta et regardent sans s'y opposer ce système qui les oppresse.
Seul le professeur Laurena, intègre, naïf, relève un détail notoire et voudrait découvrir le coupable.
Ne lisant pas les quatrièmes de couverture, je n'ai pas ressenti tout de suite la gravité de la situation.
Pourtant, ayant déjà lu des ouvrages de Sciascia et ses dénonciations de l'emprise mafieuse, j'aurais dû me douter qu'il ne s'agissait pas d'une narration de pur divertissement. Car c'est bien ici le roman de l'obscure Sicile, de l'omerta, de l'oppression humiliante de qui détient le pouvoir : l'Eglise, la mafia, la bourgeoisie.
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Rolienne
  02 février 2013
La littérature ne fait pas de vous un héros. Ainsi le Professeur Lauranna a beau être cultivé, enseigner les lettres et publier des critiques littéraires, il est le perdant, l'introverti, l'être coincé. Certes il pressent le danger mais se fait piéger par ceux qui, eux, savent défendre leurs intérêts, leurs positions, leur patrimoine, et donc pratiquer le secret de famille et la connivence sociale et mondaine. le roman de Leonardo Sciascia « A CHACUN SON DU » est une sorte de policier à la manière d'« Agatha Christie ». On y frissonne moins cependant à cause de la cruauté des situations que de la lucidité déployée quant à la possibilité d'échapper à ceux qui ont et le pouvoir et la volonté d'éradiquer tout obstacle qui les gêne dans leur ascension sociale ou la consolidation de leurs acquis. La clairvoyance du Professeur, pourtant fin analyste et observateur de la comédie humaine et sociale qui se donne dans sa petite ville où l'innocent pharmacien est assassiné et l'avocat corrompu règne, ne suffira pas à contrecarrer le machiavélisme ambiant qui lui sera fatal.
© Patricia JARNIER- Tous droits réservés- 2 février 2013
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lalahat
  26 septembre 2021
Leonardo Sciascia est né en1921 dans la province d'Agrigente en Sicile. Il a été instituteur dans son village natal de Racalmuto, puis employé au Ministère de l'Éducation. Ce n'est qu'en 1970 que Sciascia prend sa retraite pour se consacrer à l'écriture. À chacun son dû est paru en 1966. L'auteur élabore son roman autour d'une intrigue policière. Un double meurtre a été commis dans un village. Les victimes sont des notables, le pharmacien Manno et son ami, le Dr. Roscio. le premier a reçu au préalable une lettre anonyme, mais ne l'a pas prise au sérieux. Roscio est l'époux d'une belle jeune femme. le professeur Laurana, célibataire résidant toujours chez sa vieille mère, va mener l'enquête par lui-même, piqué de curiosité et quelque peu désoeuvré malgré toute la passion qu'il porte à son métier d'enseignant.
Au prétexte d'un roman policier bien mené, et avec une certaine distance et un humour subtil, Leonardo Sciascia dresse le portrait d'une communauté rurale bien ancrée dans les traditions. Chacun doit y rester à sa place. Et quand bien même, s'il advient qu'une personne devienne gênante pour certains, elle sera éliminée sans délais. Si le personnage de Laurana n'est certes pas le double de l'auteur, il a projeté sur lui quelques traits de sa propre personnalité. Il s'agit d'un intellectuel un peu déconnecté du monde réel, ancien militant communiste, lucide, mais en même temps assez candide. Leonardo Sciascia se démarque d'auteurs comme Camilleri et de l'image plutôt drôle qu'il donne de la Sicile. On est ici dans un registre beaucoup plus éloigné de la farce, qui gagne en réalisme et en férocité.
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Baluzo
  15 octobre 2017
Un vrai talent d'écrivain, une très belle plume ( belle traduction sans doute aussi) pour cette intrigue plaisante, complexe à souhait et pilotée par cet improbable enquêteur, anti héros par excellence....
Le contexte italien , fait de forces d'influences pese sur l'histoire et y amene cette lourdeur qui rend les langues muettes et les non dits si nombreux....
Tout cela est plus que plaisant.
A lire .
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Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
VACHARDTUAPIEDVACHARDTUAPIED   14 avril 2013
— « (…) Mais vous, allons donc : en quoi êtes-vous mêlée à cela ?
— En quoi ? Vous n'avez pas entendu les horreurs qui ont été répandues ?
— Commérages, dit la vieille Mme Laurana, commérages qu'aucune personne un peu douée d'esprit de charité et de bon sens ne peut prendre en considération. » Et comme elle-même ne brillait pas excessivement par son esprit de charité : « Mais feu votre mari n'a jamais éveillé vos soupçons … ?
— Jamais, madame, jamais … On a mis dans la bouche de ma femme de chambre une histoire de scène de jalousie que j'aurais faite à mon mari, à propos de cette … De cette jeune fille en somme, la pauvre, qui venait à la pharmacie par nécessité … Et si vous saviez à quel point ma femme de chambre est stupide, à quel point elle est ignorante : elle tremble rien qu'à entendre parler de carabiniers … Ils lui ont fait dire ce qu'ils voulaient … Et ceux-là, les Roscio, les Rosello … Même notre saint homme d'archiprêtre, même lui … Ces gens-là se sont aussitôt mis à raconter que le docteur — paix aussi à son âme — était mort par la faute des vices de mon mari. Comme si nous ne nous connaissions pas tous, comme si nous ne savions pas ici ce qu'il en est de chacun, ce que chacun fait : s'il spécule, s'il vole, si … » Elle mit la main devant sa bouche, comme pour y retenir d'autres réflexions plus cuisantes. Puis avec une malignité calculée elle soupira : « Ce pauvre docteur Roscio, dans quelle famille avait-il été se nicher !
— Mais il ne me semble pas …, commença Laurana.
— Nous nous connaissons tous, croyez-moi, l'interrompit Mme Manno. Vous, on le sait, vous ne vous occupez que de vos études, de vos livres …, dit-elle avec un certain mépris. Vous n'avez pas le temps de vous occuper de certaines choses, de voir certaines choses ; mais nous, ajouta-t-elle en s'adressant d'un air entendu à la vieille Mme Laurana, nous, nous savons …
— Eh oui, nous savons, admit la vieille dame. »
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   05 février 2015
Qu'un crime s'offre aux enquêteurs comme un tableau où les éléments matériels et, pour ainsi dire, stylistiques consentent, s'ils sont finement repérés et correctement analysés, à une parfaite distribution des rôles, c'est la règle dans tous ces romans policiers dont s'abreuve une bonne partie de l'humanité. Mais dans la réalité il en va autrement : les coefficients d'erreur et d'impunité sont levés non pas (ou pas seulement, pou pas toujours) à cause de l'intelligence un peu faible des enquêteurs, mais parce que les indices fournis par le crime lui-même, sont d'ordinaire tout à fait insuffisants. Dans un crime, s'entend, commis et organisé par des gens qui font tout pour contribuer au maintien d'un haut coefficient d'impunité.
Les éléments qui conduisent à résoudre le problème d'un crime présentant un caractère de mystère ou de gratuité sont la confidence qu'on peut qualifier de professionnelle, la délation anonyme, le hasard. Et un peu, un peu seulement, la subtilité des enquêteurs.
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elcdelcd   11 octobre 2019
À un âge comme le mien, ceux qui ont la fortune d'y arriver sont disposés à croire que la mort est un acte de volonté ; un petit acte de volonté dans mon cas : le moment viendra où je serai excédé d'entendre la voix de ce bonhomme, ajouta-t-il en montrant le tourne-disque, et le bruit de la ville, la femme de chambre qui depuis six mois chante une scie où il est question d'un visage et d'une larme, et ma bru qui, depuis dix ans chaque matin, s'informe de ma santé dans l'espoir à peine voilé d'apprendre que je suis enfin au bout du rouleau. Je déciderai de mourir, comme on raccroche le téléphone quand à l'autre bout du fil il y a un fâcheux ou un crétin...
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   05 février 2015
- Vous ne sortez jamais de chez vous?
- Jamais, depuis pas mal d'années.. A un certain moment de ma vie, j'ai fait des calculs précis : si je sors de chez moi pour trouver la compagnie d'une personne intelligente, d'une personne honnête, je m'expose, en moyenne, à rencontrer douze canailles et sept imbéciles qui sont à, tout prêts à me faire connaitre leurs opinions sur l'humanité, sur le gouvernement, sur l'administration communale, sur Moravia... Vous croyez que cela en vaut la peine?
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JulitjubileJulitjubile   08 février 2010
« Proverbe, règle d'or : le mort est mort, apportons notre aide au vivant. Si vous prononcez ce proverbe devant un homme du Nord, il imaginera une scène dans laquelle il y a un mort et un blessé : il est en effet raisonnable de laisser là le mort et de penser à sauver le blessé. Un Sicilien verra en revanche une victime et son assassin. » (p.71)
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