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EAN : 9782812619458
144 pages
Éditeur : Editions du Rouergue (08/01/2020)

Note moyenne : 4.2/5 (sur 22 notes)
Résumé :
Lorsque les Langlois arrivent à Carmac, ce village perdu dans une vallée montagneuse où tout le monde se connaît et se ressemble, ils font l'effet d'une apparition. Des gens comme eux, aussi riches, aussi heureux, on n'en fréquente pas. Ils se font construire un chalet impressionnant, face à la maison modeste d'Anna et de Constant. Entre les deux couples se noue une relation ambiguë, faite de fascination, de gêne, bientôt de jalousie, peut-être de racisme.
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Alalettre
  08 janvier 2020
C'est avec la même « humanité tremblante » que la plume de Samira Sedira évoque, dans ce quatrième roman, quelques tranches de vie, partages de bonheurs simples, joies des fêtes communales, avant le surgissement d'incompréhensions, de faux-fuyants, de jalousies, de vexations, de non-dits et de souffrances intimes. Pour décortiquer finalement la mécanique intime de la vengeance, celle qui mènera au meurtre, à la fêlure majeure d'une communauté villageoise isolée, perchée quelque part dans les hauteurs des montagnes et de leurs paysages bucoliques.
Samira Sedira a le sens de la tragédie (un vase clos et un destin dévastateur) mais elle traite cette affaire (inspirée d'un fait divers réel) avec une telle douceur, elle décrit ces humanités avec une telle empathie et ses défauts avec une telle tendresse que lorsque ces petits travers conduisent au drame, – l'horreur absolue de l'assassinat d'une famille entière (parce qu'elle est plus riche, ou parce que Bakary Langlois est Noir, ou parce que cette famille est et restera étrangère, ou encore parce que leur maison est trop belle ?) – il est impossible de ne pas se retrouver confronté à cette interrogation perturbante : qui sont les véritables pousse-au-crime, quelle est cette société qui, de replis en replis, peut faire instantanément fondre l'humain et libérer l'animal ?
La construction du récit est simple et solide, exposé du point de vue de la compagne du meurtrier et faisant alterner scènes du procès et retours en arrière, dans l'espoir (vain ?) de comprendre comment et pourquoi survient le passage à l'acte, où se pose la virgule qui mène à la folie, où commence le chemin qui mène à l'enfer.
Comme toujours, l'écriture de Samira Sedira convainc par sa simplicité, sa fluidité, ses couleurs et sa capacité d'aller à l'essentiel dans un subtil agencement des mots. C'est court, c'est fort, c'est un bouquin à découvrir, puis à déguster, qui installe définitivement Samira Sedira dans la liste des auteurs à suivre et à aimer.
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Calimero29
  02 février 2020
Je découvre Samira Sedira avec ce roman coup de poing que j'ai lu d'une traite, happée par la mécanique implacable qui fait d'un homme sans histoire un quintuple assassin.
Ce roman s'inspire de l'affaire Xavier Flactif, en 2003, au Grand-Bornand qui avait défrayé la chronique. Dans un village de montagne, replié sur lui-même, où tout le monde se connaît, arrivent un couple et ses 3 enfants qui respirent l'aisance matérielle et la joie de vivre. Ils organisent des réceptions où sont conviés les gens du village et parmi eux Constant et Anna, leurs voisins. Une relation ambiguë s'établit entre les deux couples, créant un climat malsain : Anna est embauchée comme femme de ménage par le couple, Constant ne le supporte pas, se sentant rabaissé; Constant confie les économies de ses parents au couple qui lui fait miroiter une rentabilité élevée mais lorsque Constant, subodorant une affaire pas nette, lui réclame son argent, il n'arrive pas à le récupérer.
Un jour, obsédé par cet argent, symbole de ses échecs accumulés, lui qui aurait pu devenir un grand champion de saut à la perche si un accident n'avait réduit ses espoirs à néant, aveuglé par la haine qui n'a cessé de croître face à la condescendance et au mépris du couple, rongé par une jalousie d'autant plus viscérale qu'elle se double d'un racisme qui ne dit pas son nom (le voisin est noir), il massacre les cinq membres de la famille.
La narratrice, Anna, suit le procès de son mari et se rappelle comment tout a commencé. A travers sa voix, Samira Sedira dissèque les ressorts qui peuvent transformer un homme "normal" comme le qualifient ses amis en assassin. L'élément déclencheur, ici, une grimace mal interprétée de la fille aînée du couple, paraît sans aucune proportion face à l'acte mais il s'insère parfaitement dans le schéma mental de Constant, qui se sent méprisé.
Au coeur de ce roman, apparaissent des thèmes comme la peur de l'étranger dans un milieu fermé et homogène, le fossé entre des classes sociales différentes, thèmes qui semblent chers à l'auteur.
C'est glaçant mais magistral; l'écriture est ciselée, percutante, tendue; même si on connaît le dénouement d'entrée de jeu, on veut comprendre comment cet homme lambda a pu se transformer en quelques minutes en assassin.
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MiMotsLettres
  25 juin 2020
Samira Sedira s'est inspirée d'un fait divers (l'affaire Flactis) pour écrire ce roman vif et percutant. Avec la voix de la femme de Constant, l'accusé, on commence avec une audience lors du procès de Constant, avant de rembobiner jusqu'à l'arrivée des Langlois à Carmac, petit village paumé dans la montagne. Les Langlois sont beaux. Les Langlois réussissent.
Dès lors, les Langlois fascinent. Et de la fascination naît l'envie. La jalousie. Avec une pointe de racisme latent, la trouille de l'étranger.
Le récit est court, ciselé, donne froid dans le dos.
L'autrice décortique le processus amenant un homme sans histoire, sans violence dans son passé, en vient à tuer de sang-froid une famille de cinq personnes.
Magistral et vertigineux.
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Komboloi
  04 juin 2020
Un livre glaçant inspiré d'un vrai fait divers dont je n'avais pas connaissance.
La construction du roman est implacable entre flash du procès et retour dans le passé pour comprendre comment le meurtrier en est arrivé là. L'ecriture est soigné et c'est intéressant d'avoir pris l'angle de l'épouse qui revit les faits en cherchant à comprendre ce qui a motivé son mari à passer à l'acte. Ce sont ses souvenirs, les retours en arrière qui vont faire ressurgir toutes les petites alertes qui sont passées inaperçues.
Le roman est court, il se lit vite, et pourtant il y a quelques défauts dans le rythme du recit à mon sens. le début prend son temps en posant patiemment les bases du recit mais la fin est précipitée. J'ai apprécié la dernière partie en rupture mais on passe du procès à cette dernière partie de manière très brusque.
Quelques pages supplémentaires pouvaient permettre d'aller un peu plus loin en se mettant par exemple dans la peau d'un membre du jury du procès.
Toutefois je comprends le souhait de l'auteur de rester bref, concis, implacable. Il ne faut pas tomber dans l'excès et faire du remplissage mais cela aurait pu être un peu plus creusé avec un rythme plus régulier.
Ceci dit, ce livre reste un bon roman que je recommande. Rapide à lire, bien écrit, c'est une vraie plongée dans ce fait divers glaçant qui ne manquera pas de bousculer un peu le lecteur.
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BlackFramboiZe
  17 février 2020
Dans ce court récit, tout est posé en quelque 140 pages. En dire plus relèverait presque du voyeurisme.
C'est Anna qui prend la parole, elle la femme de Constant Guillot, elle raconte. Son mari a tué les enfants puis les parents Langlois, leurs voisins dans ce village paisible de montagne. Et en ce début de roman, il est sommé de s'en expliquer au cours du procès en Assises. Anna se tient là, assise dans la foule. Elle écoute cet homme qu'elle semble découvrir, et qui dévoile sa part d'ombre. L'échine courbée par le poids de la culpabilité. Mille questions l'assaillent : comment elle sa femme n'a t-elle pas perçu la colère qui grandissait, l'envie qui ravageait Constant. Comme tous au village, leurs voisins, leurs amis, elle n'a rien anticipé, n'a rien vu venir. Pourtant insidieusement le mécanisme de la folie se mettait en place depuis que les Langlois s'étaient installés près de chez eux, et faisaient l'étalage de leurs richesses avec tant de mépris. Pour qui se prenait-il Bakary Langlois, un étranger en plus, un Noir, et un escroc qui leur volait leurs petites economies ! Et sa femme qui les méprisait tant ! Les relations de bon voisinage, la confiance et la fascination laissent peu à peu la place à l'envie et la colère. Insurmontables pour Constant, jusqu'à en étouffer.
Samira Sedira a beaucoup lu sur l'affaire Flactif du Grand Bornand et s'en est librement inspirée. Elle a fait de la lutte des classes et de l'injustice sociale le coeur de ce roman coup de poing. Mais aussi elle nous dévoile les facettes d'un homme simple, humilié et méprisé, et pris au piège. Notre voisin en quelque sorte. "On ne pense plus, on étouffe, on cherche l'air", dira Constant à la barre. Et puis à propos de son crime : "c'est une torture, je suis en enfer".
Les éditions du Rouergue ont frappé fort avec ce choix éditorial dans leur collection la Brune.
Un excellent roman. On le referme abasourdi.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
AlalettreAlalettre   08 janvier 2020
Je ne sais pas si nous sommes tous capables de tuer avec autant de sauvagerie que tu en as eue. Je ne comprends toujours pas d’où elle a pu jaillir, ce mystère me hantera probablement jusqu’à la fin. Ce que je sais, en revanche, c’est qu’autour de toi, il n’y a pas d’innocents. Nous avons tous collaboré. Et j’insiste sur le mot « collaborer ». Comme une contribution, en chaîne, à un résultat. A un drame atroce. Un désastre. Notre désastre. Je me dis aussi que peut-être, il y avait des mots qu’il aurait suffi de dire pour t’empêcher de sombrer, mais nous ne savions même pas que nous étions en train de te perdre, nous ne l’avions pas encore compris.
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collectifpolarcollectifpolar   31 janvier 2020
La vie est paisible à Carmac, tranquille et ordonnée. Mais ce qu’il y a de plus impressionnant, ici, à l’arrivée de l’hiver, c’est le silence. Un silence qui s’étale partout. Un silence tendu d’où se détache le moindre bruit : le pas d’un chien errant qui crépite sur les feuilles mortes, une pomme de pin qui dégringole entre les aiguilles sèches, un sanglier affamé qui creuse fébrilement la terre, les branches nues d’un marronnier qui s’entrechoquent au passage de l’air, ou d’un envol de corneilles…
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nathavhnathavh   21 mai 2020
Il y a des musiques qui nous emportent sans qu'on sache par où elles nous attrapent. Dancing Queen étaient de celles-là. C'était la première fois qu'on dansait ensemble, tous les six, sur cette chanson, mais ce qu'elle éveillait en chacun de nous cueillait avec la même fulgurance qu'une photo de jeunesse. Elle symbolisait ce que nous avions perdu, et cette nostalgie que nous partagions nous rappelait que nous avions traversé le monde au même moment. Traverser le monde au même moment, c'est pas rien quand on y pense. Dans un élan de communion, et sans nous lâcher du regard, on s'est mis à danser sans retenue. A chaque fois qu'on hurlait le refrain, c'était en réalité notre amour et notre désir désespéré d'éternité qu'on gueulait. Nous n'avions jamais été si proches qu'en cet instant, et si Dancing Queen avait pu résonner jusqu'à la fin des jours et nous préserver de la dureté des événements, jamais nous aurions eu à en souffrir.
Hélas les chansons ne durent pas. Quand brusquement elles s'arrêtent, la brutalité du monde nous apparaît, et nous devons continuer sans elles. Aujourd'hui, quand je repense à ce moment, les larmes me viennent, et je ne peux m'empêcher de les voir comme un prélude au drame.
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nathavhnathavh   21 mai 2020
On reproche tout à une femme de meurtrier : son sang-froid quand elle devrait montrer plus de compassion ; son hystérie quand elle devrait faire preuve de retenue; sa présence quand elle devrait disparaître ; son absence quand elle devrait avoir la décence d'être là, etc Celle qui, du jour au lendemain, devient "la femme du meurtrier" endosse une responsabilité presque plus accablante que le meurtrier lui-même, puisqu'elle n'a pas su déceler, à temps, la bête immonde qui sommeillait en son conjoint.
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collectifpolarcollectifpolar   31 janvier 2020
C’est peut-être à cause de ce vacarme que personne n’a rien entendu le soir où ils ont été tués. On dit qu’il y a eu des hurlements, des coups de feu, des supplications. Mais les murs du chalet ont tout absorbé. Un carnage à huis clos. Et personne pour les sauver. Dehors pourtant, pas la moindre respiration du vent. Rien qu’un interminable silence d’hiver.
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Videos de Samira Sedira (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Samira Sedira
Samira Sedira "Murmure" 13 avril 2020 "Murmure": instantanés de confinement sur desmotsdeminuit.fr
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