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Bernard Kreiss (Traducteur)
ISBN : 9782070425235
Éditeur : Gallimard (27/03/2003)

Note moyenne : 4.04/5 (sur 79 notes)
Résumé :
" Ce soir-là, à Southwold, comme j'étais assis à ma place surplombant l'océan allemand, j'eus soudain l'impression de sentir très nettement la lente immersion du monde basculant dans les ténèbres. En Amérique, nous dit Thomas Browne dans son traité sur l'enfouissement des urnes, les chasseurs se lèvent à l'heure où les Persans s'enfoncent dans le plus profond sommeil. L'ombre de la nuit se déplace telle une traîne halée par-dessus terre, et comme presque tout, après... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
ericbo
  12 avril 2018
La plupart des critiques sont plutôt positives. Aussi, j'ai quelques scrupules à avouer que je n'ai pas vraiment aimé cette lecture.
Une promenade au bord de la mer dans l'Est de l'Angleterre est un point de départ plaisant. Au fil de cette rêverie, l'auteur se souvient de différents évènements vécus ou historiques. de la leçon d'anatomie de Rembrand à l'histoire de la sériciculture en Europe, en passant par Konrad au Congo ou les insurgés lors de l'indépendance de l'Irlande, tout y passe. C'est, certes, passionnant mais fouillis et beaucoup trop détaillé. On se perd dans toute cette érudition, d'autant que la mise en page, sans paragraphes, n'aide pas.
Le thème qui semble pourtant l'emporter, et pour lequel j'en ai continué la lecture, est l'impermanence de toutes choses et la réflexion sur le passage du temps. D'ailleurs, la région que Sebald parcourt, la côte de l'East Anglia est soumise à une érosion féroce qui fait reculer le rivage presque à vue d'oeil, emportant avec elle les multiples vestiges du passé, ce qui corrobore bien le fil conducteur de son récit : Tout finit par disparaître, l'humain y compris !
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Davjo
  08 mai 2014
C'est le troisième récit que je lis de W. G. Sebald parmi les quatre grands livres qu'il a eu le temps d'écrire avant de mourir à 57 ans. C'est un écrivain de l'imprégnation mélancolique, son écriture ressemble à la pluie qui tomberait sur des fleurs séchées pour les ranimer une dernière fois. Avec lui, la vie ressemble à un lent dégradé de couleurs, de formes, de mouvements, qui ralentissent jusqu'à se figer.
Dès qu'il commence à lire Sebald, l'esprit du lecteur entre dans une phase méditative, il s'applique à choisir ses mots et les faire peser. le regard sur le monde qui nous entoure devient différent, plus lent, plus profond, la pensée va au rythme de la phrase sebaldienne. Nous devenons personnage du livre nous-même.
Le personnage sebaldien est souvent un universitaire qui narre l'histoire de ses voyages. C'est un autre lui-même que W.G.Sebald met en scène. Les personnages qu'il nous présente ont-ils existé ? Mickaël Parkinson, cet homme de peu de besoin, qui travaille sur Ramuz et meurt mystérieusement dans son lit. Et sa collègue romaniste qui parle si bien des scrupules de Flaubert...Elle vit dans un appartement où se développe un univers de papier et elle ne se serait pas remise de ce décès. Michael Farrar, cinquante pages plus loin, a créé un des plus beaux jardins de la région avec sa prédilection pour les rosiers, les iris et les viola rares. Une phrase décrit l'évènement qui cause sa mort. Un simple accident domestique devient une vision ardente.
Entre temps, le narrateur aura cherché un crâne dans un musée secret de l'hôpital.
Nous aurons droit à une analyse du tableau de Rembrandt présentant une autopsie de Aris Kindt, nous saurons désormais que le médecin qui opérait devant la bonne société qui avait payé sa place se nommait Tulp. Puis l'auteur nous raconte son voyage raté à La Haye pour voir ce tableau comme si celui-ci portait malheur.
Nous serons descendus vers la côte dans un autorail en roue libre, et nous aurons visité la Seigneurie de Somerleyton, ses enfilades de pièces, et arpenté les rues de Lowestoft, qui porte les stigmates de la crise économique. Ce genre de description nous rappelle d'autres livres de Sebald, d'autres zones décrépites dont la désolation fait le bonheur de l'écrivain. Quand on lit Sebald, on s'attend presque à croiser la silhouette de Edgar Allan Poe ou à voir Lovecraft écarter le rideau et jeter un regard soupçonneux dans la rue . Et pourtant, tout se déroule dans un contexte réaliste, les petites histoires des gens se mêlant au passé et à la grande histoire, la politique (la baronne Tatcher) comme l'économie. le temps est comprimé sur une dizaine de pages extraordinaires à propos du développement et la fin de l'industrie du vers à soie dans le monde, de la Chine à l'Angleterre. le motif du vers à soie illustre les différentes étapes de la vie et de l'éternité de l'âme.
Les réflexions de Sebald sont une analyse minutieuse des événements des deux derniers siècles, tandis qu'il construit, en même temps, un arc de longue durée historique remontant au commencement de ce qui évolue pour devenir un système capitaliste global.
Le narrateur semble hanté par des personnages historiques comme si il revivait leur vie. Qui connaît Gavrilo Princip qui change le destin du monde en tirant un coup de feu lourd de conséquence à Sarajevo le 28 juin 1914 ? Et Roger Casement qui s'engage contre l'exploitation brutale dont sont victimes les noirs congolais, et qui paiera cher ses désirs d'engagement.
Des écrivains aussi, comme Konrad Korzeniowski, qui deviendra connu sous un autre nom, et qui aura vu des ses yeux l'ignominie du colonialisme. Et faire revivre l'amour De Chateaubriand pour sa jeune américaine au point de confondre son style avec celui de l'auteur. On ne sait plus qui parle, qui écrit.
Sebald poursuit son voyage sur une côte dont les falaises s'effondrent, les villages disparaissent dans la mer.
« Dunwich avec ses tours et ses milliers d'âmes s'est dissous dans l'eau, transformé en sable, en gravier, évaporé dans l'air léger. »
ou sont abandonnés comme l'isolement total sur ce môle avancé :
«... il me sembla que je traversais un pays inexploré ...au-milieu des vestiges de notre propre civilisation anéantie au cours d'une catastrophe future...»
Lien : http://killing-ego.blogspot...
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MarianneL
  12 mars 2017
Voyage dans l'espace et le temps d'un chasseur de fantômes.
«Fin août 1992, comme les journées caniculaires approchaient de leur terme, je me mis en route pour un voyage à pied dans l'est de l'Angleterre, à travers le comté de Suffolk, espérant parvenir ainsi à me soustraire au vide qui grandissait en moi à l'issue d'un travail assez absorbant. Cet espoir devait d'ailleurs se concrétiser jusqu'à un certain point, le fait étant que je me suis rarement senti aussi libre que durant ces heures et ces jours passés à arpenter les terres partiellement inhabitées qui s'étendent là, en retrait du bord de mer. D'un autre côté, pourtant, l'antique superstition selon laquelle certaines maladies de l'esprit ou du corps s'enracineraient en nous de préférence sous le signe de la Canicule m'apparaît aujourd'hui plus que justifiée. Par la suite, en effet, je ne fus pas seulement aux prises avec le souvenir d'une belle liberté de mouvement mais aussi avec celui de l'horreur paralysante qui m'avait saisi à plusieurs reprises en constatant qu'ici également, dans cette contrée reculée, les traces de la destruction remontaient jusqu'au plus lointain passé. Et c'est peut-être pour cette raison qu'une année jour après jour après le début de mon voyage, je me trouvai dans l'incapacité totale de me mouvoir, si bien qu'il fallut me transporter à l'hôpital de la capitale régionale, Norwich, où j'entrepris, du moins en pensée, de rédiger les pages qui suivent.»
Ayant entrepris d'arpenter à pied les côtes du comté de Suffolk dans la chaleur et le silence de l'été, traversant des villages dépeuplés et des propriétés en déshérence, au bord de la dissolution et de la ruine silencieuse, le narrateur des «Anneaux de Saturne» relève au cours de ce voyage les traces du passé, qui lui renvoient l'image de l'Histoire comme une succession tragique de destructions, de génocides et d'abus de pouvoir. Ces drames irrésolus, en écho à la paralysie émotionnelle et au mutisme du peuple allemand après la seconde guerre mondiale évoqué dans «De la destruction comme élément de l'histoire naturelle» viennent hanter le présent et la mémoire de Sebald, narrateur de la constellation de récits qui composent ce chef d'oeuvre.
La suite sur mon blog ici :
Lien : https://charybde2.wordpress...
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brigetoun
  11 novembre 2009
Voyage à partir du Norfolk en longue coulée, dans ce que lui disent ces paysages ou ce qu'il rêve à partir d'eux - pans de vies, corps d'idées - rebondissant de ces visions assez désolées, ou de ces paysages mourrants à d'autres, de personnages en personnages, échos secrétés par, et nourriture des lieux, éléments constituant par touches une philosophie.
Et c'est par eux que je me retrace ce trajet, ne gardant le corps du livre, sa saveur, que dans les souvenirs qu'ils amènent pour moi et qui doit être découvert en lisant.
Michael Parkinson « l‘un des hommes les plus innocents qu‘il m‘ait été donné de rencontrer », son manque de besoin, l'étude de Ramuz
Thomas Browne - les dissections, la leçon d'anatomie de Rembrandt - l'état flottant d'un opéré - l'érudition et le quinconce retrouvé partout et « dans le jardin du roi Salomon, dans l'ordonnance des lys blancs et des grenadiers qui y sont alignés au cordeau »… - les sépultures, la crémation
Hazel, le jardinier de Someleyton et la guerre aérienne
Les pécheurs de harengs et le dépeuplement des océans, ou leur empoisonnement
Bioy Caséres, les miroirs - son exemplaie de l'Anglo American Cyclopedia. - à l'existence incertaine
Johan Mauritz, les fortunes faites par les négociants au siècle d'or, et l'exploitation du Brésil
Les croates, Banja Luka et le traitement infligé aux serbes
Roger Casement, son histoire reconstituée ou rêvée, le Congo, Conrad, le jugement de ce dernier sur l'horreur de cette colonisation, et son histoire quand il était Jozef Teodor Konrad Korzeniowski, Cracovie, l'Ukraine, le traineau et l'oncle Tadeuz (et ces pages sont admirables)
L'empereur Xianlong, les compagnies occidentales, l'opium, l'impératrice Cixi, la sècheresse de 1878, et l'amour de l'impératrice pour les vers à soie - « ces créatures pâles, presque transparentes,qui délaisseraient bientôt leur vie au profit du fil ténu qu'elles tissaient, lui apparaissaient comme ses véritables fidèles. Elle voyait en eux le peuple idéal, zélé…. » - ses adieux à la vie et à l'empire, et les théories sur le temps humain.
Algerson Swinburne, ses excursions à Dunwich, sa fuite des salons préraphaléiques - « l'autodissolution progressive de la vie » - la mer qui gagne et le déplacement de la petite ville
Délaissant les personnages : « toute la civilisation humaine n'a jamais été rien d'autre qu'un phénomène d'ignition plus intense d ‘une heure à l'autre »
Une lande, le rêve d'un clair labyrinthe et Michael Hamburger et les souvenirs de sa jeunesse berlinoise (de leur)
Edward FitzGerald, la ruine des propriétaires irlandais - la chasse qui prend possession de la campagne et la superbe visite halucinée aux terrains qui ont servi à la recherche d'armes secrètes
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5Arabella
  30 juillet 2016
Un homme décide de faire un voyage à pied dans l'est de l'Angleterre. Il visite certains lieux, fait quelques rencontres, évoque des souvenirs ou plus exactement des réminiscences. Il s'agit en fin de compte d'un voyage intérieur, où les choses se remettent en place, et les significations affleurent.
Il était très difficile de parler de Sebald. C'est un écrivain très original, qui a une très grande densité, aussi bien en ce qui concerne l'écriture que la vision du monde. Il ne s'agit pas dans le cas de ce livre d'un roman où même d'un récit, mais plutôt d'un journal de voyage dans lequel l'auteur évoque les sujets qui lui viennent à l'esprit, avec une infinie érudition, et une grande profondeur dans son approche de ces sujets. Cela semble donc par moments un peu décousu, les sujets évoqués semblent venir parfois un peu par hasard, certains m'ont plus captivé que d'autres. En tous les cas il faut une grande concentration pour rentrer dans ce livre. Mais l'effort en vaut la peine, et j'ai passé quelques beaux moments. J'avoue avoir préféré les passages où Sebald parle d'autres écrivains, les pages concernant Conrad et Chateaubriand m'ont terriblement captivée.
Cette lecture me donne en tous les cas envie de continuer à explorer l'univers de l'auteur, car son écriture est véritablement splendide.
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
SachenkaSachenka   14 novembre 2015
Thomas Browne est frappé par l'impermanence de toutes choses en rapport avec un processus sans fin de transformation revenant à manger et à être mangé. Sur chaque forme nouvelle plane l'ombre de la destruction. Car l'histoire de chaque individu, celle de chaque communauté et celle de l'humanité entière ne se déploie pas selon une belle courbe perpétuellement ascendante mais suit une voie qui plonge dans l'obscurité après que le méridien a été franchi.
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ericboericbo   11 avril 2018
Dès le XVIIème siècle, il ne subsiste, dans l'ensemble des îles britanniques, que d'insignifiantes parcelles, d'ailleurs plus ou moins laissées à l'abandon, du massif forestier des anciens temps. (...) Notre propagation sur terre passe par la carbonisation des espèces végétales supérieures et, d'une manière plus générale, par l'incessante combustion de toutes substances combustibles. De la première lampe-tempête jusqu'aux réverbères du XVIIIème siècle, et de la lueur des réverbères jusqu'au blême éclat des lampadaires qui éclairent les autoroutes, tout est combustion, et la combustion est le principe intime de tout objet fabriqué par nous.
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SachenkaSachenka   16 novembre 2015
À présent, dit-elle, regardant en arrière, elle voyait bien que l'histoire n'était faite de rien d'autre que du malheur et des affections qui déferlent sur nous, sans trêve ni repos, comme les vagues sur le rivage de la mer, si bien, dit-elle, que tout au long de nos jours terrestres nous ne vivons pas un seul instant qui soit véritablement exempt de peur.
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OrpheaOrphea   16 juin 2011
Sans doute sont-ce des souvenirs enfouis qui confèrent un caractère singulièrement hyperréaliste à ce que nous voyons en rêve. Mais peut-être aussi que c'est autre chose, une sorte de brume, de voile à travers lequel, paradoxalement, tout nous apparaît plus nettement en rêve. Une petite nappe d'eau devient un lac, un souffle de vent se transforme en tempête, une poignée de poussière en désert, un grain de soufre dans le sang en une éruption volcanique. Qu'est-ce donc que ce théâtre dans lequel nous sommes tout à la fois dramaturge, acteur, machiniste, décorateur et public ? Faut-il, pour franchir les parvis du rêve, une somme plus ou moins grande d'entendement que celle dont on disposait au moment de se mettre au lit ?
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psechpsech   23 septembre 2016
Des jours et des semaines durant on se triture vainement les méninges et l'on ne saurait dire, à supposer que l'on soit interrogé sur ce point, si l'on continue à écrire par habitude ou pour se faire valoir, ou parce qu'on ne sait rien faire d'autre, ou encore parce que la vie n'a pas cessé de nous étonner, par amour de la vérité, par désespoir ou par indignation, pas plus qu'on saurait dire si le fait d'écrire nous rend plus sage ou plus fou. Peut-être chacun de nous perd-il la vue d'ensemble au fur et à mesure qu'il bâtit sa propre oeuvre, et peut-être est-ce pour cette raison que nous sommes disposés à nous imaginer que le progrès de la connaissance se mesure à l'aune de la complexité croissante de nos constructions intellectuelles, et cela bien que nous pressentions en même temps que jamais nous ne saisirons les impondérables qui, en réalité, déterminent notre parcours. L'ombre de Hölderlin vous accompagne-t-elle toute votre vie parce que votre anniversaire tombe deux jours après le sien ? Est-ce pour cela qu'on est sans cesse tenté de se débarrasser de la raison comme d'une vieille défroque, de signer humblement lettres et poèmes du nom de Scardanelli et d'écarter les visiteurs importuns en les appelant Votre Grandeur et Majesté ? Commence-t-on à traduire des élégies à quinze ou seize ans parce qu'on a été chassé de son pays natal ? Est-il possible qu'on ait dû s'installer plus tard dans cette maison, dans le Suffolk, uniquement parce que le nombre 1770, année de naissance de Hölderlin, figurait sur une pompe à eau en fer, au fond du jardin ? [...] Quels laps de temps les affinités électives et les correspondances peuvent-elles couvrir ? Comment peut-on seulement voir dans un autre homme soi-même ou, à tout le moins, un devancier de soi-même ?
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Video de W. G. Sebald (2) Voir plusAjouter une vidéo

Winfried Georg Sebald : Les Émigrants
Au port d'Amsterdam, Olivier BARROT présente le livre de W.G. Sébald "Les Émigrants" aux éditions actes sud. le livre, écrit par ce Bavarois installé en Angleterre, narre l'histoire de quatre personnes authentiques exilées d'Europe par le nazisme.
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