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Citations sur Poèmes, 1933-1955, suivi de Trois poèmes secrets (31)

coco4649
coco4649   18 février 2016
GYMNOPÉDIES
MYCÈNES


Donne-moi tes mains, donne-moi tes mains, donne-moi
  tes mains.

J’ai vu dans la nuit
La cime aiguë de la montagne ;
J’ai vu la plaine noyée au loin
Dans la clarté d’une lune invisible
J’ai vu, tournant la tête,
Les pierres noires amoncelées,
Ma vie tendue comme une corde,
Début et fin,
L’ultime instant
Mes mains.

p.45
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coco4649
coco4649   01 janvier 2016
RAVEN


La plaine est lourde après la pluie. Que se rappelle
La flamme noire et droite sur le ciel gris,
Prise entre l'homme et la mémoire de l'homme,
Entre la plaie et la main qui l'inflige, épée noire ?
La plaine s'est assombrie, elle boit la pluie, le vent tombe.
Mon souffle ne suffit plus — qui va le déplacer ?
Entre la mémoire — faille — une poitrine effarouchée
Entre les ombres qui luttent pour redevenir homme et
 femme,
Entre le sommeil et la mort, vie stagnante.

Tes mains se sont toujours déplacées vers le sommeil de la
 mer
Caressant le rêve qui gagnait doucement l'araignée d'or
Entraînant la foule des astres vers le soleil,
Paupières closes, ailes repliées...

p.87
Extrait de ESQUISSES POUR UN ÉTÉ, Coritsa. Hiver 1937, Traduction Jacques Lacarrière et Egérie Mavraki)
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coco4649
coco4649   19 février 2016
GYMNOPÉDIES

MYCÈNES


Je sais qu'ils ne peuvent savoir, mais moi
Qui tant de fois ai pris
La voie qui mène du meurtrier à la victime
De la victime au châtiment
Du châtiment au nouveau meurtre :
À tâtons
Dans la pourpre intarissable
Le soir de ce retour
Quand se mirent à siffler les Erinnyes
Parmi l'herbe rare
J'ai vu les serpents et les vipères entrelacés
Lovés sur la race maudite
Notre destin.

p.46
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coco4649
coco4649   18 février 2016
SANTORIN


Penche-toi, si tu le peux, sur la mer obscure, oubliant
Le son d’une flûte sur des pieds nus
Qui parcourent ton sommeil dans l’autre vie, l’en-
 gloutie.

Sur ton dernier coquillage, écris, si tu le peux,
Le jour, le nom, le lieu
Et jette-le dans la mer, qu’il y disparaisse.

Nous nous sommes retrouvés nus sur la pierre ponce
Regardant les îles nées des flots,
Regardant les îles rouges s’abîmer
Dans leur sommeil, dans notre sommeil.
Nous nous sommes retrouvés nus, ici, inclinant
La balance vers l’injustice.

Talon de la vigueur, vouloir sans faille, amour lucide,
Desseins qui mûrissent au soleil de midi,
Voie du destin au bruit de la jeune paume frappant
 l’épaule ;
En ce pays qui s’est brisé, qui ne résiste plus,
En ce pays qui jadis fut le nôtre,
Rouille et cendre, les îles s’engloutissent.

p.43
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coco4649
coco4649   03 janvier 2016
CAHIER D'ETUDES / ESQUISSES POUR UN ÉTÉ
ÉPIPHANIE 1937


Cette route ne finit pas, elle n'a pas de relais, alors que tu
 cherches
Le souvenir de tes années d'enfance, de ceux qui sont
 partis,
De ceux qui ont sombré dans le sommeil, dans les
tombeaux marins,
Alors que tu veux voir les corps de ceux que tu aimas
S'incliner sous les branches sèches des platanes, là même
Où s'arrêta un rayon de soleil, à vif,
Où un chien sursauta et où ton cœur frémit,
Cette route n'a pas de relais. J'ai maintenu ma vie.
                                       La neige
Et l'eau gelée dans les empreintes des chevaux.

p.85
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JacobBenayoune
JacobBenayoune   18 novembre 2013
Je murmurai : la mémoire fait mal, où qu'on la touche;
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coco4649
coco4649   29 juillet 2015
CALLIGRAMME


Voiles sur le Nil,
Oiseaux sans cris, privés d'une aile,
Cherchant sans bruit celle qui manque,
Parcourant dans le ciel absent
Le corps d'un adolescent de marbre ?
Traçant sur l'azur d'une encre invisible
Un cri désespéré.

p.134
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JacobBenayoune
JacobBenayoune   18 novembre 2013
Dans les grottes marines,
Il y a une soif, il y a un amour,
Il y a une extase
Aussi durs que les coquillages;
On peut les tenir dans sa paume.
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coco4649
coco4649   02 janvier 2016
CAHIER D'ETUDES
ESQUISSES POUR UN ÉTÉ
ÉPIPHANIE 1937



Je gravis les montagnes. Vallées enténébrées. La plaine
Enneigée, jusqu'à l'horizon la plaine enneigée. Ils ne
 questionnent pas
Le temps prisonnier dans les chapelles silencieuses
Ni les mains qui se tendent pour réclamer, ni les chemins.
J'ai maintenu ma vie, en chuchotant dans l'infini silence.
Je ne sais plus parler ni penser. Murmures
Comme le souffle du cyprès, cette nuit-là
Comme la voix humaine de la mer, la nuit, sur les galets,
Comme le souvenir de ta voix disant : « Bonheur. »
Je ferme les yeux, cherchant le lieu secret où les eaux
Se croisent sous la glace, le sourire de la mer et les puits
 condamnés
À tâtons dans mes propres veines, ces veines qui m'échap-
pent
Là où s'achèvent les nénuphars et cet homme
Qui marche en aveugle sur la neige du silence.
J'ai maintenu ma vie, avec lui, cherchant l'eau qui
 t'effleure,
Lourdes gouttes sur les feuilles vertes, sur ton visage
Dans le jardin désert, gouttes dans le bassin
Stagnant, frappant un cygne mort à l'aile immaculée
Arbres vivants et ton regard arrêté.

p.84-85
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coco4649
coco4649   02 janvier 2016
Poèmes / Mythologie
V


Nous ne les avons jamais connus.
                    C'était l'espoir, au fond de nous,
Qui disait que nous les avions dès notre enfance connus.
Nous les avons vus deux fois, peut-être, puis ils gagnèrent
 leurs bateaux ;
Cargos de charbon, cargos de céréales, et nos amis
Disparus de l'autre côté de l'océan, pour jamais.
L'aube nous retrouve près de la lampe fatiguée
À dessiner avec effort sur le papier, maladroitement,
Des navires, des sirènes et des coquillages.
Le soir nous descendons vers le fleuve
Parce qu'il nous désigne le chemin de la mer
Et nous passons nos nuits dans des sous-sols qui sentent le
 goudron.

Nos amis sont partis
               Peut-être ne les avons-nous jamais vus,
Peut-être les avons-nous rencontrés quand le sommeil
 encore
Nous menait près de la vague qui respire,
Peut-être les cherchons-nous parce que nous cherchons
 cette vie autre
Au-delà des statues.

p.25
Traduction Jacques Laccarière Poésie-Gallimard
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