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EAN : 9782848051949
160 pages
Éditeur : Sabine Wespieser (01/10/2015)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 172 notes)
Résumé :
Héros du Tabac Tresniek, le jeune Franz Huchel débarquait de ses montagnes et venait apprendre la vie dans la Vienne des années trente. Andreas Egger, le personnage principal du nouveau roman de Robert Seethaler, effectue le parcours inverse: c'est de la ville qu'il est amené, enfant, dans ces montagnes où il va passer "une vie entière". Aucun adulte bienveillant pour lui expliquer le monde. Il est recueilli par une brute qui l'estropie, et se constitue seul son éth... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (70) Voir plus Ajouter une critique
marina53
  07 décembre 2015
Andreas Egger naît presque orphelin, dans un village des Alpes autrichiennes, peut-être le 15 août de l'année 1898. Personne ne le savait vraiment et personne n'en avait cure. A 4 ans, il est recueilli par Kranzstocker, un membre éloigné de sa famille, qui a accepté le gamin à contre-coeur, la bourse remplie de quelques billets le dissuadant de le renvoyer manu-militari. Andreas était bon pour faire toutes les corvées de la ferme et le moindre manquement était prétexte à une raclée. L'une d'elle fut si forte qu'il en devint boiteux. de ses années d'enfance, il n'en garda que quelques bribes. A 29 ans, il avait juste assez d'argent pour affermer un petit terrain car il avait beau être infirme, il était courageux, fort et ne rechignait jamais à la tâche. A 35 ans, il découvre le chevrier Jean des Cornes, agonisant sur sa paillasse. Il tente de le ramener au village, situé à 3 kilomètres, sur son dos. Mais le vieil homme s'enfuit avant leur arrivée. Lorsque Andreas atteint le village, il va se requinquer à l'auberge. Un simple effleurement de la serveuse lui procure une douleur aiguë. Il était en train de tomber amoureux...
L'on suit une vie entière, celle d'Andreas Egger, enfant maltraité, qui construit son existence bon an mal an. Un toit, les montagnes à perte de vue, rien d'autre ne lui suffit. Travailleur, il fera carrière dans une entreprise qui construit des téléphériques. Autour de lui, le monde change: la guerre fera rage, la montagne sera envahie de touristes. Andreas, lui, ne changera pas. Homme de simplicité, profitant des petits bonheurs que la vie lui offre, surmontant les malheurs aussi, il vivait, tout simplement. Robert Seethaler dresse le portrait saisissant de cet homme, somme toute ordinaire et qui, pourtant, nous émeut. D'une simplicité rare et bouleversante, ce roman, sans être mélodramatique, relate une vie entière, certes rude, parfois triste mais avant tout profondément humaine et ancrée sur ses terres. Les mots sont pesés, le style sobre et poétique. Une très belle leçon de vie.
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palamede
  20 mars 2016
« Il avait survécu à son enfance, à une avalanche et à la guerre ». Une vie entière de labeur dans les montagnes autrichiennes pour l'orphelin venu de la ville qui finit par vivre selon ses propres règles, celles d'un homme libre, après avoir été battu, estropié et exploité par un fermier. Face à la guerre, seule capable de l'éloigner de sa terre d'adoption, au travail qui le fait participer à l'évolution de toute une région, à son unique amour volé par une avalanche meurtrière, il garde la tête haute, et quand devenu vieux mais toujours lucide il se retourne sur son passé c'est pour constater qu'il a aimé sa vie entière. Une vie sobre, celle qu'il s'est choisie, qui s'est terminée simplement quand « Il entendait son coeur. Il écouta le silence quand il cessa de battre. Patiemment, il attendit le battement suivant. Et quand il ne vint plus, il lâcha prise et mourut. »
Une vie exemplaire d'un homme ordinaire qui nous émeut et nous transporte.
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LoloKiLi
  16 octobre 2018
Un cœur simple...
A priori sans rapport ici avec la nouvelle de Flaubert, l'idée d'un cœur simple a pourtant éclairé de son évidence ma lecture de cette "vie entière", longue existence d'un modeste montagnard autrichien, humble taiseux traversant le vingtième siècle dans le silence des épreuves sur lesquelles il ne posera que peu de mots.

A l'image de son anti-héros, l'auteur chemine vers l'essentiel, d'un trait sans tralalas ni fioritures mais d'une sensibilité pure. En toute sobriété il raconte l'homme et son irrémédiable attachement à sa montagne comme à la vie simple et rude qu'il déroule au fil des ans.
Un cœur simple mais pétri d'humanité pour ce bref et touchant roman.

Lien : http://minimalyks.tumblr.com/
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nadiouchka
  16 mars 2018
A sa parution, « Une vie entière » de Robert Seethaler avait été élu « Livre de l'année ».
C'est lui qui a été choisi par ma libraire pour le prochain club de lecture en avril.
L'écrivain autrichien est également acteur et scénariste et c'est le premier ouvrage que je lis de lui. J'ai donc suivi l'histoire de Andreas Egger, le personnage principal. On apprend qu'il a eu une enfance bien triste et douloureuse. D'ailleurs, après plusieurs actes de maltraitance, il en est resté estropié, boiteux.
C'est dans les Alpes autrichiennes qu'il vit, au milieu de ce paysage grandiose rapidement défiguré par la construction des premiers téléphériques. Il s'y fait d'ailleurs embaucher pour gagner sa croûte et lors de l'entretien, le directeur a cette réflexion :
« - Mais tu boites.
- Dans la vallée peut-être, dit Egger. En montagne, je suis le seul qui marche droit ». (page 40), ce qui dénote donc un certain humour par rapport à son handicap.
Dans ce petit livre (« Poche » de 145 pages), l'auteur a su décrire cette « vie entière » faite de dur labeur ; d'un seul amour rapidement anéanti par une avalanche ; l'arrivée de la seconde guerre mondiale où il est envoyé dans le Caucase….
Mais la guerre finie, il lui reste encore beaucoup de temps à rester dans le camp où il est enfermé avant de pouvoir rejoindre sa chère région. Là, afin d'améliorer sa maigre pension, il devient guide de montagne pour des touristes inconscients et il va donc abandonner cette activité. Lui seul sait admirer à sa juste valeur sa magnifique région.
C'est donc de son enfance jusqu'à ses derniers jours que l'on regarde Andreas Egger suivre son petit bonhomme de chemin. Pour lui, pas de superflu, juste le strict minimum, la simplicité la plus totale et je dirais même un certain dénuement.
L'auteur est arrivé à faire ressentir une grande émotion, de la tendresse, de la poésie. Pas besoin de phrases tarabiscotées, non, des mots justes et c'est ce qui fait le charme de ce livre. Quand je l'ai refermé, ce sont tous ces sentiments qui me sont tombés dessus, outre une grande empathie pour le héros.
C'est donc une réussite pour Robert Seethaler qui nous bouleverse sans aucun mélodrame.
Cette « vie entière » est rude, certes et il en ressort de plus une grande humanité.
Je voudrais juste rajouter une petite critique de Philippe Chevilley :
« Dans Les Échos, Philippe Chevilley a écrit : « Une vie entière semble écrit dans l'encre bleu foncé des torrents. Ce livre simple et juste enchante et nous élève. »
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tynn
  22 mars 2016
Une vie d'homme, tout simplement.
Du petit gamin orphelin, maltraité par un oncle montagnard à la mort de sa mère, au jeune colosse boiteux et amoureux de sa Marie, jusqu'aux années de vieillesse, Andreas Egger a été un homme de bien, infatigable au travail, conscient de ses devoirs de chef de famille et de travailleur appliqué à la tâche. Un homme malmené comme tant d'autres par les drames personnels, les années de guerre et la solitude, mais qui dégage une sérénité et une ténacité inépuisables.
En ce début de 20ème siècle, on voit l'expansion et le désenclavement des vallées autrichiennes par la construction de téléphériques et de sièges en bois incongrus pour transporter skieurs et matériels. Andreas, en cheville ouvrière, va accompagner Le Progrès dans ces régions montagneuses et rurales où le tourisme des sports d'hiver émerge.
Une vie d'homme faite de petits bonheurs et de grands malheurs, racontée avec une simplicité de ton narratif, dans le décor magnifique des Alpes autrichiennes. Certaines scènes sont extrêmement visuelles et créatives. On sent l'immensité du paysage, la beauté dangereuse des montagnes et la fragilité de l'homme.
Un livre pétri d'humanité et de sensibilité, lu d'une traite avec grand plaisir.
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critiques presse (1)
Liberation   11 décembre 2015
L’Autrichien Robert Seethaler dépeint la digne existence d’un idéaliste marginal parmi la blancheur morbide des cimes.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (42) Voir plus Ajouter une citation
nadiouchkanadiouchka   17 mars 2018
Hitler kaputt ! Hittler kaputt ! Comme Egger restait assis en silence sans réagir, le Russe referma bruyamment la porte et s’éloigna en riant. Son rire déclina et résonna encore un moment, avant que ne retentisse le rugissement de la sirène de l’appel.
Il ne fallut pas trois semaines à Egger pour oublier l’euphorie du gardien et les espoirs qu’elle avait suscités en lui. La guerre était bel et bien terminée, mais le fait demeurait sans incidence notable sur la vie au camp. (…)
Lors d’une nuit d’hiver inhabituellement douce, Egger, assis devant le baraquement et emmitouflé dans sa couverture, écrivit une lettre à sa femme Marie. En nettoyant un village incendié, il avait trouvé une feuille de papier presque intacte et un petit bout de crayon ; il écrivit lentement, à grosses lettres tremblées.
Ma chère Marie,
Je t’écris de Russie. Ce n’est pas si mal que ça, ici. Il y a du travail et à manger, et comme il n’y a pas de montagnes, le ciel s’étend plus loin que le regard peut porter. C’est le froid qui est terrible. Ce n’est pas le même froid qu’à la maison….(…)
Il plia et replia la lettre en tout petits morceaux, puis il l’enterra dans le sol à ses pieds. Ensuite, il prit sa couverture et rentra dans le baraquement.
P.89/90
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marina53marina53   07 décembre 2015
Alors il pensait à l’avenir, qui s’étendait à l’infini devant lui, justement parce qu’il n’en attendait rien. Et quand il restait couché assez longtemps, il avait parfois l’impression que la terre sous son dos se soulevait et s’abaissait tout doucement, et, à ces moments-là, il savait que les montagnes respiraient.
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LoloKiLiLoloKiLi   16 octobre 2018
Kranzstocker l’aspergea d’eau bénite et ânonna quelques mots en se raclant la gorge : « L’aïeule est partie maintenant. Où, on peut pas savoir, mais c’est sûrement bien comme c’est. Là où meurt ce qu’est vieux, y a d’la place pour ce qu’est nouveau. C’est comme ça, ce sera toujours comme ça. Amen ! » On la hissa sur le corbillard, et le cortège funèbre, augmenté selon l’usage de toute la communauté villageoise, se mit lentement en marche.
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marina53marina53   07 décembre 2015
Les cicatrices sont comme les années, se disait-il, elles s'accumulent petit à petit, et tout ça finit par faire un être humain.
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nadiouchkanadiouchka   18 mars 2018
Il vit le ciel s’ouvrir. Il vit les roches plates sur lesquelles s’étalaient les restes de neige, comme si on y avait déployé des nappes blanches. Alors, il vit la Femme froide à une trentaine de mètres au-dessus de lui, qui traversait la pente. (…) Où étais-tu donc tout ce temps ? Cria-t-il. Il y a tellement de choses à raconter. Tu aurais du mal à le croire, Marie ! Cette longue vie, « une vie entière » !
P.136
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