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ISBN : 2080704273
Éditeur : Flammarion (07/01/1993)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 6 notes)
Résumé :

Deux textes tout à fait caractéristiques de la manière de ce grand écrivain sicilien : un art de conter subtil et précis où l'écriture s'apparente à l'intrigue policière. Sciascia est un maître de l'énigme, mais les problèmes qu'il dénoue débouchent toujours, au-delà du pittoresque et de l'humour, sur une réflexion politique, voire métaphysique.La Disparition de Majorana ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
lanard
  14 décembre 2016
Ettore Majorana, né en 1906 était un génie de la physique des particules. Sa carrière fut trop brève pour qu'il figure au Panthéon de la physique moderne comme son compatriote Enrico Fermi. Mais si la mémoire collective a néanmoins retenu son nom, c'est en raison de sa mystérieuse disparition en 1938. Dans son livre « En cherchant Majorana » Etienne Klein était revenu sur cette affaire. En 1975, Leonardo Sciascia y avait consacré une série d'articles en feuilleton pour La Stampa qui furent rapidement republiés sous la forme d'un livre aux éditions Einaudi la même année. Ces publications furent attaquées, notamment par le physicien Edoardo Amaldi, premier biographe de Majorana (Une des réactions d'Amaldi – celle publiée dans L'Espresso, 5 octobre 1975 – figure en annexe de l'édition Allia du texte de Sciascia). Dans une défense contre les attaques dont ses articles furent l'objet, Sciascia présente sa série comme un « récit-pamphlet ».
La thèse de Sciascia sur la disparition de Majorana est la suivante ; Ettore Majorana, génie précoce aurait compris très tôt le potentiel désastreux de l'énergie nucléaire– avant même la découverte de la fission atomique par Otto Hahn en 1938 et les travaux de Lise Meitner et Otto Frisch. C'est d'ailleurs sur la base de cet important point d'histoire, que Edoardo Amaldi conteste la possibilité par Majorana d'avoir anticipé l'arme atomique.
L'attitude générale du jeune physicien dans les milieux de la recherche scientifique était caractérisée par une réticence à s'impliquer dans l'institution scientifique. Ses pairs voyaient en lui un génie aux intuitions fulgurantes mais mystérieusement rétif à la publication. Il ne briguait pas non plus les postes d'enseignement et semblait toujours travailler dans un cadre informel, comme pour sa propre gouverne. Malgré cela, la crème de la physique d'alors le reconnaissait comme un pair ; de Fermi jusqu'à Heisenberg qu'il rencontra à Leipzig en 1933 et la même année chez Bohr à Copenhague.
Dans le peu qu'il est resté de ses écrits, on trouve le sentiment intime que la recherche en physique est alors engagée sur une « mauvaise voie ». Mauvaise, non d'un point de vue épistémique semble t'il mais d'un point de vue que je vais qualifier d'éthique (je me résigne à ce terme désormais galvaudé quand il s'agit de science). Si, comme le pense Leonardo Sciascia, Majorana a bien eut l'intuition de l'énorme pouvoir destructeur de la technologie atomique, l'époque durant laquelle il a vécu ne pouvait guère l'incliner à l'optimisme ; Majorana a grandi et travaillé dans l'Italie fasciste et l'Allemagne où il rencontra Heisenberg était sous l'emprise de la fureur nazie.
Le génie précoce se serait donc effrayé de la perspective Faustienne qu'ouvrait l'énergie nucléaire à l'humanité ; une source potentielle d'énergie illimitée d'un côté ; une arme inouïe aux capacités de destruction promises au qualificatif désormais banal de massives. La recherche s'engageait donc sur une mauvaise voie.
Ce serait cette profonde inquiétude face à l'histoire qui aurait poussé Majorana à organiser sa propre disparition. Disparition et non suicide – car « Majorana était croyant. Son drame était un drame religieux, nous dirions pascalien. Et qu'il ait anticipé le désarroi religieux auquel nous verrons arriver la science, si elle n'y est pas déjà arrivée, c'est la raison pour laquelle nous écrivons ces pages sur sa vie. »
Pour Sciascia le physicien trop clairvoyant aurait terminé ses jours dans un couvent de chartreux qu'il ne localise pas clairement, sans doute à dessein car il a pu le visiter. Un indice ténu, reposant sur le souvenir lointain d'un témoin ayant visité ce couvent en 1945, a imposé cette hypothèse à l'auteur avec toute l'insistance d'une conviction.
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miriam
  24 mai 2012
Étrange objet littéraire: court texte, une centaine de pages. Un roman, un essai ou une nouvelle? Est-ce un roman policier philosophique ou un reportage paru en 1975 dans la Stampa en feuilleton. Est-ce la biographie de Majorana, un génie de la physique, méconnu et disparu trop tôt? Est-ce une réflexion sur la responsabilité des savants atomistes, en 1938 Majorana avait-il prévu Hiroshima et Nagasaki? Refus de la science, avance l'auteur?
C'est aussi de la littérature, avec des références littéraires à Shakespeare et à d'autres auteurs moins familiers, surtout les Italiens.
Lien : http://miriampanigel.blog.le..
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
rkhettaouirkhettaoui   17 décembre 2013
Né dans cette Sicile qui pendant plus de deux millénaires n’avait pas donné un seul homme de science, où l’absence, sinon le refus de la science, était devenue une forme de vie, le fait d’être, comme lui, homme de science, était déjà comme une dissonance . Le fait de « porter », de plus, la science, comme une partie de soi, comme une fonction vitale, comme une mesure de vie, devait être pour lui un poids angoissant ; et plus encore lorsqu’il entrevoyait ce danger de mort dont il se sentait porteur s’objectiver dans la recherche particulière et dans la découverte de la nature, se déposer, croître, se répandre dans la vie humaine comme une poussière mortelle.
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rkhettaouirkhettaoui   17 décembre 2013
La science, comme la poésie, se trouve, on le sait, à un pas de la folie : et le jeune professeur avait franchi ce pas, en se jetant dans la mer, ou dans le Vésuve, ou en choisissant un autre genre de mort plus sophistiqué. Et les membres de sa famille, comme cela se produit toujours dans les cas où l’on ne retrouve pas le cadavre, ou quand on le trouve par hasard plus tard et méconnaissable, voilà qu’ils entrent dans la folie de le croire encore vivant. Et elle finirait bien par s’éteindre, cette folie, si elle n’était continuellement alimentée par ces fous qui surgissent pour dire qu’ils ont rencontré le disparu, qu’ils l’ont reconnu à des signes certains (qui, en réalité, sont vagues avant qu’ils aient rencontré la famille ; et ce sont précisément les gens de la famille qui, avec leurs interrogations anxieuses et incontrôlées, les font devenir des certitudes).
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rkhettaouirkhettaoui   17 décembre 2013
On peut aussi considérer comme des prédécesseurs immédiats d’Ettore Majorana « l’école mathématique de Palerme », et — dans sa famille même — le physicien Quirino Majorana. Ce dernier, professeur à l’Université de Bologne, s’évertua pendant toute sa vie à démontrer que la théorie de la relativité était fausse, sans jamais y parvenir et en reconnaissant honnêtement qu’il n’y parvenait pas ; ce qui ne l’empêchait pas de continuer obstinément à la combattre. Un cas qui nous semble « très sicilien ». Et nous serions curieux de savoir quels étaient les rapports, quelles étaient les discussions à propos de la relativité, entre l’oncle et le neveu ; entre Ettore qui y croyait, et Quirico qui refusait de l’accepter.
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rkhettaouirkhettaoui   17 décembre 2013
En Sicile, il n’y a pas eu un homme de science parce que les Siciliens ne sont pas doués pour la science. Une semblable affirmation, de notre part, présuppose toujours des raisons historiques ; et, parmi celles-ci la présence — plus durable, plus continue, plus envahissante et capillaire que dans d’autres régions d’Italie — de l’Inquisition, de l’Inquisition espagnole
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rkhettaouirkhettaoui   17 décembre 2013
On retrouve les morts, seuls les vivants peuvent disparaître ; que l’on ait soupçonné un enlèvement ou une fuite à l’étranger.
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