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Patrick Charbonneau (Traducteur)
ISBN : 2070425223
Éditeur : Gallimard (27/03/2003)

Note moyenne : 4.26/5 (sur 95 notes)
Résumé :

« Je vois les pièces vidées. Je me vois assis tout au sommet de la carriole, je vois la croupe du cheval, la vaste étendue de terre brune, les oies dans la gadoue des basses-cours et leurs cous tendus, et aussi la salle d'attente de la gare de Grodno avec, au beau milieu, le poêle surchauffé entouré d'une grille et les familles d'émigrants regroupées tout autour. Je vois les fils du télégraphe montant... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
Sachenka
  21 décembre 2015
« Les émigrants » m'a réconcilié avec G.W. Sebald. Les deux derniers romans que j'ai lus de cet auteur m'avaient déçu. Les mille et une pistes, les nombreux détours tortueux de son érudition qui font sa marque n'avaient pas fonctionné. On y retrouvait trop de détails dont beaucoup me semblaient inutilement complexes, presque inutiles. Bref, trop cérébral ! J'aime bien un défi intellectuel mais ça dépassait mon entendement.
Oui, « Les émigrants » contient de cela. Évidemment. Mais au moins je sentais que ça menait quelque part. Il s'agit de quatre récits racontant le destin d'individus déracinés, exilés. Chacun a son histoire, un parcours qui l'a mené des confins de l'Europe (de l'Allemagne ou de la Lithuanie) à un point X. Un parcours souvent difficile et cahotique. Un parcours fascinant. Surtout, un destin tragique (les quatre ont terminé par un suicide). À travers un mélange de souvenirs, de recherches, Sebald retrace, recréé la vie de ces êtres torturés. Ces êtres qui étaient les témoins et les représentants d'un monde qui n'est plus.
Les mille et un détails qui m'agaçaient dans ses autres oeuvres trouvent ici leur place. Ils aident à reconstituer l'ensemble, à rendre tellement crédible les histoires racontées. L'Histoire. Parce que, ce qu'on vécu Henry Selwyn, Paul Bereter, Ambros Adelwarth et Max Feber, assurément d'autres personnes en ont fait l'expérience. La nuit de crystal, les exactions contre les juifs, les déracinements, l'éloignement des siens, les dures séparations, les retours aux sources… Les souvenirs… surtout ceux qui nous hantent. Une partie d'eux-mêmes qui n'est plus, qui leur a été arrachées.
En lisant « Les émigrants », j'avais l'impression d'être aux côtés de Sebald alors qu'il reconstituait les morceaux du puzzle de la vie de ces quatre individus. Comme si on entrait dans leur univers à pas feutrés, comme s'il fallait les apprivoiser afin que leur histoire se dévoile, se déroule sous mes yeux. Et les émotions sont au rendez-vous. Malgré la mélancolie qui m'a saisi tout le long de cette lecture, je n'étais pas triste, le ton est juste. La plume de Sebald, très évocatrice, y est pour beaucoup. Je lui trouve un certain lyrisme, presque de la poésie. Mais toujours on est ramené à la réalité, aux faits.
Comme toujours, un bon mélange de réalité et de fiction. Les oeuvres de Sébald (même celles que j'ai moins appréciées) sont si particulières, mémorables, uniques ! À lire !
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MarianneL
  28 décembre 2016
L'exil inguérissable et le retour inéluctable des souvenirs.
Ce récit ponctué de photographies de l'auteur, publié en 1992, et traduit en 1999 par Patrick Charbonneau pour les éditions Actes Sud, juxtapose les biographies littéraires de quatre hommes hantés par des fantômes de souvenirs indéfinissables, indéfinissables sans doute car l'horreur ne peut être dite frontalement. le narrateur des «Émigrants» restitue, à partir de traces patiemment recueillies, les histoires de ces individus hantés par l'exil et la disparition, par des souvenirs traumatiques qui un jour les rattrapent, inéluctablement.
Le narrateur rencontre le premier de ces hommes, le Dr Henry Selwyn, tandis qu'il cherche à emménager fin septembre 1970 dans l'est de l'Angleterre, dans les environs de Norfolk. Il va habiter pendant quelques mois dans la maison de ce chirurgien à la retraite, désormais coupé du monde et se sentant de plus en plus étranger dans son propre pays. le narrateur explore par touches le retour du souvenir de l'exil de la famille juive lituanienne de Selwyn vers l'Angleterre, dans les dernières années du XIXème siècle ; les images effacées de cet exode resurgissent, irrépressibles, à la manière de la dépouille de ce guide de montagne de Bern qui fut l'ami de Selwyn dans sa jeunesse, disparu en 1914 en montagne et restitué par un glacier suisse sept décennies plus tard.
La suite sur mon blog ici :
Lien : https://charybde2.wordpress...
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GrandGousierGuerin
  09 avril 2016
Est-ce-que l'acte de résilience est toujours possible ou encore désirable ? Comment le juger, notamment face aux forces en présence ? Et si l'adversité vous pousse sur les chemins de l'exil, dans la fuite d'un pays ou d'une population, vous éloigne à tout jamais de vos proches, de vos origines, de votre famille, de votre histoire ? Aucun état d'âme à noter avant de recevoir l'estampille sur votre passeport ?
L'encre risque de tourner au rouge si l'on songe à tous ceux qui ont su et du s'enfuir d'Europe orientale face aux pogroms, laissant tout derrière eux, et au final beaucoup plus d'eux-mêmes qu'ils n'en auraient volontairement consenti …
Dans quatre récits, Sebald se penche sur des destins éparpillés qui au soir de leur vie lâchent la bride pour rejoindre ceux qu'ils ont quittés, abandonnés
Dans une narration empreinte de mélancolie, illustrée de nombreuses photos, Sebald laisse un dernier témoignage de ces émigrants, qui ne cherchent pas à témoigner, n'ont plus la force du combat, plus d'illusion et recherchent cette dernière brise qui éteindra enfin cette dernière petite flamme.
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le-mange-livres
  06 avril 2012
Pas de lecture depuis un bout de temps ... ou plutôt si, je me suis embourbée depuis un mois dans Waltenberg dont j'aurais bientôt l'occasion de parler - un pavé donc, que j'ai malencontreusement sorti de mon sac en début de semaine pour caler le vidéoprojecteur, et qui est donc malencontreusement resté au lycée le soir.
Impossible pour moi de rester sans lecture le soir ... je me lance donc dans un nouveau bouquin : Les émigrants de Sebald, un auteur que pour l'occasion je découvre.

C'est à mon sens un très beau livre, que j'ai dévoré d'une traite, qui n'est ni vraiment un roman, ni vraiment une autobiographie, ni vraiment une fiction, mais plutôt une sorte d'enquête, de quête, même, agrémentée de photographies, un peu comme les magnifiques Disparus de Mendelsohn, ou, dans un tout autre genre Istanbul de Pamuk. J'aime assez ce procédé, qui ajoute une dimension sensible très touchante à l'oeuvre - qui correspond d'ailleurs, dans les trois cas, à un véritable parcours personnel.
Bref, pour en revenir aux Emigrants, il s'agit de quatre « récits » de vie, qui redonnent leur dignité à ces migrants ou ces déracinés, marqués par le destin chacun à leur manière (j'ai bien aimé l'instituteur et ses méthodes pédagogiques … particulières … ou le très beau texte sur Manchester qui clôt le livre). En filigrane se dessine la tragédie du génocide juif, mais toujours effleurée sans être réellement évoquée. La pensée vagabonde, c'est fin, et c'est sensible. Beau récit sur les êtres brisés par les départs et les retours toujours recommencés.
« Je vois les pièces vidées. Je me vois assis tout au sommet de la carriole, je vois la croupe du cheval, la vaste étendue de terre brune, les oies dans la gadoue des basses-cours et leurs cous tendus, et aussi la salle d'attente de la gare de Grodno avec, au beau milieu, le poêle surchauffé entouré d'une grille et les familles d'émigrants regroupées tout autour. Je vois les fils du télégraphe montant et descendant devant les fenêtres du train, je vois les alignements des maisons de Riga, le bateau dans le port et le recoin sombre du pont où, autant que l'entassement le permettait, nous avions installé notre campement familial. »
Lien : http://le-mange-livres.blogs..
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JeanPierreV
  02 avril 2016
Roman, biographies, enquêtes…un peu de tout sans doute. Quatre récits illustrés de photos anciennes « collant » au texte, une construction – texte-photos – comparable à celle d'Austerlitz, avec lequel j'avais découvert cet auteur..une découverte que je souhaitais poursuivre avec ce livre encensé par la critique lors de sa parution en 1992.
Quatre personnages tous différents qui ont fuit, enfant avec leurs parents ou adultes, l'Allemagne ou la Lituanie, leurs pays de naissance. Quatre personnages d'origine juive menacés par les nazis. Quatre hommes qui apprendront plus tard la disparition des leurs.
Peu à peu ces quatre hommes, sans aucun lien entre eux, réussissent leur vie sociale dans leur pays d'accueil, ils seront chirurgien, pédagogue, majordome, peintre de renom. Certains modifieront leur nom, pour mieux s'intégrer à leur pays d'accueil. Ils auront tous de beaux métiers mais seront des hommes assez seuls, l'auteur ne nous parle que très peu de leurs familles, de leurs amies féminines.
Ils auront quelques amis, qui tour à tour raconteront leur vie, comment il les ont connus, aimés. Tous quatre seront dans leur nouveau pays et malgré leur réussite professionnelle d'éternels tourmentés. L'émigration laisse parfois des traces indélébiles, un vide.
Aucun n'oubliera son départ : « Je vois les pièces vidées. Je me vois assis tout au sommet de la carriole, je vois la croupe du cheval, la vaste étendue de terre brune, les oies dans la gadoue des basses-cours et leurs cous tendus, et aussi la salle d'attente de la gare de Grodno avec, au beau milieu, le poêle surchauffé entouré d'une grille et les familles d'émigrants regroupées tout autour. Je vois les fils du télégraphe montant et descendant devant les fenêtres du train, je vois les alignements des maisons de Riga, le bateau dans le port et le recoin sombre du pont où, autant que l'entassement le permettait, nous avions installé notre campement familial. »
L'écriture de Sebald qui a lui même choisit d'émigrer, s'appuie sur des photos d'époque, laissant à penser qu'il s'agit d'enquêtes minutieuses, auprès des familles, ou auprès de personnes qui ont côtoyé et aimé ces quatre personnages; quatre puzzles qu'il essaie de reconstituer. Ont-ils existé? Quelle est la part de roman?
En tout cas, Sebald sait décrire les tourments de ces âmes, tracer l'histoire et la mélancolie de ces hommes calmes et nous faire ressentir leur fragilité intérieure. Dans chaque vie alternent le rose et le gris. La vie rose avant l'arrivée des nazis, vie sans soucis, devint grise et le resta dans leur pays d'accueil, non pas du fait de leurs conditions de vie, mais du fait de ce manque au fond du coeur.
Une grisaille qui les confrontera, soit dans leur chair ou dans celle de proches, à la folie et à l'internement psychiatrique ou au suicide violent.
« Dans le silence général, les beaux rêves qu'il avait échafaudés tout au long de l'été, s'effondrent comme un château de cartes. L'avenir se brouille devant ses yeux et il éprouve, il éprouve alors pour la première fois cet implacable sentiment de défaite qui plus tard devait si souvent l'envahir et auquel il allait finir par succomber ».
« Émigrés » un mot qu'on entend de plus en plus…j'ai voulu en savoir plus grâce à Sebald, et je n'ai pas regretté mon émotion.
Lien : http://mesbelleslectures.com..
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Alice_Alice_   25 décembre 2017
Elle commença par me dire qu'à l'âge de sept ans, après la mort de sa mère, elle avait quitté avec son père, historien de l'art, sa ville natale de Francfort. La petite villa qu'elle habitait près du lac avait été construite au tournant du siècle par un fabricant de chocolat désireux de s'y retirer sur ses vieux jours. Le père de Mme Landau en avait fait l'acquisition à l'été 1933 et y avait englouti la totalité de sa fortune, la contraignant, expliqua-t-elle, à passer toute son enfance et les années de guerre qui suivirent dans une maison dont les pièces étaient quasiment vides. Toutefois, vivre dans cette absence de meubles ne lui était pas apparu, bien que cela fût difficile à expliquer, comme un manque, mais bien plutôt comme une distinction ou un avantage qu'elle devait à une tournure heureuse des événements. Elle se souvenait très précisément, dit-elle, de son huitième anniversaire, où son père avait dressé sur la terrasse une petite table recouverte d'une nappe de papier blanc et où elle avait dîné avec Ernest, son nouveau camarade de classe, tandis que son père, en veste noire, une serviette sur le bras, avait joué les serveurs avec un étrange empressement. Entourée d'arbres légèrement habités par le vent, la maison vide aux fenêtres grandes ouvertes avait été pour elle le décor d'une scène féerique. Et quand tout le long du lac, jusqu'à Saint-Aubin et plus haut encore, des feux s'étaient allumés les uns après les autres, elle n'avait pas doute un seul instant que ce fût pour elle, exclusivement en honneur de son anniversaire. Ernest poursuivit-elle en lui dédiant un sourire franchissant des temps révolus, Ernest savait bien sûr pertinemment que ces feux de joie illuminant l'obscurité environnante n'étaient là que pour célébrer la fête nationale, mais il avait eu le tact suprême de ne pas ternir ma félicité en se lançant dans une quelconque explication.
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SioSio   09 juin 2012
Derrière un cadre de métier à tisser vertical sont assises trois jeunes femmes de peut-être vingt ans. Le tapis qu'elles nouent a un motif géométrique irrégulier qui jusque dans ses couleurs me rappelle celui de notre canapé à la maison. Qui sont ces jeunes femmes? Je ne sais. A cause du contre-jour qui tombe de la fenêtre à l'arrière-plan, je ne peux voir exactement leurs yeux, mais je sens qu'elles regardent dans ma direction, car je suis à l'endroit où se tenait Genewein le comptable avec son appareil photo.
La jeune femme du milieu a des cheveux blond clair et un faux air de jeune mariée. La filandière à sa gauche tient sa tête légèrement penchée sur le côté tandis que celle de droite fixe sur moi un regard si impitoyable que je ne saurais le soutenir longtemps. Je me demande quels pouvaient être leurs noms - Roza, Lusia et Lea, à moins que ce ne soit Nona, Decuma et Morta, les filles de la Nuit et leurs attributs, le fuseau, le fil et les ciseaux.
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dahudahu   22 octobre 2012
Le souvenir, ajoutait-il dans un post-scriptum, m'apparaît souvent comme une forme de bêtise. On a la tête lourde, on est pris de vertige, comme si le regard ne se portait pas en arrière pour s'enfoncer dans les couloirs du temps révolu, mais plongeait vers la terre du haut d'une de ces tours qui se perdent dans le ciel.
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SachenkaSachenka   19 décembre 2015
[...] quand ils sont "à l'étranger", les émigrants, on le sait, ont tendance à se raccrocher à leurs proches.
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OttoDidaktOttoDidakt   04 août 2016
Le temps est un critère incertain, il n'indique rien d'autre que les fluctuations de l'âme.
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Video de W. G. Sebald (2) Voir plusAjouter une vidéo

Winfried Georg Sebald : Les Émigrants
Au port d'Amsterdam, Olivier BARROT présente le livre de W.G. Sébald "Les Émigrants" aux éditions actes sud. le livre, écrit par ce Bavarois installé en Angleterre, narre l'histoire de quatre personnes authentiques exilées d'Europe par le nazisme.
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