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EAN : 9782848051949
160 pages
Sabine Wespieser (01/10/2015)
3.86/5   240 notes
Résumé :
Héros du Tabac Tresniek, le jeune Franz Huchel débarquait de ses montagnes et venait apprendre la vie dans la Vienne des années trente. Andreas Egger, le personnage principal du nouveau roman de Robert Seethaler, effectue le parcours inverse: c'est de la ville qu'il est amené, enfant, dans ces montagnes où il va passer "une vie entière". Aucun adulte bienveillant pour lui expliquer le monde. Il est recueilli par une brute qui l'estropie, et se constitue seul son éth... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (83) Voir plus Ajouter une critique
3,86

sur 240 notes
Andreas Egger naît presque orphelin, dans un village des Alpes autrichiennes, peut-être le 15 août de l'année 1898. Personne ne le savait vraiment et personne n'en avait cure. A 4 ans, il est recueilli par Kranzstocker, un membre éloigné de sa famille, qui a accepté le gamin à contre-coeur, la bourse remplie de quelques billets le dissuadant de le renvoyer manu-militari. Andreas était bon pour faire toutes les corvées de la ferme et le moindre manquement était prétexte à une raclée. L'une d'elle fut si forte qu'il en devint boiteux. de ses années d'enfance, il n'en garda que quelques bribes. A 29 ans, il avait juste assez d'argent pour affermer un petit terrain car il avait beau être infirme, il était courageux, fort et ne rechignait jamais à la tâche. A 35 ans, il découvre le chevrier Jean des Cornes, agonisant sur sa paillasse. Il tente de le ramener au village, situé à 3 kilomètres, sur son dos. Mais le vieil homme s'enfuit avant leur arrivée. Lorsque Andreas atteint le village, il va se requinquer à l'auberge. Un simple effleurement de la serveuse lui procure une douleur aiguë. Il était en train de tomber amoureux...

L'on suit une vie entière, celle d'Andreas Egger, enfant maltraité, qui construit son existence bon an mal an. Un toit, les montagnes à perte de vue, rien d'autre ne lui suffit. Travailleur, il fera carrière dans une entreprise qui construit des téléphériques. Autour de lui, le monde change: la guerre fera rage, la montagne sera envahie de touristes. Andreas, lui, ne changera pas. Homme de simplicité, profitant des petits bonheurs que la vie lui offre, surmontant les malheurs aussi, il vivait, tout simplement. Robert Seethaler dresse le portrait saisissant de cet homme, somme toute ordinaire et qui, pourtant, nous émeut. D'une simplicité rare et bouleversante, ce roman, sans être mélodramatique, relate une vie entière, certes rude, parfois triste mais avant tout profondément humaine et ancrée sur ses terres. Les mots sont pesés, le style sobre et poétique. Une très belle leçon de vie.
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150 pages pour une vie entière, celle d'Andreas Egger, né aux alentours de 1898, mort à l'âge de 79 ans. Orphelin à 4 ans, il est confié à un parent éloigné, fermier dans un village des Alpes autrichiennes. Celui-ci n'accepte de recueillir l'enfant que moyennant quelques espèces sonnantes et trébuchantes, et à condition que le gamin soit corvéable à merci. Cet homme brutal ne se privera pas non plus de battre Andreas à la moindre occasion, au point de le rendre boiteux.

A 18 ans, Andreas quitte la ferme et loue sa force de travail à qui en voudra. Dur à la tâche, se contentant de peu, il économise, s'achète un bout de terrain et retape la ruine qui s'y trouve.

Dans les années 30, Andreas se fait embaucher sur le chantier du téléphérique qui va ouvrir sa vallée sur le monde, ou l'inverse. A la même époque, il rencontre Marie, serveuse à l'auberge, et ils tombent amoureux.

Un toit, un travail, une femme qu'il aime et qui l'aime, une vue imprenable sur les montagnes, Andreas n'a besoin de rien de plus pour être heureux.

Puis il y aura un drame, puis la guerre. Andreas est envoyé sur le front dans le Caucase, avant d'être déporté en URSS (ses seuls voyages), où il restera prisonnier de longues années.

A son retour au village, il tentera de reprendre le cours de sa vie, mais les choses ont changé dans la vallée : l'agriculture et l'élevage ont été remplacés par le tourisme et l'hôtellerie, les flancs de sa montagne ont été défigurés par des pistes de ski. Mais Andreas va de l'avant : un homme doit « élever son regard, pour voir plus loin que son petit bout de terre, le plus loin possible ».

150 pages pour une vie entière, ç'aurait été peu pour raconter une vie riche d'exploits et d'aventures extraordinaires. Mais, sa vie entière, Andreas aura été un homme ordinaire et humble, pris comme tant d'autres dans les tourments de la Grande Histoire et dans les tragédies personnelles, et qui n'en fait pas tout un fromage. Simplicité, ténacité, dignité, l'amour d'une femme, du travail bien fait et de la montagne, c'est tout (mais c'est tellement) ce qui caractérise Andreas, qui vit, discret et solitaire, au rythme de la Nature, et qui observe avec perplexité les changements que celle-ci subit au nom du progrès et de la modernité.

A l'image de cette vie, l'écriture de R. Seethaler est faite de simplicité et de sobriété, d'intériorité entre les silences, de mélancolie et de tendresse. Une de ces écritures, poignante parce que dépouillée, qui s'efface devant la richesse des émotions qu'elle suscite.
Lien : https://voyagesaufildespages..
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Un cœur simple...
A priori sans rapport ici avec la nouvelle de Flaubert, l'idée d'un cœur simple a pourtant éclairé de son évidence ma lecture de cette "vie entière", longue existence d'un modeste montagnard autrichien, humble taiseux traversant le vingtième siècle dans le silence des épreuves sur lesquelles il ne posera que peu de mots.

A l'image de son anti-héros, l'auteur chemine vers l'essentiel, d'un trait sans tralalas ni fioritures mais d'une sensibilité pure. En toute sobriété il raconte l'homme et son irrémédiable attachement à sa montagne comme à la vie simple et rude qu'il déroule au fil des ans.

Un cœur simple mais pétri d'humanité pour ce bref et touchant roman.


Lien : http://minimalyks.tumblr.com/
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« Il avait survécu à son enfance, à une avalanche et à la guerre ». Une vie entière de labeur dans les montagnes autrichiennes pour l'orphelin venu de la ville qui finit par vivre selon ses propres règles, celles d'un homme libre, après avoir été battu, estropié et exploité par un fermier. Face à la guerre, seule capable de l'éloigner de sa terre d'adoption, au travail qui le fait participer à l'évolution de toute une région, à son unique amour volé par une avalanche meurtrière, il garde la tête haute, et quand devenu vieux mais toujours lucide il se retourne sur son passé c'est pour constater qu'il a aimé sa vie entière. Une vie sobre, celle qu'il s'est choisie, qui s'est terminée simplement quand « Il entendait son coeur. Il écouta le silence quand il cessa de battre. Patiemment, il attendit le battement suivant. Et quand il ne vint plus, il lâcha prise et mourut. »
Une vie exemplaire d'un homme ordinaire qui nous émeut et nous transporte.
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Une vie d'homme, tout simplement.
Du petit gamin orphelin, maltraité par un oncle montagnard à la mort de sa mère, au jeune colosse boiteux et amoureux de sa Marie, jusqu'aux années de vieillesse, Andreas Egger a été un homme de bien, infatigable au travail, conscient de ses devoirs de chef de famille et de travailleur appliqué à la tâche. Un homme malmené comme tant d'autres par les drames personnels, les années de guerre et la solitude, mais qui dégage une sérénité et une ténacité inépuisables.

En ce début de 20ème siècle, on voit l'expansion et le désenclavement des vallées autrichiennes par la construction de téléphériques et de sièges en bois incongrus pour transporter skieurs et matériels. Andreas, en cheville ouvrière, va accompagner Le Progrès dans ces régions montagneuses et rurales où le tourisme des sports d'hiver émerge.

Une vie d'homme faite de petits bonheurs et de grands malheurs, racontée avec une simplicité de ton narratif, dans le décor magnifique des Alpes autrichiennes. Certaines scènes sont extrêmement visuelles et créatives. On sent l'immensité du paysage, la beauté dangereuse des montagnes et la fragilité de l'homme.

Un livre pétri d'humanité et de sensibilité, lu d'une traite avec grand plaisir.
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critiques presse (1)
Liberation
11 décembre 2015
L’Autrichien Robert Seethaler dépeint la digne existence d’un idéaliste marginal parmi la blancheur morbide des cimes.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (50) Voir plus Ajouter une citation
D'après son extrait de naissance qui, selon lui, ne valait même pas l''encre de son tampon, Egger atteignit l''âge de 79 ans. Il avait tenu plus longtemps qu’il l’eût jamais cru possible et, somme toute, s’estimait satisfait. Il avait survécu à son enfance, à une avalanche et à la guerre. Il n’avait jamais rechigné à la tâche, avait percé un nombre incalculable de trous dans le rocher et abattu probablement assez d’arbres pour entretenir un hiver entier le feu des poêles de toute une bourgade. Il avait suspendu sa vie à un fil entre ciel et terre plus souvent qu’à son tour et, en ses dernières années de guide de montagne, il en avait plus appris sur les gens qu’il ne pouvait comprendre. Autant qu’il sût, il n’avait pas commis de forfaits notables et n’avait jamais succombé aux tentations de ce monde : les saouleries, les coucheries et la goinfrerie. Il avait bâti une maison, dormi dans d’innombrables lits, dans des étables, sur des plates-formes et même, quelques nuits, dans une caisse en bois russe. Il avait aimé. Et il avait pressenti où l’amour pouvait mener…
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Alors il pensait à l’avenir, qui s’étendait à l’infini devant lui, justement parce qu’il n’en attendait rien. Et quand il restait couché assez longtemps, il avait parfois l’impression que la terre sous son dos se soulevait et s’abaissait tout doucement, et, à ces moments-là, il savait que les montagnes respiraient.
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Kranzstocker l’aspergea d’eau bénite et ânonna quelques mots en se raclant la gorge : « L’aïeule est partie maintenant. Où, on peut pas savoir, mais c’est sûrement bien comme c’est. Là où meurt ce qu’est vieux, y a d’la place pour ce qu’est nouveau. C’est comme ça, ce sera toujours comme ça. Amen ! » On la hissa sur le corbillard, et le cortège funèbre, augmenté selon l’usage de toute la communauté villageoise, se mit lentement en marche.
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Les cicatrices sont comme les années, se disait-il, elles s'accumulent petit à petit, et tout ça finit par faire un être humain.
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Un homme devait élever son regard pour voir plus loin que son petit bout de terre, le plus loin possible.
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Vidéo de Robert Seethaler
Yann de la librairie le Divan partage ses lectures de la Rentrée littéraire 2023 "Seethaler fait ce qu'il sait très bien faire : raconter le temps qui passe, à l'échelle d'une ville, à l'échelle des Hommes."
Notre mot sur "Le Café sans nom" de Robert Seethaler ----- https://bit.ly/3Mrkwrz #coupsdecoeurduDivan #YannDivan #LeCafesansnom #RobertSeethaler #editionssabinewespieser #booktok #litteraturetraduite #ebook #livrenumerique Tous nos conseils de lecture ICI : https://www.librairie-ledivan.com/
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