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Pierre Ménard (IV) (Traducteur)
ISBN : 2290352098
Éditeur : J'ai Lu (02/05/2007)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 466 notes)
Résumé :
Dans la Chine du XIXe siècle, le destin de deux jeunes filles est lié à tout jamais. Fleur de Lis, fille de paysans, et Fleur de Neige, d'origine aristocratique, sont nées la même année, le même jour, à la même heure. Tous les signes concordent : elles seront laotong, âmes sœurs pour l'éternité. Les deux fillettes grandissent, mais si leur amour ne cesse de croître, la vie s'acharne à les séparer. Alors que la famille de Fleur de Neige tombe en disgrâce et que la je... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (111) Voir plus Ajouter une critique
Krout
  26 mars 2018
Ce livre je l'ai gardé longtemps avec l'idée de le relire, lu bien avant mon entrée sur le site. Une histoire dure mais poignante, elle a laissé chez moi des traces plus profondes que les empreintes du Yéti dans la neige des montagnes du Tibet. Le titre originel donnerait "Fleur de Neige et l'éventail secret". L'éventail a malheureusement disparu dans la version française comme par magie. Un titre c'est important, tant qu'à le modifier, alors "Amitié et destinées" qui sonne comme un drame antique. Je garderai donc le secret sur l'éventail et me concentrerai sur l'amitié. J'aime l'idée du livre qui voyage, se transmet de mains en mains, acquérant ainsi un supplément d'âme. Je vais aussi vous amener à la découverte du paravent caché.
J'ai eu le grand plaisir de voir de ces paravents chinois au musée de la compagnie des Indes à Port-Louis : assemblages de plusieurs panneaux en bois massif laqué, souvent noirs aux motifs d'or raffinés, rien à voir avec ces paravents qui dévoilent ou laissent deviner les formes, l'opacité est totale, l'ensemble suffisamment solide et volumineux que pour contenir un assaillant. Il sera temps d'en reparler.
Fleur de Lis, Fleur de Neige, la première pauvre paysanne, la seconde de bonne famille, leur destin dépendra de leur mariage et leur mariage de la richesse de leur famille ou de la beauté de leurs petits pieds. Ainsi débute cette histoire, par d'interminables allées et venues les pieds bandés, à l'étage sur un parquet, cela prend des heures, des jours, voire des semaines jusqu'au sinistre craquement final. C'est casse-pied, je l'avoue. N'aurais-je pas pleuré tout mon soûl à huit ans sur Tintin et le Lotus bleu que... . Mais existe une autre tradition, celle que j'appellerai de l'amitié indéfectible orchestrée par la marieuse pour les filles pauvres aux pieds parfaits. Un foyer d'accueil chez une famille aristocratique leur est trouvé, ainsi en fut-il pour Fleur de Lis...
L'ami à qui j'ai offert le livre a détesté. Il n'y a pas eu rencontre. Ce n'est pas grave, je sais que la lecture est pareille à une promenade. Particulièrement sous le ciel changeant de Bretagne le même paysage diffèrera d'un jour sur l'autre et les émotions ressenties pareillement, la mer toujours la même et autre à la fois. Je pense que beaucoup de lecteurs savent cela. En face d'un beau paysage il est tentant de faire des photos, elles seront bien évidement affectées par la couleur du ciel et le cadrage. Perso, même pour un paysage j'aime bien intégrer un avant plan. Souvent cela prend plus de temps car il faut choisir et l'objet du détail et ce que l'on garde dans le champ. Vient alors la décision sur la focalisation, la plupart focalisent sur l'infini, j'aime régulièrement donner de la netteté sur ce qui est à l'avant plan. Choix tout à fait personnel et comprenons nous bien je ne suis pas en train de dire que c'est comme cela qu'il faut faire une photo, ou qu'il faut lire, ni en aucun cas de tenter d'amener mon ami à revoir son jugement. Je prétends juste que c'est pareil pour une lecture ; et pour celle-ci, je confirme avoir centré mon attention sur "Amitié et destinée" laissant dans le flou le décor, les costumes, les coutumes et les à-cotés. Comme au théâtre, n'accordant crédit qu'au jeu des acteurs. Ce livre prend alors une dimension intemporelle et universelle. Et c'est alors qu'apparaîtra le paravent caché.
Le Lotus bleu m'a mis au courant depuis ma tendre enfance des revers de fortune qu'ont entraînés en Chine le jeu et l'opium, j'ai donc assisté sans surprise à la lente déchéance de Fleur de Neige de part l'inconduite de son père. En pareil cas beaucoup s'enferment dans une spirale de lamentations sur l'injustice de leur sort, attribuant au seul destin tous leurs malheurs. Mon souvenir est que Fleur de Neige affronte plutôt courageusement la tempête des évènements qui se déchaine sur elle et se dévoue énormément pour en atténuer le négatif. A l'inverse Fleur de Lis doit à la seule grâce de ses petits pieds un bon mariage et de là une vie aisée. Mais combien totalement redevables aux faveurs du hasard n'en attribuent-ils pas tout le mérite à leurs seules actions ? Cela ne serait qu'un demi-mal si pour entretenir cette illusion ils ne devaient faire usage du paravent caché. Il faut bien se protéger des misères du monde, les cacher derrière le paravent. Et puisque par leur propre vertu ils considèrent avoir fait que la vie leur soit douce, s'enchaîne forcément l'implacable réciproque : celle ou celui dans le malheur ne doit s'en prendre qu'à ses erreurs. Ainsi donc au malheur s'ajouteront l'opprobre et les reproches. Ce paravent inavouable restera longtemps caché, en premier lieu aux yeux de Fleur de Lis. Le décor a voulu que cette histoire se passe au XIX siècle en Chine, mais le drame est universel et intemporel.
Alors là oui, j'ai vraiment pleuré aux destinées souvent croisées, à cette Amitié plusieurs fois perdue par bêtise, par éloignement, par paresse, par lâcheté...
Fleur de Neige et Fleur de Lis, Tintin et Tchang, Hervé et Tchang des figures d'amitié ; leurs histoires m'ont laissé des traces aussi profondes que les empreintes du Yéti sur la neige du Tibet dans lesquelles je tente encore d'inscrire mes petits pieds. Et voilà pourquoi, plutôt que le relire, j'ai offert ce livre en symbole, comme un gage...
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TerrainsVagues
  27 janvier 2018
Comment vous dire ma joie, comment exprimer la puissance de ce que j'ai pu ressentir en refermant ce livre. Vous savez, cette impression de légèreté et de bien être qui accompagne la fin d'une mission accomplie. Si vous saviez comme je suis heureux d'en avoir fini avec ce bouquin qui m'a profondément ennuyé.
Pourquoi suis-je allé au bout? Parce qu'il m'a été offert par un ami à qui j'ai promis mes impressions et qui ne m'en voudra pas de n'avoir aucune complaisance pour ce titre. L'ami sachant que je charge souvent la mule quand je n'aime pas, ben… c'est parti.

Pratiquement cinq mois pour venir à bout des 378 pages, j'ai pris mon temps. Sans déflorer l'histoire, j'ai quand même profité du décès d'un personnage pour respecter une période de deuil de plus de trois mois en déposant le livre là où j'étais sur de l'oublier.
Plus de trois mois et quelques lectures plus tard, j'ai repris Fleur de neige et… je me souvenais de tout, les personnages, l'histoire, enfin quand je dis l'histoire… Je m'étais arrêté à la page 203 et je me souvenais bien que pendant les 202 premières, il ne s'était absolument rien passé dans cette Chine du XIXe siècle.
Dès le début j'ai eu la sensation que je revivais un moment déjà vécu il y a quelques années devant un film (Chinois ou Mongole je sais plus trop) sur Arte. Critiques top et tout et tout.
— Sympa de m'avoir attendu, c'est bon vas-y.
— de quoi tu parles?
— C'est cool d'avoir mis sur pause.
— J'ai pas mis sur pause, c'est commencé là.
— C'est la box qui merde, l'image a pas bougé depuis trois minutes.
— Cinq minutes.
— Allez lance la lecture, j'me lève tôt demain.
— Mais j'ai pas mis sur pause.
— Ya des piles dans la télécommande?
— Regarde, tu vas rien comprendre, une fois de plus.
Avec la bretonne qui partage mon quotidien, nous avions tenu à peu près un p'tit quart d'heure entre fou rire et consternation devant ce plan fixe d'un homme allongé dont la seule action consistait à un battement de cils toutes les deux minutes et un frémissement de narine tous les deux battements de cils. J'ai jamais su comment ça finissait.
Fleur de neige, c'est un peu comme ça que je l'ai vécu. Cent pages sur le bandage des pieds et la torture des gamines par la bande à Velpeau. Cent pages sur les préparatifs de deux mariages arrangés selon les traditions, à l'ancienne comme dirait aujourd'hui un directeur du marketing chez Justin Bridou ou chez Lactalis. Cent pages sur les pondeuses qui espèrent au loto de la procréation non assistée par l'amour, gagner un fils à chaque tirage. Cent pages pour terminer sur la colère, la vengeance et la culpabilité. le tout pour une histoire d'amitié, si je me fie aux nombreux billets lus ici.
C'est vrai que la torture, si on me demande dans un sondage dans la rue, je suis pas pour. Que ce soit la bande à Velpeau, la bande à Basile ou la bande au néon, sur des gamins en plus, ça partait pas terrible le bouquin. J'ai trouvé un peu long…
Le mariage, je suis pour et pour tous, enfin tous ceux qui veulent tant que c'est pas pour moi. Là c'était pas pour moi mais j'ai pas accroché non plus. Cent pages pour me raconter qu'au huitième jour du quatrième mois lunaire, entre deux heures moins sept et trois heures vingt quatre si le futur mari (qui a peut être 9 ou 10 ans à ce moment de l'histoire) fait pipi au pied d'un chêne orienté sud sud ouest, Fleur de neige aura un fils plutôt qu'une fille, j'ai trouvé un peu long…
Par contre coté traditions, là, c'est comme pour la torture, je suis pas pour. Sous aucune forme. Ici on oscille entre l'atelier couture et le délire broderie ascendant tout est programmé pour tes quarante prochaines années. J'ai trouvé un peu long… là aussi.
Pour ce qui est du reste (je vais grouper ça gagnera du temps), j'ai trouvé très long et n'ayons pas peur des mots, j'ai trouvé le tout très chiant.
J'ai lu un certain nombre de critiques où les « magnifique » « bouleversant » etc etc sont légion et pourtant, à la surprise générale, je vais rejoindre les trois babélioteurs sur les 866 lecteurs déclarés de Fleur de neige, ayant mis une étoile.
Fleur de neige, c'est le prototype même du bouquin qui n'est pas pour moi. Ce n'est pas qu'il soit mauvais mais ce genre de bouquin ne m'intéresse pas. Les grandes sagas racontées par l'ancien qui se souvient me laissent toujours à la porte voir de l'autre coté de la rue. Si en plus comme dans Fleur de neige, je trouve que l'écriture est sans relief, sans vie, sans couleurs, sans odeurs, que je sais que la page suivante sera aussi plate que la précédente, que j'ai l'impression de relire les mêmes phrases à l'infini, je m'ennui rapidement.
Le sujet aurait pourtant pu m'embarquer s'il avait été abordé différemment. La condition féminine dans la Chine du XIXe siècle abordé sans aucune révolte, juste de la résignation, quel dommage. Une révolte au moins dans l'âme aurait été la bienvenue, aurait donné un peu de contraste au tout.
Et puis cette fin avec le truc qui tue, le rebondissement (pas violent non plus comme rebond) cousu de fil blanc (atelier couture) qui amène le personnage principal à sombrer dans la culpabilité en cherchant à émouvoir le lecteur, quelle tristesse…
Ah Fleur de neige et sa laotong Fleur de lis (personnage principal), quel bouquet… inodore pour moi malheureusement. Même pas une Fleur de cactus pour mettre un peu de piquant.
Merci à toi qui m'a offert ce livre qui nous permet aujourd'hui d'en plaisanter entre nous. Et puis les gouts et les couleurs… on ne peut pas tomber pile à chaque fois, heureusement.
Sinon, j'ai trouvé un peu long quand même.
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araucaria
  05 juillet 2013
Magnifique roman qui nous fait plonger au coeur des traditions de la Chine de l'ancien régime, telles que le bandage des pieds ou l'apprentissage d'une langue secrète pratiquée exclusivement par les femmes : le nu shu. le texte est très émouvant, l'histoire des deux héroines du roman est passionnante. Un très beau livre, vivant, riche, empli d'émotions et de poésie. Un superbe texte qui fait voyager dans l'espace et dans le temps. Une belle découverte de cet auteur que je retrouverai avec joie et intérêt.
Lien : http://araucaria20six.fr/
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AgatheDumaurier
  08 février 2018
Ce très joli, très doux et très délicat roman fait entendre la voix de femmes chinoises à la manière de Pearl Buck. Enfin ,c'est le ton de la narratrice qui est tout en délicatesse, car le contenu réel est plutôt violent...
C'est une histoire de filles dans une société intensément patriarcale, donc une histoire de dressage mental et physique. Les blessures infligées à l'esprit et au corps pour soumettre sont inouïes. Il y a notamment une description du bandage des pieds telle que je n'en n'avais jamais vue. En fait, je me rends compte que je ne savais pas ce qu'était réellement cette coutume, qui consiste en réalité à casser les os de la voûte plantaire et à faire tomber les orteils-de sorte que les femmes ne peuvent littéralement plus marcher de toute leur vie hors de leur maison...Quant au dressage mental, c'est l'obéissance absolue qui est demandée aux filles, et l'étouffement, bien sûr, de toute ambition, toute volonté, toute idée personnelles. Une annihilation de la personnalité qui vaut toutes les dystopies modernes et se révèle beaucoup plus efficace : jamais l'idée qu'il puisse en être autrement ne traverse l'esprit des femmes. le mot de rébellion n'existe pas pour elles. C'est tout simplement inconcevable. le monde extérieur, de toute façon, elles ne le connaissent pas. C'est celui des hommes, et un mur infranchissable les en sépare. Hommes et femmes ne communiquent pas. Ce sont deux espèces différentes.
Une seule terre de liberté dans ce monde étouffant comme un pied bandé : l'amitié entre deux femmes, établie comme un contrat de mariage entre deux familles, par une entremetteuse. Fleur de Neige et Fleur de Lis sont Laotong. Elles se sont jurées fidélité jusqu'à la mort. J'ignorais tout aussi de cette belle coutume qui permet aux filles d'embellir considérablement leur condition misérable. Leur affection mutuelle est très profonde, mais le destin est retors...
J'ai beaucoup aimé ce récit, plein d'émotions rentrées mais sans mièvrerie. Je l'ai trouvé fin et subtil, et il m'a appris pas mal de choses que j'ignorais totalement. A lire, donc, il me semble, si les thèmes vous intéressent...
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darkmoon
  12 mars 2014
Magnifique, bouleversante, grandiose, les qualificatifs me manque pour décrire, en quelques mots, une oeuvre aussi troublante.
“When a girl, obey your father; when a wife, obey your husband; when a widow, obey your son.”
Ce roman nous livre toute la fatalité à naître femme dans une Chine ancestrale qui croule sous des traditions vieilles de milliers d'années. Née pour obéir, endurer, souffrir et catalyser tous les avatars du destin (avoir ou non des enfants, leur santé, la moralité même de leur mari, de leurs familles..), la femme est responsable de ses propres malheurs ainsi que ceux des autres !
L'histoire commence lorsque Madame Wang, entremetteuse de jumelage, annonce à la mère de Fleur de lis que dans un autre village, une petite fille du nom de Fleur de neige est née le même jour et la même année que sa fille. Elle vient d'une famille aisée, de rang social élevé et elle a beaucoup de points communs avec Fleur de lis. Malgré la pauvreté de sa famille, cette dernière deviendra la laotong (âme-soeur) de Fleur de neige, pour sa grande beauté et la perfection de ses petits pieds. Elles échangeront leurs secrets, et apprendront le «nu shu» (calligraphie que seules les femmes connaissaient).Elles attendront que leurs familles organisent leurs mariages et désireront mettre au monde des fils, car donner naissance à un garçon, c'est le couronnement de la vie d'une femme. Toutes deux s'entendent à merveille jusqu'au jour où l'élévation de Fleur de Lis et la déchéance de Fleur de neige changent leur relation. Cette situation renversée des deux héroïnes aura des rebondissements qui nous rendront les personnages attachants. C'est alors que Fleur de lis découvre que sa laotong l'a trahie.
On dit en portugais, qu'il n'y a pas de rosas sem espinhos (des roses sans épines) dans la mesure où il faut souffrir pour être belle. Mais casser des os pour l'être dépasse mon entendement... J'ai failli pleurer de douleur en imaginant les os des pieds se briser, j'ai failli pleurer lorsque Fleur de Neige acceptait son sort avec résignation, j'ai failli pleurer, lorsque Fleur de Lis s'est enfermée dans sa bulle et n'a pas voulu voir au-delà de sa maison et n'a pas compris ce que Fleur de Neige disait dans sa douleur. Je me suis énervée contre les deux, l'une pour ne pas comprendre, l'autre pour ne pas s'expliquer.
Un roman culte, des moments chocs, une angoisse profonde et persistante. Il y a du sang et des larmes et certains passages peuvent paraître outrés ou mélodramatiques, mais Linda See a su éviter les pièges du manichéisme et rendre ses personnages plus qu'attachants .Un voyage exotique dans le temps et l'espace dont on sort ému, meurtri mais enrichi !
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Citations et extraits (59) Voir plus Ajouter une citation
lilibaliliba   16 août 2011
On s'attend à ce que nous aimions nos enfants, nous autres femmes, à peine sont-ils sortis de notre ventre... Mais laquelle d'entre nous n'a pas ressenti une cruelle déception en découvrant qu'elle venait de mettre au monde une fille ? Ou une panique croissante - même s'il s'agissait du fils tant attendu - en berçant sous le regard désapprobateur de sa belle-mère son nourrisson qui n'arrêtait pas de pleurer ? Même si nous aimons nos filles de tout notre coeur, nous devons les élever en leur apprenant à souffrir. Nous aimons nos fils plus que tout au monde, mais nous sommes exclues de leur univers et du monde extérieur des hommes. Nous sommes censées aimer notre époux dès l'instant où a été contracté le lien qui nous unit à lui, alors que nous devrons attendre des années avant de découvrir son visage. On nous enseigne d'aimer nos beaux-parents, mais nous débarquons dans leur famille en étrangère et avec le rang le plus bas, à peine mieux traitées qu'une domestique. On exige que nous aimions et honorions les ancêtres de notre mari et nous exécutons donc les rites et les devoirs appropriés, même si notre coeur se porte plus volontiers vers nos propres ancêtres. Nous aimons nos parents parce qu'ils prennent soin de nous, mais ils nous considèrent comme les branches les plus inutiles de l'arbre familial : nous épuisons leurs ressources et ils nous élèvent pour nous voir partir un jour dans une autre famille. Quel que soit le bonheur que nous éprouvons dans notre foyer d'origine, nous savons toutes que cette séparation sera inéluctable. Nous aimons donc notre famille en ayant conscience que cet amour prendra fin dans la tristesse d'un départ. Ces diverses variétés d'amour naissent du devoir, de la reconnaissance ou du respect. Comme le savent les femmes de notre district, elles sont généralement source de tristesse, de mésentente et de violence.
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lilibaliliba   16 août 2011
Dans l'espoir que ma famille me témoigne la plus élémentaire tendresse, j'ai accepté comme on l'a exigé de moi d'avoir les plus petits pieds bandés du district - et donc que mes os soient brisés, broyés, remodelés. Lorsque la souffrance s'avérait insoutenable et que mes larmes mouillaient mes bandages ensanglantés, ma mère venait me parler à l'oreille et m'encourageait à supporter une heure, un jour, une semaine de tourments supplémentaire, en me rappelant le bonheur qui m'attendait si je tenais bon un peu plus longtemps. Elle m'enseignait ainsi à endurer - non seulement les souffrances physiques liées au bandage et plus tard la grossesse, mais la douleur plus souterraine qui affecte notre coeur et notre âme. Elle mettait aussi l'accent sur mes défauts et m'apprenait à m'en servir, à les retourner en ma faveur. Dans notre contrée, nous appelons teng ai ce type d'amour maternel. Mon fils m'a expliqué que, dans l'écriture des hommes, il se compose de deux caractères : le premier signifie douleur, le second amour. Tel est l'amour maternel."
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araucariaaraucaria   04 juillet 2013
Pour que mes pieds soient considérés comme parfaits, il fallait qu'ils obéissent après le bandage aux sept critères suivants : ils devaient être minuscules, étroits, élancés, pointus et cambrés, tout en restant parfumés et doux au toucher.
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sakura230sakura230   25 décembre 2014
A cause d'une mauvaise manipulation je ne peux pas écrire ma critique donc je vais l'écrire ici.
C'est important pour moi d'en écrire une car ce roman m'a bouleversé ! Il est tout simplement sublime.
Au travers de ce livre on peut voir la condition de la femme chinoise au XIXème siècle depuis sa naissance à sa mort; en passant par le bandage des pieds, les tâches quotidiennes, ses fiançailles, son mariage, son statut au niveau de sa nouvelle famille mais surtout sa condition en tant que Femme. On peut voir le destin d'une petite fille complètement changé grâce à sa "Laotong" qui se traduit par âme-sœur. C'est un texte dur mais aussi émouvant qui montre que le destin peut -être cruel comme bienveillant mais aussi l'importance des mots qui peut à tout jamais sceller le destin d'une personne.
Je conseille ce livre fortement car il est prenant, réaliste, émouvant et vous transportera au delà de ce que vous pouvez imaginer.
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caroplouffecaroplouffe   10 juin 2009
Aujourd'hui encore, après toutes ces années, j'ai de la peine en repensant aux sentiments que ma mère m'inspira ce jour-là. Je vis avec une clarté confondante que je ne comptais pas le moins du monde à ses yeux. J'étais son troisième enfant, une fille de surcroìt- c'est-à-dire sans valeur - et trop insignifiante pour qu'elle perde son temps à s'occuper de moi avant d'avoir la certitude que je passe le cap de mes jeunes années.
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Vidéo de Lisa See
« Inspirée par des faits réels, Martha Hall Kelly a tissé l'histoire de trois femmes durant la Seconde Guerre mondiale, une histoire qui montre le courage, la lâcheté et la cruauté de ces années. Cette part de l'Histoire ? et de l'histoire des femmes ? ne doit jamais être oubliée. » Lisa See, auteure de Filles de Shanghai
« Un roman qui met en lumière les souffrances de ces femmes, et de tant d'autres. J'ai été émue aux larmes. » San Francisco Book Review
À New York, Caroline Ferriday travaille au consulat français. Mais lorsque les armées hitlériennes envahissent la Pologne en septembre 1939, c'est tout son quotidien qui va être bouleversé.
De l'autre côté de l'océan, Kasia Kuzmerick, une adolescente polonaise, renonce à son enfance pour rejoindre la Résistance. Mais la moindre erreur peut être fatale.
Quant à l'ambitieuse Herta Oberheuser, médecin allemand, la proposition que lui fait le gouvernement SS va lui permettre de montrer enfin toutes ses capacités. Mais une fois embauchée, elle va se retrouver sous la domination des hommes...
Les vies de ces trois femmes seront liées à jamais lorsque Kasia est envoyée à Ravensbru?ck, le tristement célèbre camp de concentration pour femmes. À travers les continents, de New York à Paris, de l'Allemagne à la Pologne, Caroline et Kasia vont tout tenter pour que L Histoire n'oublie jamais les atrocités commises.
Un premier roman remarquable sur le pouvoir méconnu des femmes à changer L Histoire à travers la quête de l'amour, de la liberté et des deuxièmes chances.
Plus d'infos sur le livre : http://www.editionsleduc.com/produit/1393/9782368121931/
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