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Citations sur Poèmes, 1933-1955, suivi de Trois poèmes secrets (32)

santorin
santorin   24 août 2019
HAI-KAI

Femme nue
La grenade qui s'est brisée était
Pleine d'étoiles.
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santorin
santorin   05 août 2019
Ne me parle pas du rossignol, ni de l'alouette,
Ni du petit hoche-queue
Traçant des chiffres dans la lumière avec sa queue,
Je ne sais pas grand'chose des maisons :
Je sais qu'elles ont leur caractère, voila tout.
Neuves au début, comme les petits-enfants
Qui jouent dans les jardins avec les franges du
soleil,
Elles brodent des persiennes de couleur et des
portes
Etincelantes sur le jour.
Quand l'architecte a fini, elles s'altèrent,
Elles se rident, ou sourient, ou encore s'irritent
De ceux qui sont restés, de ceux qui sont partis
Et de ceux qui reviendraient s'ils le pouvaient,
Ou qui ont disparu, maintenant que le monde
Est devenu immense hôtellerie.

Je ne sais pas grand'chose des maisons ;
Je me rappelle leur joie et leur tristesse
Parfois quand je m'arrête ;
aussi
Parfois près de la mer, dans des chambres nues,
Sur un lit en fer, sans rien qui m'appartienne,
En regardant l'araignée du soir, je me dis
Que quelqu'un s'apprête à venir, qu'on le pare
D'habits blancs et noirs, de bijoux de toutes les
couleurs,
Et qu'autour de lui à voix basse
Parlent des femmes de grande dignité,
Cheveux gris et sombres dentelles
Qu'il s'apprête à venir me dire adieu,
Ou qu'une femme à la prunelle prompte, à la taille
de guêpe,
Revenant des ports du Midi,
Smyrne, Rhodes Syracuse, Alexandrie,
Revenant de cités closes comme de chaudes
persiennes
Aux parfums de fruits dorés et d'aromates,
Monte l'escalier sans remarquer
Ceux qui sont endormis sous les marches.

Tu sais, les maisons s'irritent facilement
Quand on les dépouille.
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santorin
santorin   29 novembre 2019
RECIT


Cet homme marche en pleurant ;
Nul ne saurait dire pourquoi.
Certains pensent qu'il pleure sur des amours perdus
Pareils à ceux qui nous obsèdent tant,
L'été, près de la mer, avec les phonographes.

Les autres pensent à leurs tâches quotidiennes,
Papiers inachevés, enfants qui grandissent,
Femmes qui vieillissent avec difficulté.
Lui, possède deux yeux comme des coquelicots,
Comme des coquelicots cueillis au printemps,
Et deux petites sources au coin des yeux.

Il marche dans les rues, ne se couche jamais,
Enjambant de petits carrés sur le dos de la terre,
Machine à vivre une souffrance sans limite
Qui finit par ne plus avoir d'importance.

D'autres l'ont entendu parler
Seul, tandis qu'il passait,
De miroirs brisés depuis des années,
De visages brisés au cœur des miroirs,
Que nul jamais ne pourra restaurer.

D'autre l'ont entendu parler du sommeil,
De visions horribles aux portes du sommeil,
De visages insupportables de tendresse.

Nous nous sommes habitués à lui, il est correct, il est tranquille
Sauf qu'il marche en pleurant, sans cesse,
Comme ces saules au bord des fleuves qu'on aperçoit du train
Dans une aube brouillée, par un réveil maussade.

Nous nous sommes habitués à lui - il ne signifie rien,
Comme toute chose devenue habitude ;
Et si je vous en parle c'est que je ne vois rien
Qui ne soit devenu pour vous une habitude.
Mes respects.
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santorin
santorin   28 septembre 2019
Je l'ai vue mourir très souvent ;
Tantôt en pleurant dans mes bras,
Tantôt dans ceux d'un étranger,
Tantôt seule et nue :
Ainsi a-t-elle vécu auprès de moi.

A présent, je sais que rien d'autre n'existe, plus loin,
Et j'attends
Si je suis triste c'est une affaire personnelle,
Comme ces sentiments pour ces choses très simples,
Dépassées - dit-on
Et pourtant je continue de regretter
De ne pas être devenu à mon tour (je l'eusse tant voulu)
Comme cette herbe que j'entendis pousser
Une nuit près d'un pin
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coco4649
coco4649   09 février 2016
FUITE


C'était cela notre amour ;
Il partait, revenait, nous rapportait
Une paupière baissée, infiniment lointaine,
Un sourire figé, perdu
Dans l'herbe du matin ;
Un coquillage étrange que notre âme
Essayait de déchiffrer à tout moment.

C'était cela notre amour, il progressait lentement
À tâtons parmi les choses qui nous entourent,
Afin d'expliquer pourquoi nous refusions la mort
Si passionnément.

Nous avions beau nous accrocher à d'autres tailles,
Enlacer d'autres nuques, éperdument
Mêler notre haleine
À l'haleine de l'autre,
Nous avions beau fermer les yeux, c'était cela notre
amour. . .
Rien que le très profond désir
De faire halte dans notre fuite.

p.52
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santorin
santorin   24 août 2019
HAI-KAI

Jette dans le lac
Une seule goutte de vin,
Le soleil s'obscurcit.
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santorin
santorin   24 août 2019
Mais que cherchent-elles, nos âmes, à voyager ainsi
Sur des ponts de bateaux délabrés,
Entassées parmi des femmes blêmes et des enfants qui pleurent,
Que ne peuvent distraire ni les poissons volants
Ni les étoiles que les mâts désignent de leur pointe ;
Usées par les disques des phonographes,
Liées sans le vouloir à d'inopérants pèlerinages,
Murmurant en langues étrangères des miettes de pensées ?

Mais que cherchent-elles, nos âmes, à voyager ainsi
De port en port
Sur des coques pourries ?

Déplaçant des pierres éclatées, respirant
La fraîcheur des pins plus péniblement chaque jour,
Nageant tantôt dans les eaux d'une mer
Et tantôt dans celles d'une autre mer,
Sans contact,
Sans hommes,
Dans un pays qui n'est plus le nôtre
Ni le vôtre non plus.
Nous le savions qu'elles étaient belles, les îles
Quelque part près du lieu où nous allions à l'aveuglette,
Un peu plus bas, un peu plus haut,
A une distance infime.
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santorin
santorin   05 août 2019
Mythologie

Trois pigeons rouges dans la lumière
Décrivant notre destin dans la lumière
Avec les couleurs et les gestes des êtres
Que nous avons aimés
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chrislav
chrislav   19 mai 2015
Si j'ai voulu être seul, j'ai cherché
La solitude, je n'ai pas recherché cette attente,
Cet émiettement de l'âme à l'horizon,
Ces couleurs, ces lignes, ce silence.
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coco4649
coco4649   18 février 2016
GYMNOPÉDIES
MYCÈNES


« Comme sombre celui qui porte les grandes pierres. »
Ces pierres je les ai soulevées autant que je l'ai pu
Ces pierres je les ai aimées autant que je l'ai pu
Ces pierres, mon destin.
Par mon sol même mutilé
Par ma tunique même supplicié,
Par mes dieux mêmes condamné,
Ces pierres.

p.45
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